Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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10 août 2014

Cannes, une ville qu’on aime détester, ou, Valétudinaires de tous les pays, unissez-vous !

Classé dans : Actualité, Lieux, Médias, Sciences, techniques — Miklos @ 10:11


Deux publicités juxtaposées proposées par Facebook.

Toujours à l’attention de nos préoccupations du moment et de notre intérêt à long terme, Facebook nous offre de façon toute désintéressée des publicités selon lesquelles il ressort que la ville de Cannes se trouve en seconde position dans la liste des villes les plus anti­pa­thiques au monde pour les touristes étrangers, tout en étant la quatrième des dix villes françaises préférées des touristes étrangers.

Ce n’est pas contradictoire : tout est relatif, comme on le sait sans avoir lu (ni compris) Einstein.

L’intérêt de certains visiteurs pour Cannes n’est pas récent, comme on peut le voir dans ce texte d’Élisée Reclus datant de 1870. En parcourant ce texte, on peut comprendre que la ville ne pouvant guérir tous les maux de la Terre, certains des valétudinaires des pays du nord, notamment les surexcités du système nerveux, venus y trouver un soulagement en soient repartis déçus, ce qui pourrait aussi expliquer les résultats contrastés de ces sondages.

« La ville sans cesse grandissante de Cannes est située autour d’une petite anse et sur une colline assez escarpée, qui se prolonge dans la mer par un promontoire étroit, et que couronnent les tours d’un château et d’une église.

Cannes n’est qu’un simple ch.-l. de cant. de l’arrondissement de Grasse ; mais elle n’en est pas moins la troisième ville du départ. des Alpes-Maritimes ; sa population, qui a triplé en trente ans, dépassait 9,600 h. en 1866. — La ville s’étend le long de la plage sur plus de 6 kil. de longueur, de la Bocca, à l’O., jusqu’au promontoire de la Croisette à l’E. D’après M. de Valcourt, auteur de Cannes et son climat, Cannes devrait être préférée par un grand nombre de malades aux autres villes d’hiver du littoral méditerranéen, « parce qu’elle réunit trois conditions essentielles : 1° abri contre les vents conti­nentaux, grâce à un amphithéâtre de collines et de montagnes orienté en plein midi et n’offrant aucune solution de continuité ; 2° absence de tout torrent dont le lit large et caillouteux, habituellement à sec et échauffé par le soleil, puisse être la cause d’un courant-d’air incessant ; 3° possibilité de placer les malades, suivant les indications, soit au bord même de la mer, soit assez loin du rivage pour les mettre hors des atteintes de la brise. Ce dernier point est d’une importance capitale. » [...]

La température moyenne de l’année est, à Cannes, de 16°,4, c’est-à-dire qu’elle dépasse d’un demi-degré la température de Nice, de Gênes, de Pise, de Florence, de Rome, et se trouve même légèrement supérieure à celle de Naples. Les hivers, et c’est là le point important pour les malades, sont relativement d’une très-grande douceur dans la ville provençale. […]

Il pleut en moyenne pendant 70 jours, et la tranche d’eau qui tombe annuellement est d’environ 800 millimètres. Ce sont là des chiffres peu élevés ; mais il faut remarquer en outre que les pluies, soudaines et fort abondantes, sont en général de courte durée : aussitôt après les averses, les nuages s’évanouissent et le ciel reprend toute sa sérénité. Sur les rivages de la Méditerranée, il est peu d’endroits où le ciel soit aussi pur, aussi éclatant, aussi dégagé de vapeurs qu’il l’est à Cannes. Entre Paris et Cannes, la différence est énorme. Ainsi, tandis qu’à Paris le mois de décembre offre 2 jours sans nuages, à Cannes au contraire, le soleil brille pendant 22 jours de tout son éclat (de Valcourt). À Cannes, « il n’y a jamais de brouillard. »

À ces avantages du climat de Cannes, il faut ajouter ceux que procurent la nature perméable du sol et l’inclinaison des couches de rochers. Les eaux des ruisseaux débordés n’étant pas retenues en flaques malsaines à la surface de la terre, ne dégagent point de miasmes. En outre, les forêts de pins qui croissent sur les collines répandent dans l’atmosphère leur senteur bienfaisante. Ce n’est pas tout : Cannes offre aux baigneurs une plage doucement inclinée vers la mer et des eaux dont la température moyenne est de 6 à 8° plus élevée que celle de l’Atlantique, sur les côtes occidentales et septentrionales de la France. Cannes est sans contredit l’une des villes du littoral où l’on prend les plus agréables bains de mer. En été, les médecins de Cannes ajoutent les bains de sable aux bains de mer, comme un puissant agent thérapeutique pour le traitement de certaines maladies.

Grâce à l’heureuse position de leur ville et à tous les avantages dont la nature les a comblés, les habitants de Carnes se trouvent dans d’excellentes conditions de salubrité générale. Les épidémies sont rares dans le pays, de même que le croup et les angines couenneuses si terribles à Paris. D’après le docteur Sève et les autres médecins, ce climat essentiellement tonique, mais non excitant, produit surtout d’excellents effets « dans tous les cas d’anémie, de chlorose, de débi­li­tation générale, de scrofule, de rachitisme et d’engorgements lymphatiques, dans les diverses névroses et névralgies ; mais ce sont surtout les affections chroniques de l’appareil respiratoire, l’asthme, la phtisie à tous ses degrés et les diverses affections catarrhales qui se modifient le plus avantageusement sous l’influence de cet air pur, suffisamment sec et chaud. » Cependant, il faut bien se garder de croire que le climat de Cannes convient à toutes sortes de maladies. « Évidemment, dit le docteur Whitley, là où il y a trop d’activité dans l’appareil sanguin ou trop de surexcitation dans le système nerveux, cet air tonique, cette grande clarté du jour, ce brillant reflet de la mer ne sont pas des conditions favorables. »

Quoi qu’il en soit, attirés par la renommée du beau ciel de Cannes, les valétudinaires de tous les pays du nord, suivant l’exemple qui leur a été donné, en 1851, par le chancelier Brougham, viennent, chaque année plus nombreux, demander à ce climat la guérison de leurs maux. Avec les malades arrivent les parents et les amis bien portants, les touristes valides et les simples désœuvrés qui vont où la mode les pousse. Aussi les pentes et les collines qui descendent vers Cannes ne suffisent déjà plus à la foule grossissante des visiteurs, et les vallons environnants sont graduellement envahis par les bâtisseurs de villas. Bientôt toute la côte, du promontoire de la Garroupe à l’embouchure de la Siagne, ne sera plus, comme la campagne de Gênes, qu’un immense jardin semé de palais.

L’intérieur de Cannes ne répond pas encore à l’admirable beauté des environs ; La ville ne possède guère d’autres monuments que les hôtels ; les rues de la partie haute sont étroites, tortueuses, mal pavées, souillées d’ordures ; les quais laissent à désirer aussi sous le rapport de la propreté. Le centre de la ville est formé par la promenade du Cours, que décorent des fontaines jaillissantes et des petits jardins renfermant quelques dattiers et d’autres plantes exotiques. […]

Les principales villas des environs de Cannes sont presque toutes libéralement ouvertes aux étrangers, même pendant le séjour des propriétaires ;» nombre d’entre elles méritent d’être visitées, soit à cause de leur architecture, soit à cause de leurs jardins ou du point de vue.

Élysée Reclus, Nice – Cannes – Monaco – Menton – San Remo, Paris, 1870.

7 août 2014

Sortir du cercle vicieux

Classé dans : Actualité, Histoire, Médias, Politique, Religion, Société — Miklos @ 12:16


Comprendre les origines de la guerre à Gaza en… par lemondefr

« Je ne suis pas quelqu’un de sen­ti­men­tal, je ne crois donc pas en une soudaine lune de miel entre les Juifs et les Pales­ti­niens. Je ne m’attends pas à ce que les deux parties anta­go­nistes, une fois la formule magique trouvée, s’em­brassent en larmes, dans une scène digne de Dosto­ïevski où les frères perdus se retrouvent. […] Non, je ne m’attends à rien de tout cela, et sûrement pas à une lune de miel. Si je m’attends à quelque chose, c’est plutôt à un divorce juste et équitable, entre Israël et la Pales­tine. Or un divorce n’est jamais une chose heureuse, qu’il soit juste ou plus ou moins juste. Un divorce fait mal, c’est quelque chose de dou­lou­reux. Et parti­cu­liè­rement celui-là, qui sera un drôle de divorce où les deux parties reste­ront dans le même appar­tement, pour toujours. C’est un divorce où personne ne démé­nage. Et comme l’appar­tement est tout petit, il sera indis­pensable de décider qui aura la chambre A, qui la chambre B, qui aura le salon, et de trouver, en plus, un arran­gement spécial pour la salle de bain et la cuisine. Vraiment pas très commode… Mais c’est toujours mieux que cette sorte d’enfer que nous traver­sons en ce moment, dans ce pays que nous aimons. Un pays où les Pales­tiniens sont opprimés au quotidien, harcelés menta­lement, privés, humiliés, affamés par un gouver­ne­ment mili­taire israélien cruel. Un pays où les Israéliens sont terrorisés tous les jours par des attaques terro­ristes impi­toyables, frappant indif­fé­rem­ment civils, hommes, femmes, enfants, écoliers, clients des centres commerciaux. Oui, tout est pré­fé­rable à cela ! Oui, il faut un divorce équi­table. Et, à la fin, une fois que nous aurons mené à bien ce doulou­reux et équi­table divorce en créant deux États, fondés en gros sur les réalités démo­gra­phiques […], une fois le divorce prononcé et la sépa­ra­tion opérée, les Israéliens et les Pales­tiniens se pres­seront pour passer la frontière et aller boire un café ensemble. L’heure du café aura enfin sonné. »

Amos Oz, « Un conflit entre deux causes justes », trad. Sylvie Cohen, 2003.

Cette vidéo très bien faite rééquilibre quelque peu les carences des médias qui n’avaient pas pipé mot sur le bouclage de Gaza du côté égyptien ni sur les tirs de missiles répétés vers les villes isra­éliennes depuis plusieurs années.

Il en ressort que cette radicalisation spécifique à Gaza provient du succès du Hamas aux élections. On peut évi­dem­ment s’interroger sur les raisons de ce succès : à l’époque, Gaza n’était pas coupée du monde (tout est relatif, puisque la fourniture de matériel élec­tro­nique hyper sophis­tiqué pour équiper les fameux tunnels a continué à provenir du Qatar, sans parler des fameux missiles et de leurs lanceurs).

Quelles qu’en soient les raisons histo­riques – chaque côté trouvera son compte dans sa propre histoire – sur le fond, je ne peux que regretter que les voix ayant appelé dès 1967 à accorder aux Pales­tiniens un État viable aux côtés d’Israël : Yeshayahu Leibowitch alors, puis (notamment mais pas uni­que­ment) Amos Oz, par exemple (voir ci-contre). Ou le magni­fique appel de Gilbert Sinoué, « Cher Yitzhak Rabin », publié dans le Libé du 6 août.

Est-ce que cet État mena­cerait Israël plus qu’il ne l’est mena­cé aujour­d’hui par la montée de la radi­ca­li­sation natio­na­liste et reli­gieuse des deux côtés ? Sans doute pas. Est-ce que sa création contre­car­rerait cette montée ? Pas for­cé­ment, lorsque l’on voit ce qui s’est passé dans d’autres pays arabes après qu’ils se soient débar­ras­sés d’une façon ou d’une autre de leurs dicta­teurs res­pec­tifs.

Mais il est juste que cela se fasse. Et mieux vaut tôt que tard. L’Allemagne et la France ont bien fait la paix, après tant d’années…

Il faut briser ce cercle vicieux de haine, de guerres et de morts, laisser le passé de côté et regarder vers l’avenir qui néces­site plus que jamais la colla­bo­ration accrue de tous pour faire face ensemble aux défis envi­ron­ne­mentaux qui ne manquent de monter, eux aussi.

26 juillet 2014

Hajj, le pèlerinage à la Mecque.


Entrée de l’exposition Hajj, le pèlerinage à La Mecque à l’Institut du monde arabe.
Autres photos ici.

«Mecque (La) , ville de l’Arabie heureuse, célèbre pour avoir été le berceau du mahométisme. Mahomet n’est pas le premier qui l’ait illustrée. On prétend que c’est dans ce lieu qu’est placé le tombeau d’Abraham. Si l’on en croit Nicolas de Damus, le fameux chêne de Mambré, sous lequel ce patriarche conversa avec trois anges, était ce qui attirait à la Mecque ce concours de peuples voisins, païens, juifs et chrétiens. Les succès de l’islamisme n’ont fait que lui donner un nouveau lustre. Elle voit arriver tous les ans des caravanes nombreuses de pèlerins, dont une des plus belles est celle du Caire, et qui viennent dans ce sanctuaire de leur religion rendre leurs hommages à Mahomet. Ce concours cessera d’étonner, si l’on réfléchit que la loi de Mahomet fait un devoir rigoureux de ce pèlerinage ; et cette opinion est si fortement inculquée dès l’enfance, que les femmes même l’entreprennent avec leurs maris, et même seules. Toutes ces caravanes, se trouvant rassemblées, se rendent un certain jour, sur la montagne d’Arafat, à six lieues de la Mecque, où ils croient qu’Abraham offrit à Dieu le sacrifice de son fils lsaac. La fête qu’ils célèbrent dans cet auguste lieu se nomme Korban-bairam, ou le second Bairam ; mais les Arabes l’appellent Je al Korban, et Je al Adha, c’est-à-dire, la fête du sacrifice : parce que, dans ce jour, on immole une multitude prodigieuse d’animaux de toute espèce.

C’est dans ce lieu que les pèlerins: se rasent la tête et le visage, et prennent le bain. Après avoir fait leurs prières, ils s’en retournent à la Mecque. Ils visitent la maison d’Abraham, qu’on appelle la Kaaba et les autres lieux consacrés par la religion des mahométans. On place dans la grande mosquée le pavillon nouvellement apporté du Caire, et on en retire le vieux, qu’on remet entre les mains de l’émir-hadgi.

La ville de la Mecque n’étant pas assez grande pour contenir une multitude si prodigieuse d’étrangers avec leurs équipages, les caravanes sont obligées de camper aux environs de la ville, et séjournent sous des tentes pendant l’espace de neuf à dix jours. Il se tient là une foire des plus considérables du monde, et le commerce qui s’y fait est prodigieux. On admire surtout le silence et la tranquillité qui règnent dans ce concours étonnant de marchands et de pèlerins.

Ceux qui avaient, avant Mahomet, la présidence du temple de la Mecque, étaient d’autant plus considérés, qu’ils possédaient, comme aujourd’hui, le gouvernement de la ville. Aussi Mahomet eut la politique, dans une trêve qu’il avait conclue avec les Mecquois ses ennemis, d’ordonner à ses adhérents le pèlerinage de la Mecque. En conservant cette coutume religieuse qui faisait subsister le peuple de cette ville, dont le terroir est des plus ingrats, il parvint à leur imposer sans peine le joug de sa domination.

La Mecque est la métropole des mahométans, à cause de son temple ou kiabé, maison sacrée, qu’ils disent avoir été bâti dans cette ville par Abraham ; et ils en sont si persuadés, qu’ils feraient empaler quiconque oserait dire qu’il n’y avait point de ville de la Mecque du temps d’Abraham. Ce kiabé, que tant de voyageurs ont décrit, est au milieu de la mosquée, appelée haram par les Turcs ; le puits de Zemzem, si respecté des Arabes, est aussi dans l’enceinte du haram.

La ville, le temple, la mosquée et le puits, sont sous la domination d’un shériph, ou, comme nous l’écrivons, chérif, prince souverain comme celui de Médine, et tous deux descendants de la famille de Mahomet ;» le grand seigneur, tout puissant qu’il est, ne peut les déposer qu’en mettant à leur place un prince de leur sang.

Fr. Noël, Dictionnaire de la fable, ou mythologie grecque, latine, égyptienne, celtique, persane, syriaque, indienne, chinoise, mahométane, slavone, scandinave, africaine, américaine, iconologique, rabbinique, cabalistique, etc. Quatrième édition. Paris, 1823.

25 juillet 2014

À vouloir être le premier à tout prix…

Classé dans : Actualité, Médias — Miklos @ 16:20


JT de France 2, le 25/7/2014 à 13h17.

France 2 a consacré 22 minutes de son journal télévisé de 13 heures à la (nouvelle…) catastrophe aérienne qui endeuille nombre de familles et d’amis de ses victimes françaises.

Commencé – et terminé – par la diffusion « d’images exclusives qui viennent de nous parvenir », et agrémenté de « directs du palais de l’Élysée », le journal n’a consacré que cinq secondes à la présentation du numéro d’urgence d’une cellule téléphonique mise en place par le Quai d’Orsay, numéro que le présentateur a encore plus rapidement énoncé, en trois secondes

Quelle personne dans un état normal aurait pu soit mémoriser le numéro pour le noter plus tard, soit avoir le temps d’aller chercher stylo et papier pour le noter ? La question est encore plus pertinente pour celles qui en auraient vraiment besoin, les proches des voyageurs, rongés par l’inquiétude ou le désespoir ? Ne parlons pas de tous ceux qui n’ont pas regardé l’écran à cet instant.

Pourquoi ne pas avoir affiché ce numéro dans un sous-titrage qui serait resté présent durant toute la séquence consacrée à cette triste actualité, pourquoi ne pas l’avoir rappelé à la fin du journal télévisé, quitte à ne pas remontrer les « images exclusives » des restes de l’appareil, rediffusion qui apparaît surtout comme un faire-valoir de la chaîne ? L’attitude compatissante du présentateur durant la séquence (soit dit en passant, la capacité des présentateurs à changer instan­ta­nément d’expression pour refléter les émotions des séquences successives du JT est absolument sidérante) ne pallie pas ce manque d’attention à ceux qui auraient eu besoin d’infor­mations concrètes et utiles.

Ce n’est malheureusement pas la première fois que cette chaîne (il m’arrive rarement d’en regarder d’autres) agit ainsi dans des cas semblables.


À vouloir être le premier à tout prix…

24 juillet 2014

Life in Hell : Qu’il est difficile d’extirper le ver de la Pomme, ou, On (ne) va (pas) en faire une compote !

Classé dans : Actualité, Cuisine, Nature, Peinture, dessin, Sciences, techniques — Miklos @ 17:48


Akbar, Jeff, la Pomme et le Serpent. Cliquer pour agrandir.

Jeff est accro aux devices qui l’entourent, tandis qu’Akbar les considère tous comme des vices. Au moins, marmonne-t-il in petto, son jardin de délices est très fruitier : oranges et pommes sont ses objets quotidiens. Mais les vers qui y pullulent n’ont rien de poétique.

Pour son rapport-au-monde, Jeff est abonné à Orange. Lors d’un récent problème de connectivité, Akbar – qui est son porte-parole technique – se connecte au service Customer Chat, qui répond instantanément « Bonjour et bienvenue sur l’eChat Orange. Nous vous mettons en relation avec un conseiller, merci de patienter. Le temps d’attente est estimé à 15 minute(s). » C’est acceptable, pensent les deux larrons (qui communiquent entre eux télépathiquement, ce qui a aussi parfois ses problèmes).

Puis le décompte commence. Après une dizaine de minutes, Orange leur dit que Le temps d’attente est estimé à 13 minute(s). Et ainsi de suite… Au bout de 40 minutes, Orange n’a de cesse de répéter toutes les deux minutes que Le temps d’attente est estimé à 1 minute(s). Au bout d’une heure et quart, Akbar lance un Ô rage ! et coupe la communication (si on peut appeler cela une communication) avec Orange.

Saisi, Jeff s’écrie « Ciel ! », ce qui ne manque de rappeler à Akbar la curieuse méthode de décompte de Siel, le système de panneaux d’affichage du temps d’attente jusqu’aux prochains passages des autobus de la RATP dans certaines stations : les minutes sont parfois aussi longues que chez Orange, avec, en sus, une faculté vraiment science-fictionnelle de remonter dans le temps.

L’ordinateur portable de Jeff n’étant pas assez portable et son iPhone étant trop petit pour travailler en déplacement, il décide de s’acheter le tout dernier iPad. Celui qu’il finit par commander sur le site de la Fnac à un prix défiant quasiment toute concurrence arrive plus rapidement que son ombre, mais la couleur du clavier ne correspondant pas aux critères esthétiques de Jeff, il demande à le remplacer. Après quelques ratées dans les échanges avec le robot de la Fnac et quelques réponses ironiques voire blessantes du seul humain qui répondit à son appel au service téléphonique d’après vente, il y parvient. Akbar se dit en son for intérieur que moins il utilisera les services en ligne, moins il sera frustré.

Il s’agit maintenant de faire en sorte que les contenus de son iPhone se retrouvent sur l’iPad et inversement. C’est le service de synchro­nisation que propose le logiciel iTunes, installé sur son portable. Or problème ! il ne voit pas l’iPad quand les deux larrons le branchent sur le PC, bien qu’il soit à jour et que le PC lui-même le détecte sans aucun problème.

Ils se décident donc de faire appel au service de demande d’assis­tance en ligne d’Apple : via leur site, on peut demander d’être appelé sur-le-champ ou de planifier un appel ultérieur. Ils choisissent d’abord la première option qui indique un temps d’attente de 2 minutes. Dix minutes plus tard, toujours rien. Akbar vérifie si Apple n’a pas été racheté par Orange ou inversement, mais non.

Ils passent à l’autre option : rendez-vous demain matin. Après plusieurs échecs lors du choix de créneaux pourtant indiqués comme disponibles, ils décident d’attendre en ligne qu’on les appelle. Ce qui est fait rapidement. Un « opérateur » les met poliment en attente, ils obtempèrent, puis la communication est coupée. Akbar se retient d’exploser, il y a assez d’explosions comme ça dans le monde.

Ils se résignent à appeler l’assistance téléphonique dont ils trouvent ailleurs le numéro. La réponse est rapide et surtout humaine : on leur dit poliment d’attendre quelques instants. Après une dizaine de minutes, W., un technicien fort aimable, prend la communication, et indique à Akbar des procédures à faire sur iTunes, que notre compère avait d’ailleurs toutes tentées par le passé sans succès. Au bout d’une quinzaine de minutes, la communication coupe. Au même instant, la prise d’écran qu’avait effectuée le technicien pour voir ce que faisait Akbar est aussi coupée. Jeff et Akbar attendent. En vain, personne ne rappelle. Il ne leur reste plus qu’à tenter de prendre un rendez-vous d’appel pour le lendemain matin, ce qui est fait.

Après un bon dîner (gazpacho de Dr Doudoune, riz au poisson – maquereaux pour Akbar, colin pour Jeff qui déteste les maquereaux de tous ordres –, glace au lemoncello), Jeff réintègre sa tanière tandis qu’Akbar passe une partie de la nuit à éplucher les sites de support technique d’Apple. Il tombe finalement sur une page qui, entre autres vérifications – qu’il avait faites dans le passé et refaites quelques heures plus tôt sous la direction du technicien disparu – lui demande aussi de mettre à jour le pilote USB de l’iPad dans les périphériques Windows. Ce qu’il fait, et ô miracle !, voici qu’iTunes – qui était pourtant à jour, lui – aperçoit enfin l’iPad.

Le lendemain matin, Jeff revient en compagnie de son iPhone, et quelques instants plus tard Apple appelle. Après une autre coupure téléphonique, Akbar se retrouve finalement en contact avec Y., un autre technicien très aimable. Il l’informe de ce qu’il était arrivé à faire tout seul. Y. lui dit qu’il faut maintenant sauvegarder l’iPhone sur le PC, et restaurer cette sauvegarde dans l’iPad.

Problème : maintenant, iTunes ne voit pas l’iPhone, ce qui n’était pas le cas auparavant. Après toutes sortes de manipulations qu’Y. demande à Akbar de faire, qui culminent dans la création d’un nouveau compte sur le PC et de l’installation d’iTunes qui a pour effet de « réparer » celui en présence sur le PC mais sans aucun effet bénéfique, Y. annonce à Akbar qu’il va transférer la communication en haut. Ciel, se dit Akbar in petto, j’espère qu’il ne s’agit pas de Siel.

Non, c’est M., technicienne supérieure, très aimable et en sus patiente, détendue et dotée d’humour (toutes attitudes sans doute autorisées en haut), qui rendront plus que supportable le long dialogue de près de deux heures qu’il aura avec elle. Dans une des périodes où elle le met en attente pour chercher quelques informations de son côté, il décide d’essayer d’effectuer sur le PC ce qu’il avait fait la veille pour l’iPad : mettre à jour le pilote USB de l’iPhone. Ô miracle, voici maintenant qu’iTunes voit les deux iTrucs.

Akbar n’est pas au bout de ses peines. Une fois effectuée la sauvegarde-restoration (vu la quantité de musique et de podcasts que Jeff a enregistrés, la démarche est longue), ils constatent que les contacts, le calendrier et les paramètres des boîtes à lettres ne sont pas passées sur l’iPad.

Le problème des contacts se règle à l’aide de M. qui dirige à l’aveugle Akbar dans la longue procédure finalement couronnée de succès. Le rajout de l’accès au compte mail principal de Jeff (par le protocole imap sur Free) joue des tours, mais M. trouve après une brève recherche qu’il ne faut pas spécifier de nom de compte ni de mot de passe pour le courrier sortant (curieux, ça) et le tour est joué. Pour le reste, c’est aux deux larrons de jouer. Jeff et Akbar la remercient avec profusion.

Akbar ressaisit à la main dans l’iPad tous les paramètres de la dizaine des autres comptes de mail de l’iPhone de Jeff. Puis c’est dans son bureau que Jeff finira de synchroniser son calendrier avec son ordinateur professionnel.

Pour récompenser ceux des fidèles lecteurs qui seraient arrivés à la fin de cette saga si commune finalement de nos temps, voici deux recettes fort intéressantes, tirées d’un ouvrage au titre prometteur :


Le Cuisinier royal, ou, L’Art de faire la cuisine, la pâtisserie et tout ce qui concerne l’office pour toutes les fortunes par M. Viard, Homme de bouche. Dixième édition augmentée de 850 articles, et ornée de 9 planches pour le service des tables depuis 12 jusqu’à 60 couverts, par M. Fouret, ex-officier de bouche du Roi d’Espagne ; suivie d’une notice sur les vins, par M. Pierhugue, sommelier du Roi. Paris, 1820.
Cliquer pour agrandir.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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