Voici comment s’affichait aujourd’hui la page d’accueil du Monde, un journal qui bouge. Ou du moins, c’est une publicité d’IBM qui y bouge au point de tout recouvrir, tel ce beau nuage que nous supplions de nous emporter tous vers ce pays si doux, si doux, mais qui, pour le moment, avale tel Moloch toutes nos données et a parfois du mal à les recracher.
Mais il n’y pas que cela qui change au Monde : les blogs y ont encore subi une métamorphose malgré eux qui en affecte la mise en page (pas en mieux) sans même en avoir prévenu les auteurs. Ce n’est pas la première (2007) ni la deuxième fois (2010). Et si ça ne vous plaît pas, vous n’avez qu’à aller voir ailleurs, personne ne vous oblige à utiliser ce service gratuit (et réservé aux abonnés).
Commentaire d’un lecteur anonyme à l’article « Iran : bombarder ou pas ? » de Natalie Nougayrède (Le Monde en ligne du 13/02/2012) :
Les Israéliens préféreraient de loin que ce soit l’US Army qui frappe l’Iran, comme ils avaient préféré que ce soit les forces de Tarik, le musulman, qui envahissent l’Espagne en 711.
L’État d’Israël n’ayant été établi qu’en 1948, on devine sans peine ce que cet amalgame insinue ainsi. Mais au-delà de son anachronisme idéologiquement sulfureux, ce commentaire plus que douteux tord le cou à la logique : « ils » avaient préféré les forces de Tarik à celles de qui d’autre ?
De l’US Army, bien évidemment. Ou, comme l’écrit bien plus scientifiquement Benoît Larbiou :
En d’autres termes, l’aspect sulfureux et anachronique parce que grossier et daté du paradigme raciologique (donc de la science raciologique) ne cache-t-il pas une survivance de ces principes de perception ethnicisés, comme en témoigne la fortune des catégories de perception telles que Français de souche (reformulation de la « souche française » de Martial) et le seuil de tolérance (très proche de la « faculté d’absorption).
Benoît Larbiou, « Les usages stratégiques de la “race” par les experts dans la France de l’entre-deux-guerres », in [Actes du colloque] De la discrimination dite « éthnique et raciale ». Discours, actes et politiques publiques – entre incantations et humiliations. Festival Hommes et Usines, Talange. L’Harmattan, 2009.
Il est si difficile de bien maîtriser plusieurs langues, et il est si facile de faire traduire par notre AMI à tous ce qu’on ne comprend pas ! Mais cet AMI qui ne veut que notre bien (tout notre bien) n’est pas infaillible, peu s’en faut. Voici quelques extraits d’une traduction qu’il propose dans le domaine de l’immobilier, en l’occurrence celle d’une petite annonce en anglais (de cuisine) proposant la location d’une chambre (avec cuisine attenante) :
Original
Traduction
18 sqm (200 sqft) of airy space under a 3.40 m (11 ft) high ceiling.
18 m² (200 m²) de l’espace aérien en vertu d’un m 3.40 (11 pi) hauteur sous plafond.
All the rooms look onto a large and bright private courtyard where you can only hear birds singing.
Toutes les chambres donnent sur une grande cour privée et lumineux où vous ne pouvez entendre les oiseaux chanter.
Brand new comfortable double bed (130×190 cm, 4.2×6.3 ft) / sleeps 2.
Marque nouveau lit double confortable (130×190 cm, 4.2×6.3 pi) / 2 personnes.
Loisirs et activités: Voyages, par intérim, tango argentin, du vin …
Out of the apartment most of the day & evenings due to long working hours.
Sur l’appartement le plus de la journée et le soir en raison des longues heures de travail
Si l’on ne comprend que le français, on en déduit qu’il s’agit d’un espace aérien de 200m² (dont 18 au sol, loi Carrez oblige). Cette pièce, ainsi que les autres de l’appartement, donnent sur une cour si silencieuse qu’on n’y entend même pas les oiseaux chanter.
La chambre comprend un lit dont le volume ne peut qu’être calculé par un matheux qui connaît la valeur exacte de pi. Elle est équipée d’un appareil de marque qui ravira les audiophiles : il s’agit du Salut-Fi.
Quant au propriétaire, il est intérimaire et se retrouve par conséquent la plupart du temps au grenier car c’est là qu’il travaille quand il n’est pas employé.
La solarisation est un procédé technique également appelé Effet Sabatier, du nom du chercheur qui la décrivit pour la première fois (Paul Sabatier, 1854-1941). Elle se caractérise par l’inversion des valeurs de la densité originale du cliché exposé à la lumière avant qu’il ne soit définitivement développé ; cette inversion se traduit aussi sur l’épreuve, aux confins des zones blanches et noires, par un liseré plus ou moins foncé qui cerne l’image – « comme dans un dessin », précise Man Ray qui ajoute : « Ce procédé est purement photographique, quoiqu’on m’eût accusé d’avoir retouché et altéré les négatifs ». L’artiste domine magistralement cette technique complexe comme en témoignent certaines de ses Danses-horizons (Minotaure n° 5, mai 1934) et surtout Primat de la matière sur la pensée, publié en hors-texte dans le Surréalisme A.S.D.L.R. (n° 3, déc. 1931)…
L’art face à la crise. L’art en Occident 1929-1939. Centre interdisciplinaire d’étude et de recherche sur l’expression contemporaine, Université de Saint-Étienne, 1980.
Man Ray réalisa de nombreux portraits solarisés, cela dès l’automne 1929. Lee Miller a affirmé avoir allumé par erreur la lumière lors du développement des négatifs de Suzy Solidor. Comme on le sait, cet accident de laboratoire était connu depuis longtemps sous le nom d’« effet Sabatier », mais avait toujours été considéré comme un défaut. Personne n’avait jusque-là imaginé transformer cet avatar en expression artistique. De nombreuses études s’accordent pour dire que Lee Miller et Man Ray découvrirent la solarisation ensemble. Or seul Man Ray, l’artiste confirmé, convaincu par Dada, pouvait avoir l’idée d’utiliser ainsi le hasard – si tant est qu’il y en ait eu –, l’erreur, le défaut.
Emmanuelle de l’Écotais, « L’art et le portrait », in Alain Sayag (éd.), Man Ray, la photographie à l’envers. Centre Pompidou, 1998.
Mes chers amis, vous qui êtes ici, vous qui me regardez de loin, de plus loin même, je suis venu vous parler de la France, et donc de la République. Je suis venu vous parler de la France qui souffre surtout du froid en ce moment, mais aussi de la France qui espère augmenter son pouvoir d’achat, au lieu de le voir chuter de crise en crise.
En conséquence, voici mon programme. Non pas 110 propositions, non pas 60 propositions, ni même 20 ou 7. Mon quinquennat s’ouvrira sur deux réformes de structure : la baisse de la TVA et l’augmentation de la température.
Françaises, Français, ce changement, je vous le promets, j’y suis prêt. Et vous ?