Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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12 avril 2012

France 3 et la résurrection

Classé dans : Actualité, Littérature, Médias, Politique — Miklos @ 1:07

La résurrection d’un mort n’est pas plus impossible que l’illusion d’un grand nombre de témoins sages et éclairés qui l’attestent. — RR. PP. Richard et Giraud, Dictionnaire universel, dogmatique, canonique, historique, géographique et chronologique des sciences ecclésiastiques, t. 6, chap. « Religion ». Paris, 1765.

… le présent comporte un thème versif,un thème inversif et un thème aversif. […] Au thème versif qui oppose l’accompli à l’inaccompli, correspond, pour l’époque présente, le présent dit cursif, qui évoque un procès un cours. Au thème aversif qui verse l’inaccompli dans l’inaccompli, correspond le présent dit précursif, qui se montre habile, le style aidant, à exprimer le futur très prochain. — Annie Boone, André Joly, Dictionnaire terminologique de la systématique du langage. L’Harmattan, 2004.

On vient d’apprendre le décès d’Ahmed Ben Bella. Tous les médias en parlent, alors comment s’en distinguer ? Eh bien, France 3, ne voulant pas être de reste, annonce déjà sa résurrection prochaine – après tout, c’est de saison – et nous le montre bien vivant à Alger, parlant et bougeant, dans 7 mois et 4 jours. On imagine qu’ils ont utilisé la machine à explorer le temps de H.G. Wells pour un bref aller-retour qui leur a permis de rapporter ce scoop.

10 avril 2012

Contes et légendes de France (5)

Classé dans : Actualité, Histoire, Médias — Miklos @ 17:35

Les anniversaires sont toujours une bonne occasion de faire des cadeaux, et le centenaire de la catastrophe du Titanic (15 avril 1912) en est une excellente pour l’industrie du cinéma, pour les médias, et sans doute pour bien d’autres, de s’en faire.

France 5 n’est pas en reste et vient de diffuser, dans le cadre de C dans l’air, une émission intitulée « Titanic : 100 ans de fascination ». Et voici ce que Patrick Mahé, journaliste et écrivain – il vient de publier Titanic, l’aventure, le mystère, la tragédie aux Éditions du chêne –, y dit :

On a dit qu’autour du Titanic il y avait des superstitions, des malédictions, des signes qui venaient d’ailleurs, et il y en a un en particulier qui a beaucoup frappé l’imagination des catholiques en particulier : c’est le numéro d’immatriculation du bateau. Le numéro d’immatriculation du bateau c’est le 390904. Et si vous placez ce numéro dans un miroir, à l’envers, vous avez, vous lisez, dis-tinc-tement, NO POPE. Pas de pape. No pope. C’est l’inverse exact dans un miroir de 390904. Et du coup, les ouvriers catholiques qui étaient sur le chantier [naval à Belfast, en Irlande], minoritaires par rapport aux ouvriers protestants, ont fait des manifestations à l’époque pour demander qu’on change l’immatriculation du bateau. Ce qui a été refusé. Bon. C’est une chose qui a été portée au-delà des mers et au-delà des cieux maintenant, et je tenais à le dire à la suite de ce reportage.

Sans même faire usage d’un miroir, il faut beaucoup d’imagination pour reconnaître ce slogan anti-chrétien dans l’image inversée de ce numéro. Tentons la démarche opposée : partons du slogan et que dit le miroir ?

Il faut, là aussi, beaucoup d’imagination pour y reconnaître le 390904, on dirait plutôt un mot écrit en slavon (langue adoptée, comme on le sait, par l’Église orthodoxe, qui ne reconnaît d’ailleurs pas la primauté de l’évêque de Rome).

Mais le plus intéressant, c’est que ce numéro n’aurait jamais été celui du malheureux navire. On nous mène donc en bateau, et celui-ci n’arrive apparemment jamais à couler, comme bien de légendes urbaines qui ont la vie si dure…

Il se peut que l’origine de cette belle mais fausse légende soit due à des graffiti (écrits à l’endroit), que signalait Jacques d’Arnoux en 1965 sans mentionner un quelconque numéro de série :

6 mars 2012

Le candidat Sarkozy aurait-il changé sa position à propos du mariage de couples homosexuels ?

Classé dans : Actualité, Médias, Politique, Racisme, Société — Miklos @ 23:58

Invité de l’émission Des paroles et des actes de France 2, ce candidat (on sait à quoi) s’est vu interrogé entre autres sur l’impression que donnait au grand public sa fréquentation ostentatoire de personnes particulièrement riches ; il a répondu en invoquant l’amitié qui avait lié François Mitterrand à Yves Bergé.

Il a fallu quelques instants au journaliste pour lui demander (avec des pincettes, vu l’agressivité et la tension dès le début de l’émission) s’il ne voulait pas parler de Pierre Bergé, ce qu’il a confirmé.

Ce lapsus n’indiquerait-il pas qu’il aurait reconnu, au moins incon­sciemment, le mariage de Pierre Bergé avec son compagnon Yves Saint-Laurent (qui aurait pris le nom de son époux, comme c’est encore parfois le cas dans les mariages de couples hétérosexuels encore attachés à des traditions ancestrales) s’il avait eu lieu maintenant ?

On peut toujours rêver. Bien au contraire : ce mariage – et même sa version édulcorée, le contrat d’union civile qu’il avait promis de faire adopter avant fin 2007 – n’est pas très casher pour lui. Oups, ça m’a échappé. Mais vous, Françaises, Français qui me lisez, vous me comprenez : cette histoire de viande (je ne parle pas des couples homos) est le « premier sujet de préoccupation des Français ». C’est même lui qui l’a dit.

Et voilà que son premier ministre (pas celui du candidat, mais celui du Président) renchérit en parlant de « traditions ancestrales qui ne correspondent plus à grand-chose ».

Parlait-il, lui, de l’institution même du mariage ? Ou peut-être de la langue française ? Ou, pour remonter un peu plus loin, à la Grèce antique, de la démocratie ? Que nenni.

Or si ces déclarations – auxquelles se rajoute celle de Guéant – visent à attirer un électorat encore plus à droite (pour autant qu’il reste encore une distance quelconque entre les uns et les autres), en s’en prenant aux traditions comme le ferait une vulgaire gauche révolutionnaire voire anarchiste, ils risquent l’effet contraire : le renforcement de cette extrême droite sans qu’elle ait à parler aussi explicitement de sujets… délicats.

Quoi qu’il en soit, on n’est finalement pas si étonné de les voir exprimer encore plus clairement ainsi ce qu’ils pensent profondément de certains de nos concitoyens qu’ils considèrent comme des minorités qu’il faut distinguer et repousser au lieu de les intégrer en respectant leurs traditions et leurs identités. La pluralité n’est pas vraiment à l’ordre du futur radieux qu’ils projettent de mettre en place, s’ils conservent le pouvoir.

28 février 2012

La mauvaise foi des médias

Classé dans : Actualité, Médias, Politique, Racisme, Religion, Société — Miklos @ 11:52

Tout pour l’audimat : RMC, rapportant la tentative d’un père de brûler sa fille vive, l’intitule – voyez tout en haut de l’image – « Fille immolée par son père ». Ce n’est qu’en lisant l’article qu’on constate que, heureusement, il n’a pu mettre son geste à exécution.

Cette méthode qui consiste à attirer le chaland par des gros titres sensa­tionnels et de préférence gore et qualifiés comme celui-ci d’« exclusifs », est bien connue des tabloïds (Weekly World News en est un bon exemple ainsi que le récemment défunt News of the World, immolé pour de bonnes raisons, lui, par son père Molloch Murdoch).

Sur le fond, le prétexte à cette tentative de meurtre qu’on pourrait ironiquement qualifier de rituel est si tristement banal : le père musulman de la jeune femme la trouvait trop émancipée et ne supportait pas qu’elle fréquente un juif.

Par le hasard de la programmation d’un autre média, France 2 avait diffusé avant-hier Mauvaise foi, le film de Roschdy Zem, dans lequel il tient le rôle d’un jeune homme qui vit en couple avec une jeune femme. Ils vont avoir un enfant, et ne savent comment faire leur coming out à leurs parents respectifs qui ignorent tout de leur relation, ni comment gérer leurs traditions respectives : il s’avère qu’il est musulman et qu’elle est juive, et que cette composante de leur identité – jusqu’ici assumée tacitement par l’un et par l’autre (et pourtant cachée à leurs parents) qui, à juste titre, se considèrent simplement Français – ressort fortement à cette occasion ; mettre une mezouzah sur la porte, donner le prénom (arabe) du défunt père au futur fils (parce que ce sera un fils, inch Allah*), prendre parti dans le conflit judéo-musulman israélo-palestinien (et si le fils était tout simplement Français ?)… Heureu­sement, le seul problème d’essence ici semble être celui d’une camionnette qui a du mal à démarrer à un moment critique.

C’est un film gentil, plein de bonnes intentions et pour toute la famille (faut bien, pour pouvoir le diffuser en prime time) : après quelques cris et chuchotements, tout est bien qui finit bien (d’ailleurs le père n’aimait pas son prénom, ça tombe bien) et les deux familles, rayonnantes de bonheur, se retrouvent gaga autour du nouveau né. Mazal tov. Ah, si tout se passait comme ça, ce serait bien le meilleur des mondes.

Comme le montre l’information qui ouvre ce billet, ce n’est pas toujours le cas : les couples « mixtes » – que ce soit du fait d’une différence de couleur, d’âge, de religion, d’éducation, de culture, de classe… – peuvent être fort mal vus et rejetés (ou pire : « punis ») par leur entourage familial et/ou social.

C’est, plus généralement, le rejet de la différence réelle ou perçue – ce qui ne veut pas dire visible ! on ne « voit » pas forcément qu’une personne est juive, gaie, roturière ou noble – de l’individu qui fait peur : c’est un instinct qu’on retrouve dans le monde animal en général, et il n’est pas étonnant de le retrouver chez l’homme. Mais cet animal doué de raison (comme l’appelait Robert Merle) devrait pouvoir justement surmonter certains de ses instincts les plus bas, par l’éducation (à la maison, à l’école, dans la société), par la réflexion (la coopération est, à long terme, bien plus profitable que le conflit, ou, comme on le dit en mathématiques, un jeu à somme positive).

On peut toujours rêver, et c’est ce à quoi nous invite ce film.


* Ce que le film n’indique pas, c’est que cette tradition existe aussi bien chez les Juifs (mais le père de la jeune fille est bien vivant, lui)…

25 février 2012

2012, une année très olé-olé

Classé dans : Actualité, Langue, Médias — Miklos @ 14:21

À la fin du 12/13, le journal télévisé national de France 3, aujourd’hui. Jean-Marc Souami parle de la météo de la semaine à venir, qui comprend comme on le sait, un 29 février. Mais comme on ne s’en souvient pas forcément, il précise :

« Alors, la semaine : je vous rappelle que nous sommes dans une année bisexuelle » –, la présentatrice Catherine Matausch éclate alors de rire tandis qu’il se reprend : « bissextile, pardon », et rajoute in peto « non c’était peut-être le whisky… ». Cuite, pardon, suite d’une météo bien arrosée ?

Il semblerait que notre gai présentateur ne soit pas étranger à ce type de lapsus, révé­lateur on n’en sait rien, mais orienté (on peut encore le voir ici affirmer gauloi­sement : « Vous avez dû sortir votre instrument comme tout le monde… »), si beau qu’en cette période de Césars et d’Oscars, on lui accorde sans conteste le titre de Lapsus lazuli du mois.

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