Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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23 septembre 2010

Delanoë rejoint le PC, ou, de certains e-journalistes, de la véracité de leurs informations et de la perfectibilité de leur style, du blog du Pape et de celui d’Osama bin Laden

Classé dans : Actualité, Humour, Langue, Médias — Miklos @ 14:42

FrenchTribune.com est un site anglophone qui a pour vocation de fournir les nouvelles les plus récentes concernant l’Europe, les affaires en France et la santé dans le monde.

Ce vaste et ambitieux programme est assuré par de jeunes communicants dans les nouveaux médias (on préfère les qualifier ainsi, d’autant plus que certains sont issus de l’école de journalisme et de communication de l’université de la Méditerranée, du centre de formation et de perfectionnement des journalistes, voire de l’institut indien de journalisme et des nouveaux médias).

Ce qui frappe tout d’abord, c’est le charabia : un anglais approximatif, souvent truffé de fautes de grammaire (“the extension would have allow”, “a analogous threat”), mais surtout de lourdeurs de style dues à une traduction mot-à-mot du français (“Ryanair has taken decision to…” = « Ryanair a pris la décision de… », phrase qui se termine d’ailleurs par une autre faute de langage ; “The station was the objective of a terrorist attack” au lieu de “The station was the target…”) manuellement ou automatiquement. Certaines ne font pas sens : “Last weekend, though, the executive of French Interior Intelligence Agency Bernard Squarcini swayed warning signals that the French soil was endangered by never superior risk of terrorist attacks.” On se demande si l’auteur suggère que les services de sécurité intérieure du pays se servent d’une lanterne qu’ils balancent (sens littéral de sway) en titubant (autre sens de sway) au bout de leur bras pour signaler des dangers. La France est vieux jeu et parfois portée sur la bouteille, on le sait, mais à ce point ?

Ce qui nous a interpellé, c’est l’article dans lequel Rance Leroy (nom à consonance si anglophone mais aux textes si francophones) écrit, à propos du procès dans lequel Jacques Chirac s’engage : “The present communist mayor, Bertrand Delanoe, established £450,000 in recompense”. Passons sur les fautes de langue du paragraphe qui suit cette phrase (que l’on peut lire ci-dessus), mais, à moins que tout le site en général et cet article en particulier ne soient qu’un immense canular (on en doute) on se demande avec quelles notes ces communicants sont sortis de leurs écoles respectives.

Et entre temps, on ne peut que recommander aux fidèles lecteurs de French­Tri­bune.com de migrer en masse vers The Onion : c’est ce qu’on fait de mieux dans le genre journalistique décalé, aussi bien sur la forme que sur le fond. En plus, c’est un réel phénomène dans le monde des médias en ligne : il existe, lui, depuis 1996. Après l’avoir épluché (c’est un oignon, mais c’est de rire que vous pleurerez), allez donc lire les blogs du Pape et d’Osama bin Laden sur News Groper.

7 septembre 2010

D’un comte et d’une marquise, ou, qu’y a-t-il de commun entre OK Corral en Corse et le renouveau de la chorégraphie au XVIIIe siècle ?

Classé dans : Actualité, Cinéma, vidéo, Danse, Langue, Littérature, Musique, Médias — Miklos @ 0:04

Les médias audiovisuels n’ont que faire de l’orthographe, l’essentiel pour eux c’est l’oralité. Mais leur visibilité sur le web nécessite parfois de coucher sur le papier (virtuel) leur verbiage et le résultat peut être savoureux. C’est un cas d’homonyme homophone qui frappe aujourd’hui M6 :

On peut dorénavant s’attendre à tout : au comte d’Hoffmann, aux comptes des mille et une nuits, aux contes de l’État…

La confusion entre conte, comte et compte n’est pas récente. Jean Étienne Despréaux (1748-1820), « brillant auteur de chansons, vaudevilles et poèmes d’occasion » (selon Gabriella Asaro), ne l’a pas loupée :

Le « conte » auquel Despréaux fait allusion est sans doute le sonnet qui fait suite au bref essai Du tems, dans Les pensées de Monsieur le comte d’Oxenstirn sur divers sujets1, publié à Paris en 1774.

Le Temps perdu de Despréaux fait partie du savoureux recueil Mes passe-temps : chansons suivies de l’art de la danse, poëme en quatre chants, calqué sur l’Art poétique de Boileau Despréaux, orné de gravures d’après les dessins de Moreau le jeune avec les airs notés (Paris, 1806). Si vous voulez fredonner ce comte conte, vous y trouverez la partition ici. La seconde partie de l’ouvrage ne manque pas d’intérêt : les recommandations qu’il y donne sur la danse – qu’il a pratiquée, enseignée et produite – pourraient encore s’appliquer aujourd’hui :

L’esprit a son clinquant, la Danse a ses bluettes.
(…)
La danse à l’Opéra doit enchanter les yeux,
Et non les effrayer par des tours périlleux.
(…)
J’aime sur le théâtre un élégant danseur
Qui, sans se diffamer aux yeux du spectateur,
Plaît par sa grace seule, et jamais ne la choque :
Mais pour un faux plaisant, dont le bon goût se moque,
Qui, de sauts étonnans, est toujours occupé,
Qu’il s’en aille, s’il veut, sur des tréteaux grimpé,
Le long de nos remparts, séjour des pasquinades,
Sur la corde foraine, essayer ses gambades.
 
Trop souvent l’amour-propre en cet art fait décheoir :
Par les yeux d’un ami cherchez donc à vous voir.
Jeunes gens, vainement vous forcez la nature :
Croyez-moi, travaillez d’après votre structure,
Et ne vous parez point d’un mérite emprunté :
Chaque genre est brillant de sa propre beauté.

On trouvera ici une édition qui présente en regard l’œuvre de Boileau et celle de Despréaux. Et maintenant, voulez-vous danser, Marquise ?

___________________________
1 L’auteur en est le comte suédois Johan Thuresson Oxenstierna (1666-1733), appelé le Montaigne du Nord, et petit-neveu du grand chancelier Axel Gustafsson Oxenstierna af Södermöre, qui avait servi le roi Gustave Adolphe, puis la reine Christine de Suède, et est connu notamment pour son rôle lors de la guerre de Trente Ans et son établissement de l’administration centrale suédoise.

6 septembre 2010

Apostrophes : une question de culture, de toute la culture.

Classé dans : Langue, Littérature, Médias — Miklos @ 1:49

Il ne s’agit pas ici d’une célèbre émission people qui pivotait autour d’un animateur apostrophant (en clair, interpellant vivement et par surprise une personne, selon le Trésor de la langue française) ses invités pour leur faire dire ce qu’il voulait entendre, et que ce soit court, de préférence, et s’ils s’étripaient entre eux, quelle délectation s’inscrivait alors sur son visage !

C’est d’un « principe légèrement recourbé », « une petite note en forme de virgule » dont on parlera ici, qui « marque la suppression d’une voyelle et empêche de confondre deux mots en un seul »1. Or cette confusion persiste souvent, du fait de la suppression erronée de cette apostrophe ou de son rajout superfétatoire.

Prenons pour exemple Evene, qui se définit comme « le média culturel interactif de référence d’un large public en quête de savoir, de sens, et d’actualité sur ses loisirs culturels » et se donne pour devise « toute la culture ». Un des services que ce média propose est un recueil de citations. Il annonce en fournir 100.000, ce n’est pas rien. Il se peut que ce chiffre tout rond doive être un peu revu à la baisse, il arrive qu’une même citation s’y retrouve plusieurs fois, à l’identique ou non, d’ailleurs, dans sa formulation voire même dans son attribution. Mais ce qui frappe l’œil, ce sont les fautes d’orthographe qui émaillent ces bribes littéraires. En voici quelques-unes qui concernent un des mauvais usages de l’apostrophe, son rajout inutile :

L’adverbe davantage est déjà attesté, selon le Trésor de la langue française, en 1587 (chez Malherbe), et provient de l’agglutination de d(e) et de avantage. Il entre alors dans l’usage, mais sans doute de façon incertaine : certains auteurs continueront à utiliser d’avantage en lieu et place de davantage jusqu’au XIXe siècle, tandis que d’autres sauront maintenir la distinction. C’est ainsi que dans un texte publié en 1586 – un an avant Malherbe – , Eclaircissemens de quelques difficultez que l’on a formées sur le livre de la sainteté et des devoirs de la vie monastique de Armand-Jean-Baptiste Le Bouthillier de Rancé, on trouve l’usage correct des deux formes :

… & comme il n’y a rien qui s’y oppose davantage que la volonté propre, puis qu’elle est la source de tout mal & de toute iniquité… il n’y a rien à quoy leurs vœux les obligent davantage

et

…un exercice qui leur avoit procuré tant d’avantage & tant de gloire… dans lesquelles il veut que son nom soit plus glorifié, & que sa grace & sa misericorde paroissent avec plus d’avantage & plus d’éclat que dans les autres.

Moins sérieux dans le genre mais tout aussi dans l’orthographe, Jean de Rotrou2 fait dire à Ferrande, le confident fanfaron, dans sa comédie La belle Alphrede (1639) :

L’Espagne est mon pays, et Ferrande mon nom,
Qui ne doit rien au bruit d’une illustre maison,
Et que mes actions honorent davantage,
Qu’un grands nombre d’ayeuls, ny qu’un grand heritage ;
Ce nom est trop celebre, et mes moindres exploits,
Sont la frayeur du peuple, et l’entretien des Rois.

Quand bien même il s’agit d’un texte parlé où la distinction entre les deux graphies n’a aucune incidence pour l’oreille, Rotrou ne se trompe pas.

Par contre, en 1833, le comte J. Arrivabene écrit dans un rapport, à propos de la situation des paysans dans une commune belge :

Les fermiers ne donnent-ils jamais de l’ouvrage à la tâche aux journaliers ? Remarque-t-on que dans ce cas les journaliers travaillent d’avantage et gagnent plus que lorsqu’ils travaillent à la journée ?

et l’on trouve chez Adolphe Spineux, dans son ouvrage De la distribution de la vapeur dans les machines (Liège, Paris : 1869) :

Pour corriger l’imperfection de la courbe décrite par les boules, imperfection qui devient d’autant plus sensible que les boules s’élèvent d’avantage

Le comble de l’usage inutile de l’apostrophe se trouve dans la petite annonce suivante trouvée récemment dans Le Soir belge3 (pure coïncidence, les deux exemples précédents proviennent aussi de Belgique) :

« Almate » existe bien, c’est l’une des graphies de la ville d’Almaty (ex Alma-Ata) au Kazakhstan, mais la mention de la croatie (sic) enlève tout doute dans notre esprit.

On conclura ce voyage dans le temps avec cette citation d’Evene que l’on espère correcte, il avait tout compris, lui :

On peut entendre ici le contexte fort savoureux de cette apostrophe de Lapointe à Françoise (dite Framboise) quand elle revint avec ses seins angevins (deux fois dix)…

__________________
1 Jean-François Rolland, Nouveau vocabulaire, ou dictionnaire portatif de la langue française. Lyon : 1810.

Que la Wikipedia anglaise appelle simplement « Jean Rotrou », et annonce qu’il est né le 19 ou 20 août 1609, tandis que la Wikipedia française maintient la particule (l’espagnole la met entre parenthèses) et donne comme date de naissance le 21 août…

Grazie, Patrizia.

5 septembre 2010

“Adult services censored on Craigslist” not

Classé dans : Actualité, Médias, Société — Miklos @ 14:31

CNN reports today that Online classified service Craigslist’s decision to censor its adult services section could be a model for other websites”, according to Connecticut Attorney General. This “censorship” is quite far from absolute, though. As the article mentions, “for users who accessed the account outside the U.S., the erotic services link was still active”.

But they fail to mention a minor detail (contrarily to the BCC): this is not the case of any of the other worldwide Craigslist sites (there is one for many countries and also for important cities). So in the Paris section, one could read today an ad in perfect English whose opening line is: I am a sophisticated occasional escort who is living this lifestyle for the pleasure of meeting refined gentlemen”. For those refined gentlemen who might think the word “escort” refers here to “a person or group of persons accompanying another to give protection or as a courtesy” (according to the Merriam-Webster), she provides physical details about her “courtesan’s body” (it’s that kind of courtesy) for the person interested in “decadent sex”. Not explicit enough, Mr Craig?

As we’ve mentioned before, the so-called filtering mechanisms of Craigslist never prevented explicit ads about prostitution, drugs, illegal working or ID papers requests and the like. It may well be that they now heed the voice of the law in the US, but as in other illegal activities, it is so easy to delocalize them in a world where the arm of the law usually stops at the national borders. And that has already started: no wonder that some ads appearing in the Paris Craigslist website now mention US locations… Seek and ye shall find.

26 août 2010

Aujourd’hui il y a 66 ans

Classé dans : Actualité, Histoire, Médias — Miklos @ 23:17

Le Figaro, 26 août 1944

Le Figaro, 26 août 1944 : extraits de l’article de L. Gabriel-Robinet.

Le Figaro, 26 août 1944 : encadré.

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