Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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7 août 2010

Life in Hell: Libération conditionnel

Classé dans : Actualité, Médias — Miklos @ 13:45

« Mon sang ne fit pas cent tours. Mon sang ne fit pas cinquante tours. Mon sang ne fit pas vingt tours. (J’abrège pour ne pas fatiguer le lecteur.) Mon sang ne fit pas dix tours. Mon sang ne fit pas cinq tous. Non, mesdames, non, messieurs, mon sang ne fit pas seulement deux tours. Vous me croirez si vous voulez : mon sang… Mon sang ne fit qu’un tour ! » — Alphonse Allais.

« Libération : décharge d’une ser­vi­tude. » — Dictionnaire de l’Académie française, 1777.

Le soleil se lève, Akbar aussi. Il se rend, comme chaque matin, à la salle de sport. Ce n’est pas pour conquérir le titre de Mr Muscles mais pour éviter d’esse oppressum totius corporis doloribus et surtout qu’on le traite d’opimus, se dit-il dans son meilleur latin.

La séance assidûment et péniblement achevée, Akbar s’en rentre chez lui. Comme chaque matin, il ouvre sa boîte à lettres et en retire son exemplaire de Libération. Il s’y est abonné d’une part pour soutenir la presse, mais aussi pour assurer le mens sana maintenant qu’il a veillé au corpore sano.

Sur ces entrefaites, il croise le mari de la gentille et nonobstant observatrice Michèle. Après les salutations d’usage, celui-ci lui raconte que, chaque matin, il trouve le quotidien d’Akbar par terre près de la porte cochère. Pas très cachère comme livraison, se dit aussitôt Akbar, ça doit être le « porteur spécial » vanté par le formulaire d’abonnement qui le glisse sous la porte sans se fouler. Trop spécial ce porteur, opine Akbar in petto, ça doit être le même que celui de Télérama. Le mari poursuit : c’est moi qui le dépose dans votre boîte à lettres chaque jour, c’est la moindre des choses entre voisins. Il est vraiment aussi gentil que Michèle, en conclut Akbar qui le remercie avec profusion.

Le sang d’Akbar ne fait pas cent tours (etc., vid. sup.) : il écrit une lettre à Libération et leur intime d’assurer une livraison fiable et conforme à leur engagement faute de quoi il se libérera sur le champ de cette servitude volontaire en résiliant son abonnement. En attendant qu’ils répondent, ce sera Libération conditionnel.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

5 août 2010

L’orthographe de Midi Libre, encore des défis importants à régler.

Classé dans : Actualité, Langue, Médias — Miklos @ 12:17

La une de MidiLibre.com, aujourd’hui (corrigée plus tard).

29 juillet 2010

Life in Hell : la Poste et le poste.

Classé dans : Actualité, Médias — Miklos @ 18:46

« Un million de téléspectateurs fermeront peut-être leur poste après avoir ouvert Télérama. » (Source)

Le soleil se lève, Akbar aussi. Il descend prendre son courrier. Il ouvre sa boîte à lettres et découvre, stupéfait, plusieurs Téléramas destinés à ses voisins. Tiens, s’étonne-t-il, Mimi et Jaja lisent ça ? Que Nanard en soit un fan ne le surprend pas, par contre.

Quelle que soit son opinion personnelle de la dite publication, en bon voisin il dépose les exemplaires dans les boîtes idoines. De gustibus non disputandi, se dit-il dans son meilleur latin.

À ce moment, entre une factrice, belle, brune et ténébreuse. Akbar la salue et lui demande si c’est la Poste qui distribue ce… hum… périodique, et si oui, pourquoi elle les lui a tous donnés, il n’est pas la concierge de l’immeuble tout de même (pensant affectueusement, in petto et toujours en latin à la gentille et nonobstant observatrice Michèle).

La belle brune et ténébreuse lui répond que non, c’est une société privée qui en est chargée, et d’ailleurs dans les immeubles où elle vient de distribuer le courrier elle en a trouvé de nombreux exemplaires par terre – qu’elle a gentiment mis dans les boîtes de leurs destinataires afin de leur éviter un éventuel traumatisme dû au manque de leur drogue hebdomadaire – et a entendu des gens se plaindre de cet état de fait.

Akbar en déduit que Télérama a décidé d’optimiser ses frais en faisant distribuer son… hum… magazine au lance-pierre par un concurrent de la Poste. Bon coût pour Télérama, mauvais coup pour ses abonnés, conclut Akbar, en français cette fois. Bonus malus, lui souffle Jeff.

Bon bougre, il décide d’écrire à l’éditeur dudit… hum… hebdomadaire pour lui conseiller de demander à son prestataire de s’entraîner au lancer à distance de courrier, ou, à défaut, de le remplacer avantageusement par Romain Mesnil, par exemple, dont les qualités (de viseur) et la connaissance des rues de Paris ne sont plus à démontrer.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

4 juin 2010

Dominique de Villepin, l’autre tragédienne

Classé dans : Actualité, Lieux, Littérature, Médias, Théâtre — Miklos @ 16:50

La rubrique « Immobilier » du Point rapporte que :

l’hôtel particulier qu’est en train d’acquérir Dominique de Villepin, rue Fortuny, dans le 17e arrondissement de Paris, a appartenu à Sarah Bernhardt, une autre tragédienne. Et dans la maison d’en face est né et a vécu jusqu’à 18 ans un certain… Nicolas Sarkozy.

Ce dernier doit savourer l’opinion que ce quotidien exprime ainsi subtilement de son ennemi, à propos duquel Le Figaro écrit qu’il « fustige le “tout sécuritaire” de Sarkozy », tandis que Le Monde affirme que « Dans l’entourage du président de la République, nombreux sont ceux qui plaident encore pour une réconciliation entre M. Sarkozy et M. de Villepin ».

Dans ses mémoires, l’autre tragédienne – qui, hors de scène, ne manquait pas ni d’énergie ni d’humour, comme on pourra le constater – raconte les circonstances de son installation dans cette rue :

J’avais été nommée sociétaire [à la Comédie-Française] au mois de janvier et, depuis ce temps, il me semblait que j’étais en prison, car je m’étais engagée à ne pas quitter la Maison de Molière, d’ici beaucoup d’années. Cette idée me rendait triste. C’est Perrin qui m’avait poussée à demander le sociétariat. Et je le regrettais maintenant.

Je restai presque toute la fin de l’année, ne jouant que de temps à autre. J’occupais alors tout mon temps à surveiller la construction d’un joli hôtel que je me faisais bâtir au coin de l’avenue de Villiers et de la rue Fortuny.

Une sœur de ma grand’mère m’avait laissé par testament une assez jolie somme que j’employai à acheter un terrain. Mon rêve était d’avoir mon chez moi bien à moi; je le réalisai donc. Le gendre de M. Régnier, Félix Escalier, architecte très à la mode, me construisit un ravissant hôtel.

Rien ne m’amusait plus que d’aller dès le matin avec lui sur les chantiers. Puis, après, je montais sur les échafaudages mouvants. Après, je montais sur les toits. J’oubliais mes chagrins du théâtre dans cette nouvelle occupation. Oh ! mon Dieu ! je ne rêvais rien moins que de me faire architecte.

Puis, la construction terminée, il fallait penser à l’intérieur. Et je dépensais mes forces à aider mes amis peintres qui faisaient des plafonds dans ma chambre, dans ma salle à manger, dans mon hall : Georges Clairin, l’architecte Escalier qui était en même temps peintre de talent, Duez, Picard, Butin, Jadin et Parrot. Je m’amusais follement. Et je me souviens d’une farce que je jouai à une de mes parentes.

Ma tante Betsy était venue de Hollande, son pays natal, pour passer quelques jours à Paris. Elle était descendue chez ma mère. Je l’invitai à déjeuner dans mon nouveau local non terminé. Cinq de mes amis peintres travaillaient, qui dans une pièce, qui dans une autre; partout do hauts échafaudages étaient installés.

Moi, pour être plus à mon aise pour grimper les échelles, je m’étais mise en costume de sculpteur. Ma tante, en ma voyant ainsi, se trouva horriblement choquée et m’en fit la remarque. Je lui préparais une autre surprise : elle avait pris tous ces jeunes gens pour des peintres en bâtiment, et me trouvait trop familière avec eux. Mais elle faillit s’évanouir quand, midi sonnant, je me précipitai sur le piano pour accompagner la complainte des estomacs affamés. Cette complainte folle avait été improvisée par le groupe des peintres, mais revue et corrigée par les amis poètes. La voici :

Oh ! peintres de la Dam’ jolie,
De vos pinceaux arrêtez la folie !
Il faut descendr’ des escabeaux,
Vous nettoyer et vous faire très beaux !

Digue, dingue, donne,
L’heure sonne !
Digue, dingue, di…
C’est midi !

Sur les grils et dans les cass’roles
Sautent le veau, et les œufs et les soles.
Le bon vin rouge et l’Saint-Marceaux
Feront gaiment galoper nos pinceaux !

Digue, dingue, donne,
L’heure sonne !
Digue, dingue, di…
C’est midi !

Voici vos peintres, Dam’ jolie,
Qui vont pour vous débiter leur folie.
Ils ont tous lâché l’escabeau,
Sont frais, sont fiers, sont propres et très beaux.

Digue, dingue, donne,
L’heure sonne !
Digue, dingue, di…
C’est midi !

Puis, le chant terminé, je grimpai dans ma chambre et me mis en « belle Madame » pour déjeuner.

Ma tante m’avait suivie : « Voyons, ma petite, me dit-elle, vous êtes folle, de penser que je vais déjeuner avec tous vos ouvriers. Il n’y a vraiment que dans Paris qu’une dame peut faire de pareilles choses. — Mais non, ma tante, tranquillisez-vous. » Et je l’entraînai, quand je fus vêtue, vers la salle à manger, laquelle était la pièce la plus habitable de l’hôtel.

Les cinq jeunes gens saluèrent gravement ma tante qui ne les reconnut pas tout d’abord, car ils avaient quitté leurs costumes de travail et semblaient cinq jeunes gens froids et snobs. Mme Guérard déjeunait avec nous. Tout à coup, au milieu du déjeuner, ma tante s’écria : « Mais ce sont vos ouvriers de tout à l’heure ! » Les cinq jeunes gens se levèrent en saluant très bas. Alors, ma pauvre tante comprit son erreur et s’en excusa dans toutes les langues, tant elle était intimidée et confuse.

On espère que M. de Villepin, qui manie bien la plume, nous laissera des mémoires tout aussi spirituelles de son installation dans cet hôtel particulier. Quant au nom de la rue, il s’agit de Mariano Fortuny :

Mariano Fortuny (1871-1949) est un couturier de la Belle Époque qui, après avoir ouvert un atelier à Venise en 1907, a fondé une succursale à Paris où il a joui d’une grande vogue, s’est vu adresser des commandes par des femmes de la haute société et par des actrices renommées comme Sarah Bernhardt. Fortuny étant le neveu de Raymond de Madrazo, avec qui s’était mariée Maria Hahn, la sœur de Reynaldo, Proust parle dès 1909, dans une lettre à celui-ci, des « étoffes Fortuny ».

Kazuyoshi Yoshikawa, « Proust et Carpaccio : un essai de synthèse », in Travaux de littérature, vol. XIII, publiés par l’ADIREL. Klincksieck, Paris, 2000.

Cette rue a connu encore un résident célèbre, comme nous le rappelle le site La Provence à Paris :

La rue Fortuny (17e) est un de ces bijoux parisiens où l’imagination des architectes et décorateurs s’est débridée. Au numéro 2 une plaque rappelle qu’Edmond Rostand a vécu là de 1891 à 1897 et qu’il y a écrit son chef-d’œuvre, Cyrano de Bergerac. Un autre chef d’œuvre va voir le jour à cette adresse, l’enfant qu’il a avec son épouse Rosemonde Gérard : Jean Rostand ! Le dramaturge a pour voisine (à l’angle de la rue Fortuny et de l’avenue de Villiers) Sarah Bernhardt avec qui il va se lier d’amitié (et sans doute plus car affinités…). Il écrira pour elle deux pièces : La Princesse lointaine (pas si éloignée de lui en tous les cas) et La Samaritaine où l’on trouve bien de tout et surtout en l’occurrence, du talent…

Enfin, en 1933, Marcel Pagnol installe ses bureaux au n° 13, et il y restera jusqu’en 1950. (Terres d’écrivains, « Des écrivains dans le 17e »)

30 mai 2010

La modération du Monde à la 1984

Classé dans : Actualité, Médias — Miklos @ 0:28

Les lecteurs du Monde en ligne – comme ceux d’autres périodiques – ont la possibilité de commenter certains articles (d’autres ne sont pas ouverts aux réactions, sans doute pour éviter des polémiques sanglantes). Ces commentaires n’apparaissent pas en ligne sitôt écrits, ils sont d’abord « modérés » (comme on dit en franglais).

Il me semblait jusqu’ici que le sort d’un commentaire était d’être publié ou non. Je viens de constater qu’il en a un troisième, celui d’être publié après modification par le modé­rateur, sans avoir demandé l’autorisation de son auteur (qui signe le com­men­taire) ni mentionner que le texte en question a été modifié par une tierce partie.

En l’espèce, il s’agit d’un commentaire attaché à l’article Quelques heures suffisent au harcè­lement moral, selon la Cour de cassation ; il visait à répondre à un commentateur précédent, et disait :

@ jf berthe : entre « contrainte » (votre problème) et « maltraité, mis à l’écart, rétrogradé, dénigré et déchu de quelques responsabilités antérieures » (celle du plaignant) il y a un monde, non ? Votre psychisme est effectivement atteint.

La dernière phrase (citée ici de mémoire, on n’en a pas d’archives) reprenait celle du commentateur en question pour lui retourner sa dérision très mal placée. La modé­ration l’a tout simplement supprimée de la version qu’elle a décidé de publier, sans en changer le nom de l’auteur signataire, comme on peut le constater ci-dessous.

Or les « règles de conduite » imposées par Le Monde à ses commentateurs ne mentionnent que « En réagissant à cette information, vous autorisez la publi­cation de votre contribution, en ligne et dans les pages du Monde », et non pas l’autorisation de modifier la contribution. Le Monde, lui, serait-il dispensé de suivre la règle de conduite qui consiste à respecter le droit moral de l’auteur ?

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