Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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18 octobre 2008

La course effrénée des médias

Classé dans : Actualité, Médias, Société — Miklos @ 12:49

Le Monde rapporte l’enquête dont ferait l’objet DSK pour « un possible abus de pouvoir » du fait de sa vie intime. S’il est légitime de s’interroger sur le fait – la personne a-t-elle bénéficié d’« émoluments excessifs » (et non pas « excessive », comme l’écrit Le Monde sans se relire, dans sa hâte à être l’un des premiers à rapporter l’affaire) eu égard à sa fonction ou a-t-elle été poussée à la démission –, l’aspect « intime » n’a rien à y voir.

Cette curiosité maladive et obsessionnelle, qui intéresse surtout les puritains américains adeptes du battage de coulpe ou du lynchage publics et la presse people (voire peephole – ce qui n’a rien de très glory), envahit la France. Elle se nourrit, il faut aussi le dire, par la propension de certains de nos grands hommes à mettre en scène leur vie privée et leurs scènes de ménage d’une façon qui, parfois, n’est pas sans rappeler les comédies de Feydau. À d’autres moments, elle peut se terminer tragiquement sous un pont de Paris au terme d’une poursuite sans relâche de paparazzi. « Livré aux chiens », avait lancé Mitterrand après la mort de Pierre Bérégovoy.

Constatant que le prix de leur exhibition est finalement trop élevé, on en voit qui font maintenant appel à la justice, cousette chargée de faire des reprises dans leur cache sexe déchiré. Un spectacle de plus pour un certain public friand de froufrous.

6 janvier 2008

It was good while it lasted

Classé dans : Médias — Miklos @ 17:16

“I no longer love your mouth
I no longer love your eyes (…)
Your mouth. Your eyes.
The way you hold your pens and pencils.
I no longer love it.”

Laurie Anderson, “Sweaters”

“Adiós muchachos, compañeros de mi vida,
barra querida de aquellos tiempos.
Me toca a mi hoy emprender la retirada
debo alejarme de mi buena muchachada.”

— Carlos Gardel
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Dear International Herald Tribune,

I have been a long-time reader of the IHT – probably for well over twenty years: I must have started buying it daily in 1985, upon my arrival in France. While I was living in the US, there was a plethora of good newspapers in English, and I happened to enjoy measuring up to the NYT crossword puzzles – which, to my delight, were also available in your newspaper. Prior to that blessed period, I used to read the Jerusalem Post, which was then almost as good reading as Haaretz (which is as good as ever, now as then) but not quite; besides, that was before it started inexorably veering to the right and sliding down, and anyway, its crosswords were too British for my taste.

The IHT had other virtues which made its reading a pleasure: good articles from a variety of sources: a few but good local journalists, and many features from the NYT and from its partner in the venture, the Washington Post – in the blessed times that it was run by Katharine Graham; now that she is dead and that it is said to be turning neocon (yet it prominently publishes today George McGovern’s call to impeach Bush and Cheney), you kicked them out of the partnership. You’re thus becoming a closer but still quite pale clone of the NYT. Too bad you didn’t bring in the Los Angeles Times in lieu of the WP. I guess I was too hooked to kick the habit then.

But the last straw was thrown at me a few days ago, when the owner of my regular newsstand told me that, starting tomorrow, the price of a single issue would increase from 2.20€ to 2.50€. This is the combined costs of Le Monde (usually too arrogant for me, but quite good crosswords, albeit in French) and of Libé (the only left-leaning daily left in France)! This raise, together with the new weekend supplement, shows you’re increasingly catering to the upper crust and the jet set. I am not part of either, so it is time for us to part.

The internet is everywhere. I could just read online any one of the infinitely-many identical copies of any article of interest which multiply like swarms of locusts from newspaper to newspaper. Yet I find I still need a paper copy, something to hold in my hands, which has a finite size, which I can read while walking on the streets or stand in the métro, start and finish, tear parts of to file away, to pass on to a friend or to wrap something in. Or even to write on. As to the crosswords, rather than do them online, I’ll buy the books of collected puzzles the NYT publishes: fifty or more for the new cost of a couple of IHT issues, that’s quite a good deal, isn’t it. So:

“Dear Amigo… Dear Pardner…
Listen. I just want to say thanks. So… thanks. Thanks for all the presents. Thanks for introducing me to the Chief. (…)
Oh and uh… thanks for letting me autograph your cast.
Hug + kisses
Oh yeah. P.S.
I… I feel like – feel like – I am – in a burning building –
And I gotta go.”

— Laurie Anderson, United States

30 novembre 2007

Cachez ce nom que je ne saurais voir

Classé dans : Actualité, Littérature, Médias, Société — Miklos @ 0:04

« Il y a un lieu droit au milieu du monde, distinct du Ciel, de Mer & terre ronde, d’où l’on voit tout ce qui se sait en quelque part que ce soit & d’où l’on entend tout ce qui se dit. C’est là que demeure la Rumeur en toute saison, ayant établi son séjour & maison sur le sommet de la plus haute tour, où l’on peut voir mille entrées & mille & mille fenêtres pour y recevoir les nouvelles de ce qui se passe de tous côtés. Il n’y a point d’huis aux portes, nuit & jour tout y est ouvert. Les murailles sont d’airain, qui sans cesse résonne & fait bruit, en ne cessant de répéter tout ce qu’il entend dire, en quelque lieu du logis on y parle toujours. Le repos, ni le silence ne sont point reçus là dedans, mais on n’y ouït point aussi de cris éclatants ; le bruit qui s’y fait est de mille voix basses, que les uns & les autres se soufflent aux oreilles. C’est un bruit tout tel que celui de la mer, lors qu’on l’entend de fort loin, ou tel que celui qui se fait en l’air, après qu’on a ouï quelques grands éclats de tonnerre. Les galeries sont pleines de peuple qui va & vient, contant toujours quelque nouvelle. Les mensonges y courent ordinairement pêle-mêle avec les vérités ; ce ne sont que bruits sourds, desquels la plupart repaissent leurs esprits curieux, & les autres les publient encore à d’autres, mais ce n’est pas sans croître le discours de quelque invention : car toujours celui qui le rapporte l’augmente en y ajoutant du sien. Là tout est plein d’âmes crédules, d’esprits légers & faciles à décevoir ; on n’y voit que vaines joies, que craintes, qu’appréhensions ; il y a souvent du trouble & des séditions, & souvent se font des rapports, desquels on ne trouve pas le premier auteur. En fait, rien ne se sait au Ciel dans les palais étoilés, rien sur Terre, & rien dedans l’enclos de l’humide royaume de Neptune, dont la Déesse qui tient là son siège, n’aie connaissance. » – Ovide, Les Métamorphoses, Livre XII.

Contrairement à d’autres organes de presse, le Journal du Dimanche a reporté la mise en garde à vue d’un homme soupçonné d’avoir commis une vingtaine de meurtres en ne donnant que l’initiale de son nom de famille et en assortissant l’information de précautions oratoires du style « Nicolas P. aurait commis… ». On se demande quel en est le sens, quand la photo de l’homme illustre l’article, et son nom – en entier – se trouve mentionné dans l’entête de la page et dans le nom du fichier contenant la photo (détails que nous avons masqués dans l’image ci-dessous).

Si l’horreur des crimes ne fait pas de doute, aucun tribunal ne s’est prononcé sur la responsabilité de l’individu1. Dans l’éventualité d’un non-lieu, ce texte – et tous les autres rapportant l’arrestation – continueront à circuler éternellement dans la galaxie numérique tout en accumulant un nombre croissant de commentaires de tous genres dans leur traîne ; il ne manquera pas de bonnes âmes pour dire qu’il n’y a pas de fumée sans feu, l’écho de cette affaire ne s’éteindra pas et ne manquera de poursuivre cet homme : on a connu dans le passé les effets parfois tragiques de la rumeur que l’internet ne fait qu’entretenir et amplifier à l’infini, à l’instar de l’airain de la maison que décrit Ovide. Nihil novi sub sole.


1 C’est cette considération qui avait amené un tribunal belge à effacer du fichier en ligne reportant sa décision les noms des personnes impliquées dans une affaire pénale… sauf que le zélé fonctionnaire avait omis de le faire à la dernière page, où ils s’étalaient en toutes lettres.

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