Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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14 mars 2010

L’ange du bizarre

… tous mes esprits furent soudain ravivés par le son d’une voix caverneuse qui partait d’en haut et qui semblait bourdonner nonchalamment un air d’opéra. Levant les yeux, j’aperçus l’Ange du Bizarre. Il s’appuyait, les bras croisés, sur le bord de la nacelle, avec une pipe à la bouche, dont il soufflait paisiblement les bouffées, et il semblait être dans les meilleurs termes avec lui-même et avec l’univers.

Edgar Allan Poe, « L’Ange du Bizarre », in Histoires grotesques et sérieuses, traduites par Charles Baudelaire. Paris, 1865.

Il faisait très chaud, ce jour-là. Pas le moindre vent pour rafraîchir l’air ni faire bouger la nacelle. Elle s’était immobilisée au-dessus d’une grande agglo­mé­ration que l’ange ne connaissait pas encore : il était affecté à une autre galaxie de l’Univers. Il consulta Google Maps sur son iPhone : droit sous la nacelle, il y avait une piste qui conviendrait bien à l’atterrissage, appelée BD Sébastopol. Le « BD » désigne sans doute sa position géographique dans le quadrillage de cette planète, se dit l’ange. Il ôta sa robe de laine blanche, très agréable dans les grands froids de la stratosphère mais qui commençait à l’incommoder par ce beau temps, puis enfila par pudeur sa toge favorite, faite d’un tissu si fin qu’elle en était transparente pour tout autre œil que le sien. Il tira sur la valve du ballon, qui descendit silencieusement vers le sol et se posa délicatement, tel Neil Armstrong sur la Lune, à l’endroit précis qu’il avait repéré.

Lorsque les premiers passants aperçurent cet étrange objet immobile dans le ciel, comme suspendu, puis se rapprochant d’eux, ils se figèrent, ce qui ne manqua pas d’attirer une foule de plus en plus vaste, venant des rues avoisinantes, sortant des magasins, délaissant les tables des restaurants. Rapidement, elle déborda du trottoir sur la chaussée et la circulation dut s’arrêter. Les conducteurs frustrés, après avoir passé un moment à klaxonner furieusement, sortaient de leurs véhicules, et, voyant les autres le regard levé vers le ciel à l’instar de la célèbre scène des Rencontres du troisième type, adoptaient immanquablement la même posture. Un vide s’était formé au cœur de la foule, au coin du boulevard et de la rue Aubry-le-boucher : c’est là que le cube gris, surmonté d’une étrange silhouette, se posa doucement.

L’ange était surpris qu’il y ait tellement d’humains pour l’accueillir. Après tout, c’était une escale imprévue : passant par là, il avait décidé au dernier moment de jeter un œil de plus près sur cette Terre dont les bruyants twits arrivaient souvent jusqu’aux cieux pour en disparaître aussi vite. Ces hommes et ces femmes étaient bizarrement accoutrés : à première vue, tous diffé­remment, mais en fait se ressem­blant dans le style, la forme, les couleurs. Ce que l’ange trouvait parti­cu­lièrement dissonant, c’était justement cette multiplicité de couleurs : il était habitué aux tenues monochromes, souvent blanches. Ces caractéristiques s’étendaient aussi à leurs coiffures savamment négligées, scientifiquement frisées et multicolorées, sans pour autant égaler les splendides arcs-en-ciel qu’il lui arrivait de dessiner dans ses moments de loisir. Certains humains avaient des parties du visage curieusement agrafées de vis et de clous dont l’ange ne pouvait imaginer la fonction.

La foule put alors examiner la chose qui était posée sur le cube. À certains, elle suggérait un Xipéhuz : la partie inférieure était constituée d’un cône noir ; sur son sommet étaient disposés deux grands triangles dont un côté dessinait une sorte de colonne vertébrale légèrement sinueuse. Il s’agissait en fait des ailes de l’ange, qui n’étaient pas constituées de vulgaires plumes de poulet comme le représente l’icono­graphie religieuse avec entêtement depuis des siècles, mais d’une solide armature d’un métal rare, et d’un voile transparent mais très résistant aux coups de vent et aux cyclones qu’il aime traverser avec un certain plaisir pervers. Des deux côtés du cou, deux yeux gris cernés de blanc, écarquillés de surprise. Et enfin, au dessus, la tête, suggérée par la forme d’un menton volontaire. La silhouette élégante surplombait la foule.

L’ange avait atterri le regard vers les Halles. Lorsqu’il se retourna, il aperçut avec stupéfaction un édifice aux parois de verre et constitué de tuyaux en métal bleu, rouge et vert, qui lui semblait plus familier, plus proche, que tous les immeubles de pierre ou de béton qui l’entouraient. Était-ce une auberge pour anges voyageurs ? un garage à nacelles ? il décida d’aller voir cela de plus près. Malheureusement, il était fixé à son socle, et celui-ci ne parvenait plus à s’élever au-dessus du sol. Depuis, l’ange est figé là…

Il existe un tableau de Klee qui s’intitule « Angelus Novus ». Il représente un ange qui semble être sur le point de s’éloigner de ce sur quoi son regard est fixé. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. C’est ainsi qu’on se représente l’ange de l’histoire. Il a le visage tourné vers le passé. Là où nous voyons une succession d’événements, il ne voit qu’une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d’amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et réunifier ce qui a été brisé. Mais une tempête souffle, parvenant du paradis ; elle se prend dans ses ailes, si violement que l’ange ne peut plus les replier. Cette tempête le pousse irrésistiblement vers le futur auquel il tourne le dos, cependant que, devant lui, s’amassent les débris montant jusque aux cieux. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès.

Walter Benjamin, “On the Concept of History”.

27 septembre 2009

Les yeux d’Athènes

Classé dans : Athènes, Lieux, Peinture, dessin, Photographie, Sculpture — Miklos @ 12:37

16 août 2009

Life in Hell: un musée qui se mérite

Jeff, Akbar et Sophie partent revisiter le mu­sée de la Renaissance au château d’Écouen par une très belle et très calo­ri­fique journée d’été. Le ciel est d’un bleu sans tache, les mûres sauvages succu­lentes, et l’épais ombrage des arbres frais et accueillant. Il n’y manque qu’un pépie­ment joyeux ; mais même s’il y en avait, il serait couvert par le vrom­bis­sement assour­dissant des oiseaux de fer, ces avions qui se succèdent sans relâche au-dessus de leurs têtes.


Nos compères arrivent à destination vers midi – la route étant en travaux sur toute sa longueur et la vitesse limitée à 30km/h –, pour s’entendre dire que le musée ferme à 12h45. Ce n’est pas la première fois qu’on leur fait ce coup-là : c’était aussi le cas à l’abbaye de Hambye qu’ils n’ont eu que huit minutes pour visiter. C’est tout de même curieux qu’en période estivale, et donc d’affluence touristique, des musées nationaux ou régionaux d’accès plutôt difficile pour qui ne possède pas de voiture et qui ne peut se lever aux aurores pour y arriver à 9h30, ferment à l’heure du repas. Et d’autant plus désagréable s’il n’y a rien à faire ni à manger dans les parages, dans l’hypothèse où l’on voudrait en attendre la réouverture.

Ils se précipitent pour visiter la petite exposition temporaire, Le Bain et le miroir, consacrée aux soins du corps et cosmétiques à la Renaissance. Les tableaux, les gravures, les livres et les objets – quelques-uns particulièrement intéressants ou beaux – y sont disposés d’une façon agréable. À première vue. Car lorsque l’on veut en voir certains de près, on ne peut le faire qu’en se plaçant entre le spot qui les éclaire de façon dramatique et ces objets, qui, du coup, en deviennent invisibles. D’autre part, là comme ailleurs, lorsqu’il y a plusieurs petits objets dans une même vitrine, quand les légendes les décrivant sont numérotées (ce qui est loin d’être toujours le cas), les objets eux-mêmes ne le sont pas en général…

À 12h35, dix minutes avant l’heure annoncée, ils sont éconduits de l’exposition. Le caissier, prévenant, leur indique la présence d’un restaurant dans le château. Ils s’y rendent, et constatent qu’il est loin d’être plein. Mais le personnel leur dit qu’il n’y aura des places pour eux qu’une heure plus tard… Le trio, déçu mais qui tient vraiment à reprendre sa visite, se rend à Écouen le bourg puis à Villiers-le-Bel, mais ne trouve ni ici ni là aucun restaurant. Ils finissent par s’acheter des sandwiches dans une boulangerie (serait-ce la seule de la région ?) et une bouteille d’eau dans une superette pour tromper leur faim. Sophie, elle, a toujours soif.

Revenus à 14h au château enfin rouvert, ils peuvent enfin parcourir à leur aise la chapelle, les appartements, des salles et une impressionnante galerie, tous fort bien conservés ou restaurés. Tandis que Sophie bavarde avec ses voisines, Akbar mitraille et Jeff s’efforce de lire la documentation disponible à l’entrée des espaces : elle est instructive, mais nécessite souvent une boussole pour s’y retrouver (« sur le mur nord », « côté ouest »…) ou de deviner quel est le côté cour ou jardin (« à gauche en entrant » quand il y a deux entrées opposées…).

Malgré les surprises récurrentes, ils admirent avec un plaisir non mitigé des pièces vraiment remarquables d’art essentiellement profane de la Renaissance, à l’instar de vitraux en excellent état ; les splendides tapisseries de David et Bethsabée, foisonnantes de personnages et d’animaux, qui relatent la turpitude du grand roi et ce nonobstant coureur de jupons, et la punition divine qui le frappe ; les peintures de cheminées fort bien restaurées et de très beaux tableaux ; du mobilier en bois merveilleusement sculpté ou décoré de marqueterie, quelques bronzes dont deux bustes très vivants d’Antinoüs et de Hadrien fourrés dans un recoin assez obscur, une multitude d’ouvrages en céramique et d’émaux, des pièces d’orfèvrerie d’une époustouflante richesse de détails…

Ils ne peuvent malheureusement voir tout ce qui est exposé, et notamment les tentures de cuir peintes : jusqu’à 80% des ampoules qui éclairent certaines salles sont éteintes, plongeant ainsi ces pièces dans une pénombre fort profonde. Une préposée à laquelle ils s’adressent explique qu’elles ont effectivement grillé, et que la personne qui en est chargée est en vacances. Difficile de savoir si ses vacances sont longues ou la durée de vie de ces ampoules courte, mais le résultat est là…

Sophie partie, ils vont dîner chez Martine, qui, mettant les petits plats dans les grands, les régale avec du saumon fumé de Patagonie (Akbar adore), de Laponie (Jeff et Martine préfèrent) et d’Irlande (qui se laisse aussi manger).

C’est une belle journée d’été.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

7 août 2009

La Vénus de Milo en visite incognita à Paris

Classé dans : Photographie, Sculpture — Miklos @ 20:40

«Malraux faisait remarquer que l’absence des bras rend les Victoires grecques plus symboliques encore que ne les avaient conçues leurs créateurs, et donc que l’admiration qu’elles nous inspirent est en grande partie étrangère à leur style. Comme les statues achéïropoïètes d’Inde et de Byzance, la Victoire de Samothrace n’est plus une invention humaine. En art, tout peut faire sens, surtout les blancs et les vides à travers lesquels l’esprit vagabonde. « La valeur inestimable de ces choses retrouvées réside, je le crois, dans le fait que l’on puisse les considérer vraiment comme des inconnues ; on ne connaît rien de leur intention, et on ne peut – tout au moins le profane – y attacher rien de matériel ; nulle voix secondaire n’interrompt le silence recueilli de leur existence et leur durée est sans repentir et sans angoisse. […] elles sont, un point, c’est tout. » (R.M. Rilke, Lettre à Lou Andréas Salomé, 1903). Une étape décisive sera franchie lorsque, d’accidentelle qu’elle était, la mutilation deviendra essentielle, c’est-à-dire qu’elle deviendra une part essentielle de la vérité de la sculpture. D’aléatoire qu’elle était, la mutilation deviendra volontaire – nous le verrons plus loin avec Rodin –, car qu’est-ce que la sculpture sinon, de tous les arts, celui qui, par excellence, est en prise sur l’inachevé ? – quel mouvement s’y achève ? La métamorphose de la sculpture est la sublimation de la douleur en joie : pesanteur devenue légèreté. Car la mutilation en sculpture, qu’elle soit accidentelle (Vénus de Milo) ou intentionnelle (L’Homme qui marche), n’a rien à voir avec la mutilation réelle – laquelle dénote souffrance et laideur.» Ce seul fait suffirait à nous faire regarder d’un autre œil ces statues où nous croyons voir des corps. La Vénus de Milo a le charme de la jeunesse éternelle, L’Homme qui marche, celui de la santé et de la robustesse.

Christian Godin, La Totalité 4. La totalité réalisée. Les arts et la littérature. Éd. Champ Vallon, 1997.

30 mai 2009

Nos amis les bêtes

Classé dans : Lieux, Nature, Photographie, Sculpture — Miklos @ 21:44


Entrée du cimetière animalier (dit “des chiens”) d’Asnières
Plus de photos ici

Comme le remarquait déjà Elzéar Blaze en 1846, le chien « a été, est encore le type des choses les plus abjectes ; on dit tous les jours : vilain chien, sale comme un chien, méchant comme un chien, puant comme un chien »1. Gringo, le communiste endoctriné, hurle : « Sale juif ! sale chien ! je t’apprendrai qu’un révolutionnaire ne doit désespérer de personne ! »2 Ingrid Fogel, la terroriste en déroute de Volodine, lance au policier chargé de l’arrêter : « Sale connard de flic, sale dogue, tu n’as en tête que ta mission de tueur, fils pourri de la flicaille et de l’impérialisme, valet des Américains, sale garde-chiourme des esclaves bedonnants, sale chien, tueur à gage des sociaux-traîtres, social-vendu toi-même, sale dogue, mon dogue. »3

Et pourtant, affirme Blaze, « le chien a été le symbole de l’intelligence, de la fidélité, de la vigilance, de la bonté, ce qui est juste. » Ce qui n’est pas forcément exclusif de l’autre vision, en tout cas pour certains ; ailleurs dans son ouvrage, Blaze relate cette petite anecdote qui ne manque pas de saveur et d’intelligence :

Scarron dédia ses poésies à une chienne. Voici le titre de cette dédicace : A très honeste et très divertissante chienne dame Guillemette, petite levrette de ma sœur. Plus tard s’étant brouillé avec sa sœur, il mit dans l’errata d’une édition nouvelle : « Au lieu de chienne de ma sœur, lisez : à ma chienne de sœur. »

On ne peut douter des qualités de l’animal – et des animaux domestiques en général – à la lecture des épitaphes du cimetière animalier d’Asnières (plus connu sous le nom de cimetière des chiens) : mélancoliques ou désespérées, poétiques, sobres ou factuelles, elles reflètent toutes la disparition d’un être qui avait souvent accompagné fidèlement une solitude profonde et comblé le besoin d’amour de l’être humain, celui de l’éprouver pour autrui et celui d’en être l’objet. On y retrouve aussi quelques stars – tel Rintintin, la mascotte d’un régiment dans une série télévisée – mais aussi des petits héros bien réels. À leurs côtés reposent bien d’autres animaux – chats, moutons, lapins… mais aussi chevaux – dont le titre de gloire aura été, au moins, celui de sauver leur maître d’une isolation affective totale.

Alors si l’on sourit aux épitaphes parfois équivoques – est-ce vraiment un animal qui est enterré ici ou un être humain ? – mais souvent pathétiques et émouvantes (« À la mémoire de ma chère Emma fidèle compagne et seule amie de ma vie errante et désolée » ou « Sophie mon bébé nous avons eu 17 ans d’amour toi et tes petites sœurs vous avez remplacé l’enfant que je n’ai pas eu. Je t’aime à jamais. Ta petite mère », ou encore « décue par les humains, jamais par mon chien »), à certains monuments kitsch, aux chats errants silencieusement entre les tombes tels des âmes en peine, on lira pour finir ce beau petit texte de Beaudelaire :

«J’invoque la muse familière, la citadine, la vivante, pour qu’elle m’aide à chanter les bons chiens, les pauvres chiens, les chiens crottés, ceux-là que chacun écarte, comme pestiférés et pouilleux, excepté le pauvre dont ils sont les associés, et le poëte qui les regarde d’un œil fraternel.

Fi du chien bellâtre, de ce fat quadrupède, danois, king-charles, carlin ou gredin, si enchanté de lui-même qu’il s’élance indiscrètement dans les jambes ou sur les genoux du visiteur, comme s’il était sûr de plaire, turbulent comme un enfant, sot comme une lorette, à moins qu’il ne soit insolent et hargneux comme un domestique ! — Fi surtout de ces serpents à quatre pattes, frissonnants et désœuvrés, qu’on nomme levrettes, et qui ne logent même pas dans leur museau pointu assez de flair pour suivre la piste d’un ami, ni dans leur tête aplatie assez d’intelligence pour jouer aux dominos !

A la niche, tous ces fatigants parasites ! Qu’ils retournent à leur niche soyeuse et capitonnée ! Je chante le chien crotté, le chien pauvre, le chien sans domicile, le chien flâneur, le chien saltimbanque, le chien dont l’instinct, comme celui du pauvre, du bohémien et de l’histrion, est merveilleusement aiguillonné par la nécessité, cette si bonne mère, cette vraie patronne des intelligences !

Je chante les chiens calamiteux, soit ceux qui errent solitaires dans les ravines sinueuses des immenses villes, soit ceux qui ont dit à l’homme abandonné, avec des yeux clignotants et spirituels : « Prends-moi avec toi, et de nos deux misères nous ferons une espèce de bonheur ! ». . .

Il y en a qui couchent dans une ruine de la banlieue et qui viennent chaque jour, à heure fixe, réclamer la sportule à la porte d’une cuisine du Palais-Royal ; d’autres qui accourent de plus de cinq lieues pour partager le repas que leur a préparé la charité de certaines vierges sexagénaires, dont le cœur inoccupé s’est donné aux bêtes, parce que les hommes imbéciles n’en veulent plus. . .

Que de fois j’ai contemplé, riant et attendri, tous ces philosophes à quatre pattes, esclaves complaisants, soumis ou dévoués, que le dictionnaire pourrait aussi bien qualifier d’officieux, si l’homme trop occupé de son bonheur avait le temps de ménager l’honneur des chiens.

Et que de fois j’ai pensé qu’il y avait peut-être quelque part» (qui sait, après tout ?) pour récompenser tant de courage, tant de patience et de labeur, un paradis spécial pour les bons chiens, les pauvres chiens, les chiens crottés et désolés ? Swendenborg affirme bien qu’il y en a un pour les Chinois et un pour les Turcs. . .

Charles Baudelaire, « Les bons chiens », Revue nationale et étrangère, 1867.


1  Histoire du chien, Paris, 1846.
2 Marguerite Duras, Abahn Sabana David, 1870.
3 Antoine Volodine, Lisbonne dernière marge, 1990. Cité par Chloé Conant, « “Ni départ ni bateau” : la Lisbonne sans issue d’Antoine Volodine », in Lisbonne. Géocritique d’une ville, Alain Montandon (éd.), 2006.

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