Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

This blog is © Miklos. Do not copy, download or mirror the site or portions thereof, or else your ISP will be blocked. 

16 mai 2012

Le Canard et le rossignol

Classé dans : Littérature, Musique, Photographie, Sculpture — Miklos @ 14:42


Canard et le Rossignol de la fontaine Igor-Stravinsky

Sur les bords d’une mare un canard barbotait,
Et d’un triple mérite en ces mots se vantait :
Je nage dans les eaux, je marche sur la terre,
Et si quelque ennemi me déclare la guerre,
Je puis en m’envolant l’éviter dans les airs.
Quel autre obtint du ciel des talents plus divers ?
            Un rossignol qui becquetait des roses
            S’approche et dit :
Faire beaucoup de choses
Tant bien que mal, ne valut jamais rien.
Il s’agit d’en faire une et de la faire bien.

Victor de Perrodil

26 mars 2012

Un grand homme

Classé dans : Littérature, Photographie, Sculpture — Miklos @ 20:49

« Celui qui est grand, maigre et délié est peu sage, vain, menteur, d’un tempérament robuste, inquiet dans ses désirs, facile à croire ce qu’on lui dit, lent dans ce qu’il fait ; et grandement attaché à son opinion. » — Albert le Grand (saint), Les admirables secrets d’Albert le Grand contenant plusieurs traités sur la conception des femmes, et les vertus des herbes, des pierres précieuses, et des animaux. Augmentés d’un abrégé curieux de physionomie, et d’un préservatif contre la peste, les fièvres malignes, les poisons, et l’infection de l’air. Cologne, 1706.

« L’homme le plus long, le plus mince, le plus étroit, le plus géométriquement abstrait dans toutes ses dimensions – le plus frotté de grec, de latin, d’étymologies, d’onomatopées – de thèses, de diathèses, d’hypothèses, de métathèses – de tropes, de syncopes et d’apocopes – la tête qui contient le plus de mots contre une idée, de sophismes contre un raisonnement, de paradoxes contre une opinion – de noms, de prénoms, de surnoms – de titres oubliés et de dates inutiles – de niaiseries biologiques, de balivernes bibliologiques, de billevesées philologiques – la table vivante des matières du Mithridate d’Adelung et de l’Onomasticon de Saxius !… » — Charles Nodier, Histoire du Roi de Bohème et de ses sept châteaux. Paris, 1830.

« Écoutez un peu ceci. Connaissez-vous M. de B… le berger extravagant de Fontainebleau, autrement Cassepot ? savez-vous comme il est fait ? grand, maigre, un air de fou, sec, pâle ; enfin tel que le voilà, il logeait à l’hôtel de Lionne avec le duc et la duchesse d’Estrées, madame de V. et mademoiselle de V. […] Savez-vous ce que faisait ce Cassepot à l’hôtel de Lionne ? l’amour, ma fille, l’amour avec mademoiselle de V. tel que je vous le figure ; elle l’aimait. Benserade dirait là-dessus, comme de madame de… qui aimait son mari ; tant mieux si elle aime celui-là, elle en aimera bien un autre. » — Lettre de madame la marquise de Sévigné à Madame la comtesse de Grignan, 25 mars 1689.

17 août 2011

L’ange gardien des ordinateurs se trouve à…

Classé dans : Architecture, Lieux, Littérature, Photographie, Sculpture — Miklos @ 10:30

Bruges: entrée du béguinage. Autres photos ici.

…Bruges, à l’entrée du béguinage (quand avez-vous effectué votre dernière sauvegarde, cher lecteur ?). La ville, à l’instar de Venise ou du Mont Saint-Michel, mérite bien son titre de Bruges-la-Morte, figée qu’elle est en grande partie dans un splendide passé, muséifiée, et conséquamment envahie de troupeaux de touristes las qui y grouillent en prêtant à peine l’oreille à un guide ou l’œil figé dans le viseur de leur caméra numérique, se déplaçant tel le flot d’une lave de boue dans les ruelles pullulant de commerces de bouche, du fast food au plat prétendument typique et surtout cher, de chocolatiers et de gaufriers, de magasins de souvenirs se succédant porte à porte.

Et malgré tout, comme l’écrit Émile Verhaeren à propos du roman Bruges-la-Morte (1892) de Georges Rodenbach,

J’entendais dire : Bruges-la-Morte n’est point le vrai Bruges que les voyageurs rencontrent en débarquant là-bas. (…) Bruges fut chantée par Rodenbach parce que, parmi toutes les villes de la terre, il la croyait le mieux d’accord avec sa mélancolie. Il lui importait peu d’être exact, il lui importait beaucoup d’être ému. Son livre est une peinture attendrie et pieuse. Des églises, des places, des palais, des canaux, des quais, des étangs, des ponts de Bruges, il avait la nostalgie, il la communiqua au public.

Il le fit aussi dans un autre roman, Le Carillonneur (1897) – métier encore très vivace en Belgique, où l’on peut même entendre les cloches d’une cathédrale sonner un tango argentin… – :

À s’isoler, à fuir sans cesse dans la tour, Borluut ne goûta plus que la mort.

Du haut du beffroi, la ville apparaissait plus morte, c’est-à-dire plus belle. Les passants s’effaçaient. Les bruits cessaient en route. La Grande Place s’allongeait, grise et nue. Les canaux reposaient ; leurs eaux n’allaient nulle part ; ils étaient veufs de tout bateau, inutiles aussi, et semblaient posthumes.

Au long des quais, les demeures étaient closes. On aurait dit que, dans chacune, il y avait un mort.

Impression funéraire, unanime ! Borluut exultait. C’est ainsi qu’il voulut Bruges. Naguère il ne se voua à restaurer, éterniser toutes ses vieilles pierres qu’avec la conscience et la joie de sculpter son tombeau.

Le carillon lui-même, il l’ambitionna et l’accapara pour mieux célébrer et annoncer la mort de la ville aux horizons. Maintenant encore, quand il jouait, promenant ses mains sur le clavier, il se faisait l’effet à lui-même de cueillir des fleurs, de les arracher, avec de durs efforts, à des tiges résistantes, s’obstinant quand même, complétant sa moisson, saccageant le parterre des cloches, et alors d’effeuiller des corbeilles pleines, des bouquets de son, des guirlandes de fer, sur la ville au cercueil.

Ne fallait-il pas qu’il en fût ainsi ? C’était la beauté de Bruges d’être une morte.

Et c’est ainsi qu’on l’avait vue, une fois en plein hiver, sous la neige. Pas un chat, pas un touriste. Un silence, non pas de mort mais de paix, recouvrait la ville, à l’exception de l’église du béguinage, d’où sortait le chant des bénédictines. Le temps s’était arrêté.

Bruges : le béguinage. Autres photos ici.

15 août 2011

Le cœur de l’Europe

Calendrier pour l’année 1871 (détail). Béguinage d’Anderlecht.

Bruxelles est la capitale d’une Europe qui, à l’image de la Belgique, n’a pas les coutures très solides : ses deux ventricules ne s’accordent pas. Dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, Jules César aurait pu aussi bien écrire Belgium est omnis divisum in partes tres (en comptant la petite région germanophone). Il ne l’a pas fait et a plutôt vanté le courage de ce peuple : Horum omnium fortissimi sunt Belgae. Près de deux millénaires plus tard, un certain Jean Le Mayeur chante la gloire de ce pays :

Je chante ce pays rival de l’Italie,
Par son agriculture et par son industrie ;
Pays à qui l’Anglais doit le plan de ses lois ;
Le Français, son ClovisFils de Childéric, roi des Francs de Tournai, et trois souches de Rois ;
L’Europe, des héros d’une valeur sublimeOn pense évidemment à Tintin et au commissaire Maigret. ;
L’Asie, un conquérant, seul vainqueur à SolymeJérusalem. Il s’agit de Godefroy de Bouillon ;
La terre, le bienfait de mille inventionsLa gaufre et la bière, principalement.,
Transmises de nos bras aux autres nations ;
La mer, sur tous les bords où s’étend le commerce,
L’un des premiers essais des trésors qu’il nous verse.

Jean Le Mayeur, La Gloire Belgique, poème national en dix chants. Louvain, 1830.

On pourra voir ici quelques photos de son palais royal.

15 juin 2011

L’homme au nez cassé

Classé dans : Peinture, dessin, Photographie, Sculpture — Miklos @ 20:57

Homme au nez cassé. Street art.

Voici maintenant Rodin logé à Montmartre. Il est entré chez Carrier-Belleuse, rue de la Tour-d’Auvergne.

Ce Carrier-Belleuse était un sculpteur qui ne faisait que du chic ; mais il avait un goût très fin, très artiste, et il était, lui aussi, d’une habileté invraisemblable. C’était un type très allural, l’air d’un d’Artagnan. Ses ouvriers, il en occupait bien une vingtaine, copiaient à l’envi ses manières et son pantalon à vis, son chapeau vaste et ses souliers à boucles. Mais l’argent l’entraînait ; aussi, il inondait le Marais de statuettes et de dessus de pendules. Je dois dire tout de suite que beaucoup de ces sujets-là sortaient des doigts de Rodin.

On a écrit que ce dernier « avait fait de la pratique » chez Carrier-Belleuse. C’est inexact. Rodin n’a jamais été, même à ses débuts, un « praticien » ! Il n’exécuta, chez Carrier, que des modèles.

Dans ce nouvel atelier, on s’émerveillait encore de voir Rodin terminer en quelques heures une statuette ou un bibelot. « Et c’était toujours une jolie œuvre d’art qu’il réalisait ! » m’a dit Desbois. « On pouvait bien lui prédire le plus grand avenir, car il y avait un sacré modelé du diable avec la plus petite de ses statuettes ! »

Comme il avait dessiné, Rodin, en effet, avait modelé avec la même fougue, à la petite école de la rue de l’École-de-Médecine : du nu — et des plantes, dites « vivantes », que l’on apportait sur la selle.

Aussi, dès l’année 1864 – date historique ! – on allait le voir débuter par ce véritable coup de tonnerre : l’Homme au nez cassé.

On allait le voir. Je m’avance ! Cet admirable buste, un des plus beaux de toute sa vie, fut refusé au Salon !

À cet aboutissant, qui tient de l’École des Beaux-Arts et des ateliers mondains, on ne pouvait, il est vrai, agir autrement. Tous les médiocres se tiennent. Accepter Rodin, c’était condamner définitivement l’École, depuis longtemps, depuis toujours moribonde !

Rodin revint à sa sculpture, avec quelle joie, avec quel amour !

Gustave Coquiot, Le Vrai Rodin, Éditions Jules Tallandier, 1918.

Gustave Rodin : Homme au nez cassé.
Illustr. de l’ouvrage de G. Coquiot, op. cit.

The Blog of Miklos • Le blog de Miklos