Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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4 janvier 2012

N’ayez pas peur

L’année 2012 sera l’une des meilleures de mémoire d’homme. Vous en doutez ? Il suffit d’écouter les candidats aux élections présidentielles.

Vous souvient-il (sur un air connu) d’un quidam qui promettait en 2007 monts et merveilles et avait pris quinze engagements, parmi lesquels « une démocratie irréprochable », « vaincre le chômage », « augmenter le pouvoir d’achat », etc. ?

Il s’avère que c’est plutôt le contraire qui s’est réalisé (emploi du passif par euphémisme). La crise ? Une crise de nerfs permanente de ce quidam (qui, comme le dit Gaino en personne, « gère tout à l’affect. La contrepartie de l’affect, c’est la brutalité »). Casse-toi

Or maintenant, voilà que tout le monde nous promet que ça ira vraiment mal, du climat écologico-météorologique à celui de l’emploi, d’une croissance des impôts et des charges inversement proportionnelle aux revenus au « travailler-plus-pour-gagner-moins, d’une désertification des campagnes à une urbanisation délirante, tout ceci assorti de conflits de plus en plus virulents pour s’accaparer les ressources essentielles en voie de disparition, pour culminer, le 21 décembre, par la fin du monde selon les Mayas (à ce propos, on vous suggère d’aller voir leurs masques à la Pinacothèque, ils font encore plus peur que leurs prédictions).

Eh bien, puisque les statistiques ne trompent pas, elles, contrairement aux prophètes de malheur qui n’ont de cesse de le faire, rien de cela ne devrait avoir lieu, puisque c’est toujours l’inverse qui se passe finalement. On peut donc s’attendre à ce que la Terre refroidisse (juste un peu pour sauvegarder les ours blancs) et que le Sahara refleurisse, que tout le monde mange et boive à sa faim et que les maladies incurables ne le soient plus, que le loup et l’agneau vivent en bonne entente et que l’homme aime son prochain comme lui-même, enfin qu’il fasse tellement bon ici bas que les bienheureux préféreront quitter le Paradis pour se réinstaller parmi nous en repeuplant les campagnes tels les post-soixante-huitards d’antan en y faisant renaître labourage et pâturage bio, ces vraies mines et trésors du Pérou, car s’il est vrai que les campagnes peuvent vivre sans les villes, les villes ne peuvent pas vivre sans les campagnes. Que du bonheur.

On peut toujours rêver.

3 janvier 2012

Il y a 150 ans, déjà… (et bien avant aussi)

Classé dans : Actualité, Langue, Société, Économie — Miklos @ 0:06

Banque : Opération financière dont la portée est exagérée bien au-delà de sa valeur. — Les nombreuses faillites de banquiers menant le train le plus opulent, ont dû faire naître la nouvelle acception de ce mot. — Cette étymologie nous paraît plus naturelle que celle de banc ou tréteau de charlatan, avancée par quelques philologues.

« Ah ! c’est une bonne banque. » — Labiche.

Banque : Étalage de promesses mensongères : — Toute la banque dont l’essai est inutile avec l’homme de lettres qui attend sa semaine pour manger. » — Goncourt.

Banquiste : Charlatan, faiseur de banques.

« Les rois banquistes, caparaçonnés de paillons. » — P. Borel, 1833.

« Je doute fort que le nouvel exploiteur soit dans mes idées. — Qui est-ce ? — Une espèce de banquiste nommé Vernouillet. » — E. Augier.

Bouillon : Mauvaise opération, passe dangereuse.

« Le métier est rude à la Bourse, sans parler des soucis et des bouillons. » — Mornand.

« Bouillon, mot en usage dans la librairie pour peindre une opération funeste. » — Balzac.

« Il a bu un fameux bouillon » : manière burlesque de dire qu’un marchand a fait une perte considérable. — Dhautel, 1808.

Carotter, tirer une carotte : Obtenir par fraude quelque chose. (…)

Carotteur, tier : Expert en l’art de tirer une carotte.

« Les missives carottières destinées aux banquiers que nous a donnés la nature. » — La Bédollière.

Chou colossal : Entreprise destinée à tromper le public par des promesses ridiculement alléchantes.

Coup de pistolet : « Alléché par l’exemple et la perspective de quelques bénéfices énormes, et qui par cela même représentent la mort de milliers de gens, un novice vient tirer un coup de pistolet à la Bourse (c’est l’expression pour désigner une opération isolée et sans suite, un coup de main). » — Mornand.

Déveine : Malheur constant dans une série d’opérations quelconques. C’est le contraire de veine qui signifie au propre le filon de la fortune. On dit veinard.

« Il paraît que la banque est en déveine. » —About.

Homme de paille : Homme couvrant de son nom des actes, des écrits qui n’émanent pas de lui. Le journalisme et la finance emploient fréquemment l’Homme de paille.

Lorédan Larchey, Les excentricités du langage. Quatrième édition singulièrement augmentée. Paris, 1862.


Honoré Daumier : Le Banquier. Appelé capacité financière parce qu’il n’est autre chose qu’un récipient, un coffre exclusivement propre aux finances.
Le Charivari, 16 octobre 1835.

15 décembre 2011

Life in Hell : vivement le dégel au pôle !

Classé dans : Actualité, Économie — Miklos @ 13:35

Il ne s’agit bien évidemment pas des pôles nord et sud, auxquels Akbar souhaite un prompt refroidissement autant pour la survie de ses charmants ours blancs que du reste de la planète, mais de pôle emploi.

Cela fait 15 jours qu’Akbar n’a pas reçu l’indemnité qu’ils lui versaient ponctuellement au début de chaque mois – variable, sans aucune justification de son montant, mais au moins elle arrivait. Mais depuis le début du mois, rien, zéro, nada, zilch. Sans explication ni relance.

Et pourtant, il leur envoyait tout aussi ponctuellement les attestations qu’ils redemandaient périodiquement après avoir perdu celles qu’il leur avait remises en mains propres (enfin, il n’avait pas vérifié jusqu’à leurs ongles) quelques temps auparavant, sa dernière expédition postale datant du 18 novembre.

Au bout de quelques jours, il se fend de sa plus belle plume électronique et dépose une réclamation sur leur site. La réponse ne se fait pas attendre :

Nous vous répondrons sous 48 heures (2 jours ouvrés), soit le Jeudi 8 Decembre 2011 au plus tard ou 7 jours calendaires s’il s’agit d’une réclamation.

Sept jours calendaires plus tard, soit le mardi 13 décembre (pour reprendre une de leurs expressions favorites), toujours rien. Akbar leur accorde un jour de grâce. Toujours rien.

Deux jours plus tard, soit le jeudi 15 décembre (pour reprendre une de leurs expressions favorites), il se résout finalement à se rendre à l’un des deux pôles dont il dépend (celui du nord), la fusion – non pas des neiges mais des assédic et de l’anpe – résultant plus en une confusion qu’autre chose et maintenant la séparation effective des activités.

Il y est accueilli par deux personnes. L’une prend les copies des documents qu’il leur avait déjà envoyés, l’autre lui en fait remplir de nouveaux exemplaires pourtant identiques. « Oui, monsieur, nous avons trois semaines de retard sur le traitement des courriers, explique l’une. Vous comprenez, nous sommes si peu à nous en occuper. »

Akbar se retient de leur suggérer d’embaucher quelques demandeurs d’emploi (elles doivent en connaître, non ? et ça ne serait pas des emplois fictifs comme ceux pour lesquels Jacquou le croquant casque), leur signale que depuis le 18 novembre ça fait plus de trois semaines, et s’inquiète pour savoir si elles reçoivent bien leur salaires, elles, en date et heure, malgré cette avalanche qu’elles subissent de la part de demandeurs d’emploi impatients.

Elles promettent d’essayer de débloquer la situation : il devrait recevoir l’indemnité tant attendue dans deux jours.

Rentré chez lui, il trouve la réponse tant attendue à son courrier électronique vieux de 9 jours calendaires :

Bonjour,

Suite à l’examen de votre demande sur pole-emploi.fr, nous vous communiquons les informations suivantes :

Vous avez été reçu le 15/12/2011 sur le site Louis Blanc.

Blanc comme ces pauvres ours, constate Akbar. Ils sont tout de même forts d’être arrivés à cette conclusion après cette longue période d’examen. Savaient-ils donc que je viendrai finalement ? Vivement le dégel de mes indem­nités !, rajoute-t-il.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

12 décembre 2011

La novlang’

Classé dans : Actualité, Publicité, Société, Économie — Miklos @ 1:23

Selon le Trésor de la langue française :

Illimité : Qui ne comporte pas de limites matérielles. Qui ne fait pas l’objet de restrictions, de limitations. Qui n’est pas déterminé, délimité avec précision. Qui n’a pas de terme (temporel).

Selon les lettres microscopiques en bas de cette annonce gigantesque affichée dans le métro :

Appels illimités : 50 n° max 2h max par appel. Internet illimité : réduction du débit au-delà de 500Mo.

Ou, comme l’écrivait si clairement Pierre Poiret déjà en 1700 dans la Théologie réelle, vulgairement dite la théologie germanique, avec quelques autres traités de même nature :

Car ce qui est quelque chose de particulier, & qui est ici ou là, n’est pas partout, ni illimité : & ce qui est quelque chose d’existant en certain temps, aujourd’hui ou demain, cela n’est pas toujours, ni en tout temps, ni au-dessus de tout temps ; de même que ce qui est quelque chose de particulier, ceci ou cela, n’est pas tout ni par-dessus tout.

En d’autres mots : il n’y a rien d’illimité en ce bas monde (sauf la crédulité humaine et l’ingéniosité de ceux qui l’exploitent).

5 décembre 2011

Œil de lynx

Classé dans : Actualité, Publicité, Société, Économie — Miklos @ 1:17

En ces temps de crise, il faut être doublement vigilant, comme le montre ce dialogue sur un palier d’immeuble parisien :

- Zut, je ne trouve plus mes clés !

- C’est très ennuyeux, surtout l’hiver quand il fait froid et il pleut.

- Oh, avec la sècheresse actuelle, ce n’est pas un problème. Et puis d’ailleurs, voici une carte que je viens de trouver posée sur une pile au-dessus des boîtes à lettres. Pour 30 €, on ne va pas en faire un plat.

- Dis, as-tu remarqué l’astérisque, sur le verso ? Non ? Alors c’est astérisque et péril ! Regarde la mention qui s’y rapporte, tiens, j’ai rajouté une flèche pour que tu la trouves plus facilement.

- Tu rigoles ? Elle est plus petite qu’une patte de mouche, elle fait moins d’un millimètre de hauteur ! J’ai cru que c’était une tache.

- Ah bon, tu n’arrives pas à lire ? Tiens, voici ma loupe :

- Ah, ça y est, j’ai retrouvé mon trousseau !

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