Akbar et Jeff aiment le vin chaud et les beignets aux speculoos du kiosque De Corte près de la Bourse, le cadre et le service de chez Arcadi, le manège fantastique de la place Sainte-Catherine, l’Agneau mystique (ce n’est pas une spécialité culinaire belge, mais le tryptique de van Eyck dans la cathédrale de Gand), l’église Saint-Jean-Baptiste au béguinage, le mim, le monde de Lucas Cranach, les bédés qui décorent les murs de Bruxelles, la gentillesse et l’humour des Belges, et surtout l’accueil généreux, chaleureux et gustativement délicieux de Constanze et de Benny.
Akbar et Jeff n’aiment pas le confort (on s’caille les miches), le service (lent) et les prix (élevés) de la Brasserie Ploegman, les distributeurs automatiques de titres de transport (métro-tram-bus) qui ne prennent ni monnaie (sauf exception) ni aucune carte de crédit internationale (mais uniquement une spécifiquement belge).
Ja, wij zijn Europeanen dus ook een beetje Belgen, en conclut Akbar.
Sainte Gudule est issuë d’une race également sainte & illustre. Son Pere, sa Mere, son Frere, ses Sœurs, sont tous dans le catalogue des Saints & des Saintes de Brabant. Elle y a des Tantes, des Cousins, & des Cousines en grand nombre. Ses Parens tenoient aussi dans le monde un rang fort distingué. Et les Princes qui font gloire encore aujourd’hui de descendre de Charlemagne & de Carloman, ne doivent pas oublier l’avantage qu’ils ont par là d’étre alliez à Ste.Gudule, & à sa sainte famille.
Autrefois pour faire sa cour
On parlait d’amour.
Pour mieux prouver son ardeur
On offrait son cœur.
Maintenant c’est plus pareil,
Ça change, ça change.
Pour séduire le cher ange
On lui glisse à l’oreille :
Ah ! Gudule,
Viens m’embrasser !
et je te donnerai…
Il y a dans le royaume d’Aragon, à quelques lieues de Sarragosse, une petite ville appelée Fuendetodos : une étroite rivière, l’Huerba, coule à ses pieds ; des montagnes couvertes de pins et de bruyères l’entourent et lui font un horizon grandiosement découpé ; les ruines d’un château bâti par les Maures, lui donnent une teinte historique et complètent le paysage.
Francisco Goya y Lucientes est né dans cette petite ville, le 31 mars 1746. Son père était doreur de son état, et avait, pour toute fortune, deux maisons au soleil. Le bonhomme ne prit pas grand soin de l’éducation de son fils : il le laissait vivre en plein air et courir sur les montagnes voisines, comme s’il eût voulu en faire un robuste campagnard.
Le petit Francisco était, en effet, à quinze ans, un garçon de bonne mine, vigoureux et alerte, pouvant défier un cerf à la course. Mais, pour qui savait voir, son œil vif, sa physionomie mobile et animée, révélaient, de plus, une âme active et ardente.
Un jour qu’il allait porter un sac de blé au proche moulin, il se reposait à mi-route, et charbonnait, en chantonnant, un cochon sur un mur. Sa bonne étoile amena par là un vieux moine de Sarragosse, qui se connaissait en hommes et les mesurait d’un coup d’œil. Le religieux s’arrête, et après avoir attentivement considéré le petit garçon, dont la main court sur le mur, il lui frappe sur l’épaule et lui demande quel est son maître.
— Je n’en ai point, Révérence, et je n’en ai que faire, — répond Francisco.
— Si tu veux venir avec moi à Sarragosse, je te donnerai un maître, et tu deviendras un grand peintre.
— A Sarragosse ! Je le veux bien, si mon père y consent.
Le père de Goya eut le bon esprit de croire le moine sur parole. Le petit Francisco fut amené à Sarragosse, et placé dans l’atelier de Lujan. — Le moine cultiva avec prédilection l’intelligence du jeune peintre. Cédant à un sentiment de quasi-paternité, il la voulait faire grande parce qu’il l’avait devinée, comme Cimabué, quelques siècles auparavant, avait deviné Giotto, le pâtre, sur la colline de Vespignano.
Jean Delcourt (16??-1707) : monument funéraire d’Eugène-Albert d’Allamont, évêque de Gand (détail), 1673. Saint-Bavon, Gand (Belgique)
“Statutum est hominibus semel mori” (c’est un arrêt porté contre les hommes de mourir une fois) — Héb. 9:27.
Ce mausolée est l’œuvre du sculpteur liégeois Jean Delcourt, dont il porte la marque. (…) Il faut convenir que la conception de ce monument funèbre n’est pas heureuse. Le squelette inspire un sentiment de répulsion et de terreur que bien certainement le vertueux prélat n’éprouva pas à son heure dernière. La consolante et sublime pensée d’une vie meilleure, dont la foi dépose le germe dans l’âme du chrétien, disparaît en présence de l’horreur que la mort inspire dans ce qu’elle a de plus affreux et de plus désespérant. Cette œuvre a du mérite. La tète et les mains du prélat sont bien modelées. L’artiste, en voulant éviter la roideur dans les draperies, est tombé dans un excès contraire; l’étoffe semble chiffonnée.
Kervyn de Volkaersbeke, Les Églises de Gand. 1837.
DELCOUR (Jean), sculpteur célèbre, naquit vers l’an 1650, à Hamoir, dans la principauté de Stablo1. Personne ne porta plus loin que lui l’amour du travail et le désir de s’instruire. Le goût qu’il avait manifesté dès sa première jeunesse pour la sculpture se fortifia avec l’âge ; et, pour posséder parfaitement son art, il alla deux fois en Italie, et y suivit les plus grands maîtres qui fussent alors connus. Aussi parvint-il à acquérir des talents distingués ; ses compositions sont d’un goût excellent, et on admire dans tous ses ouvrages l’élégance des contours, et l’art avec lequel ses draperies sont jetées. Ce qui donnait un très-grand lustre à la vie de cet artiste était une probité intacte et une modestie peu commune. Après son dernier voyage en Italie, Delcour fixa son domicile à Liège, où il mourut le 4 avril 1707. M. de. Vauban, qui connaissait ses grands talents, lui proposa de faire la statue équestre de Louis XIV, destinée à orner, à Paris, la place des Victoires ; mais Delcour, qui commençait à être âgé, et qui était affligé de quelques infirmités, refusa de se charger de ce travail, qui, quelques années plus tôt, eût fait l’objet de son ambition. L’exécution de cette statue, détruite à l’époque de la révolution, fut confiée à Desjardins, autre sculpteur célèbre, résidant à Breda. On voit à Liège trois ouvrages remarquables de Delcour ; le premier, c’est la belle fontaine de la place Saint- Paul, dont toutes les figures sont en bronze ; le second, qui se trouve dans l’église des religieuses des Bons-Enfans, est le Sauveur au sépulcre ; la statue de saint Jean-Baptiste, placée dans l’église, qui porte ce nom, est le troisième.
Jean Ladvocat, Dictionnaire historique, philosophique et critique. Paris, 1822.
_______________________ 1 Stavelot, ville de la province de Liège.
« En l’an 2000, visite aux habitants de la planète Mars ».
Carte postale publicitaire pour Campari, 1906. Source : swissinfo.ch.
Or n’avait tout le monde qu’un langage et une façon de parler. (…) Dont le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que les hommes bâtissaient. Car il disait : Voici un peuple qui n’est qu’un, et n’ont tous qu’un langage, et osent bien faire telle chose ; il n’y aura rien qu’ils entreprennent de quoi ils ne viennent à bout. Il nous faut descendre et brouiller leur langage, de sorte qu’il n’entendent point le parler de l’un de l’autre. — Genèse XI:1-7, trad. Sébastien Castellion (1555).
Comment un martien, à la descente de sa fusée, ne resterait-il pas médusé devant le babil incompréhensible qui constitue la rumeur du monde ? Arrivé à Roissy, il s’entend dire par le douanier :
— Avez-vous vos papiers ?
Grâce à son traducteur automatique universel et électronique, il comprend tout de suite de quoi il s’agit, et il tend au gabelou sa carte d’identité interstellaire. Une fois sorti de l’aérogare, il se voit interpellé par le chauffeur en uniforme d’une voiture de maître, qui lui demande :
— Monsieur veut-il aller à Paris ?
Bien que son dictionnaire lui offre plusieurs explications incompréhensiblement inconciliables (paris mutuels ? Paris des lumières ? Paris Texas ?), il s’y engouffre, et demande au conducteur de l’amener dans le quartier le plus typique de la ville.
Et c’est ainsi que, deux heures plus tard et délesté des quelques milliers d’euros que la course lui a coûté, il se retrouve rue Saint Denis. Une jeune rousse à la couleur peu naturelle et à la voix gouailleuse l’aborde poliment :
— Tu viens chez moi, chéri ?
tandis qu’une noire sculpturale à l’accent fortement québécois (c’est son dictionnaire qui le lui signale discrètement) le sollicite ainsi :
— Tu viens-t’y chez nous que j’m’occupe de tes gosses ?
Il équarquille ses trois grands yeux : il a laissé ses enfants à la maison, et la blonde (puisque c’est ainsi qu’on appelle les noires affectueuses dans la Belle province) est pourtant seule aussi, alors pourquoi ce « nous » ? Lui propose-t-elle déjà le mariage et le partage de ses biens (immobiliers) ?
Dérouté par la grammaire autant que par les comportements de cet étrange pays, il repart aussitôt, après avoir toutefois poliment remercié ces dames pour leur hospitalité.
Il passe brièvement à Londres, où tout le monde se vouvoie sauf quand l’interlocuteur a une taille très élevée (c’est ainsi qu’il comprend le “Your Highness”) : on lui parle à la troisième personne du singulier (tout en utilisant la deuxième personne du pluriel, “Does your Lordship mean, when you say, ‘the real essence of a man, and an horse, and a tree,’ but that there are such kinds, already set out, by the signification of these names, man horse, tree?”), ou alors lorsqu’un Britannique s’adresse à Dieu : il le tutoie avec une familiarité déconcertante, tandis que leur souverain terrestre parle de lui-même à la première personne du pluriel.
Parti se reposer aux Baléares, il constate que son séjour n’y sera finalement pas de tout repos : entre le Tú, Usted et Vosotros il ne sait plus où donner de ses deux têtes, et s’aperçoit, lors d’un bref passage en Amérique latine, qu’il n’avait pas encore rencontré les Vos et Ustedes.
À Jérusalem, tout paraît simple : en hébreu il n’y a que le tutoiement. Mais petit hic, le pronom n’est pas le même selon qu’il s’adresse à un homme ou à une femme, et avec les tenues très unisex d’une part, le machisme des femmes et la langueur de certains hommes d’autre part, il est sûr de se tromper à tous les coups. Et quand il apprend que l’un des noms donnés à leur seul et unique Dieu est un mot pluriel (ce qui est, avoue-t-il, très singulier), il se dit qu’il est temps de repartir vers sa famille qui lui manque terriblement et avec lesquels il ne communique que par gestes, ce qui évite tous ces problèmes que les terriens se créent inutilement.