Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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30 mai 2009

Nos amis les bêtes

Classé dans : Lieux, Nature, Photographie, Sculpture — Miklos @ 21:44


Entrée du cimetière animalier (dit “des chiens”) d’Asnières
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Comme le remarquait déjà Elzéar Blaze en 1846, le chien « a été, est encore le type des choses les plus abjectes ; on dit tous les jours : vilain chien, sale comme un chien, méchant comme un chien, puant comme un chien »1. Gringo, le communiste endoctriné, hurle : « Sale juif ! sale chien ! je t’apprendrai qu’un révolutionnaire ne doit désespérer de personne ! »2 Ingrid Fogel, la terroriste en déroute de Volodine, lance au policier chargé de l’arrêter : « Sale connard de flic, sale dogue, tu n’as en tête que ta mission de tueur, fils pourri de la flicaille et de l’impérialisme, valet des Américains, sale garde-chiourme des esclaves bedonnants, sale chien, tueur à gage des sociaux-traîtres, social-vendu toi-même, sale dogue, mon dogue. »3

Et pourtant, affirme Blaze, « le chien a été le symbole de l’intelligence, de la fidélité, de la vigilance, de la bonté, ce qui est juste. » Ce qui n’est pas forcément exclusif de l’autre vision, en tout cas pour certains ; ailleurs dans son ouvrage, Blaze relate cette petite anecdote qui ne manque pas de saveur et d’intelligence :

Scarron dédia ses poésies à une chienne. Voici le titre de cette dédicace : A très honeste et très divertissante chienne dame Guillemette, petite levrette de ma sœur. Plus tard s’étant brouillé avec sa sœur, il mit dans l’errata d’une édition nouvelle : « Au lieu de chienne de ma sœur, lisez : à ma chienne de sœur. »

On ne peut douter des qualités de l’animal – et des animaux domestiques en général – à la lecture des épitaphes du cimetière animalier d’Asnières (plus connu sous le nom de cimetière des chiens) : mélancoliques ou désespérées, poétiques, sobres ou factuelles, elles reflètent toutes la disparition d’un être qui avait souvent accompagné fidèlement une solitude profonde et comblé le besoin d’amour de l’être humain, celui de l’éprouver pour autrui et celui d’en être l’objet. On y retrouve aussi quelques stars – tel Rintintin, la mascotte d’un régiment dans une série télévisée – mais aussi des petits héros bien réels. À leurs côtés reposent bien d’autres animaux – chats, moutons, lapins… mais aussi chevaux – dont le titre de gloire aura été, au moins, celui de sauver leur maître d’une isolation affective totale.

Alors si l’on sourit aux épitaphes parfois équivoques – est-ce vraiment un animal qui est enterré ici ou un être humain ? – mais souvent pathétiques et émouvantes (« À la mémoire de ma chère Emma fidèle compagne et seule amie de ma vie errante et désolée » ou « Sophie mon bébé nous avons eu 17 ans d’amour toi et tes petites sœurs vous avez remplacé l’enfant que je n’ai pas eu. Je t’aime à jamais. Ta petite mère », ou encore « décue par les humains, jamais par mon chien »), à certains monuments kitsch, aux chats errants silencieusement entre les tombes tels des âmes en peine, on lira pour finir ce beau petit texte de Beaudelaire :

«J’invoque la muse familière, la citadine, la vivante, pour qu’elle m’aide à chanter les bons chiens, les pauvres chiens, les chiens crottés, ceux-là que chacun écarte, comme pestiférés et pouilleux, excepté le pauvre dont ils sont les associés, et le poëte qui les regarde d’un œil fraternel.

Fi du chien bellâtre, de ce fat quadrupède, danois, king-charles, carlin ou gredin, si enchanté de lui-même qu’il s’élance indiscrètement dans les jambes ou sur les genoux du visiteur, comme s’il était sûr de plaire, turbulent comme un enfant, sot comme une lorette, à moins qu’il ne soit insolent et hargneux comme un domestique ! — Fi surtout de ces serpents à quatre pattes, frissonnants et désœuvrés, qu’on nomme levrettes, et qui ne logent même pas dans leur museau pointu assez de flair pour suivre la piste d’un ami, ni dans leur tête aplatie assez d’intelligence pour jouer aux dominos !

A la niche, tous ces fatigants parasites ! Qu’ils retournent à leur niche soyeuse et capitonnée ! Je chante le chien crotté, le chien pauvre, le chien sans domicile, le chien flâneur, le chien saltimbanque, le chien dont l’instinct, comme celui du pauvre, du bohémien et de l’histrion, est merveilleusement aiguillonné par la nécessité, cette si bonne mère, cette vraie patronne des intelligences !

Je chante les chiens calamiteux, soit ceux qui errent solitaires dans les ravines sinueuses des immenses villes, soit ceux qui ont dit à l’homme abandonné, avec des yeux clignotants et spirituels : « Prends-moi avec toi, et de nos deux misères nous ferons une espèce de bonheur ! ». . .

Il y en a qui couchent dans une ruine de la banlieue et qui viennent chaque jour, à heure fixe, réclamer la sportule à la porte d’une cuisine du Palais-Royal ; d’autres qui accourent de plus de cinq lieues pour partager le repas que leur a préparé la charité de certaines vierges sexagénaires, dont le cœur inoccupé s’est donné aux bêtes, parce que les hommes imbéciles n’en veulent plus. . .

Que de fois j’ai contemplé, riant et attendri, tous ces philosophes à quatre pattes, esclaves complaisants, soumis ou dévoués, que le dictionnaire pourrait aussi bien qualifier d’officieux, si l’homme trop occupé de son bonheur avait le temps de ménager l’honneur des chiens.

Et que de fois j’ai pensé qu’il y avait peut-être quelque part» (qui sait, après tout ?) pour récompenser tant de courage, tant de patience et de labeur, un paradis spécial pour les bons chiens, les pauvres chiens, les chiens crottés et désolés ? Swendenborg affirme bien qu’il y en a un pour les Chinois et un pour les Turcs. . .

Charles Baudelaire, « Les bons chiens », Revue nationale et étrangère, 1867.


1  Histoire du chien, Paris, 1846.
2 Marguerite Duras, Abahn Sabana David, 1870.
3 Antoine Volodine, Lisbonne dernière marge, 1990. Cité par Chloé Conant, « “Ni départ ni bateau” : la Lisbonne sans issue d’Antoine Volodine », in Lisbonne. Géocritique d’une ville, Alain Montandon (éd.), 2006.

23 mai 2009

Vue panoramique de Grand Central Terminal (New York City)

Classé dans : Architecture, Lieux, Photographie — Miklos @ 14:09

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Autres photos :
• de Grand Central Terminal 
• du musée des Cloisters (art médiéval) 
• du MoMA (art contemporain).

22 mai 2009

A brief history of the glove

Classé dans : Histoire, Lieux, Littérature, Photographie, Société — Miklos @ 23:45


Glove store, Fiumicino airport (Rome)

«The old proverb goes, that for a glove to be well made, three nations must have a hand in it: Spain must dress the leather, France cut the shape, and England sew the seams. At the present time, France has the monopoly, at least in reputation; for not even the best Spanish kid would be preferred to the rat-skins of Paris, nor can the stoutest English sewing compete for favour—we will not speak of excellence— with those slender, easily loosened stitches of French needles, so sure to give way at the ball of the thumb, and in the three-cornered joinings of the fingers. Though, indeed, the French glove sewers use a machine invented by an Englishman, which should secure the wearer against all such mishaps as flying ends and ripped seams; only it does not. But for all their shortcomings, French gloves are unapproachable, even in these days of general commerce and awakened wits, when everybody imitates everybody, and there is no special art left to any one; and neither Cordova nor Dent can give us such well-cut, well-fitting, well-looking, and desirable “hand shoes,” as those delicately tinted marvels to be found on the Boulevards of the Circe of modern cities. . . .

Gloves are very different now to what they used to be, say in Queen Elizabeth’s time, when they were perfumed—then called Frangipanni gloves, from the Italian marquis of the same name, who first invented that delicate art, as well as the special perfume employed; but later the scent was called here the Earl of Oxford’s perfume, from its English chaperon and introducer. . . .

Those  » sweete gloves » were dangerous sometimes. At a time when poisons were so subtle that they could be conveyed in any medium whatsoever—food or clothing indiscriminately— and when gifts of gloves, perfumed delicately, were common among friends—and enemies— sweet-scented hand shoes were as fit instruments of death as anything else; and, unless history belies her, Catherine de Mediéis knew the value of them on more than one occasion. . . .

Gloves were greatly favoured as special presents on New Year’s-day and other solemn occasions of gift-making. By degrees the fashion died out, having first passed through the phases of a glove full of money; then of “glove money” without the glove; until glove- money was a tax long after the meaning of the name had died out, and people had forgotten why it was given or expected. It. was not thought indecorous to present New Year’s-day gloves even to judges, though they might not be worn; at least not in court, where it was de rigueur that a judge appeared bare handed. Was there suspicion of the itching palm beneath salved over with a silver plaister? . . .

Long before our time gloves were worn, and held to be symbolic too. Xenophon speaks of the Persians as effeminate for clothing their head, their feet, and their hands with thick gloves against the cold. Homer speaks of Laertes in his garden, with gardener’s gloves to keep him from the thorns; and another poet, Varro the Roman, says that olives gathered by the naked hand are better than those plucked with gloves. The Chinese think differently about their tea. Athenseus, in his Deipnosophists, sneaks of a glutton who went to table with his gloves on, that he might eat his meat hotter than the rest, and so get a greater share; and Musonius, a philosopher, who lived at the close of the first Christian century, among other invectives against the corruption of the age—that poor age which is always so much more corrupt than its predecessors!—says: “It is shameful that persons in perfect health should clothe their hands and feet with soft hairy coverings.” All of which collection of erudite lore may be found iu Disraeli’s Curiosities of Literature—itself the greatest curiosity. . . .

The Jews knew the value of these hand coverings. That expression in the Psalms, “Over Edom will I cast out my shoe,” is said, in the version known to scholars as the Chaldee Paraphrase, to mean: “Over Edom will I cast out my glove”—I will take possession, I will assert my right, and challenge its denial: throwing the glove being an Eastern manner of taking possession. Also in Ruth, when it says, “Now this was the manner in former time in Israel concerning redeeming and concerning changing, for to confirm in all things; a man plucked off his shoe, and gave it to his neighbour: and this was a testimony in Israel”—it was his glove that he plucked off: his glove which Boaz withdrew when he bought the land of Naomi’s kinsman, and which he gave up as the symbol of taking possession. So, Saul, after his victory over the Amalekites, set up a hand as the token of his victory; and many Phœnician monuments have an arm and a hand held up as a sign of supremacy and power. The custom of blessing gloves at the coronation of the kings of France is a remnant of this old Eastern habit — a glove, indeed, meaning to them investiture. . . .

But gloves are also used as symbols of quarrel as well as of possession, and to throw down the gauntlet has always meant to challenge, to assume the right to defend, both in chivalrous times, and before and after. . . .

The perfection of a modern glove is its smoothness and elasticity, its unexceptionable fit, the delicacy and uniformity of its lint, and a sewing that shall be at once fine and strong: while anything like embroidery or adventitious ornament, or mixture of colours, or incongruous materials, does not count as the best taste in these modern days of luxury and utility combined. But in olden times gloves were often exceedingly costly. That story of Cœur de Lion being discovered on his fateful journey by the jewelled gloves which hung at his page’s girdle, shows how magnificently they were sometimes adorned; while even Holy Mother Church did not disdain the use of these mundane vanities for her reverend hands, the gloves of all the prelates of England being bedecked with precious stones as parts of ordinary prelatical pomp and useful glory. . . .

But the history of gloves and glove-making,» is, like all things whatever in human life and society— a very interesting matter when looked into and thoroughly traced from source to outfall; a thoroughness to which this mere surface sketch has no pretension.

“Gloves”, in All the year round, A Weekly Journal conducted by Charles Dickens, n° 218 (Saturday, June 27, 1863). London.

Vision

Classé dans : Architecture, Arts et beaux-arts, Lieux, Littérature, Photographie — Miklos @ 17:34


Chapelle. Musée des Cloisters, New York City. © Miklos 2009

«Plus avant est la chapelle de l’Apparition, où l’on tient par tradition que Notre-Seigneur apparut premièrement à la Vierge,» après sa résurrection. C’est le lieu où les religieux cordeliers font leur office, et où ils se retirent : car de là ils entrent en des chambres qui n’ont point d’autre issue que par cette chapelle.

Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem et de Jérusalem à Paris. Paris, 1822.

«Cependant le mystère de cette apparition dans la chapelle lui était resté dans l’esprit ; il se demandait à lui-même si elle ne cachait un secret appartenant à ses parens, et s’il n’y avait pas là-dessous quelque aventure aussi romanesque qu’intéressante à découvrir. Mais comment arriver à l’éclaircissement qu’il désirait ? Il y pensa long-temps, et, huit jours après la fête du Rosaire, il prévint sa famille qu’il allait passer la nuit à Messine, et partit pour la chapelle, muni d’une paire de pistolets, d’une épée et des clefs nécessaires. Il retrouva son poste, s’enferma dans le confessionnal, attendit plus de trois heures, n’aperçut rien et s’endormit. La même expérience, répétée trois ou quatre fois, n’obtint pas plus de succès. Il commençait à penser que son imagination avait fait les frais de toute l’aventure et qu’il avait rêvé cette visite nocturne. Dans cette persuasion, il renonça à son entreprise. Un mois s’écoula. Comme il revenait de Messine un matin, il vit, sur la route qui conduisait» à la chapelle, un homme enveloppé du ferrajuolo sicilien et dont la tournure le frappa ; elle ressemblait à celle du visiteur nocturne. Il résolut de recommencer ses recherches le soir même.

« Souvenirs de voyage : esquisses siciliennes », in Revue britannique, ou choix d’articles traduits des meilleurs écrits périodiques de la Grande-Bretagne, troisième série, tome second, p. 282. Bruxelles, 1834.

3 mai 2009

Life in Hell: un bon repas, mais…

Classé dans : Cuisine, Lieux, Photographie — Miklos @ 21:40

Akbar, qui se nourrit régulièrement de saumon cru, de légumes, de fruits, de pistaches grillées et de chocolat noir, a des envies carnivores. Jeff lui propose de se rendre dans leur restaurant tune favori. C’est le seul qu’ils connaissent, mais ils n’ont jamais été déçus : l’accueil est aimable, l’atmosphère familiale, les kémias nombreuses et savoureuses ainsi que les plats qui s’ensuivent. Akbar décide de déroger à son habitude – la grillade bellevilloise, assortiment de viandes goûteuses et de quelques merguez – et prend un akoud, ragoût de tripes. Il ne le regrette pas, la viande fond sous la langue et la sauce se laisse saucer par le pain, lui-même meilleur que les fois précédentes. Quant à Jeff, il prend un bsaloubia, couscous avec ragoût de haricots blancs et de viande de bœuf, qui ne lui déplait pas.

Tout pour revenir ? Ils en doutent : le serveur, très prévenant de par ailleurs mais surtout très enrhumé, ne manque pas de tousser au-dessus des plats qu’il sert ; plus tard, étonnés par une odeur de cigarette, nos compères le voient en griller une au comptoir…

En sortant, ils jettent un regard sur un immeuble situé sur le coin opposé, un bâtiment lépreux de deux étages recouvert de tags, dont le rez-de-chaussée est muré et le premier étage « décoré » de panneaux années 70 qui masquent la façade. Ils apprendront plus tard que ce bâtiment, appelé « relais de poste » (d’où le nom du restaurant en question), est l’un des plus anciens du quartier, et l’un des derniers témoins de la barrière des Fermiers généraux du 18e siècle. Sauvé de la démolition en 1998, la Ville de Paris n’arrive pas le faire renaître de sa déchéance ; quelques dizaines d’habitants du quartiers se sont récemment mobilisés en lançant une pétition pour la réhabilitation de cette maison (ce que souhaitent aussi les Verts), cœur de ce quartier autrefois si agréable :

Belleville, v., Seine, banlieue et à 1/4 de l. N. E. de Paris, arr. et à 1l.1/2 de Saint-Denis, c. de Pantin. 5,000 h. Il est dans une charmante situation, sur une hauteur qui domine Paris et une grande partie des environs. Le joli plateau sur lequel il est bâti est couvert de maisons de campagne agréables, et l’on y trouve plusieurs maisons d’éducation pour l’un et l’autre sexe. La position de ce lieu, qu’environnent les prés Saint-Gervais, ajoute à son agrément ; aussi, pendant la belle saison, est-il le rendez-vous d’un grand nombre d’habitants de Paris, attirés par les guinguettes et les bals publics dont Belleville est presque entièrement composé. Fabriques de cuirs vernis, de produits chimiques et d’acier poli. Atelier pour l’affinage des métaux. Jardin public, fêtes champêtres et courses en chars.

J. A. Dulaure, Histoire physique, civile et morale des environs de Paris, depuis les premiers temps historiques jusqu’à nos jours, 1838.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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