Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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10 novembre 2012

Portraits arméniens : femmes.

Classé dans : Lieux, Littérature, Photographie — Miklos @ 22:55


Gohar. Yerevan (Arménie).
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«Quelque idée que j’eusse de la beauté des Syriennes, quelque image que m’ait laissée dans l’esprit la beauté des femmes de Rome et d’Athènes, la vue des femmes et des jeunes filles arméniennes de Damas a tout surpassé. Presque partout nous avons trouvé des figures que le pinceau européen n’a jamais tracées, des yeux où la lumière sereine de l’âme prend une couleur de sombre azur, et jette des rayons de velours humides que je n’avais jamais vu briller dans des yeux de femme ; des traits d’une finesse et d’une pureté si exquises , que la main la plus légère et la plus suave ne (pourrait les imiter, et une peau si transparente et en même temps si colorée de teintes vivantes, que les teintes les plus délicates de la feuille de rose ne peuvent en rendre la pâle fraîcheur ; les dents, le sourire, le naturel moelleux des formes et des mouvements, le timbre clair, sonore, argentin de la voix, tout est en harmonie dans ces admirables apparitions ; elles causent avec grâce et une modeste retenue, mais sans embarras et comme accoutumées à l’admiration qu’elles inspirent ; elles paraissent conserver longtemps leur beauté dans ce climat qui conserve, et dans une vie d’intérieur et de loisir paisible , où les passions, factices de la société n’usent ni l’âme ni le corps.

Alphonse de Lamartine, Souvenirs, impressions, pensées et paysages pendant un voyage en Orient 1832-1833, ou, Notes d’un voyageur. Stuttgart, 1839.


Ruzan Tonoyan. Yerevan (Arménie).
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«Les femmes arméniennes sont célèbres en Orient par leur beauté ; elles ont à la fois quelque chose du type grec et juif. Leur taille svelte et élancée, la vivacité de leurs larges yeux noirs couronnés de longs cils arqués, l’épaisseur de leur chevelure d’ébène, que relève un teint pâle et mat, en font des modèles de grâce et de perfection qui rappellent les statues antiques. À cette beauté extérieure se mêlent les charmes et les agréments de l’esprit que leur donne l’éducation de famille […]. » — M Boré, Arménie. Paris, 1838.


Tresses, frisottis et natte. Khor Virap (Arménie).
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«[Les] cheveux [des Arméniennes] sont assemblez en une tresse, à laquelle elles en ajoûtent encore d’autres, pour en faire une longue queuë enfermée dans un étuy de velours ou de satin en broderie qui leur pend par derrière au dessous de la ceinture. Celles qui sont riches se parent de quantité de joyaux, & j’ay dit ailleurs quel est l’ornement des femmes dans les Royaumes de Lar & d’Ormus. » — Les six voyages de Jean Baptiste Tavernier, Écuyer Baron d’Aubonne, en Turquie, en Perse et aux Indes pendant l’espace de quarante ans, & par toutes les routes que l’on peut tenir : accompagnez d’observations particulières sur la qualité, la religion, le gouvernement, les coûtumes & le commerce de chaque païs, avec les figures, le poids, & la valeur des monnoyes qui y ont cours. Paris, 1678.

Portraits arméniens : enfants.

Classé dans : Lieux, Photographie — Miklos @ 16:47


Entrenatté. Bibliothèque nationale pour enfants, Yerevan (Arménie).
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Lire ? Bibliothèque nationale pour enfants, Yerevan (Arménie).
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Écoute. Bibliothèque nationale pour enfants, Yerevan (Arménie).
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Au restaurant. Yerevan (Arménie).
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8 novembre 2012

Autour de Sayat-Nova, poète et musicien de « l’universelle singularité »


Œuvres de Sergueï Paradjanov (autres photos ici)
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« Je suis celui dont la vie et l’âme sont tourment. » — Ouverture du film La Couleur de la grenade de Sergueï Paradjanov.

C’est ainsi qu’Elisabeth Muradian, dans son introduction à l’édition bilingue des Odes arméniennes de Sayat-Nova (L’Harmattan, 2006 – Gallimard avait refusé de les publier), qualifie l’œuvre de ce « troubadour arménien » du XVIIIe siècle dont on a retrouvé au milieu du siècle la trace manuscrite : ces 47 odes en arménien (mais aussi 21 autres transcrites par son fils), 65 en géorgien et 128 en dialecte russe du Transcaucase.

Sa vie – né dans le servage, marié, veuf puis moine – a fait l’objet d’un des plus grands films du cinéaste (et peintre, musicien, artiste plasticien…) Sergueï Paradjanov, sorti en France sous le titre de La Couleur de la grenade (1969-1971) – fruit que l’on aperçoit dans la photo ci-dessus, prise dans le beau musée qui est consacré au réalisateur à Yerevan.

Sayat-Nova était né en 1712 : c’est donc son tricentenaire cette année, et la Conférence internationale des bibliothèques musicales qui s’est tenue à Yerevan au début de ce mois lui a été dédiée, tout en portant un regard vers l’avenir, son thème principal étant la musique et les bibliothèques musicales au XXIe siècle. Le lieu même où elle a pris place – la bibliothèque nationale pour enfants – symbolisait au mieux cet intérêt pour les générations à venir.


Une des salles de lecture de la bibliothèque nationale pour enfants à Yerevan (autres photos ici)
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7 novembre 2012

Vues de l’Ararat alors et maintenant

Classé dans : Lieux, Peinture, dessin, Photographie, Religion — Miklos @ 23:51


Vue de l’Ararat depuis la route menant vers le monastère de Tegher (
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Vue du Grand Ararat depuis Khor Virap (
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Yerevan à l’ombre de l’Ararat. Gravure tirée de Description de l’univers contenant les différents systèmes du monde, les cartes générales et particulières de la géographie ancienne et moderne ; les plans et les profils des principales villes et des autres lieux plus considérables de la Terre ; avec les portraits des souvenrains qui y commandent, leurs blasons, titres et livrées ; et les mœurs, religions, gouvernements et divers habillements de chaque nation, d’Allain Manesson Mallet, maître de mathématiques des pages de la petite Écurie de sa Majesté, ci-devant ingénieur et sergent major d’artillerie en Portugal. Paris, 1683.
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Hans Holbein : L’arche de Noé [à gauche, le Mont Ararat]. 16e siècle.
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Jacques d’Auzoles Lapeyre : La Saincte géographie, c’est-à-dire, exacte description de la Terre et véritable démonstration du Paradis terrestre depuis la création du Monde jusques à maintenant : selon le sens litéral de la Saincte Escriture, et selon la doctrine des Saincts Pères et Docteurs de l’Église. Paris, 1629.
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6 novembre 2012

Khor Virap

Classé dans : Histoire, Lieux, Photographie — Miklos @ 1:05


Environs de Khor Virap (autres photos ici).
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«Khor Virap

La ville d’Artachal est entrée dans l’histoire grâce au fondateur de la dynastie royale Artaxiades, mais Khor Virap est connu comme foyer du christianisme où Grigor Loussavoritch (Grégoire l’Illuminateur, en grec Gregorios Phoster ou Phostistes : 257-334) fut emprisonné pendant treize années, avant d’établir la religion chrétienne, en assurant la survie physique et culturelle de l’Arménie.

Les Perses sassanides renversèrent les Arsacides parthes au IIIe siècle. Ensuite, ils envahirent l’Arménie, où régnait encore la branche cadette de la dynastie arsacide. Le roi araméen Khosrov résista furieusement contre l’invasion sassanide. Les défaites successives suite à plusieurs batailles obligèrent les Sassanides d’imaginer un complot. Anak, corrompu par les Sassanides, qui était d’origine arsacide et un membre éloigné de la famille de Khosrov, assassina le roi araméen. Anak et son frère furent capturés et noyés, mais deux de ses fils (dont l’un était Grigor) s’enfuirent à Césarée.

Tiridate, le seul fils de Khosrov, avait étudié à Rome et était élevé à la Cour romaine. Il parlait plusieurs langues étrangères et connaissait bien les maîtrises de l’art militaire. Élevé à Rome, dans une ambiance hostile, contre les menaces chrétiennes, Tiridate devint un païen ardent. Hébergé à Césarée, Grigor fut élevé et éduque dans une doctrine chrétienne. Il parlait plusieurs langues étrangères.

À l’âge mûr, Tiridate, à la tête d’une légion romaine, nommé par l’Empereur Dioclétien (284-305), chassa les Sassanides de l’Arménie en 287. Sur la route, Tiridate rencontra Grigor (qui cachait son identité chrétienne) et l’invita à sa Cour. Les chroniqueurs arméniens disent que pendant une cérémonie païenne, Tiridate ordonna à Grigor de mettre une guirlande de fleurs au pied de l’idole d’Anahite à Eriza. Grigor refusa, en proclamant sa foi chrétienne. Sachant qu’il était le fils de l’assassin de son père, la fureur du roi devint plus forte et il ordonna de jeter Grigor dans Khor Virap, la fosse profonde qui servait de prison royale dans la ville d’Artachate. Après le massacre d’une religieuse romaine, nommée Hripsimé et l’abbesse Gaïané, le roi Tiridate fut puni de son impiété par une maladie démoniaque*. Khosrovadoukht, la sœur du roi fut alors avertie en songe que le saint missionnaire Grigor, précipité treize ans plus tôt au fond de la fosse de Khor Virap, pourrait guérir le roi.

Tiridate libéra le saint, et pendant leur rencontre près de la ville de Vagharchapate (Zvarnots), le roi, repenti de ses péchés, fut guéri et se convertit au christianisme. C’était le début de conversion au christianisme du royaume arménien en 301.

La conversion au christianisme, forgeant une identité unique à la base d’une nouvelle foi, marqua une rupture définitive entre les dynasties arménienne et perse. Cent années plus tard, la rupture culturelle devint irréversible grâce à l’invention de l’alphabet arménien qui protégea les Arméniens contre l’assimilation durant des siècles.

Khor Virap et la guerre Vardanants

L’histoire de Khor Virap est liée également à la guerre de Vardanants en 449-451, quand les Arméniens se rebellèrent contre la Perse sassanide. À la tête de l’armée arménienne était Sparapète (le général) Vardan Mamikonian.

Plus tard, lorsque Vardan devint Sparapète (entre les années 410-420), la Perse sassanide forçait les Arméniens à se convertir de nouveau au paganisme. En 449, le Catholicos, les évêques et les princes arméniens, après avoir tenu un conseil ecclésiastique dans la ville d’Artachat, écrivirent la fameuse réponse de refus au roi des Sassa­nides. Les Sassanides, furieux, appelèrent les seigneurs arméniens à Ctésiphon et les forcèrent à se convertir au Zoroas­trianisme.

Vardan, regagnant son pays en 450, nia la religion perse et se souleva contre les souverains sassanides. Vardan Mamikonian tomba sur le champ d’honneur pendant la guerre Vardanants, près d’Arvaraïr en 451. La lutte de longue durée contre les Sassanides, conduite aussi par Vahan Mamikonian, le neveu de Vardan, s’acheva par le Traité de Nvarsak en 484. La guerre Vardanants assura la survie de la culture arménienne, l’attachement du peuple à sa foi et à sa langue. La statue équestre de Vardan est installée à Erevan.

La guerre Vardanants est considérée comme la première lutte pour la liberté de conscience et Vardan Mamikonian est canonisé comme l’un des saints les plus importants de l’église arménienne. »

Panneau à l’entrée du site de Khor Virap


* Selon une légende, le roi Tiridate fut transformé en sanglier, ce qu’illustre le manuscrit ci-dessous que l’on peut admirer au Materadaran à Yerevan.


Conversion du roi Tiridate par Grégoire l’Illuminateur.
Matenadaran (
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