Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

This blog is © Miklos. Do not copy, download or mirror the site or portions thereof, or else your ISP will be blocked. 

18 mars 2008

En parcourant la Wikipedia (2)

Classé dans : Sciences, techniques — Miklos @ 8:39

« Jean-Marie Lustiger Aron Jean-Marie Lustiger, né le 17 septembre 1926 à Paris et mort le 5 août 2007 à Paris, était un dignitaire de l’Église catholique romaine, archevêque de Paris de 1981 à 2005, créé cardinal en 1983. (…) Le 25 août 1940, à l’âge de 14 ans, il reçoit le baptême à Orléans. »

Ce n’est évidemment qu’un détail, mais à la date donnée pour son baptême (ici le 25, mais selon les WP anglaise, finlandaise, italienne, polonaise, portugaise et russe le 21) il n’avait pas encore 14 ans (le JDD, l’Encyclopædia Britannica ou l’Encyclopédie Universalis ne s’y sont pas trompés, eux). Quant à son prénom d’origine, l’orthographe varie entre « Aron » et « Aaron » selon les versions des WP (et ailleurs). Il serait intéressant de consulter son acte de naissance, ce qui permettrait de voir s’il en avait reçu d’autres, comme il est souvent de coutume.

« Liste de saints patrons Un saint patron est saint protecteur d’un groupe particulier. Il peut s’agir d’une localité, d’une région ou d’un pays, ou encore d’une corporation ou d’une profession. »

Certains « groupes particuliers » et leurs saints tutélaires sont notoirement absents de cette liste : les serial killers ont Saint Caedwalla (qui en était un, puis s’est repenti et converti au christianisme, ce qui ne l’a pas empêché de décéder dix jours plus tard, en 689) ; les voleurs et les prostituées se réclament de Marie-Madeleine en France et de Santa Muerte au Mexique (qui n’est pas en odeur de sainteté, pourtant, auprès de l’église catholique de ce pays). C’est Sainte Monique qui s’attache au sort des alcolos : son mari l’avait été. Sainte Dymphna est la patronne des malades mentaux et des victimes de viol : son père, qui n’était pas un saint et avait perdu la tête de chagrin à la mort de sa femme, voulait épouser sa fille, et faute d’y arriver, la décapita. Sainte Blandine protège ceux qui sont injustement accusés de cannibalisme, tandis que Saint Dreux (dont la WP française ne parle pas, bien qu’il ait été français), dont la laideur était tellement repoussante qu’il passa les quarante dernières années de sa vie reclus dans une cellule attenante à son église, est le patron de ceux que la nature a défavorisés. Quant à la modernité, elle n’a pas échappé à la saintitude : la télévision a Sainte Claire d’Assise (c’est Pie XII qui l’a dit), et l’internet – Saint Isidore de Séville (depuis 2002 ; la WP ne l’a pas raté, lui). [Sources : BBC et autres, 17/3/2008].

« Lose My Breath « Lose My Breath » is an R&B/dance-pop song written by Beyoncé Knowles, Kelly Rowland, Michelle Williams, Rodney Jerkins, LaShawn Daniels, Fred Jerkins III, Sean Garrett, and Shawn « Jay-Z » Corey Carter for Destiny’s Child’s fourth studio album, Destiny Fulfilled (2004). It was produced by Knowles and Jerkins and released as the album’s lead single in autumn 2004. The single was released with « Why You Actin’ » as the b-side.(…)

Vrai ou non, là n’est pas le problème : c’est un article entièrement en anglais (à l’exception des intertitres…) dans la WP française. Et il n’est pas le seul, il y en aurait 3 320 en souffrance de traduction, qui se rajoutent au nombre impressionnant d’articles à l’état d’ébauche (231 000 pages de la WP française contiennent la mention « cet article est une ébauche » pour un total de 635 887 articles). [18/3/2008]

« Single stand binding protein Single staind binding protein (SSBB) est le nom d’une protéine que l’on trouve lors de la réplication du génome chez les eucaryotes. Au moment de la séparation des 2 brins complémentaires de l’ADN bicatenaire, ces protéines se fixent sur le brin tardif afin d’empêcher les deux brins de se « recoller » ensemble. »

Les deux tentatives de donner le nom (anglais) de cette protéine ont échoué : il s’agit de Single-strand binding protein (et non pas « stand » ou « staind » – deux lapsus que l’on qualifierait de lazuli, tant ils sont beaux, pour qui connaît l’anglais). L’acronyme est, bien évidemment, SSBP (et non pas SSBB, qui dénote un jeu de combat pour console Wii publié par Nintendo) : impossible donc de trouver, dans la WP française, cette entrée si on effectue une recherche avec le nom ou l’abréviation corrects.

« Théophraste Théophraste, en grec ancien Θεόφραστος (Érésos, Lesbos v.372 av. J.-C.–Athènes v.287 av. J.-C.), philosophe grec de l’école du Lycée. »

Si, par perverse curiosité, on consulte les versions de cet article en d’autres langues, on remarquera qu’il est né en -372 (versions catalane, croate, danoise, espagnole, espéranto, grecque, hébreu, norvégienne, portugaise, roumaine, slovène), en -371 (versions allemande, anglaise, finlandaise, hongroise, italienne, néerlandaise), en -371 ou -370 (version suédoise), en -370 (versions bahasa indonesia, bulgare, islandaise, limbourgeoise, polonaise, russe, turque). On ne peut que vouloir lire son Des Ratiocinations, ou Du Faux et du Vrai. Mais n’ayons pas l’esprit chagrin, à propos de quoi Théophraste disait : « L’esprit chagrin fait que l’on n’est jamais content de personne, et que l’on fait aux autres mille plaintes sans fondement. » (Caractères) Car il y a un fondement à nos plaintes.

« Zanger Bob Zanger Bob (né 28 avril, 1996) est un chanteur Hollandais. »

Le problème (enfin, un des problèmes) avec cette définition est que Bob s’appelle Offenberg – ce que ne mentionne pas la WP –, et que « Zanger » veut dire « chanteur » (Zanger Bob est son surnom). En outre, il aurait plutôt fallu préciser qu’il est néerlandais (avec une minuscule, comme il se doit pour l’adjectif). Enfin, on est en droit de se demander pourquoi nombre d’articles de la WP souvent plus longs (ce qui n’est pas difficile vu la brièveté de celui-ci) sont décorés de l’avertissement « Cet article est une ébauche concernant… » ou, mieux encore, « Cette page ne correspond pas aux critères d’un article encyclopédique… », tandis que celui-ci est vierge de tout avertissement. On peut aussi se demander ce qui justifie l’existence de cet « article encyclopédique » tandis qu’on note l’absence d’articles concernant le quatuor Kronos ou le chœur Accentus et son chef Laurence Équilbey, cette dernière pourtant mentionnée dans une quinzaine d’autres articles, ce qui n’est pas le cas de notre jeune Caruso. [17.3.2008]

16 mars 2008

En parcourant la Wikipedia

Classé dans : Sciences, techniques — Miklos @ 11:37

« Angklung L’anklung est un instrument de musique fabriqué en bambou. »

Problème de point « g » ? La version anglaise de la page semble tout aussi incertaine sur l’orthographe de l’instrument : on y trouve aussi « angkung ». Un autre instrument de la même région se trouve à l’entrée française « kulintang », qui écrit plus loin « kulingtan ». [16.3.2008]

« Antonino Repaci Antonino Repaci (1910 – 2005 Turin) homme politique, antifasciste et historien italien. (…) Il fonde le 1er groupe de résistance italien avec Duccio Galimberti en 1940 , ils auront comme compagnons Primo Levi et Sandro Pertini. Ensemble ils publient clandestinement le 1er traité de constitution européenne en 1942. (…) Le reste de son temps, il le consacre à écrire des livres sur le fascisme, une dizaines de livres publiés dont le plus connu La marche sur Rome 1961, qui sera adapté au cinéma par Dino Risi en 1962. »

La marche sur Rome a été l’événement de 1922 qui a permis à Mussolini et à son parti fasciste d’accéder au pouvoir – et pourtant la Wikipédia française n’en fait pas mention. Le livre (2 vol.) de Repaci a été publié en 1963, tandis que le film éponyme – une comédie avec Vittorio Gassman, Ugo Tognazzi et Roger Hanin – est sorti en mars 1962 (plusieurs scénaristes, dont Ettore Scola) : ni la différence des genres de ces œuvres, ni l’inversion des dates ne permettent d’affirmer que Risi ait adapté Repaci… En ce qui concerne la proposition de constitution d’une confédération européenne (« Progetto di costituzione confederale europea ed interna »), elle a été élaborée avec Tancredi Galimberti (Duccio) entre l’automne 1942 et avril 1943, selon Repaci lui-même, et publiée pour la première fois par Repaci à Turin en 1946. Auparavant, ce n’est que le manuscrit qui avait circulé dans un groupuscule (parler de sa publication clandestine en 1942 est donc un oxymore et un anachronisme). [16.3.2008]

« Fontaine Stravinski La fontaine Stravinski (ou fontaine des automates, œuvre de 1983) est le fruit d’une collaboration entre Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle. Elle est réalisée dans le cadre du pourcentage du budget de la construction du Centre Georges-Pompidou. C’est une commande publique entre la ville de Paris, le ministère de la culture et le Centre Pompidou. L’œuvre est la propriété de la ville de Paris qui se charge de son entretien. Ce monument évoque l’œuvre musicale du compositeur russe Stravinski. Compositeur russe du XXe siècle, celui-ci est le symbole de l’éclectisme et de l’internationalisme artistique. La fontaine, tout comme le furent certaines représentations du compositeur, peut paraître révoltante et être sujette à polémique ou à débat. On retrouve pour les deux monuments cette provocation. »

Outre le style répétitif et obscur (le reste de l’article n’est pas mieux écrit) – que signifie « le cadre du pourcentage de budget ? », de quels « deux monuments » s’agit-il ? le qualificatif de « révoltante » pour la fontaine est bien mal choisi – ailleurs dans la WP, on parle « des fontaines du Centre Georges-Pompidou conçues par Niki de Saint Phalle » (page « Institut de recherche et coordination acoustique/musique ») ou de « la Fontaine Igor Stravinski à Paris devant Beaubourg » (page Niki de Saint Phalle), sans lien vers cette page-ci. Ce qui, en passant, ne permet pas non plus d’identifier Beaubourg au Centre [Georges-]Pompidou. [16/3/2008]

« Gare de Bénestroff La Gare de Bénestroff est une gare ferroviaire située sur la commune de Bénestroff dans le département de Moselle. »

Le potentiel de la WP est infini : toutes les gares et les communes de France (et pourquoi pas du monde, on y trouve bien Huizen, Holon ou Lütschental), auxquelles se rajoutent tous les albums 45t parus (à l’instar de l’entrée « La Route Disque 45 tours de Michel Corringe paru en 1968 »), toutes les bandes dessinées, les mangas et leurs personnages, tous les sportifs du monde (« Christian Bruder Christian Bruder (né le 30 avril 1982) est un sauteur à ski allemand » qui est loin d’être un champion mondial, semblerait-il) et les événements et lieux qui s’y rapportent (5e étape du Tour d’Espagne 2006), toutes les recettes de cuisine (la page Cuisine castillane existe, vide, et attend d’être remplie, tandis qu’on trouve ailleurs la recette du Gaspacho andalou)… On attend impatiemment les entrées qui expliqueront les noms des près de 400 000 astéroïdes connus (en 2007), d’Aakashshah à Zyskin (on n’y trouve pour le moment qu’une liste des 100 000 premiers). Il est d’ailleurs possible de rajouter à la WP des définitions par lot (c’est-à-dire automatiquement, pas manuellement une après l’autre) : c’est le cas de la WP en volapük, ce qui en a fait l’une des versions les plus riches par le nombre d’articles (mais pas par leur longueur…) qui dépasse les 100 000, bien que cette langue artificielle soit quasiment morte : elle n’est nourrie que par un seul contributeur (assisté d’un ordinateur).

« Idiotisme Un idiotisme est une tournure ou une locution particulière à une langue, qui est intraduisible (…). »

Si l’article parle, plus loin, d’anglicismes, il omet de mentionner le gallicisme – bien que le terme soit défini dans la WP et fasse référence, lui, à l’idiotisme (terme plus générique). Ah, la puissance impérialiste de l’anglais… !

« Nerf vague Le nerf vague ou nerf pneumo-gastriquetimo ou encore nerf cardio-pneumo-entérique est la Xe paire des nerfs crâniens. (…) En 230, Otto Loewi a, le premier, mis en évidence la transmission synaptique (…) »

Otto Loewi, toujours selon la WP, est né en 1873, plus de 1600 ans après la date où il aurait mis en évidence cette transmission ; quant à la seconde qualification du nerf, « gastriquetimo » : inconnue des autres encyclopédies (ces deux détails sont le fait d’un vandalisme de la WP à partir d’un abonné de Wanadoo, coutumier du fait, mais qui ne semblent pas être détectés ni par leurs « bots » ni par la réputée vigilance des millions de lecteurs de la WP ; bloqué à plusieurs reprises, il récidive…). Plus loin dans l’article, on trouvera l’expression « plexus soléaire » (au lieu de « solaire »), « rameau recurant » (au lieu de « récurrent », comme il l’est d’ailleurs écrit ailleurs). [16/3/2008]

« Paroisse de Franklin La paroisse de Franklin (anglais : Franklin Parish) a été créée par la scission des paroisses de Carroll, de Catahoula, de Madison et d’Ouachita en 1843. La paroisse a une superficie de 1 615 km² de terre émergée et 31 km² d’eau. Elle est enclavée entre la paroisse de Richland au nord et au nord-ouest, la paroisse de Madison au nord-est, la paroisse des Tensas au sud-est, la paroisse de Catahoula au sud et la paroisse de Caldwell à l’ouest. (…) »

Impossible de savoir, à première vue, de quel pays ou région il s’agit (sauf à consulter la carte en insert) : ce n’est pas explicité dans le texte. Plus loin, il est écrit : « Trois autoroutes quadrillent la paroisse : les autoroutes de Louisiane (Louisiana Highway) n° 4, 15 et 17. » et l’article est classé dans la catégorie « Portail des Etats-Unis », tout à la fin. La page anglaise correspondante est intitulée « Franklin Parish, Louisiana », et précise, dans sa première phrase, qu’il s’agit d’une paroisse située « in the U.S. state of Louisiana ». La page française, qui fournit toutes sortes de détails démographiques, omet de mentionner que l’appellation est en l’honneur de Benjamin Franklin et que le siège de la paroisse est Winnsboro. Enfin, contrairement à ce qui est annoncé dans l’article, cette paroisse ne provient pas d’une partie de celle de Carroll (qui, elle, a fait scission en East et West Carroll), qui ne lui est pas limitrophe (et ce que confirme le site officiel de la paroisse de Franklin). [16/3/2008]

« Wikipédia en danois La Wikipédia en danois est l’édition de Wikipédia en danois. (…) »

On trouve aussi, dans les pages correspondantes, « Wikipédia en anglais est l’édition de Wikipédia en langue anglaise », « Wikipédia en suédois est l’édition de Wikipédia en langue suédoise. », etc. Il n’y a que pour certaines langues que le terme « Wikipédia en … » est défini (celles qui comportent plus de 100 000 articles, semble-t-il), et pour le danois uniquement, l’article défini. Pour le français, on aura la variante suivante : « Wikipédia en français est l’édition de Wikipédia rédigée en langue française », tandis que pour le finnois, « Wikipédia en finnois est l’édition de Wikipédia en finnois » (idem pour l’espagnol et l’allemand). Pour le chinois, on parlera de « langue chinoise », tandis que pour le chinois classique, de « chinois classique ». [16/3/2008]

10 mars 2008

Langue de bois

Classé dans : Actualité, Sciences, techniques — Miklos @ 15:24

Ce matin comme hier, lorsque j’ai voulu me connecter à la copie de ce blog sur le site du Monde pour y rajouter ma prose, voici ce qui s’affichait avec insistance à l’écran :

Suivant fidèlement les instructions qui se trouvaient dans ce message, j’ai contacté l’adresse webmaster@lemonde.fr en expliquant le problème. Je pense m’être clairement exprimé :

Bonjour,

J’essaie d’accéder à la page d’administration de mon blog, et reçois à chaque fois « La page que vous avez demandée est introuvable ». Ca avait commencé par intermittence cette nuit, maintenant c’est permanent. Quand est-ce que cela remarchera ?

Merci,
Miklos

Voici la réponse que j’ai reçue six heures et demi plus tard (le temps qu’il a dû leur prendre pour analyser ma question et lui trouver une réponse adéquate ?) :

Bonjour,

Pour accéder aux résultats des élections de votre ville, rendez-vous sur :
www.lemonde.fr/municipales
En colonne de droite, vous trouverez le moteur de recherche qui vous permettra d’obtenir les résultats pour votre ville.

Nous vous remercions de l’intérêt que vous portez à nos services.
Cordialement.

Le service client du Monde.fr
____________________________________________

Une question : http://faq.lemonde.fr
Consultez le mode d’emploi de l’édition abonnés : http://www.lemonde.fr/modedemploi
Mot de passe oublié : http://www.lemonde.fr/ep/oubli_passwd

Je commence à porter de moins en moins d’intérêt à ce genre de service, à vrai dire.

4 mars 2008

La deuxième mort annoncée du CD-R

Classé dans : Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 0:31

France 2 vient enfin de découvrir – et de nous apprendre – que la Terre est ronde. Ou plutôt qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas si rond que ça dans le monde du numérique. En des tons apo­ca­lyp­tiques, David Pujadas rapportait ce soir aux oreilles de millions de Français suspendus à ses lèvres une décou­verte catas­tro­phique toute récente : les disques compacts où l’on grave soi-même ses photos, sa musique ou ses papiers, sur lesquels l’hôpital conserve vos données médi­cales et l’INA le patri­moine audio­visuel français (disques connus sous le nom de « CD-R ») n’auraient qu’une durée de vie non pas de cent ans, non pas de dix ans, mais de deux à cinq ans. C’est une enquête de Michel Momponté et de Jean-François Monnier qui nous révèle ce grand secret, appa­rem­ment mis à jour au laboratoire national d’essai, à la grande surprise de l’un de ses chercheurs, Jacques Perdereau. Qu’adviendra-t-il donc de toute l’infor­mation numé­rique dont l’on avait ainsi voulu pré­ser­ver des ans l’irré­parable ou­trage ? Gérard Poirier, spécialiste du grand indus­triel du média MPO, inter­viewé pour l’occasion, affirmait que le chan­gement de tech­nologie néces­saire pour passer à des supports plus pérennes prendrait plusieurs années – il ne faut pas seulement changer les matériaux constituant le disque, mais les graveurs et les lecteurs nécessaires à leur utilisation, répandus en nombre incalculable à la face de la Terre. Ne parlons pas de la tâche herculéenne de recopie de toutes les informations des anciens supports vers leur successeur : une hécatombe annoncée. Il y a de quoi être atterré.

« Stabilité incer­taine des CD-R. La sta­bi­lité tem­po­relle de l’en­semble des sup­ports d’infor­ma­tion, en par­ti­culier celle des CD-R, est variable. (…) Il est vrai que le CD-R a été pré­senté comme inal­té­rable et pérenne. Ses fabri­cants annon­cent parfois des durées de vie très longues. La réalité est tout autre : la gra­vure s’avère plus dé­li­cate que prévue, des échecs sont parfois constatés ; des CD-R, même appa­rem­ment bien gravés, peuvent se révéler illi­si­bles pré­ma­tu­rément. » – L’archi­vage sur CD-R. Acquérir, graver, contrôler, conserver. Eyrolles, Paris, 2006.Le problème de cette « news » n’est pas sa véracité – bien réelle – mais que ce n’est pas si new que ça. Il y a plus de deux ans, Kurt Gerecke, physicien expert du stockage informatique, affirmait que « la durée de la plupart des CD inscriptibles disponibles à bas prix dans les magasins discount a une durée de vie de deux ans environ ; certains des disques de meilleure qualité offrent une durée de vie plus longue, de cinq ans tout au plus. » Il conseillait de sauvegarder non pas sur disques durs – qui ont leurs problèmes – mais sur bandes magnétiques, dont la durée de vie est estimée de 30 à 100 ans. Il concluait que, de toute façon, aucun support de stockage ne dure éternellement – ce que l’on s’entêtait à répéter depuis bien plus longtemps.

Le laboratoire national d’essai devait s’en douter : en 2004, il avait œuvré pour la mise en place d’un groupement d’intérêt scientifique chargé d’étudier la conservation des données sur disques optiques numériques. On peut y lire (l’information n’est pas datée) : « de récentes études ont montré que certaines marques de supports magnétiques (disques durs et bandes) et de disques optiques (CD-R et DVD-R) étaient inutilisables après une période de stockage d’environ un an, alors que des supports d’autres marques, n’avaient montré aucune dégradation notable après 15 ans d’archivage ».

On se demande pourquoi les médias ont attendu si longtemps pour en informer le grand public. Car les profes­sionnels le savaient : certains orga­nismes, au fait de ce petit problème depuis un certain temps, avaient commencé à recopier labo­rieu­sement leur patri­moine infor­ma­tionnel sur des nouveaux systèmes de conser­vation (en général : une cascade de disques durs et de bandes magné­tiques servant à effec­tuer des sau­ve­gardes pério­diques de volumes parfois astro­no­mi­ques et qui ne feront que croître avec le temps). Le labeur du copiste n’est jamais fini, et la course technologique le rend souvent bien plus ardu, malgré les apparences.

28 février 2008

Ce n’était pas Dell-icieux

Classé dans : Sciences, techniques — Miklos @ 8:25

Mardi soir, il eut sa première syncope : il se figea les yeux grands ouverts. Il ne réagissait plus à rien. Le système de soutien électrique fut déconnecté plus rallumé : l’effet de choc fut bénéfique, il se ranima. Mais quelques instants plus tard, la crise se reproduisit – il sembla s’en remettre. À l’aube, à l’issue d’une la troisième crise, il ne revint pas à la vie. Plus tard dans la journée, son propriétaire appela le numéro des urgences. Il tomba finalement sur une préposée obséquieuse dont l’accent fort prononcé rendait la conversation ardue. Celle-ci, s’imaginant qu’un virus avait attaqué la pauvre bête, lui demanda d’effectuer un lavage partiel, puis total de cerveau, ce qu’il se refusa à faire : il était convaincu qu’il s’agissait d’une affection purement matérielle. Il s’entêta à lui expliquer qu’il était de toute façon impossible de le faire, l’état de catatonie étant absolu. Elle insista, tout en lui recommandant d’en sauvegarder le contenu avant qu’il ne s’efface. Après un épuisant dialogue de sourds qui dura plusieurs heures, il raccrocha. Le lendemain, il fit prélever l’organe par un collègue expert, et le long processus de duplication s’engagea. Il rappela. Après une longue attente, on le mit en contact avec un préposé qui voulu tout reprendre à zéro, bien qu’il affirmait avoir consulté le dossier du patient. De temps à autre, la communication coupait, sans raison apparente. Il rappelait. Une nouvelle attente. Un nouveau préposé. Retour au point de départ. Aucun des robots qu’il avait au bout du fil ne voulait admettre cette mort subite qui les aurait contraint à dépêcher un urgentiste auprès du corps. En fin de matinée, on lui passa un super-robot qui lui demanda de s’armer d’instruments chirurgicaux de précision et le guida efficacement dans le démontage et remontage d’un des systèmes vitaux : le patient revint à la vie. Son cerveau réinstallé, il reprit, guilleret, ses activités. Le super-robot s’engagea à appeler à une heure précise plus tard afin d’effectuer le suivi de la récupération, mais nul appel ne vint troubler le reste de la journée.

La morale : si vous possédez un ordinateur portable de Dell et qu’il tombe en panne, vous êtes dans de beaux draps même s’il se trouve couvert par un contrat de maintenance à domicile : Dell fera tout son possible pour ne pas dépêcher un technicien sur place. Il vous faut alors vous armer d’une patience infinie et être disposé à perdre de longues heures de travail passées à attendre au téléphone et à suivre des instructions – difficiles à comprendre du fait de la « délocalisation » des services de support – excessivement caudataires (« je vous remercie infiniment d’avoir attendu »), parfois illogiques (répéter de façon insistante qu’il faut « réinstaller le système » quand on s’entête à expliquer que l’ordinateur ne s’allume même pas), incompétentes (« monsieur, je vous dis de faire une sauvegarde mais ce n’est pas dans mes connaissances de vous dire quelle sauvegarde faire ni comment vous y prendre, je ne suis formée que sur le matériel »), contradictoires (« on vous envoie un technicien demain », « il ne s’agit pas de vous envoyer un technicien »), et plus encore inutiles : le reformatage du disque dur semble être la panacée, mais, inutile, vous fera perdre bien plus de temps qu’il vous faudra consacrer ultérieurement à restaurer programmes et données. Il vous faut être équipé de tournevis cruciformes, être agile de vos doigts et savoir monter et démonter du matériel informatique.

Mais surtout, il vous faut faire preuve de bon sens et savoir tenir tête pour éviter d’obéir aveuglément à des instructions fournies mécaniquement par des « opérateurs » qui suivent des procédures écrites qui ne correspondent pas forcément au cas en question et qui ne peuvent entendre ce qu’on leur dit, si cela n’entre pas précisément dans leur grille. Bref, il vous faut être un technicien bien meilleur que celui qui vous répond.

Et enfin, il vous faudra peut-être penser à changer de marque. Et entre temps, ne pas oublier d’effectuer des sauvegardes très régulièrement.

The Blog of Miklos • Le blog de Miklos