Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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24 octobre 2005

Antioxydants à la rescousse

Classé dans : Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 19:55

On le savait depuis une centaine d’années1, l’encre métallogallique (appelée ainsi parce qu’elle est composée à base de noix de galle, entre autres), utilisée surtout depuis le Moyen-Âge jusqu’au XXe siècle mais connue depuis (au moins) la période des Manuscrits de la Mer morte, détruit lentement les documents sur lesquels elle est présente (manuscrits tels que les carnets de Léonard de Vinci ou les partitions de Jean-Sébastien Bach, enluminures, peintures de Michelange ou de Rembrandt…).

Le groupe de recherche InkCor, dans le cadre d’un projet financé par l’Union européenne, vient de conclure que ces transformations sont dues non seulement aux radicaux libres de fer présents dans la composition de cette encre, mais aussi à d’autres métaux (notamment le cuivre, encore plus nocif) et acides (l’encre est composée aussi de vitriol) qui entraînent le changement de sa couleur et son attaque par oxydation du support, qui tourne au marron et perd de ses propriété mécaniques. Il semble naturel de vouloir contrer cet effet par des anti-oxydants et des alkalis, mais ceux connus à ce jour sont susceptibles de colorer le document. Cette équipe vient de développer un procédé de traitement qui utilise des sels haloïdes incolores et susceptibles de prolonger la durée de vie du papier de façon très significative. Elle espère pouvoir le commercialiser l’année prochaine.


1 Ce phénomène a été documenté pour la première fois à St Gallen (remarquez l’ironie du nom) en Suisse, en 1899.

Source : Wired News

Référence : Site sur la corrosion par l’encre métallogallique.

23 octobre 2005

Tapez moins fort, Big Brother vous écoute

Classé dans : Politique, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 23:53

La FCC américaine (Federal Communications Commission, l’équivalent de l’ANRT, en quelque sorte) vient de publier le décret d’application d’une directive qu’elle avait émise en août, étendant les provisions d’une loi de 1994 concernant les écoutes : dorénavant, celles-ci s’appliqueront aussi aux universités, aux bibliothèques, aux aéroports fournissant des connexions sans fil et aux fournisseurs d’accès à l’internet (commerciaux, publics – comme les municipalités).

La loi d’origine obligeait les compagnies de téléphone d’adapter leurs systèmes à leurs propres dépens afin de permettre aux Strasky et Hutch fédéraux d’y avoir éventuellement accès. Le nouveau décret requiert cette adaptation de la part de tous ces autres modes de communication (courrier électronique, voix sur IP) jusqu’au printemps 2007.

Les protestations les plus fortes sont venues des universités, qui indiquent que le coût qu’elles auraient à supporter s’élève à 7 milliards de $ au moins, sans pour autant assurer de pouvoir identifier les contrevenants. Elles se préparent donc à ester en justice auprès de la Cour d’appel des US, mais ne remettent pas en cause le droit du gouvernement à utiliser les écoutes pour combattre le terrorisme et la criminalité sur les campus universitaires.

Par contre, le Center for Democracy and Technology, groupe d’activistes pour les libertés civiles, va déposer plainte à l’encontre de cette tentative du gouvernement de contrôler l’internet.

Source : Le New York Times.

20 octobre 2005

Le web comme hégémonie de l’amateurisme, ou Wikipedia sous les feux croisés

Classé dans : Livre, Progrès, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 0:37

Dans un récent article lumineux, Nicholas G. Carr1 analyse les valeurs New Age que le Web nouvelle géné­ration – celui de l’« intel­ligence col­lec­tive » symbo­lisée par Wikipedia et les blogs – repré­sente : « par­tici­pation, collec­ti­visme, commu­nautés virtuelles, ama­teu­risme », avec, comme corrélats, « superfi­cia­lité, préfé­rence des humeurs aux faits, écholalie, encou­ra­gement à l’extrémisme idéo­lo­gique et au commu­nau­ta­risme ». Prenant comme cas d’espèce le manque de qualité et de fiabilité de la Wikipedia2 (qu’il analyse avec exemples à l’appui), il en conclut que l’Internet bouscule l’économie de la culture d’une façon qui en réduira les options plutôt que les élargira : le choix est clair, entre (par exemple) l’Ency­clopédie Britan­nica et la Wikipedia, on choisira ce qui est gratuit, et ce qui s’y trouve sera répliqué à l’infini sur le Web, quel que soit sa qualité. En réponse à Kevin Kelly, qui affirme qu’« à cause de la facilité de création et de diffusion, la culture en ligne est la culture », il dit : « J’espère qu’il a tort, mais je crains qu’il ait raison ».

Il semblerait que même au sein de la Wikipedia on commence à avoir des doutes. Dans un autre article, Andrew Orlowski rapporte que Jimmy Wales, l’un des co-fondateurs, reconnaît finalement l’existence de problèmes réels de qualité. Orlowski soulève d’autres problèmes au-delà de la fiabilité, ceux, par exemple, de grammaire et de syntaxe de nombreux articles. La solution à ce problème particulier ? Des experts – de l’édition, des contenus – ce qui la ferait converger vers les « vraies » encyclopédies actuelles. Mais l’idéologie des contributeurs (en sus du problème économique) pourrait être un frein insurmontable.

Sous-jacent à ces articles est le constat que le Web est passé de l’utopie à la « vraie vie », et elle n’est pas si rose que cela. Philippe Breton l’avait déjà clairement décrit3 pour d’autres médias. C’est aussi ce qu’a affirmé Claude Perdriel, PDF du Groupe Nouvel Observateur, dans la leçon inaugurale qu’il a donnée mardi 18 aux élèves du Centre de formation des journalistes (CFJ) : « Internet est le plus grand danger pour l’éthique et la défense de ce à quoi nous croyons. [... N]’importe qui peut créer des sites, diffuser des rumeurs. Quand les gens de Google disent « Nous sommes le premier média au monde », personne n’a parlé des règles professionnelles de Google. ».4 Ni de celles de la Wikipedia, d’ailleurs.

Dans un très bel article consacré à Giorgio Agamben et Gianni Vattimo5, Michel Guérin s’interroge sur la « mondialisation » (ses guillemets) :

La post­mo­dernité montre deux visages : la menace et la bonace. Par un aspect, elle défait, délocalise, déracine, sape les liens tradi­tionnels ; par un autre, elle comble le désir, au-delà même de ce qu’il aurait pu souhaiter. Ce qu’elle n’autorise plus, c’est l’intermédiaire, qui est à la fois l’essence de l’Eros platonicien et celle de l’autorité protectrice, tutélaire, de la loi qui, jusqu’ici, défendait dans la double acception du mot.

Ce texte s’achève sur un question­nement, destiné à éviter, d’une part, « la vitupération d’une époque mal bâtie, la nôtre » en sombrant dans « passéisme et nostalgie ennemis d’une pensée dont la tâche est toujours le présent », et, d’autre part, « l’anti-humanisme et le cynisme déclarés ». Sans le repère de la croyance au progrès, « Comment trouver notre voie propre entre un sens qui nous fuit en nous faisant courir le risque de l’irréalité et le virtuel qui nous cerne en menaçant d’occuper le lieu de la réalité ? »


1 Auteur, entre autres, de Does IT Matter? Information Technology and the Corrosion of Competitive Advantage, Harvard Business School Press, 2004. ISBN: 1591394449.
2 Cette critique n’est pas récente (voir, par exemple, l’article de Hiawatha Bray de juillet 2004 [dont j’avais parlé il y a un an]). Ce qui est frappant, c’est, qu’avec le temps — la Wikipedia existe depuis plusieurs années — ces problèmes s’aggravent au lieu de se résoudre. Une preuve de plus s’il en fallait que la technologie ne fait que fournir des cadres à l’activité humaine et ne peut garantir une quelconque qualité des résultats.
3 Voir, par exemple, cet entretien dans lequel il décrivait il y a une dizaine d’années déjà l’homo communicans comme prototype du manipulateur, la recherche du plus petit commun dénominateur, l’enfermement dans le « village planétaire » qu’est l’Internet, etc.
4 Cité dans Le Monde du 20 octobre 2005.
5 « Après la modernité. Hommage à Giorgio Agamben et Gianni Vattimo », La Bibliothèque de Midi.

3 octobre 2005

Numérisation du patrimoine culturel : la commission européenne s’en mêle

Classé dans : Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 10:49

La Commission européenne a annoncé le vendredi 30 septembre 2005, « ses plans pour créer des bibliothèques numériques européennes » afin de « rendre le patrimoine écrit et audiovisuel de l’Europe accessible sur l’internet ». Trois domaines d’action sont identifiés : « la numérisation, l’accessibilité en ligne et la conservation numérique ». Une consultation en ligne est lancée jusqu’au 20 janvier 2006 pour « recueillir des commentaires sur une série de questions » dans le but de parvenir à « une proposition de recommandation relative à la numérisation et la conservation numérique » d’ici juin 2006. Les résultats de cette consultation seront notamment « exploités » dans le cadre de « l’examen des règles relatives aux droits d’auteur dans l’Union européenne », prévu en 2006, et de la « mise en œuvre des programmes communautaires de recherche et de développement », prévue pour 2007.

« Rendre les fonds des bibliothèques et des archives de l’Europe disponibles sur l’internet n’est pas une mince affaire », souligne la Commission. Il s’agit de numériser des documents « de natures très diverses » (supports écrit, photo, audio, vidéo – enfin ! on ne pense plus qu’au texte, il était temps) choisis parmi les quelque « 2,5 milliards de livres et de périodiques reliés dans les bibliothèques européennes » et les millions d’heures de films et de matériel vidéo « qui se trouvent dans les archives audiovisuelles des organismes de radiodiffusion » (et ailleurs, alors ?). La Commission note que « plusieurs initiatives ont déjà vu le jour dans les États membres (tiens, où ça ?), mais cela se fait en ordre dispersé ». Une politique commune, qui associerait le secteur privé, doit donc permettre d’« éviter de créer des systèmes incompatibles entre eux, et de faire deux fois le même travail ».

22 juin 2005

À propos du Web

Classé dans : Littérature, Sciences, techniques — Miklos @ 21:43


Autre est celui qui est capable de mettre au jour les procédés d’un art, autre est celui qui l’est d’appré­cier quel en est le lot de dommage ou d’utilité pour les hommes appelés à s’en servir ! (…) Car cette inven­tion, en dispen­sant les hommes d’exercer leur mémoire, produira l’oubli dans l’âme de ceux qui en ont acquis la connais­sance ; en tant que, confiants dans l’écri­ture, ils cher­cheront au dehors, grâce à des carac­tères étran­gers, non point au-dedans et grâce à eux-mêmes, le moyen de s’en ressou­venir ; en consé­quence, ce n’est pas pour la mémoire, mais pour la procé­dure du ressou­venir que tu as trouvé un remède. Quant à la science, c’en est l’illu­sion, non la réalité, que tu procures à tes élèves : lorsqu’en effet, avec toi, ils auront réussi, sans ensei­gnement, à se pour­voir d’une infor­mation abon­dante, ils se croiront compé­tents en une quantité de choses, alors qu’ils sont, dans la plupart, incom­pétents ; insup­por­tables en outre dans leur com­mer­ce, parce que, au lieu d’être sa­vants, c’est savants d’il­lu­sions qu’ils sont devenus.

Platon,
Phèdre ou de la Beauté

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