Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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15 novembre 2005

Google recrute

Classé dans : Sciences, techniques — Miklos @ 17:46

Quatre annonces de postes parues aujourd’hui dans une liste de diffusion professionnelle indiquent les champs d’action que l’entreprise mondiale veut investir :

  • un poste de directeur d’une grande équipe d’ingénierie logicielle à Bangalore en Inde ;
  • un poste de vice-président/directeur de l’ingénierie à Zurich ;
  • un poste de chef d’une petite équipe d’ingénierie logicielle et d’administrateurs-système pour le support de l’infrastructure réseau de Google, à Zurich
  • des postes de stagiaires à Zurich dans l’équipe de développement.

On le savait, l’Inde est une pépinière informatique bouillonnante – il n’est pas étonnant que Google s’y investisse. Mais ce n’est qu’un des indicateurs de la croissance redoutable de l’Asie dans le domaine des sciences et des technologies. Si, jusqu’ici, elle était perçue comme une imitatrice (et parfois plagiatrice) à grande échelle, elle risque fort de dépasser les Etats-Unis dans le domaine de l’innovation : le New-York Times rapporte que durant la période 1986-2001, la Chine, Taiwan, la Corée du Sud et le Japon ont accordé plus de doctorats dans les domaines scientifiques et de l’ingénierie que les Etats-Unis, dont le budget de recherche et développement a été, durant la période 1991-2003, moindre que celui de la Chine, de Singapour, de la Corée du Sud et de Taiwan. Il y a déjà longtemps que des étudiants asiatiques forment une minorité importante dans les meilleures universités américaines (45% des étudiants de l’université de Berkeley, par exemple) et se distinguent par leur assiduité et leur excellence (la moyenne de leurs notes est plus élevé, en général, que celle des américains de souche). Est-ce pour comprendre le phénomène, voire l’endiguer, que George W. Bush part en Chine ? Il serait surtout nécessaire que le gouvernement américain réinvestisse dans la recherche. Ainsi que le gouvernement français, mais c’est une autre histoire.

Parmi les sujets de développement concernés par ces annonces, on remarquera :

  • les logiciels capables d’indexer des milliards de pages Web et d’autres documents ;
  • l’apprentissage automatique pour l’étude des relations et des associations dans des données existantes ;
  • l’identification de l’importance de l’information récente et la production de résumés automatiques.

Google recherche probablement à améliorer « l’intelligence » de leurs moteurs – leurs capacités d’analyse sémantique des contenus, afin de fournir des résultats plus pertinents et sans doute catégorisés par importance et par sujets, tels que le font déjà certains outils de cartographie, au-delà de leur affichage de « pages similaires ». Il s’agit non seulement des contenus présents sur le Web, mais probablement sur les postes individuels (leur outil Desktop) et les intranets.

11 novembre 2005

Le difficile passage à l’acte

Classé dans : Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 19:02

La presse se fait écho de la décision de la British Library de faire affaire avec Microsoft, pour la numérisation de « 25 millions de pages de contenus courant 2006 ». Même si «  [l]a Grande-Bretagne offrira bientôt un nombre d’ouvrages numérisés équivalent à celui que propose dès à présent Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF », comme le dit le communiqué de la BnF, il est probable que la technologie qui sera utilisée permettra d’y effectuer des recherches et de consulter les contenus de façon bien plus aisée et efficace que ne le permet Gallica (quand bien même cette belle entreprise ne date pas d’hier, déjà alors des critiques s’étaient élevées – dont la mienne – concernant certains choix).

Microsoft a des atouts certains, et pas uniquement financiers ou technologiques : du côté scientifique, Stephen Robertson, grand spécialiste de la recherche dans les contenus, dirige le groupe Information Retrieval and Analysis au laboratoire de recherche de Microsoft à Cambridge. L’entreprise a d’ailleurs décidé de rendre visible et plus européenne son activité de recherche (à l’heure où d’autres entreprises se « délocalisent » en quittant la France), puisqu’elle s’est accordée avec l’Inria pour ouvrir un centre de recherche commun dans un laboratoire près de Paris qui accueillera une trentaine de chercheurs.

L’ouverture de Microsoft vers des secteurs qui ne sont pas si marchands que ça vaut la peine d’être étudiée : son alliance, au sein de la Open Content Alliance, avec l’Internet Archive ne va-t-elle pas couper l’herbe sous le pied d’un autre projet national, celui de l’archivage du Web, qui risque de devenir caduc si une, ou des, archives fiables et efficaces du Web se constituent rapidement ?

On ne peut évacuer l’aspect temporel des projets de cette nature, en invoquant la nécessité de réfléchir et de choisir avant d’agir. Il est d’ailleurs peu probable que la British Library n’ait pas réfléchi (ni, d’ailleurs, les universités qui avaient choisi de faire l’affaire avec Google). Mais il semble que la France ait souvent une difficulté quasi organique de passer de la réflexion (qui est souvent fort brillante) à l’action (dans ce domaine comme dans d’autres), de traduire des principes théoriques en projets concrets et réalistes ; comme il n’y a pas de brevets sur les annonces et les idées, il ne faut pas s’étonner de se faire damer le pion dans de telles circonstances.

Dans un article publié en mai, j’analysais la démarche de Google et j’évoquais la nécessité de travailler en réseau plutôt que sous forme d’une organisation monolithique (pour toutes sortes de raisons – l’efficacité en étant une) – celle qui semblait émerger autour du projet d’une bibliothèque numérique européenne. Il n’est toujours pas clair, d’ailleurs, ce qui se fait en France et en Europe dans ce domaine, les signaux publics étant souvent contradictoires : comité français ? groupe[s] de bibliothèques nationales ? et la récente annonce, que j’avais relayée, des plans de la Commission européenne « pour créer des bibliothèques numériques européennes », critiquant les « efforts dispersés » d’initiatives dans les états membres ?

Si, en mai, je pouvais conclure en disant « Entre temps, Google avance », depuis, d’autres ont avancé au-delà des effets d’annonce. Il n’est pas étonnant que la British Library ait décidé de passer à l’acte.

26 octobre 2005

Wikipedia redux, ou l’amateurisme a un coût

Classé dans : Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 9:01

Contrairement à ce qu’affirment certains, l’amateurisme n’exclut pas forcément la recherche de rentabilité. Pour preuve, on vient d’apprendre, toujours d’après Nicholas Carr, que Wikipedia se lance dans une entreprise commerciale à but lucratif dans un accord avec answer.com. There is no free lunch.

24 octobre 2005

Antioxydants à la rescousse

Classé dans : Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 19:55

On le savait depuis une centaine d’années1, l’encre métallogallique (appelée ainsi parce qu’elle est composée à base de noix de galle, entre autres), utilisée surtout depuis le Moyen-Âge jusqu’au XXe siècle mais connue depuis (au moins) la période des Manuscrits de la Mer morte, détruit lentement les documents sur lesquels elle est présente (manuscrits tels que les carnets de Léonard de Vinci ou les partitions de Jean-Sébastien Bach, enluminures, peintures de Michelange ou de Rembrandt…).

Le groupe de recherche InkCor, dans le cadre d’un projet financé par l’Union européenne, vient de conclure que ces transformations sont dues non seulement aux radicaux libres de fer présents dans la composition de cette encre, mais aussi à d’autres métaux (notamment le cuivre, encore plus nocif) et acides (l’encre est composée aussi de vitriol) qui entraînent le changement de sa couleur et son attaque par oxydation du support, qui tourne au marron et perd de ses propriété mécaniques. Il semble naturel de vouloir contrer cet effet par des anti-oxydants et des alkalis, mais ceux connus à ce jour sont susceptibles de colorer le document. Cette équipe vient de développer un procédé de traitement qui utilise des sels haloïdes incolores et susceptibles de prolonger la durée de vie du papier de façon très significative. Elle espère pouvoir le commercialiser l’année prochaine.


1 Ce phénomène a été documenté pour la première fois à St Gallen (remarquez l’ironie du nom) en Suisse, en 1899.

Source : Wired News

Référence : Site sur la corrosion par l’encre métallogallique.

23 octobre 2005

Tapez moins fort, Big Brother vous écoute

Classé dans : Politique, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 23:53

La FCC américaine (Federal Communications Commission, l’équivalent de l’ANRT, en quelque sorte) vient de publier le décret d’application d’une directive qu’elle avait émise en août, étendant les provisions d’une loi de 1994 concernant les écoutes : dorénavant, celles-ci s’appliqueront aussi aux universités, aux bibliothèques, aux aéroports fournissant des connexions sans fil et aux fournisseurs d’accès à l’internet (commerciaux, publics – comme les municipalités).

La loi d’origine obligeait les compagnies de téléphone d’adapter leurs systèmes à leurs propres dépens afin de permettre aux Strasky et Hutch fédéraux d’y avoir éventuellement accès. Le nouveau décret requiert cette adaptation de la part de tous ces autres modes de communication (courrier électronique, voix sur IP) jusqu’au printemps 2007.

Les protestations les plus fortes sont venues des universités, qui indiquent que le coût qu’elles auraient à supporter s’élève à 7 milliards de $ au moins, sans pour autant assurer de pouvoir identifier les contrevenants. Elles se préparent donc à ester en justice auprès de la Cour d’appel des US, mais ne remettent pas en cause le droit du gouvernement à utiliser les écoutes pour combattre le terrorisme et la criminalité sur les campus universitaires.

Par contre, le Center for Democracy and Technology, groupe d’activistes pour les libertés civiles, va déposer plainte à l’encontre de cette tentative du gouvernement de contrôler l’internet.

Source : Le New York Times.

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