Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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12 mai 2000

La numérithèque entre réalités et fantasmes

Classé dans : Livre, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 0:01

Lorsque les bibliothèques débattent de leur avenir à l’ère du nu­mé­ri­que, c’est en général pour affirmer qu’on ne pourra pas tout numériser et que leur rôle sert de trier et servir de médiateur entre les documents et le public. Michel Fingerhut, directeur de la médiathèque de l’Ircam, pose la problématique autrement. Et si justement on pouvait tout numériser un jour, tout diffuser sur Internet, via ce qu’il estime l’invention la plus prometteuse : le papier électronique (digital e-paper), lisible sans souris, sans clavier, sans stylet. La numérithèque du futur ne posséderait plus alors que des livres blancs où chaque lecteur pourrait tout inscrire. Dans cette optique, avant de se demander quoi numériser, le problème crucial est aujourd’hui celui de la conservation des supports et des formats numériques, mille fois plus problématique que celle du papier.

La numérisation est un procédé aussi vieux que l’informatique (si on exclut ses débuts analogiques) : les descriptions des processus et les données qu’ils manipulent y sont codées de façon binaire. C’est ce qui permet de stocker des documents de toute nature (textes, images fixes ou animées, sons…), d’y effectuer des recherches (dans leurs contenus ou dans des métadonnées associées) et de les éditer à la demande, de près ou de loin, sur écran ou papier.

La chute des prix des moyens de stockage1 et du matériel et logiciels nécessaires à la numérisation du texte2, et surtout l’explosion du Web et le développement de standards de codage numérique plus aptes à la diffusion et à l’édition3, ont créé un tsunami de numérisation et de mise en ligne, individuelle ou institutionnelle, de quantité de documents de toute nature (texte, image fixe ou animée, son…), récents ou anciens, avec ou sans respect des droits afférents, disparates ou formant une collection cohérente.

Ce phénomène indiscutablement bénéfique a rendu disponible des textes jusque là inaccessibles à la majeure partie du public – parce qu’ils étaient anciens, rares, épuisés, confidentiels voire secrets ou simplement consultables en des lieux limités ou difficilement accessibles. Dans certains cas, leur mise en ligne a été enrichie d’outils permettant d’y effectuer des recherches tout à fait impossibles manuellement.

De tels développements ont entraîné les espoirs les plus fantasmatiques : on peut tout numériser, on peut tout mettre sur Internet, tout est sur Internet4. De ce point de vue se pose alors la question du futur de la bibliothèque (ou, par euphémisme, celle de la « bibliothèque du futur »), et de celui des éditeurs (doit-on encore en avoir, puisqu’on peut publier soi-même sur le Web). Le débat « La bibliothèque du futur : Les usages du livre électronique laisseront-ils encore une place à la bibliothèque ? », qui s’est tenu lundi 20 mars sur le stand eBook du Salon du livre, abordait ainsi la problématique du positionnement des bibliothèques face au phénomène du numérique. Les participants à cette table ronde, et non des moindres5, ont loué les vertus de la numérisation comme la solution tant attendue aux problèmes de conservation et de diffusion, tout en mentionnant qu’« on ne pouvait tout numériser » ni tout publier : le rôle de la bibliothèque – et celui des éditeurs en amont – sera donc, encore plus, celui de médiation : les uns choisissent les textes qui valent la peine d’être publiés, les autres proposent une offre collective organisée, comme l’a si bien dit Martine Blanc-Montmayeur, directrice de la Bibliothèque publique d’information. Mais l’ont-ils dit pour se rassurer  ? Et si, avec des développements futurs, on pouvait un jour tout numériser  ? Envisagerait-on alors une bibliothèque sans livres  ? Et entre temps, que faut-il numériser, et que faut-il garder sur papier  ?

Pour tenter de répondre à cette question, il aurait fallu analyser la nature et le devenir de cette fameuse offre numérique : or cet aspect n’a pas été abordé. Pour tenter de le faire, nous allons considérer deux aspects techniques : le support sur lequel on enregistre le document numérisé, et le format dans lequel il est codé numériquement.

Les supports s’altèrent

Les sup­ports d’en­re­gis­tre­ment in­for­ma­tique com­pren­nent prin­ci­pa­lement des ma­té­riels de type bande (magné­tique) ou disque (mou, dur, opto­nu­mé­rique, compact, DVD…), de ca­pa­cité va­ria­ble mais crois­sante : il y a une ving­taine d’an­nées, les dis­ques durs offraient un volume de stockage de quel­ques dizaines de méga­octets, tandis qu’aujour­d’hui ils en possè­dent mille fois plus pour un coût dix fois moins élevé (soit un facteur de 10 000 en réduction de prix/octet). Ces sup­ports peuvent être com­bi­nés en des sys­tè­mes de plus en plus so­phis­ti­qués, pré­sen­tant des volu­mes de stockage de l’ordre de téra­octets en un espace physique réduit à la taille d’un tiroir. On peut donc y emma­ga­siner les textes numé­risés de milliers de livres et créer ainsi des éta­gères vir­tuelles de bi­blio­thè­ques quasi-in­fi­nies.Contrairement aux livres physiques qui tapissent les murs de nos anciennes bibliothèques, les supports de stockage informatique ont une durée de vie estimée à une dizaine d’années. En d’autres termes : pour assurer la pérennité d’une information stockée sur des médias de ce type, il faudrait régulièrement les recopier (ce qui, dans certains cas, peut être fait en partie implicitement, notamment dans les systèmes redondants de type RAID).

Non seulement la durée de vie de ces supports est limitée dans le temps, mais leur nature évolue : on n’est plus assuré de pouvoir remplacer une bande magnétique par une bande d’un modèle identique, ni même d’assurer le bon service d’un lecteur de médium (bande, disque) au fil des années, leur obsolescence étant tout aussi rapide que celle des médias qu’ils permettent de lire. Il va sans dire que les ordinateurs auxquels sont reliés ces équipements, évoluent tout aussi rapidement.

Les formats évoluent

Ce n’est pas uniquement le support qui vieillit vite, ce sont les représentations numériques de l’information qui changent rapidement : du codage du texte6 à sa mise en forme7, une pléthore de formats et de logiciels nécessaires à leur traitement, loin d’être immuables ou universels, paraissent et disparaissent, rendant plus ardue l’accès « universel » à l’information numérique. Il est parfois difficile de lire sur un PC un fichier Word réalisé sous Macintosh, et la consultation d’un site Web peut différer d’un navigateur à l’autre.

Pour ce qui en est de l’image ou du son, la multiplicité des formats est tout aussi spectaculaire : si MP3 a atteint une grande notoriété pour la diffusion des clips audio, il existe une grande variété de systèmes de codage numérique du son8. Or, ces standards évoluent et sont atteints eux aussi d’obsolescence.

Jusqu’à quand  ?

Il est peu probable que cette évolution – dans la nature (et qualité) des supports et des formats – s’arrête : elle reflète, d’une part, des innovations intéressantes, et permet ainsi de nouvelles représentations  ; mais elle fait aussi partie de la stratégie des industries qui souhaitent proposer de nouveaux produits, plus novateurs que ceux de leur concurrence, et renouvelant ainsi l’intérêt pour leurs propres produits. En sus, il est de leur intérêt (commercial, stratégique) de ne pas trop assurer de compatibilité avec les formats précédents (qui possède encore aujourd’hui un lecteur de disques tournant à 96, voire 78 ou 45 tours ?) ou avec ceux de la concurrence (voyez les divergences entre Netscape et Internet Explorer), ce qui leur permet aussi de rééditer – et donc de vendre – des anciens documents sur de nouveaux supports et de fidéliser ainsi leur clientelle.

La numérisation sert-elle à conserver  ?

On est donc en droit de se demander si la numérisation pourra assurer, comme on le prétend, la conservation d’un patrimoine qui aurait disparu autrement, ou principalement une diffusion (bien plus vaste qu’auparavant, on ne le conteste pas). Si un livre peut être encore lu cinq cents ans après avoir été imprimé, peut-on être assuré de pouvoir accéder au contenu d’un « disque floppy 8 pouces » tel qu’il en existait il y a dix ans ? Pourra-t-on lire, dans cinq cents ans, les textes codés aujourd’hui en PDF ou SGML ? Pour pouvoir assurer cette pérennité de l’information numérique, il faudra peut-être réinventer le métier antique de copiste, chargé, cette fois-ci, de reprendre périodiquement les collections et les transférer d’un support à l’autre et d’un format à un autre.

Là où il est nécessaire de passer par un moyen de reproduction – le son enregistré – on est contraint de le faire : du disque de cire au vynil, puis au laser, mais, on le sait, ces recopies ne se font pas sans déperdition : combien de documents rares disparaissent, faute d’intérêt économique pour leur reproduction ? Retrouve-t-on sur disque compact l’enregistrement de la voix de Johannes Brahms, prononçant quelques mots avant d’attaquer au piano une de ses danses hongroises ?

Quant bien même les éditeurs et les bibliothèques pourront assurer, lors de projets modestes ou pharaoniques, la numérisation de volumes importants de documents, auront-ils les moyens d’assurer leur disponibilité pour les générations futures ?

Le livre du futur

Là on l’on peut « craindre » le numérique, c’est pour son influence possible sur l’objet-livre au quotidien et sur la lecture. Cette dernière est déjà fort malmenée par le zapping : d’abord introduit par l’invention de la télécommande du petit écran, puis renforcé par l’utilisation de l’hypertexte popularisé par le Web et enfin repris par les livres électroniques.

Toutefois, une invention bien plus intéressante et passée sous silence9 est susceptible de changer fondamentalement le paysage du livre et son économie. Il s’agit du papier électronique (digital e-paper, en anglais), matériau fin, léger et souple, tout comme une feuille de papier – et réutilisable. À la différence des écrans informatiques, il est réflectif : la lumière ambiante suffit pour en lire le contenu, tel le papier, différence primordiale dans la qualité de lecture qu’il offre. Pas besoin de souris, de clavier ou de stylet.

On peut alors imaginer le livre futur : un volume de quelques centaines de ces pages vierges, vides, blanches, prêt à accueillir tous les livres du monde. On y insère une carte à puce, et le contenu, texte et images, s’inscrit sur toutes ses pages, le titre sur sa couverture et le nombre de cartes vendues en 4e de couverture… On peut le feuilleter, le lire n’importe où, même sur une île déserte (équipée tout de même d’électricité !).

Mais alors, la bibliothèque du futur, déchargée de la nécessité de garder ses fonds en étagères et réserves, n’aurait-elle plus qu’un livre (blanc) par place assise  ? Une seule étagère comprendrait ces quelques livres aveugles, et les cartes électroniques contenant les livres remplaceraient les anciennes fiches des catalogues manuels qui ne contenaient que leurs titres  ?

Et la librairie du futur pourra se réduire à la taille d’un bureau de tabac, débitant ces cartes à puces rangées dans des boîtes à chaussure telles les cartes postales anciennes chez les bouquinistes, désormais seuls repositaires des livres à contenu perpétuel.

Les éditeurs, profitant de cette manne, proposeront alors ces cartes à durée déterminée, à lire dans la semaine ou le mois suivant l’achat, leur contenu s’effaçant ce délai passé. Procédé fort utile pour la diffusion des quotidiens, appliqué au livre il en rendra la lecture une mission impossible.

Et enfin, notre bibliothèque personnelle disparaîtra, remplacée par une cartothèque à puce et un seul livre de chevet. Ou un exemplaire par membre du foyer. Ou plusieurs, pour ceux qui aiment lire plus d’un livre à la fois.

Papier : conserver  ; numérique : diffuser

Le texte (ainsi que l’image fixe) se situe ailleurs que les documents nécessitant un mode de reproduction codée (musique, image animée…) : son support principal ne requiert pas forcément l’utilisation de moyens intermédiaires (électriques, électroniques) pour y accéder, et bénéficie d’une pérennité remarquable, tandis que les documents numérisés doivent être reproduits périodiquement pour être conservés. On serait donc tenter de conclure que la numérisation est une technologie qui se prête particulièrement bien à la diffusion, mais que, pour le texte du moins, c’est encore le papier qui en assure la conservation.

On peut alors se demander si les choix de numérisation et de publication électronique, dans le cas du texte au moins, ne devraient pas concerner surtout des documents à contenus que l’on sait périssables ou éphémères, plutôt que ceux qu’on voudrait préserver pour les générations futures (ce qui implique le devoir d’effectuer des choix – mais, excepté au dépôt légal peut-être, on doit toujours en faire). Pour ces derniers, les modes de reproduction stables – papier, microfiche, microfilm… – auraient probablement plus de chance d’être lisibles par nos descendants, comme nous pouvons déchiffrer les papyrus de nos ancêtres.

La bibliothèque se verra alors chargée du rôle-clef de charnière entre le passé et le futur, celui de conservateur d’un patrimoine écrit et imprimé de nature constante et structurée, et de guide dans un monde numérique en perpétuelle mutation.

Daté 21 mars 2000, publié le 12 mai 2000 dans Livres Hebdo n° 381 (p. 80-84).


1 Disques durs, disques compacts (ré)inscriptibles, bandes numériques…
2 Scanners, logiciels de reconnaissance
3 HTML, XML ou PDF pour le texte ; GIF et JPEG pour l’image ; RealAudio, Quicktime, MP3 pour le son…
4 Voir : « Le titre d’un livre n’est pas le livre », dans Livres Hebdo 346 du 27.8.99.
5 Cette table ronde était animée par François Dupuigrenet-Desroussilles, directeur de l’Enssib, avec, comme intervenants : Claude Jolly, sous-directeur des bibliothèques et de la documentation de l’enseignement supérieur, Daniel Renoult, directeur général adjoint de la BNF, Martine Blanc-Montmayeur, directrice de la BPI, Patrick Bazin, directeur de la Part-Dieu de Lyon, Danielle Roger, directrice de la bibliothèque de l’ENS-Lettres, Emmanuel Aziza, DLL, Jean-Pierre Sakoun, P-DG de Bibliopolis, Michelle Huignard, Xerox.
6 Codage en 5 bits (pour le telex), puis en 7 bits (ASCII), 8 bits (EBCDIC, ASCII avec ses variantes d’une plate-forme informatique à l’autre, voire d’un logiciel à un autre), enfin un codage « universel » (Unicode) mais encore très rarement utilisé
7 RTF, Postscript et PDF, HTML, XML ou SGML, TeX…
8 AU, AIFF, ALAW, MP3, MPEG, MP3, MOD, MULAW, SND, VOC, WAV…
9 Annoncé en juin 1999 [cf. « Le titre d’un livre n’est pas le livre »], le papier électronique est le fruit d’une nouvelle technologie développée pendant quatre ans par Xerox. Il est composé de « billes bichromatiques », qui représentent chaque point, et suspendues individuellement dans une cavité remplie d’huile  selon la face qu’elles exposent suite à un changement de voltage, une image ou un texte s’y compose. Pour en savoir plus, consulter par exemple cet article.

27 août 1999

Le titre d’un livre n’est pas le livre

Classé dans : Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 0:01

Dans l’émission – fort intéressante par le thème choisi – « La légende des sciences: métisser » sur Arte samedi 10 juillet, Michel Serres a dit ou laissé entendre (à peu de choses près, je n’ai pas noté sur le champ) qu’avec l’Internet on pouvait dorénavant avoir « tous les livres » et qu’il n’était plus nécessaire de se déplacer vers le savoir (citant Stanford – où il va régulièrement, à se demander pourquoi…) puisque celui-ci venait à nous.

Je suis surpris que l’on puisse affirmer cela de nos jours. Combien de livres (réels, concrets, entiers) se trouvent sur l’Internet ? On commence bien à en trouver certains – cela dépasse-t-il les quelques milliers ? – et encore, ce sont des livres de plus de 70 ans d’âge, disséminés à travers le monde, parfois comprenant de grossières erreurs de numérisation (ou alors généralement disponibles en images « lourdes » et lentes à charger). On ne peut même pas appeler cela une collection – ni par le manque de cohérence, d’exhaustivité et de réunion (en un « lieu »), ni par sa pérennité ou son accessibilité égale à tous, comme le sont les livres de bibliothèques publiques, par exemple.

J’avais tout autant été surpris, il y a quelques années (autant dire presque la préhistoire du Web) que, lors d’une émission « La marche du siècle » on ait pu faire une démonstration de l’Internet assortie du commentaire « nous voici à la bibliothèque du Vatican », quand d’une part la démonstration était faite « off-line » (c’est à dire en temps non-réel, en montrant des sauvegardes d’écran et en passant de l’un à l’autre à l’aide du bouton back) et que, d’autre part, il s’agissait de pages Web de la bibliothèque du Congrès, dans laquelle s’était tenue une exposition sur des documents du Vatican, et dont un catalogue était mis à disposition sur le Web.

La confusion du lieu et du temps, causée par leur apparente abolition par des réseaux parfois quasi instantanés, semble avoir de curieux effets… que, pour ma part – est-ce que je dramatise? – je trouve assez dangereux, à long terme. Le virtuel n’est pas le réel, nous ne sommes pas des cyborgs, et le titre d’un livre n’est pas le livre. Si l’on peut trouver de tout sur l’Internet, on ne peut certainement pas y trouver tout. N’est-ce pas ce que le sociologue Philippe Breton appelle un « hyper-investissement utopique » en une technique, et « qui nous gène pour juger réellement de ce qu’est cet outil »1  ?

J’utilise l’Internet depuis 20 ans2 et je le trouve fort utile à bien des égards: ainsi, ses forums publics ou privés, regroupant des expériences et expertises dans des domaines savants variés et offrant un accès rapide et informel aux tenants de cette connaissance parfois très pointue et souvent pratique (et notamment Biblio-FR, en français, dans le domaine des bibliothèques – merci à son créateur et gestionnaire Hervé Le Crosnier – qui m’a rendu de nombreux services lors de la constitution de notre Médiathèque).

Mais de là à laisser entendre qu’il s’est déjà substitué à la bibliothèque me laisse rêveur. Où est-on assuré de trouver des livres sur des sujets précis ou vagues, de pouvoir les obtenir rapidement, de pouvoir les feuilleter, les transporter, les lire dans le métro en se retenant avec une main à la barre ? Où est-on assuré de trouver des collections connexes à un sujet donné – livres, périodiques, autres médias ? Où trouve-t-on ce médiateur indispensable qui, sans pour autant avoir tout lu les livres (ce serait si triste…), a cette intuition irremplaçable alliée à la connaissance de ses fonds qui lui permettent parfois de diriger le lecteur vers les ouvrages auxquels il n’aurait pas pensé et qui répondront aussi à sa recherche ?

Il se peut qu’avec de telles inventions que l’écran souple par Xerox (dont j’ai parlé dans la revue L’Œil du Système du 6 juillet3 ) on arrive à une plus grande disponibilité informatique de l’imprimé. Pour ma part, je pense que c’est surtout vrai pour le journal, et moins pour le livre; et je me demande si ce genre de livre serait susceptible de s’effacer au premier coup de tonnerre ou si on le pose malencontreusement à côté d’un four à micro-ondes…!

Je doute toutefois que la disparition des bibliothèques soit pour demain. Leur remplacement4 par un réseau universel dont l’accès dépendrait aussi bien des moyens financiers des particuliers (en informatique, réseau, etc.) que des volontés – politique des États (imaginez un embargo d’une grande puissance sur une plus petite, qui aurait pour effet de lui couper l’accès aux réseaux…) et financière des multinationales et télécoms (elles préfèrent câbler les riches que les pauvres) – tout cela est un parmi des avenirs en puissance dans ce réseau qui ne me semble pas très radieux. Évitons-le.


1 Cf. la retranscription de sa conférence « Les autoroutes de données » dans le cadre de la soirée « Internet, Village Planétaire ou Tour de Babel ? » du 21 mars 1995.
2 L’Internet – et son prédécesseur ARPAnet – existe depuis 1969, et s’est « transformé » d’un réseau consacré à la défense en un réseau de la recherche au début des années quatre-vingt, et qui était disponible, à ce titre, dans certaines universités américaines, bien avant son arrivée en France.
3 ISSN 1252-6452, disponible sur l’Internet.
4 Et celui de ses médiateurs par des « agents » (logiciels) dits intelligents.

Livres Hebdo n° 346 (p. 11), vendredi 27 août 1999. Ce texte, mis à jour le 23 août [1999], a été diffusé sur la liste de diffusion Biblio-FR le 11 juillet, sous le titre « Le mythe de la bibliothèque universelle ».

12 janvier 1999

3D (VRML) Interface to IRCAM’s Multimedia Library Catalog

Classé dans : Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 6:52

The public space of our Multimedia Library has been completely modelled in 3D (using VRML 2.0), showing all the stacks, cabinets, terminals, etc.

With the help of a browser and an adequate freely-available plugin (see below), one can « stroll » through the reading hall, and find the contents of the shelves and cabinets by clicking on them: each one is linked to the appropriate part of the online catalog. This in turn will show the documents that are stored in that part of the room, and provide access to the individual bibliographical records (and related databases).

What is needed:

  • a recent browser: this has been tested with Microsoft’s Internet Explorer (version ≥ 4) and Netscape ≥ 4) on a PC (it may also work on Macintoshes, SGI and other platforms, depending on the plugin).
  • a plugin for VRML (the above URL provides a link to the Cosmo plugin).
  • a relatively powerful machine: all computations are done on the client’s platform, so if it’s slow, it’s not the fault of the Internet, this time.

Happy virtual visit,

Michael Fingerhut
Director, Multimedia Library
IRCAM – Centre Georges-Pompidou
Paris (France)


Info publiée le Tue Jan 12 06:52:27 EST 1999 dans la liste de diffusion WEB4LIB.


14 décembre 1997

Grands chemins du savoir ou autoroutes pour plagiaires ?

Classé dans : Sciences, techniques, Société — Miklos @ 19:29

Dans un récent (8 décembre) article de première page, disponible sur le Web, le Chicago Tribune discute de la mise en ligne accrue de serveurs destinés aux étudiants nés fatigués, ne cherchant pas à faire l’effort de recherche nécessaire à la rédaction de rapports de fin de semestre. On y trouve de tout : politique internationale, littérature, sciences, histoire, etc.

Un de ces serveurs, situé au Danemark, « offre » (euphémisme : il faut payer) plus de 8 000 textes dans 40 catégories ; des suggestions sur les méthodes à utiliser pour tricher dans les examens… D’autres sont gratuits, et font des profits grâce à de la publicité sur leurs pages Web. Cette plaie touche même les plus grandes universités américaines, qui se voient obligées de revoir leurs méthodes d’enseignement et d’évaluation des étudiants. Un professeur interviewé pour cet article indique que les étudiants profitent aussi de la surpopulation grandissante des classes universitaires, dans lesquels il devient de plus en plus difficile de juger les devoirs sur leur contenu plutôt que sur leur longueur, et qui se voient ainsi récompensés pour des inanités au kilomètre (tiens, ce n’est donc pas uniquement vrai en France, Mr Sokal ? -ndlr).

L’article ne parle pas des autres utilisations de l’Internet – forums publics (news) et courrier électroniques, moyens par lesquels des étudiants de plus en plus nombreux demandent qu’on fasse leur recherche à leur place, et qui se répand aussi en France.

Ayant reçu des demandes de ce genre, je me suis d’ailleurs fait vertement insulter pour avoir suggéré à ces étudiants (de bonnes écoles) de tâcher de faire eux-mêmes un certain minimum avant que de lancer des demandes à tout vent.

C’est donc pire qu’une bibliothèque et ses photocopillages : là, il fallait encore retranscrire. Ici, ce n’est même plus nécessaire, on a le copiller-coller. À quand l’achat de diplômes sur le Web (par carte bleue et transactions sécurisées, évidemment) ?

Publié à l’origine sur Biblio-FR.

18 novembre 1997

De Paris à Paris via l’étranger

Classé dans : Actualité, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 12:00

Le routage sur l’Internet rappelle de plus en plus le 22 à Asnières (c’est d’ailleurs le même opérateur, à la base, non?). Là, pour aller de Paris (4e) à Paris (19e) on passe par Londres et Stockholm:

traceroute to gamelan.cite-musique.fr (194.250.19.66), 30 hops max, 40 byte packets
 1  ircam-gw-0.ircam.fr (129.102.0.32)  3 ms  9 ms  3 ms
 2  194.167.186.1 (194.167.186.1)  4 ms  4 ms  5 ms
 3  danton2.rerif.ft.net (193.48.76.81)  8 ms  8 ms  6 ms
 4  danton1.rerif.ft.net (193.48.76.249)  8 ms  9 ms  8 ms
 5  stlambert.rerif.ft.net (193.48.58.129)  8 ms  8 ms  9 ms
 6  stamand2.renater.ft.net (195.220.180.9)  9 ms  9 ms  10 ms
 7  stamand1.renater.ft.net (195.220.180.43)  9 ms  36 ms  11 ms
 8  rbs1.renater.ft.net (195.220.180.50)  241 ms  10 ms  15 ms
 9  renater.FR.ten-34.net (193.203.228.5)  11 ms  10 ms  9 ms
10  * FR.uk.ten-34.net (193.203.228.2)  51 ms *
11  195.206.64.69 (195.206.64.69)  35 ms  49 ms  55 ms
12  london5.att-unisource.net (195.206.64.49)  64 ms  34 ms  33 ms
13  stockholm5.att-unisource.net (195.206.64.37)  75 ms  103 ms  84 ms
14  stockholm1.att-unisource.net (195.206.64.82)  106 ms  64 ms  80 ms
15  gsl-segix-fddi1-0.gsl.net (194.68.128.32)  84 ms  111 ms  110 ms
16  * gip-stkh-2-ethernet0-2.gip.net (204.59.25.17)  514 ms *
17  gip-paris-1-serial2-1.gip.net (204.59.16.17)  545 ms *  479 ms
18  gip-paris-2-fddi1-0.gip.net (204.59.16.197)  501 ms *  526 ms
19  gip-raspail-2-serial5-0.gip.net (204.59.19.14)  513 ms  734 ms  786 ms
20  gip-ft-rbs.gip.net (204.59.18.196)  423 ms  371 ms  489 ms
21  * rbs4.rain.fr (194.51.0.151)  591 ms  510 ms
22  Tuileries5.rain.fr (194.250.0.14)  661 ms
23  Tuileries3.rain.fr (194.250.4.76)  60 ms  30 ms  61 ms
24  Citemusic.rain.fr (194.250.1.6)  130 ms  145 ms  48 ms
25  firewall.cite-musique.fr (194.250.19.62)  74 ms *  629 ms
26  gamelan.cite-musique.fr (194.250.19.66)  606 ms  531 ms  516 ms

Pour aller de Paris à Londres, on va à Londres (personne ne descend), puis à Stockholm, et on revient à Londres (terminus, tout le monde descend):

traceroute to uk2.imdb.com (195.173.17.13), 30 hops max, 40 byte packets
 1  ircam-gw-0.ircam.fr (129.102.0.32)  3 ms  4 ms  1 ms
 2  194.167.186.1 (194.167.186.1)  4 ms  4 ms  4 ms
 3  danton2.rerif.ft.net (193.48.76.81)  133 ms  130 ms  6 ms
 4  danton1.rerif.ft.net (193.48.76.249)  13 ms  11 ms  11 ms
 5  stlambert.rerif.ft.net (193.48.58.129)  9 ms  9 ms  8 ms
 6  stamand2.renater.ft.net (195.220.180.9)  9 ms  9 ms  9 ms
 7  stamand1.renater.ft.net (195.220.180.43)  18 ms  9 ms  16 ms
 8  rbs1.renater.ft.net (195.220.180.50)  11 ms  10 ms  10 ms
 9  renater.FR.ten-34.net (193.203.228.5)  10 ms  9 ms  11 ms
10  FR.uk.ten-34.net (193.203.228.2)  19 ms  24 ms  20 ms
11  195.206.64.69 (195.206.64.69)  108 ms  39 ms  38 ms
12  london5.att-unisource.net (195.206.64.49)  23 ms  48 ms  26 ms
13  stockholm5.att-unisource.net (195.206.64.37)  50 ms  66 ms  50 ms
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15  Stockholm-DGIX.ebone.net (194.68.128.25)  51 ms  55 ms  56 ms
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18  london-ebs1-h4-0.ebone.net (192.121.154.162)  93 ms  104 ms  81 ms
19  192.121.154.210 (192.121.154.210)  184 ms  181 ms  178 ms
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22  demon-gw.uk.imdb.com (195.173.17.1)  188 ms * *

De toute façon, la connectivité est nulle, les pings ne passent pas, les pages Web ne se chargent pas, telnet plante. Tout pour encourager une utilisation accrue du minitel, on dirait.

(Publié à l’origine dans le groupe Usenet fr.network.internet)

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