Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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13 octobre 2014

Animaux de Paris. La mouette rieuse.

Classé dans : Littérature, Nature, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 16:27


Street art.
Autres photos ici.
À propos de l’artiste.

«[…] Mais il était sans doute écrit que je devais me réveiller. Hélas ! hélas ! je me réveillai donc !

Que devins-je, moi qui m’étais cru la bête la plus considérable, et même la seule bête de la création (je m’étais bien trompé !) que devins-je en apercevant une demi-douzaine, au moins, de charmantes créatures vivant, parlant, volant, riant, chantant, caquetant, ayant des plumes, ayant des ailes, ayant des pieds, tout ce que j’avais enfin, mais tout cela dans un degré de perfection tel, que je ne doutai pas un instant que ce fussent des habitants d’un monde plus parfait, de la lune par exemple, ou même du soleil, qu’un caprice inconcevable avait poussés pour un instant sur mon rocher.

Comme elles avaient l’air fort occupé, et elles l’étaient en effet, car elles jouaient et mettaient à leur jeu beaucoup d’ardeur, faisant de leur corps tout ce qu’elles voulaient, rasant tour à tour la terre et l’eau de leurs ailes légères, avec une souplesse et une vivacité dont je ne songeai même pas à être jaloux, tant elles dépassaient tout ce que j’aurais osé imaginer, elles ne me virent pas d’abord, et je restai coi dans le creux de mon rocher, jusqu’à ce qu’enfin, entraîné tout à la fois et par l’ardeur de mon âge, et surtout par cet élan irrésistible qui pousse tout ce qui vit vers le beau, lequel, j’ai pu le voir plus tard, est le vrai roi de la terre, je m’élançai éperdu au milieu d’elles.

— Oiseaux célestes ! m’écriai-je, fées de l’air ! déesses ! ! Et comme j’avais beaucoup couru pour arriver jusqu’à elles, et fait de violents efforts pour courir sans tomber, il me fut impossible de dire un mot de plus, et force me fut de rester court.

— Un Pingouin ! s’écria une des joueuses.

— Un Pingouin ! répéta toute la bande.

Et comme elles se mirent toutes à rire en me regardant, j’en conclus qu’elles n’étaient pas fâchées de me voir.

“Les aimables personnes !” pensais-je. Et le courage m’étant revenu, je les saluai avec respect, et prononçai alors le plus long discours que j’eusse encore prononcé de ma vie :

— Mesdemoiselles, leur dis-je, je viens de naître, j’ai laissé là-haut ma coquille, et comme j’ai vécu seul jusqu’à présent, je me vois avec plaisir en aussi belle compagnie ; vous jouez : voulez-vous que je joue avec vous ?

— Pingouin mon ami, me dit celle qui me parut être la reine de la bande, et que je sus plus tard être une Mouette Rieuse, tu ne sais pas ce que tu demandes, mais tu vas le savoir ; il ne sera pas dit qu’un aussi éloquent petit Pingouin aura essuyé de nous un refus. Tu veux jouer, joue donc, me dit-elle.

Et, cela dit, elle me poussa de l’aile au milieu de ses amies, une autre en fit autant, et puis une autre, et, chacune me poussant tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, je jouai alors !

—Je ne veux plus jouer, dis-je, dès qu’il me fut possible de prononcer un mot.

— Fi ! le mauvais joueur ! s’écrièrent-elles toutes à la fois.

Et le jeu recommença, jusqu’à ce qu’enfin, épuisé, humilié, désespéré, je roulai par terre.

— Vous que je respectais ! leur dis-je, vous que j’aimais ! vous que j’adorais ! vous que je trouvais superbes !…

Et ce que je souffrais, comment le dire ?

Celle-là même qui m’avait appelé “Pingouin mon ami,” et qui néanmoins m’avait le plus maltraité, me voyant tout penaud, se reprocha sa conduite.,

— Pardonne-nous, mon pauvre Pingouin, me dit-elle ; nous sommes des Mouettes, des Mouettes Rieuses, et ce n’est pas notre faute si nous ne valons rien, car nous ne sommes peut-être pas faites pour être bonnes.

Et en me parlant ainsi, elle vint à moi d’un air si bon que, quoi qu’elle m’en eût dit, je crus voir en elle la beauté et la bonté parfaites, et j’oubliai ses torts.

Mais la pitié n’est souvent qu’un remords de la dureté, et ce que j’avais pris pour un commencement d’affection n’était que le regret d’avoir mal fait. Aussi, dès qu’elle me vit consolé, s’envola-t-elle avec ses compagnes.

Ce brusque départ me surprit à un tel point qu’il me fut impossible de trouver un geste ou une parole pour l’empêcher, et je recommençai à être seul.»

C’est-à-dire que chaque jour triste avait son plus triste lendemain, car dès lors la solitude me devint insupportable.

P. J. Stahl (Pierre-Jules Hetzel), Vie et opinions d’un Pingouin. 1814.

Animaux de Paris. Le gentil petit canard et les deux poussins.

Classé dans : Nature, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 9:25


Street art.
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À propos de l’artiste.

«Des canetons. Ils sont trente-un jours à éclore, soit qu’on laisse à la cane le soin de couver ses œufs, soit qu’on les ait confiés à la poule ou à la poule-d’Inde. On doit avoir pour les canetons les mêmes soins que pour les poussins et les dindonneaux ; mais ils peuvent, comme on l’a dit, se passer de mère aussitôt qu’ils sont nés. Leur meilleure nourriture, dans les premiers jours, est du pain émietté, imbibé de lait, d’eau, d’un peu de vin ou de cidre. Quelques jours après, on leur prépare une pâte faite avec une pincée de feuilles d’orties tendres, cuites, hachées bien menu, et d’un tiers de farine de blé de Turquie, de sarrazin ou d’orge ; on y ajoute les œufs de rebut préa­lablement cuits. Dès qu’ils ont acquis un peu de force, on leur jette beaucoup d’herbes potagères, crues et hachées, mêlées avec un peu de son détrempé dans l’eau ; l’orge, le gland, les pommes de terre cuites, de petits poissons, quand on en trouve, conviennent également à ces oiseaux, qui se jettent sur les différentes substances qu’ils rencontrent, et montrent, dès leur plus tendre enfance, une voracité qu’ils conservent toute leur vie.

Les canetons ont besoin d’être fortifiés avant que d’aller à l’eau. Pour cela il faut les tenir enfermés sous une cage à poussins pendant huit ou dix jours; ce qui est facile, surtout quand ils ont été couvés par une poule ou une poule-d’Inde. On a soin d’y tenir un peu d’eau. Après ce temps-là on peut les mettre en liberté. Leur penchant naturel les entraîne bientôt vers l’eau: ils s’y plongent, et les poules, ne pouvant les suivre, témoignent par des cris et des gémissements leur inquiétude et leur alarme sur leur famille adoptive. On doit prendre encore quelques précautions avant de laisser aller les canetons avec les vieux-canards, dans la crainte que ceux-ci ne les maltraitent. Il faut leur donner à manger comme aux autres volailles, toujours dans le même endroit et aux mêmes heures, afin qu’ils s’y trouvent régulièrement et ne s’écartent point ; il est nécessaire aussi de les accoutumer à revenir le soir, de les tenir enfermés» sous les toits qui leur sont destinés, et de placer ces toits, autant que le local le permet, à portée de la mare ou de toute autre pièce d’eau de la basse-cour.

Cuvier, Dictionnaire des sciences naturelles. Paris, 1817.

12 octobre 2014

Animaux de Paris. L’éléphant.

Classé dans : Littérature, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 14:07


Street art.
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L’éléphant qui n’a qu’une patte
A dit à Ponce Pilate
Vous êtes bien heureux d’avoir deux mains,
Ça doit vous consoler d’être Consul romain.

Tandis que moi sans canne et sans jambe en bois
Je suis comme un héron et jamais je ne cours et jamais je ne bois
Et je ne parle pas des soins qu’il me faut prendre
Pour monter l’escalier qui conduit à ma chambre.

J’aimerais tant laver mes mains avec un savon rose
Avec du Palmolive avec du Cadum
Car il faut être propre et ne puis me laver
Et j’ai l’air ridicule debout sur le pavé.

Je n’ai pour consoler cette tristesse affreuse
Que ma trompe pareille aux tuyaux d’incendie
Et si je mets le pied dans le plat
Il y reste et l’on ne peut le manger à la sauce poulette.

Plaignez, Ponce Pilate, plaignez cette misère
Il n’y en a pas de plus grande sur terre
Vous êtes bien heureux de laver vos deux mains
Ça doit vous consoler d’être Consul romain.

Robert Desnos


Street art.
Autres photos ici.

31 août 2014

La mode des selfies au XVIIIe siècle


Musée du Louvre : décor  peint par Antoine-François Callet en 1775
pour le pavillon des petits appartements au Palais Bourbon.
Cliquer pour agrandir. Autres photos ici.

Si l’invention du mot « selfie » (pour les Québéquois : égoportrait) remonterait à 2002, la pratique, elle, est bien plus ancienne qu’on ne le croit, comme on peut le voir dans ce détail d’un décor  peint par Antoine-François Callet en 1775 pour le pavillon des petits appar­tements au Palais Bourbon : observez la jeune femme qui se trouve entre les deux statues légèrement vêtues.

Comme quoi, nos député(e)s ont eu pour une fois une bonne longueur d’avance sur le vulgum pecus quant à l’utilisation des nouvelles technologies.

13 août 2014

Love is like…

Classé dans : Littérature, Peinture, dessin, Photographie, Société — Miklos @ 22:16


Plus de photos ici.

Love is like a baby: you have to treat it tenderly. (South Africa)

Love is like butter, it goes well with bread. (Yiddish)

Love is like a cough; you can’t hide it. (Kenya)

Love is like dew that falls on both nettles and lilies. (Swedish)

Love is like a farm: every day the tasks have to start anew. (Dutch)

Love is like a fatty substance in a soup. It is only sweet when it is hot. (Africa)

Love is like fire, don’t play with it. (Naples)

Love is like a friendship caught on fire. In the beginning a flame, very pretty, often hot and fierce, but still only light and flickering. As love grows older, our hearts mature and our love becomes as coals, deep-burning and unquenchable. (Bruce Lee)

Love is like those second-rate hotels where all the luxury is in the lobby. (Paul-Jean Toulet)

Love is like an hourglass, with the heart filling up as the brain empties. (Jules Renard)

Love is like the measles; we all have to go through it. Also like the measles, we take it only once. (Jerome K. Jerome)

Love is like oatmeal porridge, you have to prepare it every day. (Irish)

Love is like Pi: natural, irrational and very important. (Lisa Hoffman)

Love is like playing the piano. First you must learn to play by the rules, then you must forget the rules and play from your heart.

Love is like quicksilver in the hand. Leave the fingers open and it stays. Clutch it, and it darts away. (Dorothy Parker)

Love is like scarlet fever – one has to go through it and get it over. (Leo Tolstoy)

Love is like seaweed: you go to her, she leaves you, you leave her, she follows you. (Madagascar)

Love is like soup, the first mouthful is very hot, and the ones that follow become gradually colder. (Spanish)

Love is like the sun to flowers: to the strong she gives strength, the weak she dries up. (Irish)

Love is like war, begin when you like and leave off when you can. (French? Spanish?)

Make love, not war.

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