Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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8 mars 2005

Héraclite

Classé dans : Philosophie — Miklos @ 22:01

Héraclite vivait à Éphèse, en Ionie, une colonie grecque sur la côte occidentale de l’actuelle Turquie, vers -500. Sa pensée est née de la confrontation de la civilisation grecque avec la civilisation perse. L’œuvre d’Héraclite est malheu­reu­sement perdue. Il nous en reste uniquement des citations par d’autres auteurs, les « Fragments », qui expriment son injonction à la lucidité d’une part et à l’espoir de l’autre comme clé de sagesse et de bonheur dans un monde où rien n’est certain ni permanent.

Sans l’espérance, on ne trouvera pas l’inespéré, qui est introuvable et inaccessible.

Si le bonheur était dans les délectations du corps, nous dirions que les bœufs sont « heureux », lorsqu’ils trouvent du bon fourrage à manger.

Ne faites par rire au point de prêter à rire.

Mieux vaut étouffer une injure qu’un incendie.

Les contraires s’accordent.

La route qui monte et qui descend est une seule et la même.

Rien n’est permanent, sauf le changement.

Les autres hommes ne savent pas ce qu’ils font étant éveillés, de même qu’ils ne savent plus ce qu’ils ont fait [en rêve] dans leur sommeil.

Je me suis cherché moi-même.

Qu’en avez-vous fait ?

Classé dans : Littérature — Miklos @ 8:09

Vous aviez mon cœur
Moi, j’avais le vôtre :
Un cœur pour un cœur,
Bonheur pour bonheur !
 
Le vôtre est rendu,
Je n’en ai plus d’autre ;
Le vôtre est rendu,
Le mien est perdu !
 
La feuille et la fleur
Et le fruit lui-même,
La feuille et la fleur,
L’encens, la couleur,
 
Qu’en avez-vous fait,
Mon maître suprême ?
Qu’en avez-vous fait,
De ce doux bienfait ?
 
Comme un pauvre enfant
Quitté par sa mère,
Comme un pauvre enfant
Que rien ne défend,

Vous me laissez là
Dans ma vie amère,
Vous me laissez là,
Et Dieu voit cela !
 
Savez-vous qu’un jour
L’homme est seul au monde ?
Savez-vous qu’un jour
Il revoit l’Amour ?
 
Vous appellerez,
Sans qu’on vous réponde
Vous appellerez,
Et vous songerez!…
 
Vous viendrez rêvant
Sonner à ma porte,
Ami comme avant,
Vous viendrez rêvant,
 
Et l’on vous dira :
« Personne !… elle est morte. »
On vous le dira,
Mais, qui vous plaindra ?

Marceline Desbordes-Valmore

7 mars 2005

Paul Robeson

Classé dans : Musique, Politique — Miklos @ 21:15

Paul Robeson (1898-1976) aura été l’exemple même de l’homme de la Renaissance : athlète, acteur, chanteur, écrivain et activiste, polyglotte (il parlait 15 langues) — qui a excellé dans tous ces domaines. Né de père esclave émancipé, il fit des études exceptionnellement brillantes à l’université de Rutgers puis à celle de Columbia, où il acheva des études de droit, mais ne put exercer longtemps pour cause de racisme au sein du cabinet d’avocats qu’il avait rejoint. Il se tourne alors vers le théâtre, puis le chant : sa participation dans Othello a assuré à cette pièce de Shakespeare une longévité inégalée pour une pièce de théâtre à ce jour à Broadway : plus de 300 représentations, considérées comme l’une des meilleures productions américaines de Shakespeare. C’est d’ailleurs l’un des premiers acteurs noirs à avoir joué des rôles importants dans le théâtre « blanc » américain, ainsi que dans des films.

À la même époque, il mène une carrière de chanteur, surtout connu pour sa voix de basse chaude et profondément bouleversante, avec une élocution parfaitement claire, que ce soit dans les Spirituals (son interprétation de « Ol’ Man River » est un classique d’anthologie et devenu un symbole de la résistance civile), mais aussi dans des chants populaires en toutes langues, des lieder ou des arias d’opéra.1 Profondément aimé du public aux US et à l’étranger (et pas uniquement pour sa beauté et son charisme), où il donnait de nombreux concerts bénévoles pour des causes sociales, il se fit ainsi de nombreux amis et admirateurs inconnus ou connus (Eleanor Roosevelt, Pablo Neruda, Lena Horne, Harry Truman…).

Mais c’est son activisme nationaliste noir et anti-colonialiste qui lui attira les foudres du sénateur Joseph McCarthy. Malgré sa contribution inlassable à l’effort de guerre, Robeson devint un danger public pour l’Amérique conservatrice, à tel point que son passeport lui fut retiré et tout fut fait pour briser sa carrière. Ce n’est que huit ans plus tard qu’il put recouvrer ses papiers et reprendre ses concerts. Mais cette période laissa des traces : des dépressions successives l’amenèrent finalement à se retirer de la scène et de la vie publique jusqu’à son décès. Même aujourd’hui, la mémoire de ce grand homme souffre encore de l’obscurité créée par ses détracteurs, et son rôle dans l’histoire de la lutte pour droits civiques et de porte-parole des opprimés des nations reste encore relativement inconnu.

Il mérite donc d’autant plus qu’on parle pour lui. Pour ceux qui comprennent l’anglais, un DVD présente sa vie et son œuvre sur scène, à l’écran et à la radio, et son rôle dans la lutte pour les libertés. Un livre, écrit par son fils, rétablit la mesure de ce très grand homme. L’émission de radio de la chaîne NPR offre des extraits de sa voix splendide. Pour tout le monde, il y a quelques enregistrements (voir note ci-dessous).


1 Un bon exemple en est le CD Paul Robeson Live at Carnegie Hall, enregistré en 1958 avec Alan Booth au piano, et qui comprend des spirituals, des chants populaires en anglais, russe, chinois ou yiddish, des lieder de Schubert ou de Moussorgsky, des arias de cantates et d’opéra… Et surtout, le dernier monologue d’Othello de Shakespeare, l’un des moments les plus émouvants de ce concert, dans lequel, au moment où tout se défait autour de lui, il se souvient de ses jours de gloire quand il défendait Venise, puis se suicide. On ne peut s’empêcher de penser à l’oubli dans lequel Robeson avait sombré pour avoir justement défendu l’honneur de l’Amérique, en combattant avec passion et rectitude le fascisme à l’étranger et le racisme dans son pays.

6 mars 2005

Carrot Cake

Classé dans : Cuisine — Miklos @ 20:53

⇒ 300 gr de sucre
⇒ 37,5 cl d’huile
⇒ 4 œufs
⇒ 350 g. de farine
⇒ 1 cuil. a thé de sel
⇒ 2 cuil. à thé de bicarbo-nate de soude
⇒ 2 cuil. à thé de cannelle
⇒ option : 1 cuil. à thé de noix de muscade moulue
⇒ 400 g. de carottes
⇒ 150 g. de cerneaux de noix concassés
⇒ 150 g. de raisins sec voire de canneberges ou d’écorces d’orange confites

Préchauffer le four à 5 (180°).
Réhumidifier les raisins secs ou les canneberges en les laissant tremper dans du thé ou de l’eau pendant ½ h ou en les réchauffant sur le feu jusqu’à l’ébullition.
Beurrer et fariner un grand moule (ou deux petits).
Râper les carottes (grille moyenne) et mettre de côté.
Mélanger les ingrédients secs (farine, sel, bicarbonate, cannelle).
Battre ensemble le sucre, l’huile et les œufs pendant 2 mn. Rajouter les ingrédients secs et continuer à battre 1 mn.
Incorporer les carottes ainsi que les noix hachées grossièrement et/ou les raisins (ou les canneberges).
Répartir dans le(s) moule(s) et faire cuire environ 1h. Vérifier la cuisson avec une brochette.
Démouler quand le gâteau est refroidi.
 
Se conserve dans une boîte fermée (comme un cake).

Il est de tradition de fourrer et de glacer ce gâteau en intercalant une ou plusieurs couches de cream cheese frosting, mélange fait à base d’un fromage crème typiquement américain, comme le Philadelphia Cream Cheese que l’on trouve dorénavant en grande surface (sinon, le Saint-Moret fera l’affaire).

En voici une recette (pour ma part, je préfère ce gâteau tel quel, ou avec un glaçage à base de sucre-glace et de Cointreau, et si glacé en surface, décoré de mini carottes en pâte d’amande) :

⇒ 240 g de cream cheese
⇒ 60 g de beurre
⇒ 2 cuil. à thé de vanille
⇒ 450 g de sucre glace
⇒ jus d’un citron juteux

Battre le fromage et le beurre et ajouter la vanille.
Incorporer le sucre sans grumeaux en continuant à battre, puis le jus de citron.
Avec cette recette, on obtient une quantité suffisante pour le glaçage de deux gâteaux ronds qu’on superposera.
Diminuer les quantités de moitié pour un seul gros gâteau.

(Source : Constance Borde et Sheila Malovany-Chevallier, 300 recettes de cuisine américaine. Éd. Jacques Grancher.)

Arte poetica

Classé dans : Littérature — Miklos @ 12:20

Mirar el río hecho de tiempo y agua
y recordar que el tiempo es otro río,
saber que nos perdemos como el río
y que los rostros pasan como el agua.
 
Sentir que la vigilia es otro sueño
que sueña no soñar y que la muerte
que teme nuestra carne es esa muerte
de cada noche, que se llama sueño.
 
Ver en el día o en el año un símbolo
de los días del hombre y de sus años,
convertir el ultraje de los años
en una música, un rumor y un símbolo,
 
ver en la muerte el sueño, en el ocaso
un triste oro, tal es la poesía
que es inmortal y pobre. La poesía
vuelve como la aurora y el ocaso.

A veces en las tardes una cara
nos mira desde el fondo de un espejo;
el arte debe ser como ese espejo
que nos revela nuestra propia cara.
 
Cuentan que Ulises, harto de prodigios,
lloró de amor al divisar su Itaca
verde y humilde. El arte es esa Itaca
de verde eternidad, no de prodigios.
 
También es como el río interminable
que pasa y queda y es cristal de un mismo
Heráclito inconstante, que es el mismo
y es otro, como el río interminable.

Jorge Luis Borges
(1899-1986)

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