Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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3 décembre 2005

Les chemins de la connaissance

Classé dans : Société — Miklos @ 1:31

Before one goes through the gate
one may not be aware there is a gate
One may think there is a gate to go through
and look a long time for it
without finding it
One may find it and it may not open
If it opens one may be through it
As one goes through it
one sees that the gate one went through
was the self that went through it
no one went through a gate
there was no gate to go through
no one ever found a gate
no one ever realized there was never a gate

- R. D. Laing, in "Knots"L’étude ou l’apprentissage – seul ou en groupe, avec un maître ou sans – est un chemin vers la connaissance, qui est, ou qui devrait être ouvert à toute personne désireuse de s’y engager. Après, le chemin parcouru dépendra de bien de facteurs personnels ou non, de hasards, de chance ou de malchance. Selon la route, on peut y trouver des jalons qui permettent de mesurer les étapes, de se comparer aux autres, mais surtout à soi-même, car c’est un chemin individuel.

C’est surtout depuis mon retour en France que j’ai été frappé par l’attitude souvent élitiste dont s’affublent ceux qui ont déjà accompli ce cheminement : ils referment soigneusement derrière eux les barrières qu’ils ont franchies, s’enfermant dans un langage abscons qui n’est pas uniquement destiné à faciliter l’échange avec les pairs, mais surtout à exclure ceux qui n’en sont pas ; ils se considèrent comme des initiés, terme qu’ils n’accordent souvent qu’aux membres de leur propre confrérie ; car pour eux, leur savoir, qui est le fruit du labeur de l’humanité depuis la nuit des temps et qui devrait donc être l’apanage de tous, est un mystère, celui de leur profession, et ils en sont les grands prêtres.

C’est tout l’inverse des grands maîtres. J’ai eu, à diverses étapes de ma vie, la chance d’en croiser de très grands (pour la plupart inconnus), à commencer par de simples instituteurs qui ont changé le cours de ma vie dès mes toutes premières classes, de quelques professeurs d’université qui m’ont ouvert les yeux à des merveilles que j’ignorais jusqu’alors, et, plus tard, de maîtres de lecture, d’artistes, de praticiens dans un des multiples domaines de la connaissance, qui ont su aller vers moi (comme ils allaient vers les autres) pour tenter d’étancher ma soif et me montrer des chemins. Leur pouvoir ne réside pas dans la possession de ce savoir et dans sa détention pour que personne d’autre ne s’en approprie (ou alors uniquement par bribes, telle une aumône jetée à un misérable), mais dans leur capacité à le communiquer à l’autre et à le considérer comme un pair en puissance.

Ce chemin infini, parfois difficile, est aussi joyeux : c’est pourquoi je revendique, en ce qui me concerne, bien plus le qualificatif d’amateur que celui d’initié, car j’aime ce parcours et ceux que j’y rencontre. Et parce que, comme le fait dire Charlie Chaplin à l’un de ses personnages, « C’est ce que nous sommes tous, des amateurs, on ne vit jamais assez longtemps pour être autre chose. »

2 décembre 2005

I don’t need you anymore

Classé dans : Littérature, Société — Miklos @ 22:10

Je me souviens, ma mère m’aimait
Et je suis aux galères,
Je me souviens ma mère disait
Mais je n’ai pas cru ma mère
Ne traîne pas dans les ruisseaux
Te bats pas comme un sauvage
T’amuse pas comme les oiseaux
Elle me disait d’être sage[…]
 
Maurice Druon, Le Galérien
Ce n’est pas qu’une chanson pop des Kinks, c’est la phrase terrible que Martin, un petit garçon sage de cinq ans, jette à sa mère sans même en mesurer la portée, quand il commence à prendre conscience un beau jour du monde autour de lui, de se sentir devenir un individu, de s’apercevoir sans trop en comprendre la raison qu’il ne fait plus un avec sa maman. C’est le titre de cette belle nouvelle, très perceptive, d’Arthur Miller qui relate, vue des yeux de Martin, cette journée particulièrement lourde de sens où il réalise qu’il n’est plus un bébé irresponsable, mais encore loin d’être un adulte avec leurs responsabilités.

Enfant, on idéalise ses parents ; Boris Cyrulnik dit bien, « Un enfant n’a jamais les parents dont il rêve. Seuls les enfants sans parents ont des parents de rêve ». Adolescent, on s’aperçoit qu’ils ne le sont pas, et les critiquent fusent. Et si, adulte, on comprend que personne ne l’est et qu’ils ont fait de leur mieux (pour ceux qui ont eu cette chance), alors on les aime toujours, mais autrement.

Comme le disait Benoîte Groult : « Ce n’est pas en tuant ses parents que l’on devient adulte, mais en tuant l’enfant de ses parents, une cible beaucoup plus difficile. » Est-ce une constante de la nature que les femmes semblent le faire en général plus que les hommes, et est-ce dû au fait qu’elles enfanteront, pour certaines ?

Plus finir avec un sourire sur ce sujet si grave, « La maturité est la capacité de faire quelque chose malgré le fait que vos parents vous l’ont recommandé. » (Paul Watzlawick).

10/12/2004 – 2/12/2005

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