Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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9 janvier 2008

Aux grandes heures du futur l’apathie reconnaissante, ou, l’art et la manière de savoir attendre

Classé dans : Société — Miklos @ 9:21

« Cette habitude, vieille de tant d’années, de l’ajournement perpétuel, de ce que M. de Charlus flétrissait sous le nom de procrastination. » Proust, La Prisonnière. 1922, p. 86.

« Les atermoyeurs, procrastinateurs et lambins de mon acabit sont justement de ceux qui ne finissent rien et même ne commencent pas davantage. » — Henri-Frédéric Amiel, Journal. 1866, p. 455.

« Ne remets pas à demain ce que tu peux faire après-demain. » — Alphonse Allais

L’avocat et journaliste Joseph Reinach (1856-1921), défenseur de la première heure du capitaine Dreyfus et auteur d’une monumentale Histoire de l’affaire Dreyfus (réédité en 2006 avec une préface de Pierre Vidal-Naquet), connaissait certainement la maxime d’Alphonse Allais en exergue, lorsqu’il écrit dans une de ses chroniques :

Parmi tant de divinités orientales qui eurent des temples dans Athènes, au temps de la décadence, je ne me souviens pas s’il en fut élevé à la déesse de la Procrastination. Ç’aurait été un très vaste édifice, avec des ministres pour grands pontifes, des fonctionnaires en guise de prêtres, et des barbiers de sacrificateurs. Sur le fron­tispice de marbre, en lettres d’or, la sacrée formule : « Fais demain ce que tu pourrais faire aujourd’hui »1. — Joseph Reinach, Les commentaires de Polybe, « Le temple de la Procrastination ». Paris, 1915-1919.

C’est d’ailleurs bien de « chronique » que l’on peut en général qualifier ce trait de caractère qui pousse inexorablement – ou plutôt retient – ceux qui en sont affectés à remettre au dernier moment ou parfois même au-delà de la date limite, la réalisation d’une tâche quelconque. Tous les prétextes sont bons : occupation pressante (et souvent futile) qui intervient comme par miracle et empêche d’écouter l’impérieux appel du devoir, lassitude insurmontable (« l’extrême fatigue des âmes » de Tocqueville ?) qui englue le corps et l’esprit face à ce qui paraît impossible à faire, ratiocination talmudique ou jésuitique démontrant avec une logique imparable que cet ouvrage n’est pas réellement une obligation et que l’on pourrait y surseoir sans trop de préjudice ou qu’il est si facile à accomplir rapidement qu’il sera possible d’y aviser ultérieurement tout en restant dans les délais. Il arrive même qu’une chute inopinée ou quelque autre accident improbable vienne à l’improviste et de façon opportune retarder le passage à l’acte. Pendant ce temps, consciemment ou non, l’angoisse monte, monte…

Au pire, on faillira : il ne s’agit plus alors de la déesse de la Procrastination, mais de l’un de ses confrères, Saint Glinglin (à ne pas confondre avec Saint Cucufa), à propos duquel la dÉsencyclopédie écrit :

« Glin-Glin s’appelait au départ Guy. C’était un éminent philosophe du IIe… heu… Ier… arrondissement… Grand ami de Jésus, il réussira à décrocher son prénom (Guy) dans le calendrier en l’an IX (d’où l’expression : “Au gui l’an neuf”). Préférant se faire appeler Glin-Glin, il essaiera de s’attribuer un autre jour du calendrier au nom de son pseudonyme. Malheureusement pour lui, les 365 jours de l’année étaient déjà tous occupés lors de sa deuxième demande. Il lui reste alors le choix entre deux date pour sa fête : le trente février et le troisième jeudi de la semaine des quatre jeudis. Il choisira finalement la seconde. »

(on nous pardonnera d’en avoir quelque peu modifié l’orthographe fantaisiste). Pour qui ne le saurait, la venue de ce saint est concomitante à celle des coquecigrues.

Dans le meilleur des cas, la procrastination, tout en donnant le sentiment d’un immobilisme semblable à celui de la femme de Loth transformée en statue de sel ou d’un oiseau fasciné à la vue de la gueule du serpent, mobilise, bien au contraire, les ressources intérieures au cours d’une longue gestation : au dernier moment, toutes les énergies et les facultés généralement en veilleuse se manifestent soudain et se concentrent intensément sur un accouchement rapide et une réalisation souvent efficace car inconsciemment préparée de longue date de ce qui paraissait impossible auparavant. Il est vrai que, si l’on s’y était pris plus tôt, on aurait amplement eu le loisir de peaufiner son travail et de suivre les conseils de Boileau :

Hâtez-vous lentement; et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

À défaut d’être aussi sage que lui, on appréciera tout de même les sentiments d’exaltation et de soulagement qui accompagnent cette ultime phase qui ressemble parfois curieusement à certaine étape de l’amour.


1 On remarquera la différence subtile entre les deux approches : Allais suggère de remettre pour autant que l’on soit capable de faire ultérieurement ce que l’on a repoussé, tandis que Reinach enjoint de faire le lendemain ce que l’on n’aura pas fait le jour-même.

8 janvier 2008

Les dents de la mer

Classé dans : Géographie, Lieux, Nature, Photographie — Miklos @ 23:36

Nous venons de dire : « essayer d’aborder à Ouessant » ; c’est, qu’en effet, la mer, toujours agitée, incessamment déchirée par les écueils, rend trop souvent impossible ou extrêmement dangereux ce petit voyage de vingt-deux kilomètres.

Le passage du Fromveur, véritable torrent, plein de remous et d’inégalités, coulant avec une vitesse de sept à huit nœuds par marée ordinaire, toujours furieux, mais épouvantable au moindre souffle ; les chenaux de la Helle et du Four, détroits couvrant les vestiges de l’ancien relief du littoral, ne le cèdent point, en renommée sinistre, au raz de Sein, à la côte de Plogoff et de Penmarc’h. Partout le péril se présente, là même où il n’est pas soupçonnée par des yeux inexpérimentés (…).

Il faut encore y joindre les difficultés de la navigation dans le dédale des îlots semés en si grand nombre vis-à-vis ce point, appelé la Fin de terre (…).

« Qui voit Ouessant voit son sang ! » affirme un dicton bien connu de tous les marins et pêcheurs armoricains.

C’est l’Enez-heussa (l’île de l’Épouvante), disent en tremblant les femmes anxieuses pour le retour de leurs pères, de leurs maris, de leurs enfants. Nom bien choisi, tellement les périls de tous genre environnent ce petit coin de terre, long de huit kilomètres, large de cinq et si âprement découpé par la vague que, vu à vol d’oiseau, il emprunte l’aspect de Célèbes (Océanie), figurant plusieurs presqu’îles unies par un centre commun.

Les Ouessantais prenaient et prennent encore admirablement leur parti de la situation. Ils savent se suffire à eux-mêmes. Les vieilles mœurs vont partout s’effaçant ; néanmoins, la douceur, la probité, l’hospitalité, la moralité forment le fond du caractère des habitants (…).

Les hommes de l’île sont tous marins (…). Les femmes restent presque exclusivement chargées de travaux agricoles (…). L’orge est la meilleure des récoltes (…). Les mottes ou glonats, mélange de varechs et de détritus, sont encore un combustible très employé. (….) La chair du mouton possède une succulente renommée ; les vaches produisent un lait délicieux. Quant aux chevaux, ils étaient remarquables par leur vivacité d’allures, l’élégance de leurs formes (…).

Ouessant posséda un collège de druides, respectés, écoutés de la Gaule entière. Les étymologistes en ont conclu que le nom du pays signifierait : île des très respectables, ou, plus simplement, île très élevée, des deux mots ushant-inis, qui pouvaient être pris dans le sens littéral ou le sens figuré, tous deux parfaitement appropriés et au collège sacré et à la configuration du sol (…).

Durant les longues nuits d’hiver, quand le redoutable vent du sud-ouest soulève l’Atlantique, quand la crête des lames tourbillonne en mugissant, quand la voix sourde des récifs répond à leur clameur, quand une atmosphère opaque ou perfidement vitreuse enveloppe l’horizon, combien de capitaines ont cherché avec anxiété la lueur protectrice [du phare du Stiff] !… Depuis deux cents ans qu’elle brille, elle a successivement éclairé la route des flottes de Tourville, des escadres de Duguay-Trouin, des armées navales de d’Orvilliers, de Guichen… et de tant de vaisseaux qui, à la fin du siècle dernier, allaient chercher l’ennemi avec une carène délabrée, des mâts tenant à peine, équipage novice mais plein d’ardeur. La victoire récompensa souvent leur héroïque audace.

Valentine Vattier d’Ambroyse, Le littoral de la France, vol. 2. Paris, 1890-1892.

Ce n’est qu’un au-revoir… (autres photos)

Fêtes de la musique

Classé dans : Musique — Miklos @ 2:09

« Les souvenirs sont nos forces. Quand la nuit essaie de revenir, il faut allumer les grandes dates, comme on allume des flambeaux. » — Victor Hugo

« Il est prouvé que fêter les anniversaires est bon pour la santé. Les statistiques montrent que les personnes qui en fêtent le plus deviennent les plus vieilles. » — Den Hartog

Rien qu’à Paris, on trouve des rues du 8 mai 1945, du 29 juillet et du quatre septembre (qui s’appelait avant rue du dix décembre), ainsi que les places du 19 mars 1962, du 18 juin 1940, du 25 août 1944, du 8 novembre 1942 et du 11 novembre 1918, et même la place du Trocadéro-et-du-11-novembre ; à Rueil Malmaison, une rue du 19 janvier ; à Grosbliederstroff, une rue du 18 février ; à Toulouse, une rue du 10 avril et la cité du six avril 1944 ; à Clermont Ferrand, une place du 1er mai ; à Abbeville, des rues du 20 mai 1940 ; à Cognac, une rue et une impasse (!) du 14 juillet ; à Saint-Quentin (Aisne), une place du 8 octobre 1870 ; à Châteaudun, une place du 18 octobre ; à Dijon, une place du 30 octobre ; à Kogenheim, une rue du 1er décembre.

Plus le temps passe, plus il y a d’anniversaires, de naissances, de mariages et de décès, de paix et de guerres, d’événements et parfois de non-événements. On les marque pour fixer le souvenir des disparus, on compte ceux des vivants afin de se donner l’illusion de vaincre, temporairement du moins, la mort. Pour ces derniers, la fréquence augmente avec l’âge (tous les dix ans, puis tous les cinq ans…). Les trophées de survie de mariages se font plus spectaculaires avec les décennies qui passent : si l’on connaissait les noces d’argent (25 ans), d’or (50 ans) et de diamant (75 ans), s’y est rajoutée – commerce oblige – une pléthore d’autres célébrations allant des noces de coton (1 an… et il y en a qui ne passent même plus ce cap) au platine (70 ans) puis au chêne (80 ans), auxquelles on est bien forcé de rajouter, à mesure que l’espérance de vie se rallonge, celles de granite (90 ans) et… d’eau (100 ans). Que restera-il pour les générations suivantes, celles de l’air puis du vide ? C’est sidéral, pardon, sidérant.

La musique classique ne perd pas une occasion de rappeler la mémoire de ses chers disparus pour organiser moult concerts et vendre des coffrets d’anthologie à tout venant. Les 250 ans de la naissance de Mozart (il était né un 27 janvier 1756), aimé de Dieu et du grand public, ont fait l’effet d’un bouche-à-bouche providentiel à l’industrie du disque qu’on dit moribonde (fêtera-t-on les anniversaires de sa mort ? on célèbre bien celui de sa naissance), et il est probable que les anniversaires des 250 ans du décès de Haendel (le 14 avril 1759) et du bicentenaire de celui de Haydn (31 mai 1809) en 2009 auront des retombées financières assez importantes. Comme quoi, si on ne meurt qu’une fois, on renaît périodiquement tous les cinquante ou cent ans, surtout si on est connu.

Cette année verra célébrer deux importants centenaires musicaux : ceux des naissances d’Olivier Messiaen (né le 10 décembre 1908 et décédé le 27 avril 1992) et d’Elliott Carter (né un jour après Messiaen et toujours vivant et actif).

En sus des aspects novateurs de son œuvre, l’influence de Messiaen sur le cours de la musique au XXe en tant que pédagogue est comparable par son ampleur à celle de Nadia Boulanger : parmi ses élèves, on compte Yvonne Loriod (née en 1924) qu’il épousera, Pierre Boulez (né en 1925), György Kurtág (1925), Pierre Henry (1927), Karlheinz Stockhausen (1928-2007), François Bayle (1932) ou Iannis Xenakis (1922-2001), mais aussi la relève : Gérard Grisey (né en 1946, prématurément disparu en 1998), Tristan Murail (1947), Michaël Lévinas (1949) ou George Benjamin (1960). L’association Messiaen 2008 informe et coordonne les événements qui marqueront cet anniversaire au cours de l’année.

Quant à Elliott Carter, il compose toujours. La création mondiale de son Concerto pour cor a été donnée en novembre par le Boston Symphony Orchestra, suivie de peu par la création new-yorkaise de son unique opéra, What Next ? Son nouveau Concerto pour piano devrait, lui, être joué bientôt pour la première fois. Outre les concerts de ses œuvres ou à son honneur (notamment le Ten for Carter, qui comprendra dix œuvres commandées à dix compositeurs à cette occasion), un colloque international lui sera consacré à Paris. So, happy birthday, Mr. Carter (à ne pas confondre avec le célèbre Happy Birthday, Mr President).

7 janvier 2008

Music Reborn

Classé dans : Musique, Sciences, techniques — Miklos @ 20:57

Who hasn’t dreamt of hearing Bach play his works at the organ, or improvise on the fortepiano, as he did for the King of Prussia? Who wouldn’t have liked to attend a Chopin piano recital (Frederic, not Henri)? The quest for the preservation of traces of the past goes way back: the exceptionally vivid Fayum mummy portraits, dating from the 1st century AD, are one of its many manifestations.

But music works, and music performance even more so, are a different proposition. Music notation probably started over 4000 years ago on cuneiform tablets (which were also the medium on which library catalogues first appeared).

Mechanical music production is much older than the 18th century automata: about the year 265 BC, an engineer called Ctesebius invented or improved the water organ (hydraulis). Later developments allowed the organ to be played automatically: a cylindrical drum, revolving by means of a water wheel, had projecting pieces fixed to its curved parts, almost like those of more modern carillon players. When each projection comes into contact with a balanced lever, a hole on a horizontal pipe is uncovered and the note sounded by this pipe is heard1: music automata existed already 2000 years ago.

But music reproduction had to wait until the invention of Charles Cros in 1877 – one year before Edison – of a “procedure for the recording and the reproduction of audible phenomena”. We all know how it has affected – and continues to do so – the reception of music by the public.

In 1904, Edwin Welte invents the Mignon, designed to record not the sound produced by the piano, but the action of the pianist – and thus to allow for a much better reproduction of the original performance: this is why we can listen to a very clean rendition of Beethoven’s Ecossaise in E flat as played in 1905 by Carl Reinecke and recorded in 2006 on a Steinway Welte. This was a momentous landmark in the pursuit of perfect preservation.

But as this device worked only for the piano (and necessitated to own the instrument to listen to the recording), most of the performances of the past – including those for piano only – were kept on such media as the cylinder and the disk. Audio restoration techniques can do miracles in cleaning up the sound, but if essential parts of the signal were lost in the recording process, the result will sound like many historical recordings sound: flatter, monophonic. While this certainly doesn’t detract from their musical quality, the taste of the public has become increasingly shaped by digital recordings2.

Enter Zenph Studios, a company created in 2002, with a novel idea – like Welte did for recording, but now for restoration: extract from historical analogue piano recordings not the sound, but performance information: attack, dynamics, rhythms. This data can then be used to have a modern player piano reperform the recording without the scratches, hisses and clicks of the media, with all the glorious, dynamic range of the piano, and even without the humming of the pianist or the coughs of the public. The result is stunning: listen to the “reperformance” of Chopin’s Troi­siè­me prélude by Alfred Cortot, originally recorded in 1926, replayed on a concert grand in a small reverberant concert hall, and recorded on six channels. What you’ll hear is a stereo recording, but the rerecording allows for the production of immersive versions on SACD multichannel discs or on binaural spatialization systems.

The first recording which Zenph produced commercially (on the Sony label) was Glenn Gould’s 1955 interpretation of Bach’s Goldberg Variations, reperformed in the Glenn Gould Studio of Radio Canada, on a Yamaha Diskclavier Pro harmonized to sound like the 1955 instrument used by Gould.

He would certainly have liked this, his disdain for live performances being almost as legendary as his recordings. Actually, the information which has been thus extracted from his recording allows one to “correct” the playing without having to resort to additional takes: alter notes (Cortot was known to miss some), correct the attack, the intensity or the duration… anything goes. Yet at this point, all the changes will be the decision of artistic directors or sound engineers, not those of the defunct artist, and thus raises even more than before the question of truth and authenticity, while at the same time striving to achieve perfect restoration. At least it is true to the current taste. And at any rate, this process will be sure to resurrect one thing: the copyrights on these recordings, and for a very long period.

This is yet another step in the long march we have sketched. It has brought us to a day where we can go to a concert and hear the playing of the past on an instrument of the present. Add to this the technology of virtual reality, and soon we’ll be able to “see” the dead pianist perform, as if he were in the hall with us (or in a remote hall). Aren’t we on the threshold of a musical Jurassic Park? (First published in IAML Electronic Newsletter no. 27, December 2007)


1 William Leslie Sumner, The Organ. Macdonald, London, 1964.
2 Which aren’t always truer to the original signal, by the way, but in different ways. Digitization may add some artefacts to the sound, and in many cases it is “enhanced” in order to sound “better” and thus to sell better.

6 janvier 2008

Musique pour tous

Classé dans : Musique, Sciences, techniques — Miklos @ 19:57

Les fonds patrimoniaux concernant la création musicale contemporaine ont comme particularités d’être en évolution permanente, de ne pas bénéficier d’une diffusion aussi large que le patrimoine plus classique, et de nécessiter une contextualisation riche, autant pour leur appropriation par un large public que pour leur étude, leur programmation et leur (re)création par des professionnels de la musique. En outre, leurs traces (enregistrements sonores, partitions, dossiers de presse…) sont protégées par le droit de la propriété littéraire et artistique, ce qui nécessite de contrôler leur circulation physique et numérique. Enfin, la rareté et la fragilité de ces traces (notamment des notes de programme) souvent consultées mettent en péril leur conservation.

Plusieurs organismes français offrent, chacun dans son domaine de compétence, un accès à des collections qui reflètent cette création (sous forme de partitions et d’enregistrements sonores, édités ou inédits) de sa diffusion (notes de programmes) à sa réception (dossiers de presse), ainsi qu’à des informations la concernant (livres, périodiques, iconographie, bases de données, carnets d’adresse…), et répertorient ou organisent des événements s’y rapportant (concerts, conférences, formations…). Les traces des événements (enregistrements, notes de programme et presse) sont particulièrement sollicitées, et leur fragilité physique nécessite d’en assurer la conservation, sans pour autant en restreindre l’accès, bien au contraire. Quant aux informations nécessaires à la reprise des œuvres (documentation technique) – et donc à assurer leur présence dans un répertoire – elles sont souvent peu accessibles. Une partie de ces contenus est numérisée, mais cela ne suffit pas pour en assurer visibilité et cohérence.

« C’est faire plaisir et service à un amy quand on ne luy peut fournir le livre duquel il est en peine, de luy monstrer et designer au vray le lieu où il en pourroit trouver quelque copie, comme l’on peut faire faci­lement par le moyen de ces cata­logues. » — Gabriel Naudé, Advis pour dresser une bibliothèque, 1627.Le nouveau portail de la musique contemporaine vise à pallier cet état de fait, en fédérant la recherche des ressources (informations et contenus) mises à disposition par ces organismes et par ceux qui le rejoindront par la suite, afin d’y faciliter l’accès et de leur donner ainsi une plus grande visibilité. Il permet de localiser l’essentiel des informations concernant une œuvre (partitions, enregistrements, notes de programme, presse, analyses…) et ses créateurs (compositeurs, interprètes…). Une partie de ces contenus est accessible en ligne sur l’internet, tandis que les documents à accès restreint sont consultables en réseau dans le, ou les, organismes identifiés (intranet, extranet). En ce qui concerne les œuvres et leurs enregistrements sonores : forcément récents puisqu’il s’agit de musique contemporaine, ils sont protégés par les droits des compositeurs et des interprètes. En conséquence, et avec l’accord des ayants droit, plusieurs milliers extraits sonores d’une durée allant jusqu’à trois minutes, sont accessibles à l’écoute sur l’internet.

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