Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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1 mars 2009

Leçon de français pour anglophones d’hier destinée aux Français d’aujourd’hui

Classé dans : Langue, Littérature, Politique — Miklos @ 21:30

Il semble, dit Fontenelle, que la nature ne nous ait montré que des échantillons de grands hommes, pour nous persuader seulement qu’elle en aurait su faire si elle l’avait voulu, et qu’ensuite elle ait fait tout le reste avec assez de négligence.
Pronouncing Reading Book
of the
French Language,
particularly calculated to render the
speaking of French
easy to the American student,
and grounded on
a new system
of Comparative French and English Pronounciation:
with synoptical tables,
illustrating the whole kingdom of French sounds,
compared with English sounds, including consonants;
in which
vowels and diphthongs are divided into natural families, each under its respective
standard,or father sound,
generally an English and French element.
 
by
E[mile] Arnould,
Graduate of the Université de Paris, and instructor in the
French Language in Harvard University, Cambridge.
 
“C’est icy un livre de bonne foy, lecteur.” – Montaigne.
 
Boston:
Hickling, Swan and Brewer.
1857.

La petite dame au grand chien

Classé dans : Récits — Miklos @ 16:27

Trapue et quelque peu enrobée, elle était habillée, été comme hiver, d’un long manteau en laine beige à gros boutons marrons qui l’engonçait. « Vous ne trouvez pas qu’il fait un peu froid aujourd’hui ? » Ses cheveux blancs se rejoignaient en un chignon qu’elle devait avoir du mal à faire ; on imaginait ses petites mains aux doigts déformées par l’arthrose tentant de mettre à l’aveuglette les pinces qui le maintenaient en place et de réunir les cheveux qui s’en échappaient, comme elle devait, autrefois, maîtriser les fils de soie qu’elle enfilait, à longueur de journée, dans son petit atelier de cousette. Ses lunettes étaient fort épaisses et faisaient ressortir des yeux d’un bleu délavé qui paraissaient toujours étonnés à la vue d’un monde qui avait tellement changé au cours de sa vie. « Vous avez vu tous ces tuyaux ? C’est bizarre, tout de même… »

Elle marchait à petits pas, s’arrêtant souvent pour souffler et pour regarder autour d’elle. Son chien, un golden retriever à la pelisse soyeuse, se tenait sagement à ses côtés, puis s’élançait éperdument à la poursuite de la balle de tennis verte qu’elle lançait aussi loin qu’elle le pouvait. Il la rapportait, la posait en hommage à ses pieds et secouait la tête comme pour l’encourager à recommencer. « Il est jeune, lui, il a besoin de courir », dit-elle à l’homme encore jeune qui faisait quelques pas à ses côtés, l’écoutant attentivement le sourire aux lèvres. « Je ne descends plus que pour lui. Mon mari, lui, il ne peut plus sortir, il perd la tête. Je ne sais pas ce qu’il lui arrivera quand nous ne serons plus là » parlant de l’homme ou du chien. « Nous n’avons pas de famille, vous comprenez. »

Ah, elle en avait vu défiler, du beau monde, dans l’atelier du grand couturier où elle avait passé l’essentiel de sa vie et laissé ses yeux. « À l’époque, on sortait tout le temps faire la fête, disait-elle en riant à l’évocation de ce temps-là. Maintenant personne ne vient plus nous voir. » Alors elle descendait péniblement de son petit appartement avec son chien, et retrouvait régulièrement l’homme qui se rendait à son travail. Il avait été touché par la petite silhouette vaillante, puis par son accent, mélange de gouaille parisienne d’avant-guerre et de shtetl. Lorsqu’elle croisait une voisine tout aussi âgée qu’elle, elle lui lançait fièrement, en se saisissant du bras de l’homme, « Vous avez vu ce beau jeune homme ? C’est mon amoureux ! » Arrivés au bout de la grande place, ils se séparaient. « Vous serez là demain ? » demandait l’un ou l’autre.

Un jour, elle ne fut plus au rendez-vous.

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