Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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10 juin 2013

De guillerets guillemets

Classé dans : Actualité, Langue, Médias — Miklos @ 8:04


Concours : utiliser l’expression « pas merci » dans une phrase positive.

Des chiffres et des lettres, ou, Chez Europe 1 on n’est pas sur France 2

Classé dans : Actualité, Médias, Santé — Miklos @ 7:31


Europe 1 semble fâché autant avec les uns qu’avec les autres.

D’ailleurs, il semblerait que, selon une autre source, cet infortuné octagénaire octogénaire nonagénaire de 92 ans ait en fait eu 91 ans :

9 juin 2013

L’indolente

Classé dans : Littérature, Peinture, dessin — Miklos @ 23:40


Jeune femme à la coiffure de perles.
Pastel 44 × 53,5 cm. École française du XVIIIe siècle.
Cliquer pour agrandir.

«Zaïre ne saurait se coucher lorsqu’elle est levée, lorsqu’elle est au lit elle voudrait y passer sa vie. Elle en sort à regret pour se jeter sur une chaise longue qu’elle envisage avec douleur qu’il faudra qu’elle quitte pour se mettre à sa toilette. Elle balance, elle diffère, elle s’afflige lorsqu’il faut commencer ce grand ouvrage. Les bras lui tombent, elle n’a pas la force d’exister ; enfin l’opération s’achève : elle va de son miroir à table. C’est une fatigue pour elle de porter à sa bouche les mets qu’elle aime le mieux ; elle est excédée lorsque le dîner est fini. Autre corvée, il faudra bien qu’elle s’habille. Ses jambes, ses mains lui refusent presque le service, quoiqu’elle jouisse d’une santé parfaite. Elle sort à la longue pour aller faire des visites, en murmurant contre l’usage établi d’aller dans des maisons où l’on n’a nulle affaire que de monter et de descendre des degrés. Elle rentre après ses courses. Nouveau travail, il faut se déshabiller. Son amant arrive, elle l’aime autant qu’elle peut aimer : mais la présence même de ce qu’elle a de plus cher ne saurait la tirer de son inaction. Lorsque la nécessité les sépare, elle n’a pas la force de lui dire adieu ; elle y supplée pat un signe de tête que sa douleur voluptueuse ne fait qu’avec effort. Zaïre se couche et gémit ; elle pense qu’il faudra qu’elle se lève le lendemain. Son âme indolente prend dans toutes ses actions un repos si calme et si languissant, qu’elle n’a pas la force de quitter une situation, même pour entrer dans une autre plus heureuse. »

Séran de la Tour (ca. 1700-ca. 1770), Amusement de la raison. Paris, 1747.

Comment bien meubler une convalescence

Classé dans : Littérature — Miklos @ 18:12


L’amour dans ses meubles. Publicité illustrée de la Maison des bambous. 1898.
Cliquer pour agrandir.

Mes adieux à ma chaise-longue,
Après y avoir passé quarante jours
pour la guérison d’une jambe cassée
.

« En rimant s’envolent les jours
Qu’un travail léger rend plus courts. »

Du lit aimable substitut,
Chaise-longue, meuble commode,
Mieux qu’un fauteuil de l’institut
Digne d’une épître ou d’une ode :
Toi qui préserves de broncher ;
Toi qui répares la disgrâce
D’un membre égaré de sa place,
Et permets, sur ton doux coucher.
Pour souder l’os qu’on se fracasse,
Aux sucs tardifs de s’épancher :
Chaise-longue, à qui je rends grâce,
De tes bras il faut m’arracher,
De tes coussins quitter la plume,
Et, suivant l’ancienne coutume,
M’exposer encore à marcher.

À mon mal si tu fus propice,
J’en ai bien senti tout le prix ;
Jamais, je crois, tu ne souffris
De mon dépit, de mon caprice :
Comme il sied entre deux amis,
J’allégeai ton pénible office ;
Et, sous mon poids si tu gémis,
Je n’eus pas du moins l’injustice
De t’accabler de mes ennuis.

Hé bien, je fus en quarantaine :
Ou sur mon lit, ou sur ton dos,
Quarante jours tout d’une haleine
Mon corps actif fut au repos :
De s’irriter est-ce la peine ?
Et n’est-il pas même à propos
De varier un peu la scène
Et de nos biens et de nos maux ?
Ainsi l’on rentre dans soi-même ;
Ainsi, respirant du fracas
De ce monde vain, que l’on aime,
Et dont souvent on est si las,
On repasse sa folle vie :
De tant de riens dont on fit cas,
Tantôt l’examen humilie ;
Parfois aussi l’on rit tout bas
De quelque erreur assez jolie,
Ou l’on trace de fantaisie
De très-beaux plans qu’on ne suit pas.

Te dirai-je comme, infidèle
Aux clauses de notre traité,
Souvent je t’échappe sur l’aile
Du coursier le plus indompté,
L’imagination rebelle
Qui, sur tes solides piliers,
Me saisit sans que je l’appelle,
Et soudain, du monde avec elle
Me fait courir tous les quartiers ?

De l’Amérique à Bagatelle,
Du pôle arctique à mes foyers,
Il faut suivre, écuyer fidèle,
La capricieuse femelle
Dans ses écarts irréguliers ;
Voguer sans voile, sans nacelle,
Aux bords où croissent-les palmiers,
Au premier bruit de la nouvelle
Qui se répand que nos guerriers
Quittent une plage mortelle,
Couverte en vain de leurs lauriers :
De retour, Longchamp nous rappelle
À ses tournois plus familiers,
Et, du bois suivant les sentiers,
Je trotte auprès de quelque belle.
Aux spectacles, incognito,
Nous nous mettons en sentinelle ;
J’assiste au bal, au grand PintoPinto ou la Journée d’une conspiration,
comédie historique en cinq actes de Népomucène Lemercier,
créée en 1800 avec Talma.
 ;

Je ris au tableau des SabinesComédie en un acte, mêlée de vaudevilles,
par MM. de Jouy, Lonchamps et Dieu-La-Foi,
représentée, pour la première fois,
au théâtre de l’Opéra-comique,
le 30 mars 1800.
 :

Et de retour, sans être las,
Sans malencontre, sans faux pas,
De tant de courses clandestines,
Je me retrouve dans tes bras.

Mais soudain la scène est changée ;
Je jouis en réalité :
FontanesLouis de Fontanes (1757-1821), écrivain français., ViotMarie-Anne-Henriette Payan de l’Étang (1746-1802),
femme de lettres connue sous les noms de
d’Entremont, de Bourdic et de Viot.
et VigéeÉtienne Vigée (1758-1820),
auteur dramatique et homme de lettres.
,

Se sont assis à ton côté ;
GuyJean-Henri Guy (1765-183?), auteur dramatique et librettiste., d’une pièce mal jugée,
Auteur modeste et qui m’est cher ;
GrenusJean-Louis Grenus (1750-1828), homme de lettres et fabuliste., que La Fontaine inspire ;
GoulardJean-François-Thomas Goulard (1755-1830),
auteur de quelques vaudevilles et chansons.
, qui sait mettre sur l’air
Des paroles que l’on peut lire ;
L’auteur joyeux du noir DélireJacques-Antoine de Révéroni Saint-Cyr (1767-1829),
militaire et homme de lettres. Parmi ses œuvres :
Le Délire, ou les Suites d’une erreur,
opéra-comique en un acte, 1800.
,
Et l’impatient AnténorÉtienne-François de Lantier (1734-1826),
écrivain et auteur de théâtre.
Parmi ses œuvres : L’Impatient (1768) et
Les Voyages d’Anténor en Grèce et en Asie
avec des notions sur l’Égypte
(1798).
,
D’amitié viennent me sourire.
Ils sont charmants, ils parlent d’or :
Je les écoute pour m’instruire :
Doux entretiens ! l’esprit, le cœur,
Tout jouit ; et j’ai le bonheur,
Quand mille autres, toute leur vie,
Cherchent le goût sans l’approcher,
Que le goût, en leur compagnie,
Sur ma chaise vient me chercher.

Voilà ceux dont l’amitié vive
Me fit goûter tant de douceurs,
Ceux dont la tendresse attentive
En plaisirs changea mes douleurs :
Tu connais leur troupe fidèle ;
Plus touchés, plus souffrants que moi
De ma blessure moins cruelle,
Tous les jours, avec même zèle,
Tu les revis auprès de toi.
Les soins constants que je reçois,
Mon cœur ému s’en glorifie ;
Comme il le sent, il le publie,
C’est à leur cœur que je les dois.
Non, mon âme n’est point ingrate ;
Combien de fois tu m’entendis
M’écrier, fier de mon taudis :
II est la maison de Socrate,
Il est rempli de vrais amis.

Combien, de la reconnaissance
M’ont imposé les douces lois,
Et sur qui moins de connaissance
Me donnait aussi moins de droits !
Tu les vis, dans mes murs étroits,
Former souvent un cercle immense,
Et pourtant un cercle de choix.
Ils ont soutenu ma constance,
Des longs jours allégé le poids,
Et ma facile patience
Est un bienfait que je leur dois.

Mais, discrète par habitude,
Toutefois tu ne diras pas
Que j’éveillai l’inquiétude
D’un sexe doux et plein d’appâts ;
Qu’en mon heureuse solitude
Il a daigné porter ses pas ;
Qu’il s’y fit une douce étude
De ces riens, ces soins délicats
Dont l’aimable sollicitude
A, dans la peine la plus rude,
Un charme qu’on n’exprime pas.
De ses faveurs parlons tout bas ;
Évitons les traces communes
Des indiscrets, des petits fats,
De petites bonnes fortunes
À tout moment faisant fracas ;
Sous un profond mystère… hélas !
En proie aux humaines misères,
Que parlé-je ici de mystères ?
Un infortuné, dans mon cas,
D’un sultan, sur son ottomane,
Peut bien offrir l’aspect profane ;
Mais, au sein du plus beau bercail,
On sait trop quel sort le condamne
Au rôle muet du sérail.

Cependant que sur mon Pégase
J’acquitte de justes tributs
Pour tant de soins si bien rendus.
Fils de Chiron, adroit
Lacaze,
Accepte ceux qui te sont dus.
C’est toi qui raffermis la base
Où le corps ne chancelle plus ;
Toi qui, laissant, comme un abus,
Des beaux discours, des sons perdus,
De la main fais la bonne phrase
Qui redresse un membre perclus :
Du métal qu’on frappe en écus,
Ah ! que n’ai-je une large tonne,
Pour en composer la couronne
De tes talents, de tes vertus !
Mais, partageant le peu que j’eus,
La révolution friponne
Entre les parts choisit la bonne,
Ne me laissant que les rebuts :
D’un prix trop faible… mais, pardonne ;
Et d’un nourrisson de Phœbus
Reçois des dons plus étendus ;
La gloire que mon vers te donne…
Si jamais mes vers sont connus.

Dans le délire où je me plonge,
Renversé sur mon doux soutien,
Je m’aperçois que je prolonge
Indiscrètement l’entretien ;
Que je devrais passer l’éponge
Sur plus d’un mot, sur plus d’un rien ;
Ou prendre la lime qui ronge
Ces défauts qu’un auteur sent bien.
Mais tandis que mon vers s’allonge,
Le temps s’abrège, et, comme un songe,
En rimant s’envolent les jours
Qu’un travail léger rend plus courts.
Adieu, pourtant, adieu, ma chaise !
Chacun .reprenons notre emploi :
Moi, je vais, sur pied, mal à l’aise,
Tenter de me remettre : et toi,
Aux grands mystères destinée,
Rentre au voluptueux boudoir :
Ah ! dans quelque heure fortunée,
Puissions-nous, en tiers, nous y voir !

Par le C. Marignié. Almanach des Muses, ou, Choix des poésies fugitives de l’an IX – 1801.

Jean-Étienne-François de Marignié, né à Sère en Languedoc, en 1755, mort en 1831 ; auteur d’une tragédie, Zoraï ou les Insulaires de la Nouvelle-Zélande, et d’une comédie, le Paresseux ou l’Homme de lettres par paresse. Obligé de quitter la France en 1793, il se lia en Angleterre avec Mallet du Pan et écrivit dans le Journal général de l’Europe. Il rentra en France en 1796 ; tous ses biens avaient été confisqués. Sous l’empire, collaborateur de Chateaubriand au Mercure et de M. Suard au Publiciste, il fut nommé par M. de Fontanes, inspecteur général de l’Université. Pendant les Cent-Jours, il refusa le serment et perdit sa place. Louis XVIII le nomma chevalier de la Légion d’honneur.

Edmond Biré, Les défenseurs de Louis XVI. 1896.

8 juin 2013

Le Crépuscule des dieux, hier à Bastille.

Classé dans : Actualité, Musique — Miklos @ 8:47

En bref pour ceux qui sont pressés : mise en scène hésitant entre mini­ma­lisme et tarabiscotage – l’inces­tueuse intrigue l’est aussi, je vous entends murmurer – jusqu’au ridicule (le sublime wagnérien le frise parfois, mais ce n’est pas une raison pour en rajouter une couche), à en regretter les volu­mineuses Walkyries au casque ailé et amplement voilées d’antan, au moins c’était cocasse.

Mais surtout : une Brünnhilde (Petra Lang) remarquable de passion, d’énergie, de puissance et d’expressivité et avec un très beau timbre dans tout le registre, même au plus élevé. D’ailleurs, les femmes étaient en général bien mieux en voix que les hommes (ce qu’on a pu remarquer dès le premier trio des Walkyries, dont l’une qui s’est réellement distinguée), mais on peut aussi signaler Alberich (Peter Sidhom) à la belle et chaude voix ainsi que celle de Hagen (Hans-Peter König) contraint de chanter assis en fauteuil roulant (pourtant il pouvait très bien marcher, quand il s’est agi de saluer le public, encore un sale coup du metteur en scène ?). Sacrée performance.

Quant au pauvre Siegfried (Torsten Kerl), il a bien mérité son sort (dommage que ça n’ait pas eu lieu au début de ces quelque six heures avec entr’actes mais à la fin) : une voix métallique, aigre, rarement suffisamment puissante pour le rôle (on n’ira pas jusqu’à conseiller de lui rajouter un micro, il était peut-être finalement préférable de ne pas l’entendre). Ah, la malédiction de l’Anneau (celui de l’ordure, hein ?, si l’on peut dire en l’espèce) l’a frappé, lui, à plus d’un égard !

À propos de frapper, justement : pourquoi est-ce Alberich (attention, spoiler) qui frappe Siegfried d’une lance dans le dos et non Hagen, comme le dit explicitement le livret, la voix du héros lui était-elle si insupportable que ça ? Pourquoi, puisqu’on parle encore mise en scène, Brünnhilde caresse-t-elle à distance le corps étendu de Siegfried, geste qui ne peut être compris que des spectateurs assis à son niveau, au parterre, a-t-elle peur de se salir ? Pourquoi marche-t-elle seule en remuant les bras vers le brasier électronique destiné à l’engloutir avec l’anneau maudit comme si elle tentait de chasser des mouches, tandis qu’elle est supposée monter le cheval de Siegfried ou au moins l’amener avec elle ? Tant de questions qui resteront sans réponse…

L’orchestre, lui, a joué la plupart du temps ensemble grâce à la direction de Philippe Jordan.

Pour finir, l’œuvre : on aime ou on n’aime pas. Cela faisait longtemps que j’avais pris mes distances (musicales) de Wagner dont j’adorais, adolescent, les tubes ; j’ai été agréablement surpris, voire exalté, par certains passages, par l’ensemble (tout en sachant que si j’en reprends, ce sera à petites doses), à l’exception du début de la troisième partie un peu trop cucu à mon goût (et dont la mise en scène m’a évoqué une certaine danse dans Fantasia), et du début de la scène finale (attention, spoiler : Brünnhilde seule après avoir découvert la mort de Siegfried) qui ne semblait aller nulle part.

Bilan ? trois morts (eh oui, s’y rajoute Alberich qui paie ainsi ses forfaits des mains vengeresses des guillerettes Filles du Rhin).

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