Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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5 février 2012

L’art à la maternelle

Classé dans : Actualité, Médias, Photographie — Miklos @ 0:37

La solarisation est un procédé technique également appelé Effet Sabatier, du nom du chercheur qui la décrivit pour la première fois (Paul Sabatier, 1854-1941). Elle se caractérise par l’inversion des valeurs de la densité originale du cliché exposé à la lumière avant qu’il ne soit définitivement développé ; cette inversion se traduit aussi sur l’épreuve, aux confins des zones blanches et noires, par un liseré plus ou moins foncé qui cerne l’image – « comme dans un dessin », précise Man Ray qui ajoute : « Ce procédé est purement photographique, quoiqu’on m’eût accusé d’avoir retouché et altéré les négatifs ». L’artiste domine magistralement cette technique complexe comme en témoignent certaines de ses Danses-horizons (Minotaure n° 5, mai 1934) et surtout Primat de la matière sur la pensée, publié en hors-texte dans le Surréalisme A.S.D.L.R. (n° 3, déc. 1931)…

L’art face à la crise. L’art en Occident 1929-1939. Centre interdisciplinaire d’étude et de recherche sur l’expression contemporaine, Université de Saint-Étienne, 1980.

Man Ray réalisa de nombreux portraits solarisés, cela dès l’automne 1929. Lee Miller a affirmé avoir allumé par erreur la lumière lors du développement des négatifs de Suzy Solidor. Comme on le sait, cet accident de laboratoire était connu depuis longtemps sous le nom d’« effet Sabatier », mais avait toujours été considéré comme un défaut. Personne n’avait jusque-là imaginé transformer cet avatar en expression artistique. De nombreuses études s’accordent pour dire que Lee Miller et Man Ray découvrirent la solarisation ensemble. Or seul Man Ray, l’artiste confirmé, convaincu par Dada, pouvait avoir l’idée d’utiliser ainsi le hasard – si tant est qu’il y en ait eu –, l’erreur, le défaut.

Emmanuelle de l’Écotais, « L’art et le portrait », in Alain Sayag (éd.), Man Ray, la photographie à l’envers. Centre Pompidou, 1998.

2 février 2012

Life in Hell: le discours de candidature d’Akbar

Classé dans : Actualité, Politique — Miklos @ 14:40

Mes chers amis, vous qui êtes ici, vous qui me regardez de loin, de plus loin même, je suis venu vous parler de la France, et donc de la République. Je suis venu vous parler de la France qui souffre surtout du froid en ce moment, mais aussi de la France qui espère augmenter son pouvoir d’achat, au lieu de le voir chuter de crise en crise.

En conséquence, voici mon programme. Non pas 110 propositions, non pas 60 propositions, ni même 20 ou 7. Mon quinquennat s’ouvrira sur deux réformes de structure : la baisse de la TVA et l’augmentation de la température.

Françaises, Français, ce changement, je vous le promets, j’y suis prêt. Et vous ?

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

30 janvier 2012

Life in Hell: les tribulations de Jeff et Akbar en Indochine

Classé dans : Lieux — Miklos @ 8:26

Suivant de très loin le célèbre exemple du jeune, riche et généreux Kin-Fo et de son maître le philosophe Wang, Jeff et Akbar se décident à parcourir l’Indochine, non pas l’un à la poursuite de l’autre, mais ensemble. Ils n’en font pas le tour en ballon en 80 jours, mais la parcourent du nord au sud et à l’ouest en avion, en voiture, en jonque, à dos de scooter, en tuk-tuk et à pied.

Dans les rues de Hanoï se déverse un torrent dense et tumultueux de scooters, qui, à l’instar d’une nuée de sauterelles stridu­lantes, semble se diriger uniformément dans une même direction mais où, lorsqu’on s’en rapproche, on distingue des individus filant à droite ou à gauche, à contresens de la circu­lation ou perpen­di­cu­lairement que les feux soient au vert ou au rouge, sur la chaussée comme sur les trottoirs, se glissant dans le moindre interstice, même entre Jeff et Akbar, dans le but unique d’avancer en évitant les obstacles tout en klaxonnant à tout bout de champ, tandis que les marchandes ambulantes – à bicyclettes surchargées au point de ressembler à un éléphant ou portant avec une démarche déhanchée bien particulière leurs marchandises sur deux lourds plateaux accrochés en balancier aux deux extrémités d’une barre de bois posée en équilibre sur leurs épaules – et les autres piétons traversent imperturbablement ce flot qui les contourne en les frôlant, à défaut de négocier les trottoirs occupés par les cuisines de rue et leurs clients assis à croupetons sur de minuscules tabourets, aspirant bruyamment les nouilles qu’ils extraient avec des baguettes d’un bol fumant, cernés de scooters garés en rangs d’oignon serrés.

La myriade d’îles de la baie d’Along plongée dans une épaisse brume sont colorées d’une infinie palette de gris et leurs silhouettes aux formes fantasmagoriques, dolichocéphales pour certaines dont une coiffée d’une petite pagode, dentelées comme les Dolomites et aux profils parfois curieusement humains pour d’autres, roches sombres nues ou couvertes de végé­tation, inhabitées à part par quelques singes guettant les bananes que leur lance Akbar, falaises tombant à pic dans l’eau ou rivages bordés d’une plage de sable fin, rochers plantés sur la mer tels des châssis de décors de théâtre les uns derrière les autres et entre lesquels évoluent tels des vaisseaux fantômes les innombrables jonques de touristes, les barques des pêcheurs lançant leurs filets et celles des magasins flottants aussi bien achalandés qu’une petite épicerie de quartier partis à l’abordage des navires ancrés dans la baie pour s’en détacher une fois l’affaire conclue, tandis qu’un large rapace noir plane silen­cieu­sement dans les airs à l’affût d’un quelconque poisson.

(À suivre)

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

27 janvier 2012

The snows of yesteryear are gone with the wind

Classé dans : Cinéma, vidéo, Langue, Littérature, Musique — Miklos @ 22:48

In his essay Villon: The genius of the tavern, Irish writer Robert Lynd (1879-1949) attributes to Pre-Raphaelite poet Dante Gabriel Rossetti the phrase “But where are the snows of yesteryear”, his beautiful rendering in English of “Mais où sont les neiges d’antan ?”. It is the nostalgic refrain of the Ballade des dames du temps jadis of François Villon (ca. 1431-1463?), “poet, pimp and pickpurse” (as Swinburne qualified him), and for whose title Rossetti provides a surprisingly pedestrian and approximate interpretation. Here is what Lynd has to say:

No one has ever celebrated the inevitable passing of loveliness in lovelier verse than Villon has done in the Ballade des Dames du Temps Jadis. I have heard it maintained that Rossetti has translated the radiant beauty of this ballade into his Ballad of Dead Ladies. I cannot agree. Even his beautiful translation of the refrain,

But where are the snows of yesteryear,

seems to me to injure simplicity with an ornament, and to turn natural into artificial music.

He then goes on to criticize Rossetti’s translation which he qualifies as “the beautiful writing of an exercise”, adding that “One sees how Rossetti is inclined to romanticize that which is already romantic beyond one’s dreams in its naked and golden simplicity”.

Yet this particular verse is not only very aptly translated, it is also quite a literal rendering of the original, almost word for word: antan means last year (from vulgar Latin ant anu, from ante annum), and, by extension, years past, both which are the meanings of yesteryear.

So one is left wondering as to Lynd’s qualification of Rossetti’s translation of this particular verse as artificial and adding a useless ornament. Maybe he had in mind Louisa Stuart Costello’s translation (in her Specimens of the Early Poetry of France, 1835):

Where is fled the south wind’s snow?

This surprising (mis)translation can only be attributed to a failing eyesight: Costello confused antan with autan, as it shows in her quoting the refrain in French before her rendering in English of the poem:

Autan denotes in French a southeastern cold wind. It is not to be confused with autant (meaning as much as), which happens to be the initial word of yet another strikingly elegiac refrain of a ballade of the same Villon (from his 1461 Testament):

Autant en emporte le vent

It is known to many more people than those who have ever heard of Villon in either language, as it has been used to render into French the title of Margaret Mitchell’s best-seller and that of the eponymous movie starring Clark Gable and Vivien Leigh, Gone With The Wind.

But this verse must have made a strong impression almost as soon as Villon penned it: it appears as the first verse of an anonymous poem which composer Pierre de la Rue (ca. 1450-1518) put in music:

Autant en emporte le vent
Qu’il n’a qu’un baiser seulement,
Combien qu’il soit donné de bouche,
Si le cueur ne donne la touche,
Ou y met son consentement,
Autant en emporte le vent.

(source)

4 janvier 2012

Amadis le bien gaulé

Classé dans : Actualité, Danse, Langue, Musique, Médias — Miklos @ 15:25

La critique musicale de Libération de ce jour consacre un double-page à Amadis de Gaule, opéra de Jean-Chrétien Bach, œuvre « à la charnière du baroque et du classique (…), chaînon manquant entre Gluck [et Mozart] » qui se donne actuellement à l’Opéra-Comique.

Si l’article trouve la mise en scène un peu trop minimaliste, on peut constater, au vu de l’extrait ci-dessus, qu’elle a certains aspects « éventuellement comique[s] ». C’est aussi le cas du texte du second paragraphe, dont la césure est éventuellement gay friendly, elle aussi. Un spectacle qu’on recommande donc à Christine Boutin (ou à son conseiller).

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