Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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7 août 2009

Cacophonie après le bruit

Classé dans : Actualité, Économie — Miklos @ 10:39

On aurait pu s’attendre à une réaction concertée des puissances publiques, après les dernières annonces concernant les rémunérations phénoménales que les banques, récemment secourues par lesdites puissances de leurs pays respectifs, promettent d’accorder, non pas à leurs clients (ne rêvons pas) mais à leurs opérateurs.

Voici ce qu’on pouvait lire ce matin dans une seule et même dépêche de Reuters :

· Christine Lagarde a indiqué qu’il n’était « pas question de donner des ordres aux banques ».

· Le Premier ministre français, François Fillon, a demandé jeudi aux banques de respecter leurs engagements.

· Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, avait demandé aux établissements bancaires de respecter les règles internationales en matière de rémunérations.

Tout ça semble incohérent : soit il y a des règles internationales (dixit Trichet), donc il n’était pas nécessaire d’y rajouter des engagements (Fillon), et on était en droit de donner aux banques l’ordre de s’y conformer. Si, par contre, il n’y a pas de règles (malgré ce qu’affirme Trichet), mais les banques ont signé des engagements (que Fillon leur rappelle), là aussi on est en mesure de leur donner l’ordre de s’y conformer.

Mais si finalement c’est Lagarde qui a raison, et que les « règles » de Trichet et les « engagements » de Fillon n’ont rien de formel ni d’obligatoire, que ce ne sont que des déclarations de (bonnes) intentions, on ne peut rien intimer aux banques ni a fortiori les sanctionner ; elles n’ont donc aucune raison de changer leur modus operandi. Ce n’est pas que la finance qui est dans un drôle d’état, c’est l’État aussi…

6 août 2009

« Those Magnificent Men in Their Flying Machines »

Classé dans : Actualité, Médias, Sciences, techniques — Miklos @ 0:22

Leonardo da Vinci's flying machineLes deux récentes catastrophes impliquant des Airbus ont fait, à juste titre, la une des médias. Ce qu’on sait moins, c’est que des inci­dents quoti­diens, parfois sans autre désa­grément qu’un retour forcé à la case départ suivi d’un retard de plusieurs heures, parfois avec d’autres inci­dences rela­ti­vement mineures (ou du moins : sans perte de vie, dans la plupart des cas), affecte quotidiennement toute la flotte aérienne.

La liste ci-dessous est le résultat d’une recherche en ligne non exaustive de récents incidents impliquant des Airbus (les sites spécialisés, tels que crash-aerien.com, montrent bien que les autres constructeurs aériens sont aussi affectés de pannes ou de problèmes – turbulences, par exemple – de tous ordres). La date est (en général) celle de l’incident (ou de son annonce, si elle ne spécifie pas la date précise), et la source de l’information est indiquée entre parenthèses.

5.8.2009

· Un Airbus A320 de la compagnie aérienne indienne Air India/Indian Airlines a été contraint de se poser en urgence sur l’aéroport international de Mumbai (Inde) suite à des problèmes hydrauliques quelques instants avant l’atterrissage. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A320-200 de la compagnie australienne Tiger Airways opérait un vol entre Melbourne et MacKay (Australie) et était en vol quand soudainement les pilotes ont été confrontés au déclenchement de nombreuses alarmes de dysfonctionnements de l’avion. L’équipage a immédiatement pris la décision de se dérouter vers l’aéroport de Canberra sur lequel l’appareil a pu se poser quelques minutes plus tard en toute sécurité. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A319 de la compagnie aérienne EasyJet a été pris dans de sévères turbulences lors de son vol. Trois personnes, un passager et deux membres d’équipage ont été blessées. (crash-aerien.com)

· Le réacteur d’un Airbus A320 de la compagnie espagnole Vueling, devant assurer le vol Paris Orly-Alicante, s’enflamme à Orly. C’est en évacuant les lieux que huit passagers se sont très légèrement blessés. (France Info)

4.8.2009

· Un Airbus A330-300 de la compagnie aérienne malaisienne Malaysia Airlines a dû faire un arrêt-décollage brutal quelques secondes avant son envol de l’aéroport international de Kuala-Lumpur (Malaisie) suite à un problème hydraulique au moment de la course d’envol. Les passagers ont été débarqués et transférés ultérieurement sur un autre appareil, également un Airbus A330 qui a décollé quelques instants plus tard. Moins de 20 minutes après le départ, un des deux réacteurs de l’appareil a fait entendre des bruits étranges, obligeant les pilotes à le couper et à faire demi-tour afin de se reposer en urgence à Kuala Lumpur. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A320 de la compagnie aérienne américaine JetBlue Airways a été contraint de faire demi-tour et de se reposer en urgence sur l’aéroport international de Orlando (Floride) après qu’une surchauffe d’un des deux réacteurs de l’appareil ait obligé les pilotes à le couper. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A320 de la compagnie aérienne canadienne Air Canada a été contraint de demander un atterrissage d’urgence sur l’aéroport international de calgary (Canada) suite à des problèmes de déploiement de volets quelques instants avant l’atterrissage. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A320-211 de la compagnie aérienne italienne Windjet, qui devait effectuer la liaison entre l’aéroport international de Parme et l’aéroport international de Palerme (Italie) avec une centaine de personnes à bord, a été contraint de faire demi-tour et de se reposer sur l’aéroport de Parme après avoir heurté un vol de mouettes après le décollage. (crash-aerien.com)

2.8.2009

· Un Airbus A320 de la compagnie aérienne charter néerlandaise Amsterdam Airlines a fait une sortie de taxiway sans gravité sur l’aéroport international de Maastricht (Pays-Bas) après que les pilotes aient perdu le contrôle de la direction suite à un problème technique. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A330-200 loué par la compagnie aérienne koweitienne Kuweit Airways a été contraint de faire demi-tour et de se reposer en urgence sur l’aéroport international de Dhaka (Bangladesh) après qu’un des deux réacteurs de l’appareil ait développé un problème technique quelques instants après son décollage. (crash-aerien.com)

1.8.2009

· Un Airbus A320 de la compagnie aérienne tchèque CSA assurant la liaison entre Larnaca et Prague a dû faire demi-tour peu après son décollage samedi après-midi. Il a été victime d’un court-circuit sur un ordinateur de bord, a-t-on appris auprès de la compagnie. (Swissinfo)

· Un Airbus A319 de la compagnie aérienne kazakhe Air Astana a été contraint de faire demi-tour et de se reposer en urgence sur l’aéroport international de Alamaty (Kazakhstan) suite à des problèmes hydrauliques ayant affecté le système de freinage. Il n’y a pas eu de blessés. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A319 de la compagnie aérienne Frontier Airlines a été contraint de faire demi-tour et de retourner aux parkings de l’aéroport international de Fort Lauderdale (Floride) suite à la découverte d’une fuite lors du roulage. (crash-aerien.com)

31.7.2009

· Un Airbus A330-200 de la compagnie aérienne française Air France, qui devait effectuer la liaison entre l’aéroport international Roissy-Charles de Gaulle de Paris et l’aéroport international de Douala (Cameroun) avec 184 passagers à bord, a été contraint de faire demi-tour et de se reposer sur l’aéroport international Roissy de Paris (France) suite à des problèmes de conditionnement d’air et l’apparition de fumée à l’intérieur de la cabine passagers. (crash-aerien.com)

· Un Airbus A330-200 de la compagnie aérienne chypriote Cyprus Airways assurant un vol vers Paris a été contraint de faire demi-tour et de se reposer sur l’aéroport international de Larnaca (Chypre) suite à des problèmes techniques sur le système hydraulique. (Xinhua)

· Un Airbus A320 de la compagnie aérienne chypriote Cyprus Airways assurant un vol vers Zürich a été contraint de faire demi-tour et de se reposer sur l’aéroport international de Larnaca (Chypre) suite à des problèmes techniques sur le système de climatisation. (Xinhua)

30.7.2009

· Un A340-300 de la compagnie aérienne Emirates, qui devait effectuer la liaison entre l’aéroport international de Dubaï et l’aéroport international Jomo Kenyatta de Nairobi (Kenya), a été victime de problèmes techniques quelques instants avant son décollage de l’aéroport international de Dubaï (Emirats Arabes Unis) laissant ses passagers dans une cabine surchauffée. Après deux heures et demi sans climatisation à bord, deux enfants se sont évanouis et ont du être évacués par les services de santé. Les autres passagers ont alors commencé à récriminer et l’équipage a du se résoudre à les faire débarquer. (crash-aerien.com)

29.7.2009

· Les autorités congolaises ont cloué au sol l’Airbus A330 de la compagnie Air France après que celui-ci ait heurté un bâtiment lors des manoeuvres sur le tarmac après son atterrissage le 29 juillet dernier à l’aéroport Brazzaville. Si aucun dommage humain n’a été déclaré, l’appareil, lui, a subi une fissure. (Gabon Eco)

21.7.2009

· L’Airbus A340 assurant le vol Boston-Paris revient se poser à l’aéroport après 23 minutes de vol, en raison d’un problème technique sur un moteur. (France Info)

13.7.2009

· Un Airbus A 320 de la compagnie Air France assurant le vol Rome – Paris Charles de Gaulle aurait subi un nouvel incident de sonde Pitot le 13 juillet dernier. Cet incident n’a pas mis la vie des passagers du vol en danger. (crash-aerien.com)

8.7.2009

· Une Moscovite raconte dans un article paru sur le site Infox.ru traduit par Agoravox, comment, le 8 juillet dernier, elle a aidé les pilotes d’un Airbus à faire atterrir un avion à Moscou. Les pilotes français et le contrôleur aérien russe n’arrivaient pas à se comprendre en anglais. (Le Quotidien du tourisme)

30.6.2009

· Un airbus A310-300 de Yemenia Airways s’écrase au large des Îles Comores : 152 victimes. (Le Point)

1.6.2009

· Un Airbus A30 assurant le vol AF447 Rio-Paris s’abîme en mer. Il fait 228 morts. (LaDepeche.fr)

15.1.2009

· Un avion Airbus A320 de la compagnie aérienne US Airways transportant 155 personnes s’est abîmé dans la rivière Hudson, devant Manhattan, près de l’aéroport de New York La Guardia, jeudi après-midi. Les 155 personnes qui se trouvaient à bord ont toutes survécu. (20 minutes)

27.11.2008

· Un Airbus A320 néo-zélandais, avec 7 personnes à bord (et non cinq comme indiqué dans un premier temps), qui était en phase d’atterrissage à Perpignan, s’est abîmé jeudi en mer Méditerranée, au large du Canet-en-Roussillon. À 20h, deux corps sans vie avaient été repêchés, les cinq autres étant toujours portés disparus. (LCI)

30.5.2008

· Au moins deux personnes (cinq, selon AirSafe.com) sont mortes vendredi lorsqu’un Airbus A320-233 de la compagnie aérienne centraméricaine TACA est sorti de la piste vendredi en atterrissant à l’aéroport de la capitale hondurienne, selon la presse hondurienne. (air-valid.com)

11 juillet 2009

Le veilleur de nuit

Classé dans : Amsterdam, Lieux, Photographie — Miklos @ 9:10


À Amsterdam, il y a tout juste 271 ans.

«Vaste hémicycle, en regard du golfe de l’Y (l’Aï), Amsterdam étale, du sud-est au nord-ouest, la courbe de tant d’avenues de terre et d’eau : rues, boulevards et canaux alternatifs et parallèles, qui entrecoupent en si grand nombre d’autres canaux et d’autres rues, que leur ensemble forme un archipel de quatre-vingt-dix îles, reliées l’une à l’autre par plus de trois cents ponts. Aussi les mots straat, brug, gracht (rue, pont, canal) reviennent-ils presque toujours ensemble à chaque information d’un itinéraire à suivre dans cette Venise du Nord.

Le jour durant, quand la vapeur d’eau que le Zuyderzée, l’Y, l’Amstel et les canaux versent incessamment dans l’atmosphère ne condense pas sa brume accoutumée en brouillard si épais qu’il faut parfois se heurter aux objets pour les voir ; durant les heures clémentes où le ciel enfin se dévoile, ou pendant la belle saison, il est presque impossible à l’étranger, qui ne s’en fie qu’à lui-même pour se conduire dans Amsterdam, de ne point s’y égarer ; mais, après la nuit tombée, ce sera miracle s’il ne fiait pas par s’y perdre.

Je dois cette remarque à un mien ami qui a passé les belles années de sa jeunesse à se promener dans les diverses contrées de l’Europe, mais que les infirmités et l’âge avancé condamnent à ne plus voyager que dans ses souvenirs. Et, à propos de ceux-ci, l’image du veilleur de nuit que nous mettons sous vos yeux me rappelle un épisode du premier séjour à Amsterdam de mon ami le voyageur.

Il aime à conter. Voici l’incident comme il le raconte :


Amsterdam la nuit. I.

« Arrivé seulement depuis la veille dans la capitale de la Hollande, j’avais été invité à passer la soirée chez un négociant, ancien correspondant de mon père. Quand vint le moment de prendre congé de mes hôtes, on annonça qu’un des valets de la maison allait être mis à mes ordres, pour me servir de guide jusqu’à l’hôtel où j’étais logé.

» Or, il faut que vous le sachiez, de toutes les propositions obligeantes dont je pouvais être l’objet, il était impossible qu’on m’en fit une qui me désobligeât plus que celle-ci. Etranger dans une ville, j’ai toujours mis mon orgueil, orgueil puéril, j’en conviens, à ne me faire renseigner par personne sur ma route, à plus forte raison n’aurais-je pas accepté un guide.

» Cette manie de promeneur au hasard qui se fait un point d’honneur de ne compter que sur lui-même, m’a valu, sans doute, plus d’une mésaventure; mais aussi je lui ai dû des rencontres qui ont eu, pour mon amour-propre, l’attrait et le mérite de véritables découvertes.

» Je remerciai sincèrement mes hôtes ; mais à mon remercîment je joignis le refus le plus formel de me laisser accompagner. On se récria ; je persistai dans mon refus ; on s’effraya pour moi des accidents probables du parcours, mais sans parvenir à m’en effrayer moi-même. Enfin, mieux on chercha à me prouver l’imprudence de ma résolution, et plus je m’obstinai à ma forfanterie.

» Mon hôte, voyant que sa femme et ses enfants renouvelaient en vain leurs instances, et jugeant, avec raison, que leur sollicitude tournait à l’indiscrétion, mit un terme à ce débat en disant :

« Puisque notre ami le jeune Français est sûr, à ce point, de retrouver son chemin , il ne nous appartient pas de douter de lui plus que lui-même. Soit, il partira et se conduira tout seul ; mais comme dans un quart d’heure il ne fera pas nuit plus noire que maintenant, notre ami voudra bien, je l’espère, m’accorder encore ce quart d’heure pour boire avec moi une dernière tasse de thé à son heureux voyage dans Amsterdam. »

» Ayant ainsi parlé tout haut, il dit quelques mots à l’oreille de son fils aîné. Celui-ci sortit un moment et rentra presque aussitôt.

» La dernière tasse de thé vidée et le quart d’heure écoulé, on me rendit ma liberté, sans me faire de nouveau la moindre recommandation pour ma sécurité chemin faisant. La famille, qui s’était montrée si inquiète pour moi, me parut tout à fait rassurée. J’attribuai naturellement cette soudaine quiétude à ma propre assurance, et je partis résolûment.


Amsterdam la nuit. II.

» Revenir sans guide de la maison où j’avais passé la soirée à mon hôtel, et surtout y revenir en pleines ténèbres, — je parle d’un temps antérieur à l’éclairage au gaz, — l’entreprise offrait d’autant plus de difficultés que, du point de départ au point d’arrivée, la distance à parcourir n’allait point en droite ligne. Elle se composait d’une série continue de petites lignes brisées dont la direction variait à chaque centaine de pas. Quant à la longueur du parcours, j’avais presque toute la ville à traverser du nord au sud. C’est vers la porte d’Utrecht, en vue du cours de l’Amstel, que l’habitation du correspondant de mon père était située, et je demeurais un peu au delà de la place du Dam.

» Si vous êtes curieux d’étymologies, rapprochez, unissez ces deux mots : l’Amstel, rivière qui baigne la ville ; le Dam, vieille digue sur laquelle se développe sa place principale. Ainsi vous connaîtrez l’origine et saurez la raison de ce nom Amsterdam : la ville de l’Amstel et du Dam, en latin moderne Amstelodanum.

» Mais j’oublie que je viens à peine de me mettre en route; il est tard et je m’attarde encore : poursuivons.

» J’étais, je vous l’ai dit, plein de confiance en moi- même : donc, je marchai d’abord sans hésitation ; mais, peu à peu, je sentis faiblir cette belle confiance, et bientôt enfin j’eus la honte de m’avouer que la mémoire du chemin me faisait complétement défaut et que j’étais désorienté. Quel pont de quel canal venais-je de traverser, et dans quelle rue me trouvais-je maintenant ? Était-ce à droite, était-ce à gauche qu’il me fallait tourner pour marcher dans la direction de mon logis ? Ne pouvant résoudre cette importante question et doutant du hasard, je m’arrêtai.

» Aussi loin que mes regards pouvaient plonger dans la profondeur de l’ombre, je cherchai à découvrir une lueur, si faible qu’elle fût, afin de me diriger vers elle; mais, ainsi que notre peintre Hubert Robert perdu dans le labyrinthe des catacombes de Rome, je ne vis que la nuit. Partout les portes et les fenêtres étaient closes, même celles des cabarets du dernier ordre, qui attendent opiniâtrement que les menaces de la ronde de police les forcent à se fermer.


Amsterdam la nuit. III.

» Ma perplexité était grande, et, vu l’impossibilité d’en sortir sans le secours d’autrui, déjà je commençais à m’armer de courage pour attendre, dans la rue, les premières clartés du jour, lorsque j’entendis résonner, à peu de distance de l’endroit où je m’étais arrêté, le cliquetis de la crécelle d’un veilleur de nuit.

» Une voix amie qui m’eût crié : « Viens à moi, je t’attends pour te conduire », ne m’aurait pas causé une plus vive émotion de joie. Je marchai dans la direction du bruit aussi rapidement que me le permettait l’obscurité ; mais quand je fus arrivé au point où je croyais rencontrer le veilleur de nuit, je ne l’entendis pas répondre à mon appel, et je m’assurai bientôt qu’il n’y avait que moi d’errant de ce côté.

» Cet espoir déçu me fit retomber de nouveau dans ma perplexité; mais, de nouveau aussi, le bruit lointain de la crécelle me rendit le courage et dirigea mes pas.

» Je ne vous fatiguerai pas de cette promenade à l’aveuglette qui, si je mesure le temps à mon anxiété et à mon impatience, dura plus d’une heure et me fatigua tant moi-même. Qu’il vous suffise de savoir que, toujours guidé à distance par la crécelle, sans jamais pouvoir atteindre l’homme qui la faisait bruire, j’arrivai enfin devant une porte ouverte d’où sortit un valet tenant un flambeau allumé. Il précédait son maître, qui vint à moi et me dit en me tendant la main : « Vous le voyez, je vous attendais. »

» Jugez si ma confusion fut grande : j’étais devant le correspondant de mon père ; c’était à cette même maison où j’avais passé la soirée que la crécelle du veilleur de nuit m’avait ramené !

» La main amie qui s’était tendue vers moi m’attira-t-elle dans la maison, ou bien y entrai-je de mon propre mouvement ? Je ne saurais le dire, tant j’étais surpris de l’aventure et ému de l’échec que venait de subir ma vanité de voyageur ne comptant que sur lui-même. Je retrouvai la famille encore réunie dans le salon. On m’accueillit sans raillerie; bien mieux, on mit tant de bienveillance à me prouver que je ne pouvais pas ne pas m’égarer, que bientôt je n’éprouvai plus, je ne dirai pas la honte, mais même l’embarras de mon retour.

» Mon hôte reprit la parole pour me désigner, se tenant debout dans un angle du salon, un vieux bonhomme que je n’avais pas aperçu en entrant.

» Il était coiffé d’un gros bonnet de laine qui lui descendait si bas sur le front que ses yeux en étaient à demi cachés ; une ample lévite, chaudement fourrée, et dont le collet relevé lui abritait les oreilles, l’enveloppait jusqu’au-dessous des genoux ; il réchauffait une de ses mains dans la poche de sa lévite, et de l’autre main pendante il portait la lourde et large crécelle dont le bruit m’avait tenu lieu de lumière pour revenir à mon point de départ. J’étais enfin en présence de ce veilleur de nuit que j’avais si longtemps et en vain poursuivi. Je l’envisageai avec curiosité : il était prodigieusement laid, et son costume encadrait bien sa laideur.

« Il faut, me dit mon hôte, pardonner à Yann (Jean) le tort de vous avoir fait un peu trop marcher pour vous ramener ici ; mais nos veilleurs de nuit ont une consigne rigoureuse, et son service ne pouvait pas le conduire plus tôt de notre côté.

» Si, comme vous l’espériez un peu imprudemment, vous vous fussiez d’abord de vous-même engagé dans la bonne voie, Yann aurait simplement transmis à son camarade le plus voisin de votre quartier les instructions qu’il avait reçues, et, ainsi surveillé, dans votre intérêt, jusqu’à destination, vous seriez rentré chez vous plus que jamais convaincu de votre habileté à retrouver votre chemin. Ce qui était presque immanquable est arrivé : vous avez fait fausse route; nous nous en félicitons, puisque votre erreur nous fournil l’occasion de vous offrir un gîte pour cette nuit. Ne vous inquiétez pas de ce qu’on pensera de votre absence ; les convenances sont observées :» j’ai fait dire à votre hôtel que je vous retiendrais probablement chez moi. »

» Il m’était impossible de refuser une hospitalité si bien offerte. J’acceptai donc. »

Le magasin pittoresque, 1866.

4 juin 2009

Sic transit

Classé dans : Livre, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 2:32

« Qui bene amat, bene castigat. » — Proverbe latin

« Ceux qui méritent le plus d’être loués supportent le mieux d’être critiqués. » — Alexander Pope

Je viens d’apprendre – indirectement, c’est symptomatique – la fermeture de la liste de diffusion Biblio-FR. Cette liste avait été créée en 1993 par Hervé Le Crosnier à l’intention de « bibliothécaires et documentalistes francophones, et toute personne intéressée par la diffusion électronique de l’information documentaire ».

J’avais découvert cette liste peu après sa création (ses archives contiennent un message que j’y avais envoyé en janvier 1994), et il m’arrivait d’y faire part d’informations qui me semblaient intéressantes pour ses membres. Mais son utilité pour moi s’est surtout révélée lorsque j’ai été chargé, en 1995, du projet de constitution d’une médiathèque ; elle devait réunir les fonds d’une bibliothèque existante, équipée d’un petit progiciel basé sur des formats propriétaires, avec un fonds, qu’il me fallait constituer, d’archives physiques et numériques.

Si je m’étais rapidement fait une opinion sur les usages et les interfaces – une bibliothèque hybride, physique et numérique, utilisant les technologies émergentes du Web pour interface – je n’étais ni bibliothécaire ni documentaliste ni archiviste ; il me fallait donc trouver comment me renseigner (en quelques semaines !) pour me faire mon opinion sur les options, les standards, les solutions, les tendances, du moins en ce qui concernait la bibliothéconomie, métier que, jusque là, je n’avais vu que de l’extérieur, même si, par curiosité et, entre autres, par fréquentation de Biblio-FR et la réalisation d’autres projets, j’en connaissais certains aspects.

Biblio-FR fut l’une de mes trois sources d’information primaires et primordiales, du fait de la présence de professionnels disposés à partager avec générosité leur expérience et à répondre avec compétence, patience et indulgence aux questions de l’outsider que j’étais. Je retrouve dans ses archives un écho à mon message à la liste à ce sujet (cité dans une des réponses en juillet 1995 ; le message d’origine est absent des archives, ainsi que la réponse qu’Hervé Le Crosnier y avait apporté et que j’aurais aimé relire) :

Bonjour,
 
Pour un projet en cours, je recherche un logiciel de bibliothèque qui :
- permette la gestion du catalogue de la bibliothèque (saisie, interrogation) ;
- gère la circulation (emprunts) ;
- permette d’accéder au « matériau » lui-même s’il est accessible sur informatique (livre, image ou son numérisé) ;
- de préférence, tourne sous Unix ;
- de préférence, possède une interface Z39.50.
 
Où dois-je commencer à regarder ? Recommendations ?
 
Merci d’avance

C’était alors une petite « communauté virtuelle » – la réussite de la constitution d’une telle communauté n’est pas à attribuer à l’outil, mais principalement à son créateur et animateur – et les réponses utiles ne tardèrent pas à arriver1 : Biblio-FR m’a rendu là un service inestimable, qui manifeste l’esprit d’entraide et de collaboration amicale au-delà des contraintes institutionnelles et matérielles que j’ai trouvé dans la communauté réelle sur laquelle la liste s’adosse.

Une fois le projet abouti (en 1996), je n’ai pas quitté ce forum. Le contenu des messages m’intéressait souvent, et leur volume était gérable même s’il était en croissance constante : 43 messages (regroupés, comprenant chacun un ou plusieurs messages « source », mais en nombre raisonnable) en septembre 1994, 60 messages à la même période un an plus tard, pour en arriver à plus de 300 messages mensuels ces derniers temps (l’un d’eux contenant lui-même 43 messages…), diffusés avec des retards croissants. L’intérêt des contenus n’a pas crû avec le volume. J’ai exprimé ailleurs ma frustration à l’égard de cette saturation, qui m’a menée à me désabonner de la liste, et à la consulter de plus en plus rarement.

Biblio-FR, ouverte à tous, a été victime non pas uniquement de son succès, mais du phénomène général lié à la banalisation des technologies de la communication et à leur adoption par un nombre croissant d’utilisateurs pour des usages personnels et plus uniquement professionnel, notamment du fait de l’émergence du Web qui a permis de mettre en œuvre des modes d’accès bien plus conviviaux et abordables pour des « non initiés », de la baisse des coûts du matériel informatique et de la connectivité à l’internet, de la croissance des débits, puis, actuellement, de la convergence informatique – téléphonie.

Cette banalisation s’accompagne évidemment d’une croissance des messages et des informations auxquels l’utilisateur de ces technologies est directement exposé, volontairement ou non, autant de la part de contacts personnels ou professionnels que des spams. Nos boîtes aux lettres se remplissent à une vitesse bien plus grande qu’auparavant, et, de ce fait, il est plus difficile d’accorder son attention à chaque message (et il arrive à chacun de ne pas en remarquer de significatifs). Les téléphones portables sonnent à tout bout de champ – même en plein concert – quand bien même il est possible de les éteindre et de consulter ultérieurement leur messagerie vocale ou la liste des SMS reçus.

Non seulement le malheureux utilisateur est potentiellement en ligne directe de tout autre utilisateur (de l’internet, de la téléphonie…), mais comme il est beaucoup plus facile et presque gratuit d’envoyer un message ou d’appeler un correspondant, on le fait sans discrimination, là où, auparavant, on réfléchissait sur la méthode la plus adaptée à communiquer – lettre, télégramme, téléphone… – en fonction de l’importance du message, de son coût et de son temps de transmission. Le fonctionnement par impulsion et par envie, dans l’immédiat, sont les caractéristiques d’une société de consommation et d’innovation technologique qui s’emballe (jusqu’à ce que les ressources, qu’elle suppose, dans sa logique de fonctionnement basée sur la « création destructrice », infinies, s’épuisent finalement).

Biblio-FR se retrouve englouti dans ce tsunami qui a rendu ce médium difficilement utilisable, c’est-à-dire lisible. De débats, il s’est transformé en un immense dazibao, un mur d’un Jacques Villeglé, où les affiches se recouvrent les unes les autres avec une telle rapidité que leur contenu n’en est plus perceptible, que la masse noie l’essence. Le plus ciblé côtoie le plus banal, l’information la plus objective alterne avec l’opinion parfois virulente, et la couverture des sujets est si vaste du fait de l’évolution des métiers qu’il est probable que chaque lecteur n’est intéressé que par une partie infime des messages – pour certains d’une grande richesse –, le reste étant, pour lui, du bruit. Et ce bruit devient assourdissant.

La modération – bénévole – aurait peut-être pu en laisser passer moins pour tenter de préserver un volume raisonnable et donner à la liste une orientation plus ciblée (par exemple, débats plutôt qu’annonces), mais c’était de toute façon mission impossible : elle a dû faire face à un nombre croissant de messages à traiter et a elle-même saturé. L’outil – liste de diffusion modérée – n’est plus adapté à ses usages actuels.

Face à cette surcharge informationnelle, de nouveaux outils émergent. Il s’agit, pour faire bref, de plateformes plus spécialisées à certains types de communication combinant commentaires, annotations et débats (par exemple : blogs) et de constitution collaborative de contenus (par exemple : wikis) et fournissant des méthodes pour leur organisation sémantique (thématisation, indexation, taggage… préétablis, libres, automatisés…) et temporelle (discerner une information à valeur temporelle courte – news – ou longue – document de référence, par exemple), des principes variés de recherche de l’information et de « navigation » mais aussi de dispositifs permettant le choix et l’organisation personnels de sources d’informations par les usagers : fils RSS, interfaces à la netvibes… Mais l’outil ne (se) suffit pas : il lui faut aussi le médiateur, et c’est un équilibre complexe entre les deux qui en conditionne le succès.

La disparition de Biblio-FR pourrait encourager le développement de services utilisant une ou plusieurs de ces technologies. Si on y gagnera dans le ciblage, on y perdra une caractéristique essentielle de Biblio-FR : elle était la référence première pour tout ce qui touchait de près ou de loin les bibliothèques (physiques puis numériques), elle était l’usuel qu’on consultait en cas de besoin. Cette fragmentation est-elle inévitable ? Elle s’est aussi produite dans d’autres domaines – d’où la nécessité croissante de passer par des moteurs de recherche généralistes, puis, plus récemment, par des moteurs spécialisés (ou portails). Le portail sera-t-il l’avatar de Biblio-FR ?

Le futur est la chose qu’il est le plus difficile de prévoir ou de prédire ; je ne peux que parler avec certitude du passé, et en particulier de celui que j’ai connu : Biblio-FR m’a été extrêmement utile, et je suis donc très reconnaissant que cette liste ait existé. Elle m’a aussi poussé à réfléchir, suscité des réflexions et la nécessité de leur formulation, et pour cela aussi, j’en suis reconnaissant. Je devine aussi l’immense travail, sans doute rarement gratifiant, que ses organisateurs, Hervé Le Crosnier, puis Sara Aubry, ont fourni bénévolement pour faire fonctionner cette liste qui devenait de plus en plus pesante, je leur en suis d’autant plus reconnaissant.


1 Maintenant, un tel message sur la liste aurait suscité des réactions virulentes et son auteur assimilé à « ceux qui jettent une bouteille à la mer faute d’une formation professionnelle idoine » – pour reprendre une expression de Bertrand Calenge dans un récent billet critiquant l’évolution de la liste – contribuant ainsi à son bruit et à son inutilité. Autres temps, autres mœurs.

27 avril 2009

Comment éviter une rupture de couple

Classé dans : Sciences, techniques — Miklos @ 7:40

La solution classique : mettez une très forte résistance à la source pour faire croire au régulateur que la température est trop forte et couper la puissance de chauffe. C’est ce qui se pratique en pyrométrie.

Cette panne est d’autant plus difficile à détecter lorsque qu’il n’y a aucun signe avant-coureur – par exemple, sans montée de température, mais plutôt un refroidissement graduel vers le zéro absolu (qui, comme on sait, change la nature des matériaux), ou quand l’un des deux éléments cesse de fonctionner en paire sans pour autant montrer quelque signe de disfonctionnement (fuite, torsion, bruit…).

Ce genre de problème est souvent impossible à réparer, les déformations subies par l’un ou l’autre des éléments les empêchant de se remboîter de façon adéquate. Les colles, atèles ou autres palliatifs s’avèrent inefficaces sur la durée.

Il est donc primordial de vérifier au préalable la compatibilité des matériaux et de mettre en place, dès leur jointure, un dispositif destiné à éviter leur séparation et que l’on veillera à bien entretenir. Si, malgré tout, l’une des pièces viendrait à faillir, il est préférable de le détecter le plus rapidement possible et de prendre les mesures qui s’imposent.

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