Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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31 août 2009

Alla breve. XIV.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 21:50

[100] Devinette : qui a écrit un concerto avec tambourin ? Indice 1 : bien que comportant trois mouvement, l’œuvre ne s’appelle pas Concerto. Indice 2 : bien que comportant un tambourin, l’instrument soliste principal en est le piano. Indice 3 : le compositeur, bien que n’étant pas espagnol, a écrit une Danse ibérique. Vous n’avez pas trouvé ? Lisez ici la réponse et écoutez l’œuvre là.

[101] N’écoutez pas ceux qui vous déconseillent de devenir chef d’orchestre. C’est ce qu’avait fait Sir Charles Mackerras, alors jeune hautboïste en Australie (et pas encore Sir), quand Sir Neville Cardus, critique musical qui s’était réfugié à Sydney pendant la guerre, lui déconseilla catégoriquement de partir en Europe y poursuivre une carrière de chef d’orchestre. À près de 80 ans, sa carrière continue à se développer, ce n’est que récemment qu’il a fait ses débuts – triomphants – à Berlin. Son enregistrement de la Flûte enchantée de Mozart est considéré par certains comme la meilleure interprétation de tous temps, toutes versions confondues. (Source)

[102] Un excellent enregistrement de Lady Macbeth de Mtsensk. Cet opéra expressionniste et vériste de Chostakovitch relate une tragédie de la Russie du 19e s. : Katerina, délaissée par son mari impuissant, le trompe avec un de ses ouvriers, empoisonne son beau-père, puis étrangle son mari avec l’aide de son amant. Le couple est arrêté ; en route vers la Sibérie, elle pousse la future maîtresse de son amant dans une rivière glacée où elle tombe avec elle… Un disque double Blu-ray (le successeur du DVD) en propose la version 2006 du Nederlands Opera, avec l’orchestre du Concergebouw sous la direction de Mariss Jansons, et une brochette d’excellents soliste. À lire : une critique détaillée de cet excellent enregistrement.

[103] Centenaire des Ballets russes. C’est le 18 mai 1909 que la troupe fondée par Diaghilev et comprenant alors Nijinski et la Pavlova fit ses débuts au Théâtre du Châtelet à Paris. Un excellent article (en anglais), très bien illustré, décrit l’impact extraordinaire qu’a eu Diaghilev sur le cours de la danse moderne, sur l’intégration de l’art, de la danse, de la scénographie et de la musique, dont Parade en 1917 fut le modèle exemplaire : livret de Cocteau, rideau de scène de Picasso, partition de Satie, notes de programme d’Apollinaire et chorégraphie de Massine. Qui dit mieu x?

[104] Allez voir Les Mariés de la Tour Eiffel. Ce spectacle surréaliste, créé quatre ans (à un mois près) après l’apparition des Ballets russes sur un texte de Cocteau ici aussi, a été co-composé par le Groupe des six (moins un, Louis Durey) : Georges Auric, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Germaine Tailleferre. Il sera donné le 20 septembre au Parc floral de Paris, à l’occasion du 120e anniversaire de la Dame de fer (il ne s’agit pas de Margaret Thatcher, elle est plus jeune), par Jean-Claude Malgoire et sa Grande écurie. (Source)

[105] Première de Mireille de Charles Gounod. La première représentation de cette œuvre (créée au Théatre-Lyrique en 1864) à l’Opéra de Paris aura lieu en septembre. À cette occasion, une exposition sur Gounod, Mireille et l’opéra vient de s’ouvrir à la Bibliothèque-musée de l’Opéra. (source)

[106] Cecilia Bartoli en castrat. La soprano, qui vit actuellement en Suisse par amour, vient de sortir un disque, Sacrificium, dans lequel elle interprète les plus grands airs de castrat. Entretien.

28 août 2009

Habillée, déshabillée

Classé dans : Littérature, Photographie, Société — Miklos @ 23:59

«Toute l’Europe a les yeux tournés vers la fameuse poupée de la rue Saint-Honoré, poupée de la dernière mode, du dernier ajustement, de la dernière invention, image changeante de la coquetterie du jour» figurée de grandeur naturelle, sans cesse habillée, désha­billée, rhabillée au gré d’un caprice nouveau né dans un souper de petites maîtresses, dans la loge d’une danseuse d’Opéra ou d’une actrice du Rempart, dans l’atelier d’une bonne faiseuse.

Edmond et Jules de Goncourt, « La beauté et la mode », in La Femme au dix-huitième siècle. 1862.

23 août 2009

Alla breve. V.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 11:15

[36] Pour une étude locale des musiques locales. Richard Wolf, professeur de musique à Harvard, est un grand amateur – et interprète – de musiques carnatique et tamil. Il vient d’éditer un ouvrage savant sur les musiques du sud-est asiatique, qui privilégie une analyse locale plutôt que globale, en contradiction avec les principales tendances ethnomusicologiques. (Source)

[37] Une brève histoire de la musique classique en Indonésie. À l’occasion des débuts internationaux du Twilite Orchestra indonésien, un article brosse l’histoire de l’émergence des ensembles classiques dans ce pays depuis le 18e s. et durant les colonisations néerlandaise et britannique, puis l’occupation japonaise et enfin l’indépendance.

[37] Des nouvelles de Hariprasad Chaurasia. Ce grand interprète de la flûte bansuri indienne et de son répertoire classique, que l’on a pu entendre récemment au Théâtre de la Ville à Paris (on en a parlé ici), est le directeur artistique du Conservatoire de musique à Rotterdam, organisme novateur s’il en est, on en a parlé ailleurs (page 11). Son père, lutteur connu en Inde, voulait que son fils lui succède. Heureusement qu’il a désobéi. (Source)

[38] La musique classique indienne tente de résister à Bollywood. La disparition des cultures traditionnelles – celles, par exemple, qui foisonnaient autour des palais des maharadjahs en Inde – et la fascination de l’occident mettent à mal les traditions artistiques classiques du pays : instrumentale (tabla), danse (ghoomar), chant… et les structures sociales qui les soutenaient. Les interprètes tentent, tant bien que mal, de résister, de se produire et de transmettre. (Source)

[39] La danse de l’évolution. Le compositeur Julian Anderson vient d’achever The Comedy of Change, un ballet qui sera donné en première mondiale par le Concertgebouw d’Amsterdam en septembre, avec la Rambert Dance Company. C’est une commande à l’occasion du 200e anniversaire de la naissance de Charles Darwin et du 150e de la publication de De l’origine des espèces. Le compositeur explique comment il utilise un concept d’évolution dans sa nouvelle œuvre.

[40] Un nouvel enregistrement des sonates de violon de Jean-Marie Leclair. Quelque peu oublié de nos jours (mais très estimé de son temps, comme le montre un hommage publié au Mercure de France en 1764, année de sa mort), il revient sur scène avec un disque de Naxos, qui, décidemment, ratisse large (ce n’est pas une critique). (Source)

[41] La musique classique arrive sur DS. Il ne s’agit pas de la DS 19, mais de la « console » DS (pour Double Screen) de Nintendo. Une société espagnole, au nom qui fait penser, au vu du contexte, aux célèbres variations d’Elgar plutôt qu’au système de chiffrage allemand durant la Deuxième guerre mondiale, annonce la publication d’un nouveau jeu qui « regroupera les grandes figures de la musique classique (…) qui enseigneront les bases des instruments », avec plus de trente « chansons » de leurs œuvres. (Source)

[42] Dis-moi quelle musique tu as sur ton iPod, je te dirai qui tu es. Des chercheurs de la vénérable université de Cambridge sous la direction de Jason Rentfrow ont étudié plus de 250.000 mélomanes et déterminé que les amateurs de jazz sont créatifs, ceux de rock rebelles, ceux de musique classique intellectuels, et ceux de pop sociables. Un court métrage sur ce sujet. (Source)

21 août 2009

Alla breve. IV.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 16:06

[29] Musique des camps de concentration. On connaissait quelques-uns des compositeurs dont les œuvres créées dans les camps nous sont parvenues et leur ont survécu : Viktor Ullmann (L’Empereur d’Atlantis ou le refus de mourir), Pavel Haas (Quatre lieder d’après des poésies chinoises), Hans Krása (Bundibár)… Un nouveau projet destiné à faire découvrir l’étendue de ce patrimoine est en cours : le label Naxos a commencé à publier ce qui sera une série de 24 CD, KZ Musik, fruit du travail du pianiste Francesco Lotoro (cf. Music from behind the bars, p. 2 de cette newsletter). Entretien avec Lotoro.

[30] Comment intéresser les enfants à la musique classique. Jade Simmons, pianiste classique et ex reine de beauté, est très active dans les écoles, où elle cherche à leur faire connaître et aimer la musique, de Mozart à DBR (qui a aussi joué avec Philip Glass…). Elle vient de sortir un CD, Revolutionary Rhythm, compre­nant des œuvres classiques contemporaines et hip hop. Entretien.

[31] Philip Glass lauréat du Opera News Awards. C’est le seul compositeur ainsi honoré cette année, aux côtés des cantatrices Martina Arroyo, Joyce DiDonato et Shirley Verrett, ainsi que du chanteur Gerald Finley. Ce prix annuel a été créé en 2005 à l’occasion du 70e anniversaire de la Metropolitan Opera Guild. (Source)

[32] Un 4′33″ de deux heures, d’Anne Teresa De Keersmaeker. La choré­graphe faisait, jusqu’ici, appel à des œuvres de Beethoven, Schoenberg, Ligeti ou Steve Reich. Elle change de cap avec The Song. Entretien.

[33] Compositeurs (américains) de musiques de film, de jeu… et leurs (non-)droits. Un article de Film Music Magazine décrit la situation, fort complexe, mais qui illustre bien la différence fondamentale avec le droit de propriété intellectuelle français, qui reconnaît le droit moral, imprescriptible et inaliénable, du compositeur sur son œuvre.

[34] Prix 2009 des musiciens aborigènes. Le Aboriginal People’s Choice Music Awards, créé en 2006, vient de décerner ses prix annuels (musiques non savantes) aux musiciens des Premières Nations du Canada. (Source)

[35] Bob Dylan arrêté pour vagabondage. Les épidémies se multiplient aux US : ils avaient déjà la grippe A, et voici que se multiplie l’interpellation indue de personnalités : après celle de ce professeur – noir, c’est un désavantage dans un monde blanc – de Harvard qui tentait de rentrer chez lui (on vient d’apprendre qu’il n’est pas le premier à avoir subi ce traitement), c’est le célèbre chanteur, interpellé par les forces de police d’une ville du New Jersey. La raison : « ce vieillard excentrique contemplait louchement une maison », sous la pluie dans un jardin privé. Aura-t-il droit à une invitation d’Obama pour prendre une bière en compagnie de la policière qui l’a arrêté, à Martha’s Vinyard par exemple, où le Président prend une semaine de vacances en famille ? (Source)

[36] Comment écrire la biographie d’un musicien. Un site amusant, consacré surtout aux stars de la musique classique (rumeurs, satire, parodie…), vient de naître. On peut y voir une photo surprenante d’Angela Gheorghiu, y trouver un formulaire standard pour la rédaction de notes de programme de concert, des disques inédits de Naxos (aucun rapport avec ceux dont on parlait au n° 29) et d’autres fantaisies. Pour en apprécier certaines, il faut pratiquer l’anglais : son nom, The Cereal List (littéralement : « la liste de céréales », telle qu’on la trouve sur un carton de céréales au petit déj’), est déjà tout un programme, puisqu’il se prononce comme The Serialist, allusion possible au sérialisme, ou alors à un magazine éponyme consacré à la littérature contemporaine. (Source)

14 août 2009

Life in Hell: La Mama pimente la vie d’Akbar

Classé dans : Cuisine, Photographie — Miklos @ 15:08

« On auroit cru qu’il manquoit quelque chose à un festin, si l’on n’y avoir pas servi du piment. Les anciens pouillés de l’église cathédrale de Paris, prouvent qu’au treizième et au quatorzième siècle, les Prières du Doyenné de Châteaufort étoient tenus de fournir, le jour de l’Assomption, chacun à leur tour, du piment aux Chanoines. On en donnoit aux Moines mêmes dans les Couvents, à certains jours de l’année. » — Le Grand d’Aussy, Histoire de la vie privée des François, depuis l’origine de la Nation jusqu’à nos jours. 1815.

Akbar s’invite à déjeuner chez Lord Sandwich. S’il avait pris du vin, il aurait pu affirmer, à l’instar d’Alfred de Musset, « Je tâche d’y voir double, afin de me servir à moi-même de compagnie. » Mais c’est pain sec et eau, et, puisque c’est vendredi, poisson sous forme de tartare de saumon à la sauce au gingembre (il est vrai qu’il en mange aussi tous les autres jours de la semaine, mais en prendre un vendredi ça doit compter double). Il lance à la Danseuse, d’un air faussement contrit : « Mon régime, comme d’habitude… » et s’installe au bord de la rivière. La Mama apparaît alors comme d’un coup de baguette magique. Au lieu du plat tant attendu, elle tend à Akbar un pot de piments, qu’elle lui enjoint de bien arroser.

Les piments, c’est comme les roses : c’est beau, mais ça pique. On aime ou on n’aime pas. Akbar aime, c’est son atavisme. La Mama et le Cowboy aiment les roses, elles : elles en tiennent chacune une à la main, assises au bord de la rivière à discuter d’un futur proche, rose lui aussi.


À la terrasse, un homme – on dirait un marin en escale à Paris – regarde pensivement vers le grand large. À son côté, une enfant – sa fille, sans doute – écrit avec concentration le récit de sa matinée. Elle tient son stylo de la main gauche, et a glissé son capuchon sur l’auriculaire de la main droite.


Le pain sec et l’eau, c’est nourrissant mais Akbar préfère le saumon, délicieux. Et comme il déteste gâcher la nourriture, il partage avec les moineaux, et leur donne ce qu’ils préfèrent, eux : il trempe brièvement la tranche dans le verre, en détache un petit morceau qu’il lance à proximité. Un moineau se rapproche, puis un autre, puis toute une nuée. Les plus hardis se jettent directement sur la manne, les effrontés essaient de la leur arracher du bec, les timides se font toujours doubler par les uns ou par les autres et assistent, l’air un peu perdu, à la curée. Puis un ennemi provient : c’est le pigeon. Gros, lourd et bête, il arrive toujours trop tard, un moineau plus rapide aura piqué le bout de pain qu’il convoitait ; il essaie parfois de s’attaquer aux plus petits que lui, mais n’y arrive pas. Akbar lui signifie clairement qu’il n’est pas invité, lui. La Danseuse opine.


Plus loin, un chien joue avec une balle rouge. On dirait une tomate ou une pomme d’api qu’il voudrait croquer et sur laquelle il s’acharne gaiement : elle lui résiste, il adore. Il n’a de cesse de la lâcher puis de tenter de s’en saisir. Finalement, c’est le maître qui se saisit de son toutou. Il est temps de rentrer.


Akbar s’en va, emportant son cadeau. Heureusement que la Mama le lui a donné dans un pot plus petit que celui qui se trouve à proximité et qui, lui, possède un système d’arrosage automatique, comme on le voit ci-dessus. Rentré chez lui, il replante les piments à côté de ses pommes de terre et de ses oignons, tous ingré­dients néces­saires à une bonne frittata.

C’est une belle journée d’été.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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