Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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9 mai 2006

La mauvaise humeur du correcteur d’un bon journal

Classé dans : Littérature, Livre — Miklos @ 23:09

Le correcteur n’a pas toujours raison, nous allons le voir tout à l’heure. Son métier, aussi discret et essentiel que celui de souffleur, est rarement le sujet d’une œuvre littéraire – quand il en est souvent l’une des poutres maîtresses. Son rôle est reconnu depuis longtemps : comme le relate Robert Chartier, l’un des premiers manuels de l’art d’imprimer datant de 1680 y consacre un chapitre où il distingue quatre types de correcteurs :

Les gradués des univer­sités qui connais­sent la grammaire, la théo­logie et le droit, mais qui, n’étant pas impri­meurs, ignorent tout des tech­niques du métier ; les maîtres impri­meurs qui connaissent suffi­samment le latin ; les compo­siteurs les plus experts, même s’ils ne savent pas le latin car ils peuvent demander l’aide de l’auteur ou d’une personne instruite ; enfin, les ignorants, qui savent à peine lire, employés par les veuves des imprimeurs ou les marchands de livres qui ne sont pas imprimeurs.

Tous (sauf les derniers, trop incapables) ont les mêmes tâches. Tout d’abord, le correcteur doit repérer les erreurs des compositeurs en suivant sur les épreuves imprimées le texte de la copie originale lue à haute voix. Ensuite, il fait office de censeur et a l’obligation de refuser l’impression de tout livre dans lequel il découvre quelque chose prohibé par l’Inquisition ou contraire à la foi, au roi ou la chose publique, et ce, même si l’ouvrage a été approuvé et autorisé par souverain. Enfin, et surtout, le correcteur est celui qui donne sa forme finale au texte en lui ajoutant la ponctuation nécessaire, en réparant les négligences de l’auteur, en repérant les erreurs des compositeurs. Une telle responsabilité exige que le correcteur, quel qu’il soit, soit capable de comprendre, au-delà de la lettre de la copie originale, l’intention même de l’auteur de façon à la transmettre adéquatement au lecteur.

Tâche parfois surhumaine. Il n’est donc pas étonnant que ce maître de lecture qu’est George Steiner ait mis cet observateur des défaillances de l’homme au centre de l’une de ses rares œuvres de fiction, Épreuves : au fil du temps, la lucidité progressive qu’il acquiert sur les affaires humaines – l’histoire, la politique, la religion – s’accompagne de la perte irrémédiable de la vue. Destin tragique s’il en est : l’aveuglement empêche de voir la vérité, mais celle-ci risque aussi d’aveugler. C’est un autre aveuglement qui frappe le correcteur de L’Histoire du siège de Lisbonne de José Saramago : il réécrira la vérité historique qui lui déplait en intervenant, tel un deus ex machina, dans le cours d’un texte pour y rajouter deux lettres qui en changeront le sens du tout au tout.

Mais il n’est pas toujours un surhomme, et il lui arrive d’avoir des humeurs. Dans un récent article (fort intéressant de par ailleurs – on y reviendra ci-dessous) de la version anglaise de l’excellent quotidien israélien Haaretz, on pouvait lire :

Justice Turkel, Deputy State Prosecutor Sarit Dana and Prof. Miguel Deutchyes that’s how he chooses to misspell his name of Tel Aviv University […] will take part in a one-day conference today[…].

Ce qui donne à peu près : Le juge Turkel, la procureur adjointe Sarit Dana et Prof. Miguel Deutchoui c’est la façon qu’il a choisie de mal épeler son nom de l’Université de Tel Aviv prendront part à une conférence aujourd’hui. La mention rageuse – du correcteur (voire de l’amphibie) très probablement puisqu’il s’agit d’une remarque à propos d’orthographe – paraît dans le texte en ligne, en plein dans l’article (sans même une espace ou des parenthèses, tout de même).

Comble du ridicule : le sujet qui a fâché notre héros. Ce professeur de droit qu’est Miguel Deutch a le culot de ne pas écrire son nom de famille sous la forme Deutsch. Pourtant, il ne faut pas avoir fait des études poussées d’onomastique pour savoir que les noms propres sont transformés par les tribulations de l’histoire – d’autant plus lorsqu’ils accompagnent des générations en errance : il suffit d’avoir lu Tintin et fait connaissance des Dupond-Dupont. Le nom de jeune fille de ma mère est arrivé sous trois formes différentes en France ; quant à celui de mon père (que je porte), il existe en plusieurs variantes. Même s’ils sont souvent dérivés à l’origine d’un nom commun, leur évolution les en fait parfois s’écarter jusqu’à en être méconnaissables. Quant au nom en question (issu de l’adjectif allemand signifiant « allemand »), il existe aussi sous les variantes Daitch, Taitch, Taitsch, Teitsch… et parfois chez des proches d’une même famille. Notre correcteur mériterait bien le nom d’attrape-science auquel on conseillera d’aller en Germanie pour ce Panama.

Sur le fond, l’article de Haaretz décrit un projet de loi audacieux, dont on ne s’attendrait pas forcément de la part d’un pays où les partis ultra-religieux font souvent partie de la coalition au pouvoir. Parmi les réformes proposées du droit de succession, l’une des mesures vise à effacer la mention « mari et femme » de la définition du couple dans la loi qui permet aux conjoints d’être légataires l’un de l’autre ; l’objectif en est de l’étendre à tous les couples vivant maritalement (pour autant qu’ils aient rédigé un testament, s’ils ne sont pas mariés), y compris homosexuels (ce que le Tribunal suprême israélien avait reconnu de facto dans deux cas célèbres, en 1994 et en 1997). Parmi les autres mesures proposées dans ce cadre : l’égalité d’enfants biologiques et adoptés au regard de la loi sur l’héritage ; la possibilité d’établir un testament oral sur vidéogramme ; la caducité de la succession automatique d’un conjoint à l’autre lorsqu’il s’agit d’un couple marié mais séparé depuis au moins trois ans, même si le divorce n’a pas encore été prononcé (mesure fort utile dans ce pays où le mariage civil n’existe pas, et où le divorce dépend uniquement du bon vouloir du mari de l’accorder à sa femme). La France en est encore bien loin.

À ceux qui seraient arrivés jusqu’ici intrigués par certaines expressions qui émaillent ce texte, je conseille la lecture du savoureux Dictionnaire de l’argot des typographes d’Eugène Boutmy.

2 mai 2006

C’est Trotsky qu’on assassine

Classé dans : Langue — Miklos @ 7:49

Curieuse, l’orthographe hésitante dans l’article « Suicide de l’intel­lectuel Boris Fraenkel, l’homme qui a révélé le passé trotskiste de Lionel Jospin » du Monde d’aujourd’hui – on y trouve trotskiste et trotskyste, trotskisme et trotskysme

Je sais bien que le Trésor de la langue française accepte les deux variantes (et même trotzkiste et trotzkisme, que l’auteur de l’article a omises), mais il serait plus élégant d’effectuer un choix et de s’y tenir. À tout casser et sans entrer dans des considérations de trans­litération (ou de trans­littération, au choix), j’aurais préféré trotskiste à sa variante qui fait trop kyste. Voire trotskyiste, à l’instar de l’anglais.

Je précise que ce n’est pas parce que je suis apparenté à Lev Davidovitch Bronstein que je prends la défense de l’utilisation de son pseudonyme. Je n’ai aucune revendication à son propos.

PS : Comme on le remarquera, les doublons que je signalais ce matin ont été éliminés de l’article en question, ce qui n’est pas sans rappeler la disparition de Trotsky (comme celle de Kamenev) de certains clichés ultérieurement redistribués par l’URSS, comme celui que l’on peut voir ci-dessous. Dans le cas de l’article, un œil avisé remarquera qu’il a été mis à jour le lendemain de sa mise en ligne (par la camarade correctrice Martine Rousseau, en sa qualité de komissar lexicographique du Monde).

21 février 2006

La mémoire à l’ère du numérique

Classé dans : Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 16:32

Le magazine Livres Hebdo, consacré à l’actualité de l’édition et de tout ce qui s’y rapporte (technologie, économie, société…) publie dans son numéro 629 du 20 janvier un article de quatre pages de Daniel Garcia sous forme de scoop, intitulé « evenement La révolution du papier électronique est pour demain matin ». Il nous fait découvrir cette technologie et son potentiel, car « Et la France, dans tout ça ? Rien ». Elle est effectivement intéressante : elle permet de produire des « pages » aussi fines et souples que du paper, composées de micro-billes bitonales (blanc/noir) et bientôt multicolores. Le texte (ou le dessin) s’affiche par le positionnement électrique de ces billes : une fois en place, elles n’ont plus besoin d’être alimentées par l’électricité, à la différence d’un écran informatique traditionnel. En plus, l’image que l’on y perçoit ne génère pas sa propre lumière (comme le font les écrans), mais, à l’instar du papier, elle reflète la lumière ambiante.

Ce qui ne manque pas d’un certain piment piment : ce même magazine avait publié deux textes dans lesquels je parlais de ce type d’invention : Le titre d’un livre n’est pas le livre (en août 1999), puis La numérithèque entre réalités et fantasmes (en mai 2000). Dans ce dernier, la rédaction avait même rajouté un chapeau qui faisait ressortir l’importance que j’y accordais. Ces textes sont toujours en ligne, ainsi que ma toute première annonce de cette invention, dans la lettre de veille technologique l’œil du système. Il suffit d’effectuer une recherche dans les moteurs pour les retrouver : essayez, dans Google par exemple, la recherche   »e-paper » « livres hebdo »  (avec les guillemets) et voyez les réponses… À force de compter sur le numérique comme prothèse de la mémoire, celle-ci se déliterait-elle encore plus vite ? Il n’est pas forcément nécessaire d’avoir toujours recours à ces technologies, comme l’a montré la première partie d’un extraordinaire reportage d’Arte diffusé hier : il suffirait d’une balle de base-ball mal lancée…

Revenons à cette invention. Le contexte d’alors n’est plus celui d’aujourd’hui : la masse de livres numérisés soulève la question de leur lecture. Avec les écrans actuels, impossible de lire un roman (par exemple) comme on le fait avec un livre « traditionnel ». On n’en est encore qu’à une version « simple page » de ce nouveau support, et l’article en question indique justement que c’est « l’univers de la presse qui pourrait être le premier et le plus vite bouleversé par l’encre électronique ». Ce n’est pas nouveau : la feuille est plus facile à réaliser que le codex, et se prête plus à la brève qu’au roman-fleuve. Mais lorsque ces nouvelles pages pourront être assemblées en livre, on peut s’attendre à des changements, de l’ordre de ceux dont je parlais alors :

On peut alors imaginer le livre futur : un volume de quelques centaines de ces pages vierges, vides, blanches, prêt à accueillir tous les livres du monde. On y insère une carte à puce, et le contenu, texte et images, s’inscrit sur toutes ses pages, le titre sur sa couverture et le nombre de cartes vendues en 4e de couverture [...] Les éditeurs, profitant de cette manne, proposeront alors ces cartes à durée déterminée, à lire dans la semaine ou le mois suivant l’achat, leur contenu s’effaçant ce délai passé. Procédé fort utile pour la diffusion des quotidiens […]

Comme quoi, l’inquiétude des éditeurs sur la gestion des droits (que mentionne cet article de Livres Hebdo) pourrait aussi trouver des réponses dans le cadre de cette technologie, comme elle l’a déjà trouvé ailleurs : l’imagination techno­logique n’a pas de limites. Si les procédés douteux de Sony (à propos de qui l’article indique qu’« il ne cache pas son ambition de devenir leadermondial de la lecture électronique »), qui avait installé un mouchard infor­matique aux impli­cations catas­tro­phiques sur ses disques compacts, afin d’éviter leur dupli­cation (dispositif connu sous le nom de rootkit) ont fait long feu, on a déjà vu des DVD qui s’autodétruisent inten­tion­nel­lement quelques jours après les avoir déballés (et dont on avait parlé il y aura bientôt trois ans). En d’autres termes, on n’a encore rien vu…


Papier électronique
de Xerox

Enfin, sur l’invention elle-même : deux technologies concurrentes étaient apparues alors (comme c’est souvent le cas) : celles du MIT dont parle l’article et appelée E Ink et celle de Xerox qui a annoncé fin décembre la fermeture de sa filiale chargée de ce développement… On peut toutefois encore voir sur son site l’image d’un livre qui aurait pu être réalisé avec son invention (non, je ne l’avais pas vue quand j’en avais imaginé la réalisation future).

[Texte revu le 23/2/2006]

11 février 2006

Lamento pour Andante

Classé dans : Musique — Miklos @ 15:11

Andante.com n’est plus, depuis le 1er février. Créé en 2001 par Pierre Bergé – dont l’implication généreuse dans la vie musicale française et internationale n’est pas à démontrer– et l’avocat Alain Coblence – lui-même à l’origine de la Fondation musicale France-USA et de la European Mozart Foundation – Andante s’était donné pour objectifs de documenter et de conserver le patrimoine musical classique enregistré, et de « devenir la source de référence absolue pour la musique et l’opéra ». Son ambition était d’éditer, en dix ans, un millier de disques compacts dans une présentation de luxe, comprenant des enregistrements historiques inédits remastérisés, et de fournir, au travers de son site Web, un fonds documentaire informationnel et pédagogique conséquent, des enregistrements numérisés, des services professionnels et un périodique.

Tout avait bien marché. Pendant un temps. Les contributeurs des contenus du site comptaient parmi les grandes plumes de la musicologie et de la musique : Jean-Jacques Nattiez (professeur de musicologie à l’université de Montréal et auteur d’ouvrages fondamentaux sur la musicologie et l’histoire de la musique), Henry-Louis de La Grange (fondateur de la médiathèque musicale Mahler, auteur de la biographie de référence sur Mahler ainsi que de Vienne. Une histoire musicale), Michael Gray (directeur de la bibliothèque de recherche et des archives sonores numériques de Voice of America, éditeur et auteur d’articles sur la production discographique)…Sous la direction d’une équipe éditoriale compétente, y est parue une foison de contenus riches – gratuits et payants – : informations, critiques, entretiens, accès aux grandes bases de données de référence dans le domaine de la musique.

L’édition discographique d’Andante était à la hauteur de ce qu’ils avaient annoncé : coffrets de 3 ou 4 disques compacts, accompagnés d’une brochure comprenant des textes de qualité commandés à des spécialistes ; choix intéressants, important travail de remastérisation d’enregistrements historiques (grands compositeurs, interprètes, orchestres et opéras)… Pour s’en faire une idée, il suffit de consulter la boutique en ligne MTD et y effectuer une recherche du label Andante (spécifier « andante » dans la case de recherche, et choisir « Label » dans le menu contigu).

Est-ce la prise de contrôle du site par le label français Naïve, sous forme d’un accord signé en 2003, qui a signalé le début du déclin ? Selon ses termes, Naïve, société de production et de distribution multiculturelles fondée en 1998 et elle-même éditeur d’Astrée, de Montaigne et d’Opus 111 – devait gérer le site Web et bénéficier de sa haute technicité, et reprendre la production des disques compacts de la marque Andante. L’équipe, qui comptait en 2002 plus d’une vingtaine de personnes, s’est réduite comme une peau de chagrin après s’être répartie entre la France et les États-Unis. Des problèmes techniques sont apparus peu après, la fréquence de mise en ligne de nouveaux contenus a diminué de façon dramatique, et le voici disparu. On peut en retrouver des traces dans l’Archive internet.

Finalement, il semblerait que la cause principale de cette disparition ait été l’ambition d’excellence – autant dans la production des contenus éditoriaux que dans le traitement (mastérisation) des enregistrements (et peut-être aussi celui des droits afférents). Ceux-ci ont dû nécessiter des moyens bien plus élevés que ceux dont ils ont probablement bénéficié, que ce soit de la part des fondateurs et/ou acquéreur, de la publicité et des ventes de disques (le prix n’était pas donné). Ce n’est pas tant le fait de produire des disques compacts – dont on annonce toujours pour bientôt la disparition (ce qu’il reste à voir) – que le coût de la production des contenus sonores et documentaires, celle du conditionnement final étant négligeable par rapport aux autres. Auraient-ils pu vivre d’une vente exclusivement numérique de ces mêmes produits ? J’en doute. Le numérique se prête-t-il à la vente d’œuvres classiques, voire d’anthologies comparatives et documentées, qui ne se réduisent pas à une piste de hit ? Ce n’est pas impossible : l’orchestre philharmonique de New York vient d’annoncer un partenariat avec le label Deutsche Grammophon pour la diffusion en ligne de quatre concerts par an. Il semblerait donc que les seules possibilités de survie pour ce type d’édition ne puissent se faire qu’avec un adossement financier externe : à l’aide de partenariats, de subventions ou de mécénat, dans un cadre institutionnel ou dans celui d’un production parallèle de contenus plus populaires. Il semble que ce n’ait pas été le cas d’Andante. Et c’est bien dommage.

Ici comme dans d’autres récentes disparitions, le silence de la presse française est (é)tonnant. Il n’y a que Le Devoir (canadien) qui en fait une courte mention en français, tandis que les principaux quotidiens américains New York Times, le Los Angeles Times et, plus brièvement, le Mercury News, en ont fait état, ainsi que Playbill Arts, une excellente ressource en ligne dans le domaine de la musique et de la danse, et l’éditeur italien Amadeus.

Dernières nouvelles (17/2/2006) :
Une réouverture ?

7 février 2006

Small isn’t beautiful anymore

Classé dans : Livre — Miklos @ 10:25

En rachetant la division « livres » de Times Warner, Lagardère devient le troisième éditeur mondial. Ce n’est que la partie la plus visible de ses dernières acquisitions : il se prépare à prendre la majorité dans une ou deux stations de radio bulgares, par exemple. Quant au magnat de la presse écrite, Rupert Murdoch, inquiet pour l’avenir économique de son secteur, il s’oriente vers l’internet en investissant dans le rachat de sites web, tout en planifiant le lancement d’une chaîne câblée qui devrait concurrencer CNBC. Quant à un autre larron, l’investisseur multimillionnaire Carl Icahn (qui avait présidé au démantèlement de TWA), il s’attaque à Times Warner dont il est un actionnaire (tout en s’intéressant à l’industrie du tabac en Corée), dans le but, dit-il, d’augmenter le prix des actions en lui faisant subir une cure d’amaigrissement, voire un démantèlement, auquel s’oppose Murdoch

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