Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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16 janvier 2010

L’idiot inutile, ou, nous payons tous pour le geste de Peillon

Classé dans : Actualité, Médias, Politique — Miklos @ 8:59

“For Brutus is an honourable man ;
So are they all, all honourable men.
(…)
I speak not to disprove what Brutus spoke,
But here I am to speak what I do know.”
— William Shakespeare, Julius Cæsar, acte III, scène 2.

Il s’avère que la « démarche », prévue de longue date, du personnage était destinée à assurer que personne n’occupe le fauteuil de contradicteur de gauche sur le plateau. Il devait craindre que, s’il avait refusé de participer avant le début de l’émission, Arlette Chabot, à laquelle il avait laissé croire jusqu’au dernier moment qu’il viendrait, n’aurait pas eu de mal à trouver un collègue pour se substituer à lui. Résultat : le plateau était à la disposition de la droite et de l’extrême droite, comme s’ils représentaient tout le spectre politique français sur cette question de l’« identité nationale ». Honorable, dites-vous ?

Au lieu de démontrer les hauts principes que Peillon clame maintenant, cette ruse, cette tromperie, ce subterfuge, montre la piètre opinion qu’il a de ses collègues de gauche, et plus généralement que tous les coups sont bons en politique, y compris celui de ne pas honorer ses engagements. Honorable, dites-vous ?

Quant à ses fameux « amis » de gauche qui prennent sa défense en critiquant le fait qu’il était relégué en deuxième partie d’émission, ils contredisent la parole de Nathalie Saint-Cricq (la rédactrice en chef de l’émission en question) qui affirme que ç’avait été le choix de Peillon, ce qui lui aurait permis d’apporter la contradiction, et d’avoir ainsi le dernier mot. En réalité, comme c’était un coup prémédité, son choix était judicieux ; s’il avait été prévu au début de la soirée et n’était pas arrivé alors, l’émission aurait sans doute été annulée ou reportée. On en aurait à peine parlé. Honorable, dites-vous ?

Il est à craindre que cette nouvelle bombe médiatique – on constate l’affection croissante des politiciens pour cette plate-forme d’expression – ne contribue qu’à la désaffection croissante des Français pour la politique et ses représentants et en particulier pour une gauche en déliquescence d’une part, et à justifier des méthodes de terrorisme (au figuré, pour le moment) de la part des politiciens d’autre part. C’est la démocratie qui en paie le prix.

15 janvier 2010

Life in Hell: Akbar increasingly hates Cofinoga

Classé dans : Actualité — Miklos @ 22:32

Le harcèlement électronique émanant de « Cécile de Cofinoga » et dont Akbar est la cible se poursuit. Ces courriers prétendent qu’Akbar s’est inscrit sur leur site – c’est faux – et qu’il peut s’en désinscrire en s’y rendant. Pour ce faire, il doit s’y inscrire en fournissant sa date de naissance… Impossible de donner uniquement l’adresse électronique victime de leurs pratiques.

Akbar envoie un message, comme ce mail l’y invite en toutes petites lettres, au webmaster, le mettant en demeure de cesser ces pratiques, comme la loi l’y autorise. Il reçoit une réponse de « son » conseiller clientèle (anonyme, évidemment) qui l’assure qu’il a « pris connaissance de votre courriel et vous assure d’une réponse dans les plus brefs délais. » C’est ce qu’il lui avait promis-juré en août, sans jamais le faire. La preuve.

Akbar décide de les appeler. Il consulte l’annuaire, y trouve un numéro vert qu’il compose. L’opératrice répond en disant « Médiatis bonjour ». Akbar, interloqué, lui demande s’il n’est pas chez Cofinoga. La voix lui répond que non, et que ce sont des concurrents. Akbar raccroche. Vérification faite, il s’avère que Médiatis n’est qu’une des marques de Cofinoga (qui comprend aussi Laser, Points ciel, Soficarte…).

Concurrents ? Des voyous, plutôt, se dit Akbar.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

La bulle

Classé dans : Récits — Miklos @ 8:44

Elle s’était installée sournoisement. Au début, l’homme se demandait s’il devenait myope ou développait une cataracte : à ses yeux autrefois si observateurs, tout devenait un peu plus flou, un peu plus terne, un peu plus plat. Le monde prenait l’apparence d’une vieille photo sépia ternie par le temps et s’effaçant imperceptiblement au fil des années. Les journées ensoleillées de l’été comme celles plus sombres de l’hiver étaient plongées dans une grisaille permanente. Il n’en sentait d’ailleurs plus la chaleur caressante ou le froid mordant.

Mais c’étaient aussi les bruits qui s’estompaient, les sons qui devenaient plus confus. Le mélomane qu’il avait été ne trouvait plus de plaisir à écouter sa vaste collection de disques : toutes les interprétations se valaient maintenant. Il lui arrivait de s’apercevoir que le téléphone avait sonné sans qu’il l’entende, le bip lancinant qui indiquait la présence d’un message parvenant encore à traverser la couche cotonneuse et invisible qui se constituait autour de lui. Quand on s’adressait à lui, les rares fois où il arrivait encore de sortir, il devait demander à son interlocuteur de répéter une fois, deux fois, puis, lassé, faisait semblant d’avoir compris.

Le plus souvent, il restait chez lui, anéanti sous le poids du ballot immatériel et pourtant bien réel qui l’entourait. Il se déplaçait chez lui comme un aveugle sans même tâtonner, du lit ou du fauteuil à la cuisine pour boire ou pour manger le repas sans goût que sa femme de ménage lui préparait depuis toujours, puis retournait se rasseoir ou se coucher. Il vivait ainsi dans un présent permanent, insensible à tout sauf à quelques nécessités vitales que son corps arrivait à exprimer quasi mécaniquement.

Maintenant, il apercevait les contours de cette géode nébuleuse et translucide à la forme parfaitement sphérique qui l’entourait dorénavant. Il l’examinait avec attention, comme, enfant, il aimait contempler les nuages jusqu’à ce qu’il y aperçoive des cavaleries fantastiques qui traversaient le ciel tout en se transformant en de longues chevelures dorées par le soleil, puis se dissipaient dans l’azur sans laisser de trace, à peine quelques moutons que le vent finissait par balayer. Au fur et à mesure, il arrivait à distinguer sur sa bulle des formes, puis des silhouettes, à entendre un lointain murmure de voix.

Un jour, il se rendit compte que c’étaient des épisodes de sa vie qui défilaient devant ses yeux, de sa plus tendre enfance à sa maturité mais sans ordre apparent. Il s’agissait surtout de ceux qui lui avaient laissé un souvenir cuisant : fêlures, rejets, échecs, chagrins, deuils. En souffrait-il ? Pas vraiment, il ressentait une sorte de regret sourd et indéfini, tandis que ce film repassait inlassablement comme pour essayer de lui faire comprendre quelque chose.

Ses amis – il en avait peu – n’avaient pas remarqué son retrait graduel, ou s’ils s’en étaient rendu compte, avaient tenté de l’appeler une ou deux fois sans succès, et, pris par leurs occupations, n’avaient plus insisté. Sauf une amie. Ils se parlaient régulièrement, se voyaient un peu moins souvent. Jusqu’à ce qu’elle constate sa disparition progressive.

Un jour, une forme se dessina sur l’écran qui entourait l’homme. Elle était apparue au loin derrière les quelques personnages de la scène qui se déroulait devant ses yeux. Elle s’en rapprochait et il reconnut son amie. Elle traversa le groupe en grandissant, puis, à sa stupéfaction, se détacha de la surface de la bulle. Elle se pencha vers lui et le prit dans ses bras. À cet instant, la bulle explosa silencieusement puis disparut.

14 janvier 2010

Alla breve. XXIV.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 0:55

[169] Wszystkiego najlepszego, drogi Fryderyk ! Le 200e anniversaire de Frédéric Chopin (né un 1er mars) est célébré cette année par plus de 2000 événements de par le monde. On a déjà parlé de la Folle journée qui lui sera consacrée, on mentionnera aussi les récitals de Garrick Ohlsson (premier lauréat américain du concours international Frédéric Chopin, en 1970), de Daniel Barenboim dans diverses villes d’Europe, le 65e festival Chopin dans la ville polonaise où il a longtemps vécu… À Genève, vingt-quatre pianistes interprèteront les vingt-quatre études de Chopin le jour de son anniversaire, dans le cadre de la série de concerts Alternatives classiques organisée par Arash Nafisi au Victoria Hall. L’année s’est ouverte officiellement en Pologne avec deux concerts de Lang Lang avec l’orchestre philharmonique de Varsovie sous la direction d’Antoni Wit (au programme : Andante spianato, Grande polonaise en mi bémol majeur op. 22 et le Concerto pour piano en fa mineur op. 21). (Source)

[170] Alles Gute zum Geburtstag, lieber Deutsche Grammophon ! Le célèbre label a décidé de célébrer son 111e anniversaire fin 2009 (l’année de son 110e était le centenaire de la naissance de Karajan) en publiant une édition limitée à trois coffrets de 111 disques compacts accompagnés d’un ouvrage luxueux consacré à l’historique de DG. On peut acheter ses diverses déclinaisons en ligne. (Source)

[171] Happy birthday, dear Pierre ! Le 85e anniversaire de Pierre Boulez (né un 26 mars) est célébré par de grands orchestres dès janvier. Le Chicago Symphony Orchestra, où Boulez dirigera un concert comprenant son Livre pour cordes, publiera un enregistrement rare de Pulcinella de Stravinsky sous sa direction. Boulez dirigera ensuite l’orchestre philharmonique de Vienne à New York. On lira avec intérêt le récent entretien qu’il a accordé à L’Humanité, où l’on constatera avec un plaisir non mitigé qu’il n’a rien perdu de sa verve et de son verbe. (Source)

[172] Un requiem de Pascal Quignard. L’orchestre philharmonique de Radio France, sous la direction d’Eliahu Inbal, vient de créer le Requiem du compositeur Thierry Lancino, avec des textes supplémentaires de Pascal Quignard. Œuvre tout à la fois fort complexe et épurée, « de vastes dimensions, qui ne se refuse ni à la grandiloquence ni au dramatisme… à l’effectif pléthorique » avec des passages fort réussis. (Source)

[173] ABBA et Queen, appâts du public des concerts classiques. L’Orchestra Iowa, à l’instar d’autres formations classiques américaines, tente d’attirer les baby boomers et les générations suivantes vers ses concerts classiques. Comment ? En programmant la musique d’ABBA, The Eagles, Queen, Pink Floyd, les Rolling Stones, les Grateful Dead…, adaptées pour orchestre symphonique. Art Garfunkel (du célèbre duo) se produit de son côté avec des orchestres symphoniques. Et chez nous, la salle Pleyel programme bien Sting, Joshua Redman ou la musique de Miles Davis (Source)

[174] Un chef d’orchestre mineur. Ce n’est pas l’orchestre qui est mineur, et Alex Prior, le chef en question, n’est pas mineur de fond : il a 17 ans ; l’orchestre symphonique de Seattle vient de créer le poste d’assistant aux chefs d’orchestre invités juste pour lui. En clair, il devra diriger au pied (ou bâton) levé au cas où l’invité ne pourrait honorer son contrat. Précoce, sa vocation remonte : il avait quatre ans quand il a décidé de choisir ce métier. Il faut préciser que cela faisait un an qu’il jouait déjà du piano. Quant à la qualité de sa direction d’orchestre (et de ses compositions, car il compose aussi), les critiques divergent et certains lui souhaitent de grandir. (Source)

[175] Seiji Ozawa malade. Le diagnostic, heureusement précoce, d’un cancer le contraint à s’arrêter de diriger pour une période qu’il estime à six mois. (Source)

13 janvier 2010

Les matches Google-Chine et Google-France (Europe)

Classé dans : Actualité, Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 2:06

La presse s’est fait écho avant-hier des excuses que Google a présentés à l’association des écrivains chinois pour avoir numérisé des ouvrages de ses membres sans autorisation préalable. Dans son message, l’entreprise reconnaît que, « du fait des différences d’interprétation des systèmes chinois et américain de copyright, son comportement a déplu aux écrivains chinois » et regrette de le ne pas avoir assez communiqué avec eux.

On croit rêver. Ce n’est pas l’attitude que Google a adoptée face à La Martinière et aux autres éditeurs français dans un cas très similaire… Mais on peut en imaginer les raisons.

24 heures plus tard. Google annonce que des cyber-attaques massives en provenance de la Chine visent principalement à identifier les comptes de courrier électronique Gmail d’activistes chinois des droits de l’homme, et secondairement ceux de vingt grandes sociétés dans les domaines de la finance, des technologies, des médias et de l’industrie chimique.

Du coup, Google décide de ne plus filtrer les résultats que son moteur de recherche fournit aux internautes chinois, mesure mise en place pour satisfaire les autorités de l’empire du Milieu, quitte à devoir quitter le pays. C’est Baidu qui sera content : c’est le premier moteur de recherche en Chine (61,6% du marché en juin 2009), et c’est peut-être face à ce constat que Google réfléchirait à jeter l’éponge.

Ces démêlés ne sont pas sans rappeler ceux de Yahoo en 2007, selon la presse : filtrage de contenus jugés comme subversifs (concernant les mouvement indépendantistes taiwanais et tibétains), fourniture d’informations à la police chinoise concernant un journaliste qui utilisait un compte de courriel Yahoo pour communiquer avec l’étranger, avec pour conséquence son arrestation… Une différence, tout de même, avec Google : Yahoo Chine n’est pas une filiale de Yahoo (mais avait été vendue à une compagnie chinoise, Alibaba).

Ces récents développements inciteront-ils Google à assouplir ses exigences concernant l’exclusivité qu’il s’arroge sur les contenus numérisés dans le cadre de son projet Google Books ? C’est ce que souhaite Frédéric Mitterrand, en tout cas. Si un accord était trouvé, il permettrait à Google, sortant de Chine, d’entrer en force en Europe, d’abord par la France puis par Europeana.

Quoi qu’il en soit, on espère que les négociations ne concerneront pas uniquement l’accès ouvert aux fichiers en mode image résultant de la numérisation, mais aussi de la reconnaissance de leur texte (« océrisation »).

14 janvier. Selon le New York Times, la Chine vient de réagir indirectement à l’annonce de Google : lors d’une conférence de presse ordinaire, une porte-parole ministère des affaires étrangères a dit que la Chine accueillait volontiers des sociétés Internet étrangères, mais que celles-ci devaient opérer « selon la loi ». Google ayant supprimé ses filtres, il est possible que les autorités chinoises bloquent l’accès au moteur à partir de son territoire. Ainsi, Google n’aura pas quitté la Chine de son propre chef, mais en aura été expulsé. Bien que ce ne soit pas le Japon, c’est une façon de ne pas perdre la face.

Le même jour, VeriSign indique avoir identifié les ordinateurs ayant effectué les cyber-attaques à l’encontre de Google : selon eux, l’origine en est, sans l’ombre d’un doute, le gouvernement chinois. L’identification de ces serveurs laisse aussi supputer qu’une attaque massive à l’encontre d’un grand nombre de sociétés américains, effectuée juillet dernier, provenait de la même source.

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