Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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4 septembre 2009

Alla breve. XVIII.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 21:11

[127] L’ennemi public n° 1 et la musique classique. On ne s’attend pas vraiment à trouver des arias d’opéra dans des films d’horreur ou tout simplement violents (il n’y en a pas dans Orange mécanique). Et pourtant : une scène de castration dans Day of the woman (1978) est accompagnée de Sola, perduta, abbandonata (dans Manon de Puccini), des personnes sont poignardées dans Inferno de Dario Argento (1979) aux sons de Va, pensiero (dans Nabucco de Verdi, on vous a eu, là, hein ?)… Et voici qu’on entend Poveri fiori (dans Adriana Lecouvreur de Francesco Cilea) dans Mesrine : l’ennemi public n° 1. (Source)

[128] Disney et la musique classique. On n’associe pas forcément les deux, sauf à Los Angeles, où le Disney Hall dénomme une récente (2006) salle de concert de 2265 places, conçue par l’architecte Frank Gehry pour le Los Angeles Philharmonic. Une réussite, malgré les importants dépassements de budget : spectaculaire à l’extérieur, atmosphère plus intime à l’intérieur. (Source)

[129] James Ellroy préfère le classique. Le célèbre auteur de polars (L.A. Confidential, American Tabloid…), dont le style télégraphique de ses œuvres récentes est particulièrement distinctif, est actuellement amoureux. Il avoue jouer à sa dulcinée l’adagio de la sonate pour piano Hammerklavier de Beethoven pour lui exprimer ses sentiments à son égard. Sur les murs de son appartement, les portraits de Beethoven, Bruckner, Argerich, Kubelik, Abbado… Entretien.

[130] Les singes préfèrent le heavy métal. Selon une récente étude, les simiens préfèrent les chansons de Metallica (Of Wolf and Man) et de Tool (The Grudge) – ça les calme – plutôt que la musique classique (le si bel Adagio de Samuel Barber). Pourtant, une autre étude indique que, de toute façon, ils préfèrent le silence (voire une musique écrite spécifiquement pour eux) à toute musique rythmée, que ce soit de la techno allemande ou des berceuses russes. (Source)

[131] Pour improviser, désactivez votre cortex préfontal dorsolatéral. Comme on l’a récemment rapporté, l’improvisation existe aussi en musique classique. Une étude neurologique en 2008 a trouvé que l’improvisation est caractérisée par une désactivation extensive des régions dorsolatérale préfontale et latérale orbitale du cortex, et une activation du cortex frontal polaire. On espère que ces informations vous permettront de libérer vos capacités d’improvisation. (Source)

[132] Un pianiste français remporte le concours Clara Haskil. Adam Laloum, âgé de 22 ans, a remporté (et non pas « reporté », comme titre le journal suisse Le Matin) ce concours ainsi que le prix du public. Il a interprété le Concerto pour piano n° 24 de Mozart, avec l’orchestre de chambre de Lausanne sous la direction de Jesús (et non pas Jesu) López Cobos. (Source)

[133] Un pianiste italien parmi les finalistes du concours Busoni. Gesualdo Coggi est l’un des trois finalistes du concours international de piano Ferrucio Busoni qui se tient à Bolzano depuis 1949 – ses adversaires sont le russe Alexeï Lebedev et l’allemand Michail Lifits. La finale aura lieu le 20 septembre. (Source)

[134] Première étape de la tournée de la Symphonica d’Italia. Ce jeune orchestre – tant par son âge (il est né en 2006) que celui de ses musiciens professionnels – , dirigé par Lorin Maazel, se produira à Rome avec les chœurs de l’Accademia di Santa Cecilia lors d’un concert à la mémoire de l’attentat du 11 Septembre. Ils interpréteront la Suite andalouse de Marcel Khalife et la Neuvième symphonie « chorale » de Beethoven. Ce concert sera suivi d’autres en Italie (où ils interpréteront, entre autres, le très émouvant et très beau Kaddish – prière des morts chez les juifs, et non pas « Requiem », comme l’écrit l’article – composé par Dov Seltzer à la mémoire d’Yitzhak Rabin), dans plusieurs pays d’Europe (en France à Besançon) et en Chine. (Source)

3 septembre 2009

Alla breve. XVII.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 22:56

[120] Also Sprach Nicht Zarathustra. Le Portsmouth Sinfonia était un orchestre créé en 1970 par Gavin Bryars et ses étudiants, élèves d’une école d’art dans la ville éponyme, qui avait pour unique condition de recrutement que les candidats ne devaient pas être musiciens, ou, s’ils l’étaient, de n’y jouer que d’un instrument tout à fait différent de celui qu’il connaissait. Écoutez l’enregistrement qu’ils ont fait d’une œuvre célèbre. N’y trouvez-vous pas une certaine ressemblance dans l’esprit de l’interprétation avec le style si célèbre de Florence Foster Jenkins ?

[121] Musique et vidéo, légalement, sur l’internet (en France). Le ministère de la culture et de la communication annonce la mise en place de la mission « Création et internet », présidée par Patrick Zelnik (patron du label Naïve) et comprenant Jacques Toubon (ex ministre de la culture) et Guillaume Cerutti (ex directeur général du Centre Pompidou, président de Sotheby France). Elle est chargée de proposer, début novembre, des mesures d’accompagnement afin de « permettre aux consommateurs, aussi bien qu’aux acteurs de la création, de tirer tous les bénéfices du nouveau cadre juridique ». (Source)

[122] Un téléphone musical chez Nokia. Le constructeur annonce le X6, un nouveau téléphone musical (en clair, basé sur la technologie et les services Xpress Music du constructeur) haut de gamme : écran sensible au toucher, 36 gigaoctets de mémoire, support GSM et 3G, appareil photo 5 mégapixels équipé d’une lentille Carl Zeiss, etc. Le tout pour la modique somme de 459 €. (Source)

[123] L’opéra de Sydney mal en point. Cet opéra se trouve dans un extraordinaire bâtiment (qui abrite deux autres salles) – non seulement à cause de son architecture (due à Jorn Utzon, viré avant la fin du projet…), mais du site où il s’intègre et offre à ses visiteurs un aperçu de la spectaculaire baie de Sydney (quelques photos dans cet album). Trop exiguë, la fosse d’orchestre ne convient pas, et les machines assurant les changements de décors tombent en panne. Visitez-le en compagnie du directeur qui vous montrera son état.

[124] Kiri Te Kanawa ne se retire pas de la scène, finalement. Il y a à peine une semaine, la soprano déclarait au Daily Telegraph que son Chevalier à la Rose à Cologne, en 2010, serait « son dernier. » Et l’on s’était dit in petto « …spectacle ». Mais elle vient de déclarer à ABC News en Australie qu’elle n’avait pas l’intention de se retirer après une série de concerts… à l’opéra de Syndey (on espère avec un orchestre adéquat, voir ci-dessus), ni d’ailleurs de mourir. (Source)

[125] Guillaume Durand sur Radio Classique. Il rejoint la radio (qui a une vision assez… particulière, ou, si vous préférez, actuelle, de la musique classique), parce que « Sur Radio Classique, il y a un style, une vraie élégance ». Des goûts et des couleurs… (Source)

[126] Kadafi et l’opéra. Le journal Le Monde annonçait, le 2 septembre, que « C’est pourtant en patriarche respectable, entouré de nombreux invités, que le colonel Kadhafi devait fêter mardi 1er septembre à Tripoli ses quarante ans de pouvoir sans partage sur la Libye. Une cérémonie grandiose, “digne de l’ouverture d’un Mondial de football ou des Jeux olympiques”, selon les organisateurs. Le clou des festivités devait être, mardi soir, un grand spectacle : scène immense, un millier de danseurs, jets d’eau et feux d’artifice. » Le lendemain, le journaliste du Guardian comparait les photos de l’événement, qui comprenait la re-création d’une pendaison de masse, des danseurs se trémoussant devant un Sphinx aux yeux laser, avec l’opéra trash du English National Opera, Gaddafi : A Living Myth.

2 septembre 2009

Alla breve. XVI.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 22:57

[113] Le beau baryton aime les envolées lyriques. Dmitri Hvorostovsky fait partie de ces barytons à la belle allure – Nathan Gunn, Rod Gilfry et Thomas Hampson (que l’on connaît bien en France), entre autres – mais en sus il a une allure que cet article trouve tellement erotique exotique qui n’a rien de glaçant (quoiqu’il vienne de Sibérie), bien au contraire… Entretien.

[114] Un quintette à l’opéra. Il s’agit des cinq candidats restés en lice pour succéder à Daniel Bizeray à la tête de l’Opéra de Rouen : Jean-Marie Blanchard, ancien directeur du Grand Théâtre de Genève, du metteur en scène belge Frédéric Roels, Jérôme Brunetière, secrétaire général du festival lyrique d’Aix-en-Provence, Valérie Chevalier, ancienne chanteuse et conseillère artistique de l’Opéra national de Lorraine, et Jean-Jacques Groleau directeur artistique de l’Opéra national du Rhin. (Source)

[115] Un quatuor qui bouge. Il suffit de le voir pour le constater. Vous en revoulez ? Et si vous savez qui sont ces musiciens, écrivez-nous !

[116] Les chanteurs traditionnels Inuits et la musique classique. Un film documentaire de 52 minutes, Tusarnituuq ! Nagano au pays des Inuits, aura sa première mondiale dans le cadre du Festival des films du monde de Montréal. Réalisé par Félix Lajeunesse, il accompagne l’orchestre symphonique de Montréal et Kent Nagano lors d’un périple de quatre jours au Nunavik, au cours duquel ils ont invité des artistes inuits traditionnels à se joindre à eux. « Tusarnituuq » signifie « quel beau son ». On espère l’entendre aussi ici. (Source)

[117] Concerts gratuits! À Pleyel ? Non, ne rêvons pas. C’est l’orchestre symphonique de Détroit, sous la direction musicale de Leonard Slatkin, qui a décidé de le faire, dans des églises, des écoles, des centres communautaires… En septembre, ils donneront ainsi six concerts hors les murs, le dernier dans le cadre de portes ouvertes chez eux. Au programme, principalement de la musique américaine : Aaron Copland, Leonard Bernstein, Leroy Anderson, Cindy McTee (lauréate du concours de composition pour femmes)… On pourra y entendre une soliste extraordinaire à plus d’un égard, Sarina Zhang, qui interprétera (au violoncelle) les Variations sur un thème rococo de Tchaïkovski, et le Concerto n° 1 pour piano de Mendelssohn. Derniers détails : elle a 13 ans, lit Harry Potter et joue au Lego… (Source)

[118] Entretien vidéo avec Pierre Boulez… et Daniel Barenboim, Christoph Eschenbach, Kent Nagano, Esa-Pekka Salonen, Michael Tilson Thomas et bien d’autres. À l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de Mahler (en 2010) et le centième de son décès (en 2011), Universal Edition a mis en place le Mahler Blog, dans lequel ils publient depuis quelques mois et pour les deux années à venir des entretiens (vidéo, accompagnés de transcription écrite) avec des chefs d’orchestre, des directeurs d’orchestre et des musicologues. Boulez y parle des circonstances dans lesquelles il a découvert la musique de Mahler, de l’importance qu’elle a pour lui, des tempi, de la question de l’authenticité, de ses (non-)rapports avec Bernstein… Passionnant.

[119] Israel Adler (1925-2009). Né à Berlin, il poursuit des études talmudiques en Palestine, puis se tourne vers la musicologie : Conservatoire de Paris, École pratique des hautes études et Institut de musicologie à la Sorbonne. Entre 1950 et 1963, il est en charge de la section Hébraïca/Judaïca de la Bibliothèque nationale, puis repart en Israël diriger le département de musique de la bibliothèque nationale et universitaire. Il y fonde les archives sonores nationales israéliennes, le Jewish Music Research Center et la société de musicologie israélienne – et ce ne sont que quelques-unes de ses nombreuses activités musicales. (Source)

1 septembre 2009

Le tableau

Classé dans : Photographie, Récits — Miklos @ 21:33


Au fil des ans, l’homme se tassait et se voûtait, son pas devenait plus hésitant, ses promenades plus courtes. Puis il n’eut plus le courage de sortir de chez lui, l’effort était trop grand. Il passait le clair de ses journées dans son vieux fauteuil de cuir usé, enfoncé de plus en plus profondément, à tel point qu’il semblait parfois y disparaître. Il relisait inlassablement les livres qu’il avait aimés, il y en avait partout ; ils l’emmenaient, lui qui avait tant aimé voyager, dans de lointaines contrées, en d’autres temps, à y faire connaissance d’hommes et de femmes aux langues et aux mœurs étranges, à s’imaginer déguster les plats exotiques que des esclaves plaçaient devant eux, à deviner le son aigre et le rythme lancinant d’instruments de musique aux formes aussi sinueuses que les volutes d’encens qui voilaient parfois le paysage. À la fin d’un chapitre, il posait le livre sur ses genoux et poursuivait dans une sorte de rêve éveillé l’aventure, devenu lui-même l’un des personnages.

Ses yeux faiblissaient et ses lectures se faisaient plus rares, il écoutait alors la radio ou dodelinait de la tête. Il aimait encore tirer quelques bouffées d’Amsterdamer de sa pipe culottée. Elle s’éteignait rapidement sans qu’il s’en aperçoive, il ne la rallumait que rarement. Quand on lui apportait un repas – il ne reconnaissait pas la personne, était-ce celle de la veille ou une autre, était-ce le déjeuner ou le dîner, qu’importe – il se redressait, enfonçait dans l’encolure de sa chemise le coin d’une grande serviette blanche et mangeait lentement le repas posé sur la petite table devant lui.

Le soir, il se retrouvait au lit, bordé, un grand oreiller sentant bon la lavande sous le dos. Sur la table de chevet, il y avait autrefois un livre, c’était quand il pouvait encore lire. Maintenant, la table était vide. De temps à autre, machinalement, sa main tâtonnait de ce côté-là, effleurait à l’aveuglette la surface de bois lisse où s’accumulait la poussière. Un jour il n’eut plus la force de lever le bras.

Le lendemain on le retrouva mort dans son lit. Sur la table de nuit, un magnifique tableau était dessiné là où ses doigts avaient laissé des traces comme celles d’un fusain. C’était la campagne, une belle journée de printemps. Sur le chemin caillouteux qui la traversait de gauche à droite entre deux rangées d’arbres espacés, un petit garçon avançait en sautillant, seul. Plus loin devant lui, un homme dans la force de l’âge, un havresac à l’épaule, marchait d’un pas régulier. Ils semblaient se diriger vers une petite maison proprette qu’on apercevait à droite du tableau. À travers la haie, on distinguait une fenêtre ouverte, encadrée de vieux volets délavés. Dans la pièce, il y avait un lit sur lequel un vieillard était étendu la main posée sur la table de chevet. Au loin, les montagnes contemplaient, impassibles, la scène.

Alla breve. XV.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 0:45

[107] 35% des ventes de musique aux US : en ligne. Selon une étude du NPD Group (aucun rapport avec un certain parti allemand), les disques compacts ont encore la cote aux US : ils constituent 65% des ventes dans la première moitié de 2009, les autres 35% reflétant les téléchargements payants, en croissance constante (20% en 2007, 30% en 2008). Selon leur projection, ils arriveront à égalité en 2010. La part du lion des ventes en ligne va à iTunes. (Source)

[108] Apple va faire des annonces musicales. Si ses ventes de musique croissent via iTunes, celles des iPods se sont ralenties avec le développement des ventes d’iPhones. Le 9 septembre, Apple fera des annonces – peut-être de nouveaux iPods pour booster leurs ventes, et, croit-on savoir, la disponibilité du catalogue des Beatles sur iTunes. Vous iSuivez ? (Source)

[109] Vente en ligne : de la piste à l’album. Les systèmes actuels de vente en ligne n’offrent que des « pistes », ce qui ne convient pas par exemple à la distribution d’œuvres classiques qui en comprennent plusieurs, et ne comprend pas ce qu’on peut trouver dans un CD : couverture et documentation (paroles, photos, etc.). C’est pourquoi quatre majors (Sony, Warner, Universal et EMI) se sont alliés pour créer un nouveau format de téléchargement, appelé CMX (et rejeté par Apple, qui développe le sien, code Cocktail) qui comprendra aussi des vidéos. Il sera testé sur le public en Novembre, peut-être sur un album de U2. (Source, source)

[110] Opéra pour TGV. Sans crier gare est une nouvelle création de la compagnie nationale de théâtre lyrique et musical de Franche-Comté, Justiniana, inspirée par le roman fantaisiste d’Alessandro Barrico Châteaux de la colère (dans lequel l’un des personnages veut se faire construire sa propre voie de chemin de fer, toute droite, de 200 km), et « reposant sur deux repères historiques », La Vie parisienne d’Offenbach et… le chantier de la ligne grande vitesse Rhin-Rhône. On leur souhaite que ça roule ! (Source)

[111] Nouveaux directeurs aux conservatoires nationaux. Pascal Dumay et Géry Moutier, tous deux pianistes, et âgés de 52 ans, ont été nommés directeurs respectivement du Conservatoire national supérieur de musique et de danse (CNSMD) de Paris et de celui de Lyon. (Source)

[112] Disparition de Joe Maneri. Ce musicien talentueux avait fait des études très sérieuses avec un élève d’Alban Berg, puis enseigne le contrepoint et la composition au Conservatoire de Brooklyn tout en composant, ce qui ne l’empêche pas d’avoir une carrière parallèle de clarinettiste et de saxophoniste dans des musiques traditionnelles et pop, puis jazz. Intéressé par la microtonalité, il l’enseigne à ses élèves et invente un clavier électronique de cinq octaves composées de 72 notes chacune. (Source)

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