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24 juillet 2005

Une brève histoire de mes parents

Classé dans : Progrès, Société — Miklos @ 23:25

Ces échos ce sont aussi des racines, qui nous permettent d’être debout sur des épaules de géants ; dans ce monde qui change avec une vitesse accrue, ce n’est pas tant une nostalgie qu’un point de re­pè­re qui permet de ne pas être enlevé dans la bour­ras­que.

À quatre ans, mon père cassait déjà la glace dans la cour pour avoir de l’eau à la maison. Et pourtant, jeune adulte, il a tout quitté pour aller dans un pays encore désertique, là où son idéal l’entraînait. Ma mère, elle, a été envoyée seule de chez elle à quatorze ans à l’étranger, pour ne pas souffrir la misère qui était devenue celle de ses parents ; elle l’a évitée, mais pas celle de la solitude et du rejet de l’étrangère qu’elle est devenue.

Lui comme ma mère, chacun de son côté, ont connu guerres, déchirements, pertes – ce qui nous a encore été évité, mais pour combien de temps ? Vers la fin de sa vie, mon père disait qu’il ne se reconnaissait plus dans la société qu’il avait aidé à construire. Malgré (ou à cause de) ceci, ils ont été des parents aimants, qui ont encouragé ma curiosité et ne m’ont pas empêché de partir, quand bien même (je l’ai appris longtemps après leur mort), ils en avaient eu le cœur déchiré : ils n’en ont rien montré.

Dans le monde où nous vivons, du moins dans le périmètre très restreint, non pas géographiquement mais culturellement, socialement – humainement – de celui de l’homme moderne, le progrès est identifié à l’évolution technologique, à la course incessante à la satisfaction immédiate – celui du consommateur que nous devrions tous devenir, et surtout celui du profit financier, dans une surexploitation des ressources qui mène au gouffre (mais ce sont les autres qui y tomberont) et dans un délire d’orgueil qui ne peut que soulever l’envie et la rage de ceux qui n’ont rien, mais qui, avec le développement des communications, voient tout.

Ce n’est pas un monde de solidarité ; mais l’être humain l’a-t-il jamais été, en société ? son histoire, notre histoire, en est une de guerres et de conquêtes, de dominations et d’exils. Il n’y a pas de retour vers un passé idyllique, c’est la seule certitude que l’on peut avoir. Mais ce n’est pas une raison de désespérer : entre l’idéalisme aveugle et dangereux et le pessimisme morbide qui rejette tout, il y a le fatalisme heureux, celui qui, prenant acte de la réalité, ne renonce pas : Sisyphe a beaucoup à faire et à refaire. Nous sommes tous des Sisyphes.

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Un commentaire »

  1. [...] la Pologne à la France, la Belgique, l’Espagne, l’Amérique du nord et du sud et Israël. La rencontre de mes parents – l’un issu d’une famille aussi modeste que pratiquante résidant dans un petit village de [...]

    Ping par Miklos » Famille, je vous aime — 6 octobre 2013 @ 9:52

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