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19 novembre 2010

Alla breve. XXXI.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 2:01

[217] Amour, musique, folie. C’est ainsi qu’un journal people pourrait résumer, de façon plutôt réductrice, la vie de Robert Schumann, né en 1810 (et décédé depuis, pour ceux qui le demanderaient). À l’occasion de son bicentenaire, le nouveau centre culturel londonien, Kings Place (« musique, arts, restaurant »), avait organisé une série de concerts et de conférences. Dans une vidéo réalisée à la suite de l’événement deux acteurs et trois musiciens discutent de la musique de Schumann, de ses relations passionnelles avec sa femme Clara et avec Brahms, et de sa descente dans la folie. On y entend des extraits de deux Fantasiestücke et du Quatuor pour piano. Dans une autre vidéo, la pianiste Lucy Parham, qui avait organisé cet événement, parle de son attachement pour la musique de Schumann dans laquelle elle s’est spécialisée et y interprète Das Abends et l’Intermezzo en mi bémol majeur.

[218] Mahler devenu végétarien et bio grâce à Wagner ? Dans une lettre à un ami datée de 1880, Mahler l’informe qu’il est devenu végétarien depuis un moins, et que ce régime a un effet moral énorme. Il lui recommande de manger du pain complet fait à partir de blé poussant sur du compost et moulu à la pierre. Avait-il lu Wagner ? Cette année-là, ce dernier aurait publié un essai sur la nocivité de la viande, à la suite de sa lecture d’« un pamphlet sur l’alimentation végétarienne du français J. A. Gleizis » (source). Il s’agit en fait de Jean-Antoine Gleïzès (1773-1843), auteur (entre autres) de Thalysie, ou Système physique et intellectuel de la nature, publié en 1821, et, en 1841, de Thalysie, ou la nouvelle existence, qui visait à établir les bases scientifiques du « végétalisme ». Wagner possédait dans sa bibliothèque une traduction allemande, Thalysia oder Das Heil der Menschheit, publiée à Berlin en 1872. Persuadé de son propre génie, aurait-il été convaincu de l’argument-choc de Gleïzès, qui écrivait : « Je ferai voir que des hommes, se nourrissant d’animaux, ont pu avoir, à l’aide de quelques circonstances, des portions de raison et de génie ; mais qu’ils n’ont point eu et n’ont pu avoir la raison et le génie absolu ; ou, en d’autres termes, que les peuples carnivores, quelles que soient leur application et leur persévérance dans les lettres, dans les sciences et dans les arts, ne produisent et ne peuvent produire que des ouvrages incomplets, qu’il leur manque toujours la dernière pensée. » Les écrits de Wagner, dans ce domaine comme dans d’autres, auraient aussi influencé Hitler, mais ni lui ni Wagner n’ont été réellement végétariens, et quant à Mahler, il a rapidement cessé de l’être. Ce qu’on sait, c’est qu’il adorait les Marillenknoedel (quenelles aux abricots) que faisait sa sœur. (Source)

[229] Vers la fin du boycott officieux de Wagner en Israël ? Wagner n’était pas le seul antisémite, mais il l’était avec une virulence extrême, ce qui lui avait valu l’admiration particulière d’Hitler qui s’y référait dans bien des domaines, et l’importance donnée à ses œuvres dans l’univers nazi. De ce fait, sans que sa musique soit interdite en Israël, elle n’y avait presque jamais été jouée : on a un vague souvenir selon lequel un orchestre y avait subrepticement mis à son programme une des œuvres de Wagner, et quand il commença à la jouer, une partie du public, indignée, s’est levée, a quitté la salle et a pris leurs Volkswagen pour rentrer chez eux. Apocryphe ou non, cette histoire marque bien la difficulté de gérer des souvenirs si traumatisants. Quoi qu’il en soit, un avocat israélien vient de fonder – à Jérusalem, qui plus est – la Société wagnérienne israélienne, qui vise à « promouvoir la production d’œuvres de Wagner, notamment à l’Opéra de Tel-Aviv, afin de mettre fin au boycottage d’un des plus important compositeurs du 19e siècle. » Simultanément, on vient d’apprendre que l’Orchestre de chambre d’Israël a été invité à jouer à Bayreuth en 2011, non pas dans le cadre du festival (comme l’annonçaient certains journaux), mais à la même période. D’autre part, Katherina Wagner, l’arrière-petite-fille du compositeur et directrice du festival de Bayreuth, a accepté il a quelques mois de permettre l’accès de chercheurs aux archives de sa famille, qui contiendraient 278 lettres de Hitler. (Source)

[220] Py (que pendre ?) à l’Opéra de Paris. L’opéra Mathis der Maler (Matthias [Grünewald] le peintre) de Paul Hindemith entre à l’Opéra dans la mise en scène d’Olivier Py. Selon le (très) critique du Monde, Py y fait figurer « nazis, maîtres-chiens et bergers allemands, chars d’artillerie… [une] tarte à la crème dramaturgique » probablement inspirée par les circonstances de la composition de cet opéra et sa thématique : « Hindemith le compose en pleine période nazie – qu’il évoque avec un minimum de fard, par le filtre commode d’événements du temps passé : révolte/soumission du peuple et des puissants, querelles et idéaux religieux, autodafés, place de l’art et rôle de l’artiste dans la société… ». Mais le lecteur du roman Paradis de tristesse de Py ne peut oublier cette noirceur terrifiante, cette atmosphère étouffante de l’univers délirant qu’il y décrit, celui de la délectation absolue pour la domination-soumission violente et pour le sado-masochisme sanglant vécus dans une exaltation religieuse, et d’établir un rapprochement avec le choix de cette mise-en-scène, du moins telle que la décrit Renaud Machart. Tout en reconnaissant à Py une « extraordinaire inventivité », il n’a pas vraiment aimé non plus l’œuvre (« épais[se] et interminable… pontifiante ») ni la distribution (« ténors assez ingrats de voix… chanteuse à la voix défaite…) ; il n’y aura que le chef, Christoph Eschenbach, qui trouvera grâce à ses yeux (ou plutôt ses oreilles) : « après un premier tableau un rien instable et imprécis (on n’en attendait pas moins de Machart), l’ancien directeur musical de l’Orchestre de Paris s’est révélé un interprète idéal de Mathis ». (Source)

[221] Et après les Beatles et les Monkees... Pour ceux qui les auraient oubliés, les Monkees étaient un group de rock américain qui avait atteint la célébrité dans les années 1966-1968 (avec un revival en 1986). Quant aux Beatles, on ne vous fera pas l’insulte de vous rappeler qui ils étaient. Leur digne successeur est Susan Boyle, dont le second album, The Gift (vous devez tous avoir son premier, I Dreamed a Dream – aucun rapport avec Martin Luther King), qui vient à peine de sortir, a atteint la première place des ventes d’albums simultanément aux USA et au Royaume Uni, phénomène assez rare : selon Sony, il n’y aurait eu que les Beatles et les Monkees à avoir réussi ce tour de force. Neil McCormick se serait-il trompé ? Peut-être pas : il se peut que ce qu’il ait détecté n’ait pas été un épiphénomène, mais le début d’une tendance, le public, jeune ou non, continuant à se détourner des « icônes siliconées et botoxées », à la recherche d’une musique plus… lénifiante et de non-stars : Boyle en est l’incarnation même, elle n’a pas non plus l’étoffe des Beatles. En d’autres mots, elle serait la star des non-stars, en quelque sorte. (Source)

[222] Des millions de musiciens… …ça ne fait pas encore forcément un bon orchestre. Lors de l’émission de télévision chinoise Incroyable talent, c’est le pianiste Liu Wei, âgé de 23 ans, qui a remporté le concours. Petit détail : il a perdu ses mains à l’âge de 10 ans dans un accident et joue avec ses pieds. La Chine possède un nombre phénoménal de jeunes– estimée à 60 millions – qui étudient la musique avec acharnement, et surtout le piano et le violon, du fait du surinvestissement de leurs parents dans leur unique enfant (conséquence de la politique démographique chinoise). Travaillant de nombreuses heures en isolation, ils n’interagissent pas avec d’autres musiciens. En conséquence, le pays n’est pas capable de produire des orchestres de jeunes équilibrés et de qualité malgré cette pléthore, contrairement à ce que réalise par exemple le Venezuela avec sa politique volontariste et son célèbre réseau El Sistema dont nous avions déjà parlé à l’occasion de la nomination de Gustavo Dudamel à la tête de l’Orchestre philharmonique de Los Angeles. (Source)

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