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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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22 novembre 2010

Souvent femme varie…

Classé dans : Musique — Miklos @ 3:26

Élèves de neuvième, notre professeur de solfège Mademoiselle Farenc nous avait enseigné, en s’accompagnant d’un guide-chant, les deux premiers couplets de Ton humeur est, Catherine (ainsi, d’ailleurs, que Les trois hussards, bien moins gaillarde malgré ses trois protagonistes qui « marchaient de façon gaillarde et chantaient d’un air dégagé ). Son auteur, on vient de l’apprendre un demi-siècle plus tard, est un certain Desroches (1686-1735) « donné comme excellent dans le genre marotique élégant et badin, témoin la chanson qui a tant couru, qu’on n’a pas oubliée à Paris et qu’il fait en sa première jeunesse : Ton humeur est Catherine. » (cité par Henri Jacoubet, in Le comte de Tressan et les origines du genre troubadour, 1923).

Effectivement : nombre de comédies françaises de l’époque en reprenaient l’air sur d’autres paroles, mais, plus curieusement, elle est citée dans Polly (1729), opéra de John Gay, qui est la suite de son célèbre Beggar’s Opera (qui inspirera l’Opéra de quat’ sous de Kurt Weill et Bertold Brecht, deux siècles plus tard). Dans Polly, c’en est une traduction fidèle dans l’esprit comme on peut le voir en comparant ce couplet avec l’original :

Woman’s like the flatt’ring ocean;
    Who her pathless ways can find?
Every blast directs her motion;
    Now she’s angry, now she’s kind.
What a fool’s the vent’rous lover,
    Whirl’d and toss’d by every wind?
Can the bark the port recover
    When the silly pilot’s blind?

À lire la version intégrale de l’original, on comprend enfin pourquoi la demoiselle qui devait avoir coiffé une autre Catherine, la sainte, depuis belle lurette, ne nous en avait révélé que le début…

T

on humeur est Catherine,
Plus aigre qu’un citron vert,
On ne sait qui te chagrine
Ni qui gagne, ni qui perd ;
Qu’on soit sage ou qu’on badine,
Avec toi c’est choux pour choux,
Comme un vrai fagot d’épines
Tu piques par tous les bouts.

Si je parle tu t’offenses ;
Tu grognes si je me tais ;
Lorsque je me plains tu danses,
Quand je ris je te déplais :
À ton oreille mal faite,
Mes chansons ne valent rien,
Et ma tant douce musette1,
N’est qu’un instrument de chien.

Cependant quoi que tu dises,
Je ne puis quitter ces lieux :
Et quoique tu me méprises,
Partout je suivrai tes yeux.
Je m’en veux mal à moi-même ;
Mais quand on est amoureux,
Un cheveu de ce qu’on aime
Tire plus que quatre bœufs.

D’un plein pot de marjolaine,
Quand je te fis un présent,
Aussitôt pour mon étrenne
Tu le cassas moi présent.
Si j’avais cru mon courage,
Après ce beau grand merci,
Ma main qui bouillait de rage
T’eût cassé la gueule aussi.

Pour te mettre en oubliance
À d’autres j’ai fait la cour,
Mais par cette manigance
Tu m’as baillé plus d’amour ;
Je crois que tu m’ensorcelles,
Car à mes yeux ébahis,
Auprès de toi les plus belles
Ne me sont que du pain bis.

L’autre jour d’un air honnête
Quand je t’ôtai mon chapeau,
Plus vite qu’une arbalète,
Tu le fis sauter dans l’eau ;
Et puis d’un ton d’arrogance,
Sans dire ni qui, ni quoi,
Tu me baillas l’ordonnance
De m’approcher loin de toi.

Chacune de tes deux joues
Semble une pomme d’api,
Comme deux morceux de roues
Sont à tout point tes sourcils.
Tes yeux, plus noirs que des merles,
Semblent mouches dans du lait ;
Et tes dents, un rang de perles
Aussi blanches que du lait.

Pour ta bouche, elle est plus rouge
Que n’est la crête d’un coq ;
Et ta gorge, qui ne bouge,
Paraît plus ferme qu’un roc.
Quant au reste, il m’en faut taire,
Car je ne l’ai jamais vu ;
Mais je crois que tu dois faire
Sans chemise un beau corps nu.

Par la morgué ! c’est dommage
Que tant de rares beautés
Ne me soient pour tout partage
Qu’un sac plein de duretés.
Quand ton humeur est revêche,
Je rumine en mon cerveau,
Et tu me sembles une pêche
Dont ton cœur est le noyau.

Le soleil, qui fond la glace,
N’est pas plus ardent que moi :
Comme un gueux de sa besace,
Je me sens jaloux de toi :
Au grand Colas, qui te lorgne,
Je veux pocher les deux yeux,
Ou du moins en faire un borgne,
Si je ne peux faire mieux.

Avec lui, dans nos prairies,
Tu t’en vas batifoler,
Vous jasez comme deux pies,
Et moi je n’ose parler,
Il te prend, il te chatouille,
Te caresse le groin,
Et moi, d’abord que je grouille2,
Tu me flanques un coup de poing.

Sangué ! vois-tu Catherine,
Je n’y saurais plus tenir ;
Je crève dans ma poitrine,
Il faut changer, ou finir.
Tu me prends pour une bûche,
Parce que j’ai l’air benin :
Mais tant à l’eau va la cruche,
Qu’elle se casse à la fin.

Quand j’aime une créature,
Jarnigoi3 ! c’est tout de bon :
Je suis doux de ma nature
Autant et plus qu’un mouton.
Mais quand mon amour sincère
N’est payé que d’un rebut,
Dame ! alors dans ma colère,
Je suis pis qu’un cerf en rut.

____________________________

1 Sorte d’instrument de musique champêtre, auquel on donne le vent avec un soufflet qui se hausse et se baisse par le mouvement du bras. (…) Il se dit aussi d’un air fait pour la musette. (Dictionnaire de l’Académie française, 1811). C’est dans le premier sens qu’il faut l’interpréter ici, tandis que dans la célèbre romance Ô ma tendre musette, sur une belle et mélancolique musique de Monsigny (1729-1817) et des paroles de La Harpe, c’est le second.

2 Dès que je remue.

3 Je renie Dieu.

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Un commentaire »

  1. [...] la réponse de Catherine aux reproches de Pierrot (elle se chante sur le même air), incapable qu’il est d’arriver à ses fins. La coquine [...]

    Ping par Miklos » La réponse de la bergère au berger — 3 décembre 2010 @ 23:49

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