Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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22 mai 2011

Pouah, ces homonymes !

Classé dans : Langue, Littérature — Miklos @ 0:55

Il était une fois une belle dame de foi qui vendait du foie dans la ville de Foix.

Les charmes de l’orthographe française peuvent en dérouter certains (et même la plupart des adeptes de la fameuse dictée de Pivot). Considérons les homonymes.

- Pouah !, vous écriez-vous.

- Mais écrivez-vous pois, poix, ou poids ? Et à propos de ou, justement, est-ce bien ou ou où, hou, houe ou houx ?

- Oh (au, aulx, aux, eau, eaux, haut, hauts, ho, ô, os) là là !, renchérissez-vous.

- Eh (et non ai, aie – à distinguer de aïe qui se prononce comme ail, singulier de aulx qu’on vient de voir –, ais, ait, aient, es – et non pas ès –, est – à ne pas confondre avec l’opposé de l’ouest –, et, haie – qui n’est pas haïe quand elle ne cache pas la vue aux voisins –, haies, hé) oui, mais c’est tout de même plus simple qu’avant : voici quelques homonymes que Claude Mermet signale dans sa Pratique de l’orthographe françoise en 1583 :

Point, poinct, poind, poing

Point par t, vaut autant que nul ou nulle : exemple, il n’y en a point ; je n’en veux point.

Poinct, par ct, c’est un article arrêté, une conclusion : exemple, quant à ce poinct, c’est un poinct résolu, voilà le poinct.

Poind, par d, c’est un poind d’aiguille : ou autre piqûre, exemple, voilà un ouvrage à poind de Juif1.

Poing, par g, c’est le poing, à savoir la main close, exemple, elle a pris la dragée à plain poing, pour montrer son honnêteté : exemple de tous, il a reçu un coup de poing qui au cœur le poind2, il n’en voulait point, voilà le poinct.

De ces quatre formes il n’en reste plus que deux de nos jours, vous voyez !

Le comble de l’homophonie se retrouve sans doute dans le vers holorime (deux vers qui riment entièrement, c’est-à-dire qu’ils s’écrivent différemment mais se prononcent identiquement), dont voici l’un des exemples les plus célèbres que l’on doit non pas à Victor Hugo mais à Marc Monnier :

Gal, amant de la reine, alla, tour magnanime,
Galamment de l’arène à la Tour Magne, à Nîmes.

N’allez surtout pas noyer votre chagrin dans un verre (vair, ver, vers, vert) de vin, ce serait vain. Relisez plutôt ce texte vingt fois, il vous paraîtra alors aussi simple que quand il me vint à l’esprit, et suivez le conseil qu’Alphonse Allais prodiguait à un voyageur timoré qui s’apprêtait à traverser une forêt hantée par des êtres surnaturels :

Par le bois du Djinn où s’entasse de l’effroi
Parle ! Bois du gin !…ou cent tasses de lait froid.

Et si vous ne vous êtes pas encore endormi, voici une petite histoire :

Dans la salle aux murs blanchis à la chaux, un seul spectateur avec son chow-chow. Il était venu y voir un show chaud. Après la représentation, il alla dîner dans un restaurant chinois. Au garçon qui lui demandait où il voulait s’asseoir, il répondit : Peu me chaut, mais chervez-moi (il était de la famille de VGE) un bon chow mein. Et qu’cha chaute ! Cette histoire se passait, faut-il le préciser, à la Chaux-de-Fonds.


1 Ancien point de dentelle.

2 Le pique. Si le substantif s’écrit dorénavant point, le verbe poindre persiste sous une forme défective, et s’écrit à la troisième personne du singulier Il point (comme dans le jour point) et non plus Il poind comme dans cet exemple.

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4 commentaires »

  1. Si l’on fait abstraction des différences de prononciation entre les sons é, è, ai, ais…, voici 21 homonymes d’une même syllabe :

    l’ai (l’aie, l’aies, l’ait, l’aient), lai(e)(s), laid(s), lait(s), l’ais, l’es(t), (s), les, lès, lez

    Et de là, on construit facilement des formes ambiguës plus complexes, telle je l’ai, le lait gelé. Ce n’est pas un jeu laid !

    Commentaire par Miklos — 22 mai 2011 @ 11:51

  2. Un signe de solidarité envers les pauvres étrangers qui se lancent à écrire dans votre langue?

    Commentaire par Patrizia R. — 24 mai 2011 @ 12:13

  3. Aussi : un signe d’avertissement, de compassion, d’amitié ! Cette langue a des difficultés particularismes (d’autres ont les leurs) insoupçconnés !

    Commentaire par Miklos — 24 mai 2011 @ 15:27

  4. [...] On a récemment mentionné quelques homonymes homophones qui ne doivent manquer de dérouter les étudiants étrangers de la langue française, et leurs dérivés ludiques tels que les vers holorimes, qui en rajoutent une couche, celle qui consiste à trouver deux (ou plus) phrases qui se prononcent identiquement mais ne signifient pas la même chose. [...]

    Ping par Miklos » De quelques vers holorimes polyglottes, dont un gentiment coquin — 18 juillet 2011 @ 23:54

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