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18 juillet 2011

De quelques vers holorimes polyglottes, dont un gentiment coquin

Classé dans : Langue, Littérature — Miklos @ 23:53

Devinette : quelle est la différence entre Paris, l’ours, l’explorateur, et Virginie ? — Aucune, puisque Paris est métropole, l’ours est maître au pôle, l’explorateur aime être au pôle, et Virginie aimait trop Paul. (in Paul Bogaards et al., éds., Quitte ou double sens, articles sur l’ambiguïté offerts à Ronald Landheer, Amsterdam, 2001)

On a récemment mentionné quelques homonymes homophones qui ne doivent manquer de dérouter les étudiants étrangers de la langue française, et leurs dérivés ludiques tels que les vers holorimes, qui en rajoutent une couche, celle qui consiste à trouver deux (ou plus) phrases qui se prononcent identiquement mais ne signifient pas la même chose.

Plus fort encore ? quand le procédé implique deux langues distinctes. On avait cité le fameux Mots d’Heures. Gousses, Rames, ouvrage qui, sous l’apparence d’une collection de poésies en français ancien (« Un petit d’un petit / S’étonne aux Halles… ») est en fait un holorime des Mother Goose Rhymes, ou Contes de ma mère l’oye en anglais (« Humpty Dumpty / Sat on a wall… »).

On vient de trouver un holorime français-latin dans un ouvrage du XVIe siècle, Les bigarrures du Seigneur des Accords d’Étienne Tabourot (livre dont on a aussi récemment parlé à propos de la qualité plutôt catastrophique de sa numérisation). Cité dans le chapitre intitulé « Les rébus de Picardie », il est en fait la « solution » d’un rébus, que l’auteur définit ainsi : « Que ce sont peintures de diverses choses ordinairement connues, lesquelles proférées de suite sans article, font un certain langage : ou plus brièvement, Que ce sont équivoques de la peinture à la parole. » Voici le passage où il en parle, dans le chapitre intitulé « Les rébus de Picardie » avec l’illustration qui l’accompagne, bien évidemment.

Sur la porte d’un cloître de certaine abbaye était cette peinture, qui me sembla fort étrange : c’était un abbé mort au milieu d’un pré, ayant le cul découvert, duquel sortait un lis, fleur assez connue. Après avoir rêvassé que cela voulait dire, le sacristain du lieu, qui en faisait grand cas, & le réputait une excellente énigme, me vint dire en l’oreille, par une faveur spéciale, que c’était une belle sentence composée d’un rébus latin & français,

Abbé mort en pré au cul lis,
Habe mortem prae oculis
1.

Je lui dis en riant que ce rébus était assez gentil, mais que la peinture n’était guerre honnête : & qu’elle eût été plus convenable, si au lieu de ce lis on y eût mis le nez de ce sacristain, qui était à pompettes2. Dont il ne fit que rire, car il était bon compagnon poule appareille3, & levraut apprêté, avec bon vin, dont il nous donna à dîner. La figure était telle :


1 Aie la mort devant les yeux.
2 Nez violacé, nez d’ivrogne. (Source : Trésor de la langue française)
3 Prononciation parisienne de « pour la pareille », à charge de revanche [le sacristain offre à l’auteur de partager son dîner]. (Source : notes de Francis Goyet à l’édition des Bigarrures, Droz, 1986)

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Un commentaire »

  1. [...] Après avoir récemment évoqué ce curieux rébus à la fois coquin et moral qui orne la porte d’une abbaye, il n’est que justice de faire part de cette amusante et leste histoire qui concerne un couvent de religieuses. L’auteur, Bonaventure des Périers, est un bourguignon, contemporain de Clément Marot et proche de Marguerite de Navarre, sœur de François Ier. [...]

    Ping par Miklos » L’abbesse myope et le joyeux drille — 19 juillet 2011 @ 9:51

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