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31 décembre 2009

Life in Hell: Colissimo lentissimo

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 13:30

« Les Turcs, généralement parlant, ne se contentent pas de boire du Café en particulier dans leurs maisons : il y a encore dans les endroits les plus considérables des villes, quantité de boutiques publiques, qu’ils appellent Cahuminé, ou Mai­sons à boire du Café (ainsi que je l’ai déjà dit). Ils s’y rendent presque à toutes heures, pour y en prendre, sans dis­tinc­tion de qualité à la réserve des Grands : & ils y pas­sent en diffé­rents temps une partie de la journée, à se divertir dans des entre­tiens vagues, qui sans s’attacher à rien, ne laissent pas de se prendre à tout. » — Philippe Syl­ves­tre Dufour, Traitez nouveaux & curieux du café, du thé et du cho­co­late. Ouvrage éga­lement néces­saire aux Méde­cins, & à tous ceux qui aiment leur santé. La Haye, 1693.

« Comme je le [Jean-Jacques Rousseau] reconduisis à travers les Tuileries, il sentit l’odeur du café. « Voici, me dit-il, un parfum que j’aime beaucoup : quand on en brûle dans mon escalier, j’ai des voisins qui ferment leur porte, et moi j’ouvre la mienne. » Vous prenez donc du café, lui dis-je, puisque vous en aimez l’odeur ? « Oui, me répondit-il, c’est presque tout ce que j’aime des choses de luxe ; les glaces et le café. » — Bernardin de Saint-Pierre, « Essai sur J.-J. Rousseau », in Œuvres complètes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre, t. 12. Paris, 1826.

À l’instar de l’auteur de l’Émile, Akbar et Jeff sont des consommateurs avertis de café, surtout depuis leurs récents séjours en Italie : c’est Illy tostatura scura ou rien. Eh bien il semble que cette fois ce sera rien.

Avant de l’avoir découvert, ils sirotaient le leur comme des Turcs, dans des cahuminés parisiens ; mais que ce soit dans un café branché ou dans un caboulot de quartier, la déception est souvent au rendez-vous : pâle, tiède, sans goût ni odeur, pire qu’une tisane délavée ou qu’une potion pour enfant malade. En guise de punition, son prix et la qualité du service. Tout l’inverse de ce qu’ils avaient eu le plaisir, non, le bonheur, de déguster en Sicile (sans parler de la glace à la réglisse, précise Jeff) et plus tard dans la ville aux sept collines. Et une fois à Barcelone, dans un infâme boui-boui.

Après des recherches acharnées, Akbar trouve finalement le parfait fournisseur de ce suprême nectar, « noir comme le diable, chaud comme l’enfer, pur comme un ange, doux comme l’amour »1. Le service est rapide et efficace, le personnel très aimable et disponible. Ses prix défient toute concurrence : les belles boîtes étincelantes d’Illy qui conservent parfaitement l’arôme enivrant coûtent jusqu’à moitié moins cher que chez les autres, et on peut se faire sept à huit tasses excellentes pour le prix d’une mauvaise dans un bistrot parisien. Depuis ce temps-là, il s’y fournit régulièrement, douze boîtes pour lui, douze pour Jeff.

Mais voilà que le stock arrive à sa fin. Akbar passe commande et apprend que le colis est parti en colissimo il y a huit jours. Mais il n’est toujours pas livré. Inquiet, il consulte le site de la Poste. Tout d’abord, il y lit (sans jeu de mots) que le paquet a été expédié à la date ????? au site de traitement ?????. Ça lui rappelle quelque chose… Il change de navigateur, et voici ce qu’il voit, stupéfait :

L’objet de leur désir est arrivé à la Poste de Paris il y a cinq jours ! Et puis plus rien, il y est resté, à cette allure il y passera le réveillon. C’est bien la preuve que les colissimos de la Poste sont plus lents que la tortue de la fable. Impossible de contacter la Poste autrement que par formulaire (qui d’ailleurs ne fonctionne pas bien).

Akbar se demande qui, en cette époque de privatisations, voudrait racheter cette vieille dame indigne et décrépie… Pour tenter de surmonter les affres du manque, il se plonge, à défaut d’une tasse fumante, dans le Traitez nouveaux & curieux du café, puis dans les Dissertations sur l’utilité, et les bons et mauvais effets du tabac, du café, du cacao et du thé.


Attribué à Talleyrand.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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Un commentaire »

  1. [...] n’a toujours pas reçu le café qu’il a commandé il y a bientôt deux semaines, et qui lui a été expédié par Colissimo. ColiPoste, [...]

    Ping par Miklos » Life in Hell: Colissimo perduto, perdutissimo — 5 janvier 2010 @ 20:55

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