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9 janvier 2014

Coïncidence, ou, Les mathématiques mènent à la musique ou à l’actuariat, c’est selon.

Classé dans : Histoire, Musique, Sciences, techniques — Miklos @ 8:30


À gauche : le tromboniste de Gerald Hoffnung.
À droite : le tromboniste de l’Ensemble intercontemporain

De curieuses, parfois réellement étranges, coïncidences émaillent mon quotidien ; elles surviennent sans prévenir, illuminent, telles des comètes, de leur longue traîne née parfois dans un lointain passé ma vie, puis disparaissent en laissant la trace d’un certain merveilleux. En voici une.

C’est par hasard que je suis arrivé à l’Ircam, bien que je rêvais d’y entrer depuis plusieurs années.

Au début des années 1980, je faisais un troisième cycle en informatique – spécialité qui m’avait été imposée bien malgré moi après des études de mathématiques théoriques effectuées en Israël, mais que j’avais fini par aimer – à l’université Cornell aux Etats-Unis. Mon directeur de thèse, Tim (Ray) Teitelbaum, décide de prendre une année sabbatique à l’Inria à Rocquencourt, et il y emmène, en 1982, ses trois doctorants.

Au cours de notre séjour, le frère de Tim, Richard, compositeur de son métier, vient passer quelques jours à Paris et nous parle de l’Ircam : je m’y précipite, et la visite que j’y fais me convainc que c’est le lieu idéal pour mettre mes compétences informatiques au service de ma passion, la musique. Même si la musique contem­poraine n’était pas vraiment mon truc, c’était de la musique.

À partir de ce moment, j’essaierai vainement pendant plus de deux ans – tout d’abord jusqu’à la fin de notre séjour à Paris, puis de retour à Cornell pour poursuivre mon doctorat – de trouver comment y entrer : souvent aucune réponse à mes courriers, et quand j’en reçois c’est pour me dire qu’il n’y a pas de poste de disponible.

Et miracle ! en novembre 1984, Ken, autre étudiant de la fac avec lequel j’avais sympathisé, qui savait que j’étais Français et que j’aimais la musique, me raconte qu’il vient de voir passer sur l’Internet une petite annonceL’Internet, le courrier électronique et les forums publics existaient déjà depuis plusieurs années., celle d’un poste de développeur dans un centre de recherche en informatique musicale à Paris. Ken n’avait jamais entendu parler de l’Ircam, ne savait pas que je rêvais d’y entrer, et ce n’était que par curiosité qu’il m’en avait fait part. La voici :


Cliquer pour voir le détail de l’annonce, champagne y compris.

Elle avait été mise en ligne une dizaine de jours plus tôt. À cette époque, les courriers électroniques pouvaient prendre plusieurs jours pour arriver à destination. Craignant que le poste ne soit donc déjà en passe d’être pourvu – j’étais sûr de n’être pas le seul à le convoiter –, j’arrive à joindre téléphoniquement l’auteur de l’annonce, Adrian Freed. Tout se fait alors très rapidement, et, de fil en aiguille, je suis recruté et arrive à l’Ircam le 2 juin 1985.

Au bout de quelques mois dans l’équipe 4X – nom du synthétiseur que l’Ircam développait à l’époque –, voilà qu’on me propose le poste de responsable informatique de l’institut que j’accepte finalement après plusieurs semaines d’hésitations.

C’est un poste névralgique : qui n’a pas de problèmes infor­matiques, que ce soit de fichiers malencontreusement perdus, d’espace disque insuffisant (à l’époque, un disque d’une centaine de mégaoctets coûtait une somme astronomique…), de performances de calcul ou de réseau trop lentes… ? Tôt ou tard, tout le monde passait dans mon bureau.

Un beau jour se présente quelqu’un que je n’avais encore jamais vu. Il m’adresse la parole, et il me parait évident de lui répondre en hébreu : c’était effectivement sa langue maternelle si reconnaissable à son accent. À peine quelques minutes nous suffisent alors pour découvrir que, quelque quinze ans plus tôt, nous étions chacun en quatrième année de premier cycle de mathématiques, lui à l’université de Tel Aviv et moi au Technion de Haïfa. Puis nous trouvons que cette année-là – 1970-71 –, nous suivions un cours d’homologie algébrique (ne me demandez pas ce que c’est, je n’en connais plus que le nom) donné par une seule et même personne, Abraham Zaks, qui faisait l’aller-retour entre les deux facs. À la fin de cette année, quelques-uns de ses élèves rédigent chacun un chapitre d’un ouvrage des notes de ce cours, publié peu de temps après. Un des chapitres est de la main de Benny, un autre du mien.

Le parcours de Benny – mathématiques et philosophie d’une part, musique de l’autre, et le voici tromboniste de l’Ensemble inter­con­temporain – aura été très différent du mien, mais nous voici réunis à l’Ircam ; quant à notre professeur commun, sa page web indique qu’il s’est orienté vers l’actuariat.

Benny et moi avons sympathisés au fil des années – comment en serait-il autrement avec cet homme à la fois si modeste, attentif et souriant, et dont les connaissances et les compétences sont dignes d’admiration ?

Quelques temps après notre rencontre, Benny m’invite à une soirée chez lui, au cours de laquelle une amie israélienne, Noa Blass, viendra parler d’un livre remarquable. Et lorsqu’elle commence à présenter cet ouvrage, je suis saisi : il s’agit de celui de mon ami de très longue date Guy, cet être exceptionnel. Noa et Guy, tous deux récemment disparus, se connaissaient bien…

Plus tard, Benny rencontrera Guy.

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Un commentaire »

  1. Agréable et intéressante cette relation ‘dans le sens de relater) des connexions !

    Commentaire par betsabee — 9 janvier 2014 @ 9:01

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