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24 mars 2005

Quand Google booste la réflexion (suite)

Classé dans : Non classé — Miklos @ 18:33

[Dans le texte QuandGoogle booste la réflexion j’]avais suggéré qu’une réponse possible à l’emprise du réseau anglophone devait prendre la forme d’un contre-réseau ; celui-ci n’est pas destiné à vaincre le goliath Google, mais à fournir une alternative1 efficace et durable à un monopole (culturel et commercial, financier et politique) – sans pour autant exclure l’éventualité d’une coopération équilibrée avec lui.

Google cherche, probablement, à prendre une dimension multinationale (en s’organisant lui-même en un réseau autarcique), comme d’autres entreprises que nous connaissons bien ; c’est dans le cadre d’une telle stratégie qu’il tente de s’imposer sur le réseau internet, en y phagocytant le domaine de l’« information Â» (et de tout ce qui peut se transformer, se réduire à, et se traiter en tant qu’information, langue et culture y comprises2), l’aspirant dans ses ordinateurs pour la remâcher à l’intention des utilisateurs dans le formatage et la contextualisation que sa stratégie commerciale lui dicte.

La European Library est un embryon de réponse qui, sur son mode d’organisation – en tant que réseau de bibliothèques incontournables –, me semble valable, et qu’il faudrait continuer à exploiter, même si cette réponse n’est pas satisfaisante actuellement sur le plan technique, comme je l’avais brièvement exprimé : il me semble qu’il faut profiter de ce champ de collaboration entre les bibliothèques nationales et de la dynamique qu’il induit, tout en réorientant son projet dans la direction que nous avons évoquée et en la dotant des moyens nécessaires pour sa réussite. Ces bibliothèques ont le poids critique3 nécessaire pour mieux assurer (me semble-t-il) la réalisation d’un tel projet et garantir qualité et pérennité. Encore faut-il que ce poids ne soit pas un handicap dans une réelle collaboration, vitale pour la réussite de cette entreprise.

On pourrait envisager ainsi un dispositif dans lequel chaque bibliothèque nationale faisant partie de ce réseau, ayant numérisé ses fonds propres dans des formats compatibles4, en ait le contrôle5, au lieu d’avoir à les transférer à une tierce partie qui en aurait la maîtrise, comme Google le souhaiterait pour son projet. Quant à cette bibliothèque virtuelle, elle offrira des modes d’accès, de présentation de collections et de contextualisation des ouvrages6, de recherche dans les métadonnées et dans les contenus eux-mêmes7.

Il s’agit là d’un modèle d’organisation8 qui assurera, d’une part, la propriété des bibliothèques sur leurs fonds numériques, tout en permettant d’autre part leur mutualisation en ce qui sera bien plus qu’un catalogue commun (ce qu’est finalement la European Library) ou qu’un moteur de recherche : une bibliothèque commune libérée des contingences institutionnelles, physiques et géographiques mais solidement articulée sur des bibliothèques bien réelles et faisant partie intégrante de leur dispositif ; en ce sens, elle ne les remplacera pas, mais étendra leur champ d’action dans la lignée de leur mission culturelle et patrimoniale, et contribuera à la construction d’une Europe de la culture.



1 Tant sur la nature des fonds que sur les méthodes d’y accéder.

2 Ce n’est pas qu’un phénomène d’économie du langage que de nom propre Google soit devenu un verbe en anglais : to google veut dire « rechercher dans l’internet Â».

3 De par l’étendue et la diversité de leur fonds (livres, mais aussi estampes, images fixes et animées, documents sonores, etc.), et de par leur position institutionnelle nationale.

4 Pour assurer présentation et consultation communes, mais surtout pour permettre les traitements sous-jacents (extraction de contenus et traitements sémantiques, par exemple).

5 Pas uniquement pour leur traitement, leur utilisation et leur diffusion (par l’entremise de protocoles de gestion de droits numériques par exemple), mais aussi pour leur conservation à long terme (formats, supports, normes, adresses…) – considérations qui doivent être prises en compte dès le début du projet, car elles auront une influence sur tous les choix techniques actuels et futurs.

6 Ce que je doute que Google fasse, en tout cas ils n’en parlent pas.

7 Agrégation, recherche multilingue, listes d’autorités et thésaurus communs, présentations non linéaires des « réponses Â», cartographie… ; articulation du texte intégral sous-jacent (pour la recherche) et de l’image (pour la présentation), etc.

8 Dit réparti, en informatique. Dans un tel mode d’organisation, ce seraient les bibliothèques, établies en réseau, qui auront la maîtrise du projet en faisant appel, sans aucun doute, à un, ou des partenaires industriels pour sa réalisation, à l’inverse de celui que propose Google, dans lequel cette entreprise serait à la tête d’une pyramide de bibliothèques indépendantes, maîtrisant ainsi le tout pour ses fins.

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Voir aussi les articles (liste générée automatiquement) :

2 commentaires »

  1. [...] offrira des modes d’accès, de présentation de collections et de contextualisation des ouvrages6, de recherche dans les métadonnées et dans les contenus eux-mêmes7. (24 mars [...]

    Ping par Miklos » Avant le commencement d’Europeana était le verbe — 15 novembre 2009 @ 11:47

  2. [...] in a 2005 letter to the then President of the French National Library, Jean-Noël Jeanneney (available here), in which I was outlining how such a networked digital library could be [...]

    Ping par Miklos » On bringing Europe’s cultural heritage online — 30 octobre 2010 @ 5:01

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