Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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29 octobre 2026

Un ou plusieurs verres de trop…

Classé dans : Langue, Peinture, dessin, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 23:37

Cliquer pour agrandir. Source : ChatGPT.

«L’un des deux devins vint avec vingt verres de vin. C’était un geste vain, mais il ne le savait pas encore, ce qui, pour un devin, constitue une lacune professionnelle assez gênante.

Il avait pourtant tout prévu, à l’exception de ce qui allait arriver. Le second devin, lui, l’avait vu venir de loin, vingt verres de vin, ça ne passe pas inaperçu, mais par politesse, ou par flemme, il n’avait rien dit. Dans le métier, on appelle cela la déontologie.

« Tu m’attendais ? demanda le premier.
— Depuis mardi, répondit le second. Mais je n’ai pas osé te prévenir : tu m’aurais dit que tu le savais déjà. »

Le premier hocha la tête avec la dignité de ceux qui ont été devancés. Il posa les verres sur la table, un par un, en les comptant à voix basse, car même un voyant sait qu’on ne prédit rien de fiable au-delà de dix-sept.

Le problème, c’était que le second devin ne buvait pas. Il avait vu, dans le marc de café d’une vie antérieure, que le vin lui serait fatal ou, à tout le moins, désagréable. On ne discute pas avec une prémonition, surtout quand elle sent le bouchon.

« Je t’avais pourtant prévenu de ne pas m’apporter du vin, dit-il.
— Tu ne m’avais rien dit.
— Je te l’ai fait comprendre par signes.
— Quels signes ?
— Ceux que tu n’as pas vus. »

Un silence s’installa, de ceux que les devins affectionnent car ils leur évitent de se tromper. Les vingt verres restèrent là, alignés, gorgés de soleil et d’inutilité. Quelque part, un vin de qualité soupira.

Finalement, le premier devin les but tous, un à un, avec le calme des vaincus. Le second le regarda faire et nota mentalement que cela finirait mal. Ce qui, pour une fois, se vérifia dès le lendemain matin.

»On en tira une leçon, que personne n’avait prévue : mieux vaut apporter un seul verre, et le bon. Mais ça, aucun des deux ne l’avait vu venir.

Claude

Les hallucinantes hallucinations dictionnairiques* de ChatGPT

Classé dans : Langue, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 18:18

Cliquer pour agrandir. Source : ChatGPT.

La colonne de gauche de l’image ci-dessus est un extrait du Dictionnaire universel françois et latin…, publié en 1752 (source), dont on avait produit le précédent billet.

Les deux colonnes suivantes sont le produit de ChatGPT à qui on avait demandé de redresser l’image en sorte que les lignes soient parfaitement horizontales.

Comme on peut le constater à première vue, leur texte n’a rien à voir avec l’original ; quant à l’en-tête de la colonne, il ne veut rien dire.

Mieux (ou pire) : le texte de ces deux colonnes n’existe nulle part ailleurs, c’est une curieuse fabrication de ChatGPT… : la première, respectant la typographie de l’original, semble être un extrait de la définition de « missionnaire », alors que la seconde, en typographie contemporaine, définit « amour propre ».

Les deux autres IA testées n’ont pas déliré, mais leurs résultats laissaient beaucoup à désirer :

Cliquer pour agrandir. Sources : VisualGPT et Google Flow.

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* Cf. ici.

27 octobre 2026

Alors, cheveux longs ou courts ?

Classé dans : Histoire, Peinture, dessin, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 18:33

Cliquer pour agrandir. Source : ChatGPT

Le texte ci-dessous est extrait du Dictionnaire universel françois et latin…, publié en 1752 (source). On y a actualisé la typographie et l’orthographe pour en faciliter la lecture.

«C’était un grand ornement parmi les Gaulois que d’avoir de grands cheveux, & de-là vient que la plus grande partie des Gaules s’appelait Gallia comata. C’est pour cela que ceux qui quittaient le monde pour se retirer dans les cloîtres, se faisaient raser les cheveux, pour montrer qu’ils renonçaient à tous les ornements mondains; & qu’ils faisaient vœu d’une sujétion absolue à leurs Supérieurs. Aussi J. César lorsqu’il conquit les Gaules, faisait abattre les cheveux des Gaulois en signe de soumission ; Ovide le dit à sa Maîtresse, qui se servait de faux cheveux :

Maintenant la Germanie t’enverra des cheveux d’esclaves ;
Une nation soumise se chargera de ta parure.
Nunc tibi captivos mittet Germania crines.
Culta triumphatae munere gentis eris.

On imposait aux vaincus la nécessité de se faire tondre, pour marque qu’ils étaient subjugués ; & c’est apparemment d’où est venue cette expression, il a été tondu, en parlant d’un homme qui est déchu de quelque prétention : & cette autre, je veux qu’on me tonde, qui est une peine qu’on s’impose, en cas que la chose qu’on affirme ne soit pas véritable. La raison est qu’on regardait comme une honte d’être tondu. M. Auboux, dans sa véritable Pratique civile & criminelle, dit, qu’apparemment cette manière de parler est venue de ce qu’autrefois, quand un Magistrat trouvait un Clerc qui n’avait ni l’habit convenable à son état, ni la tonsure cléricale, il le faisait tondre.

Vers l’an 428, Clodion introduisit dans la famille Royale seulement la coutume de porter les cheveux longs ; mais à la réserve des Princes tous les hommes portaient les cheveux courts, de sorte qu’ils ne leur venaient qu’un peu au-dessous des oreilles. Greg. de Tours, Hist. Fr. L. III. c. 18. L. VI. c. 24. L. VIII. c. 10. Agathias en parle plus particulièrement dans son premier Livre. C’est la coutume des Rois des François, dit cet Auteur, de ne se faire jamais couper les cheveux. Leur chevelure qui descend toute sur les épaules a fort bonne grâce. Les cheveux de devant se partagent sur le front, & se rejettent des deux côtés. Leurs cheveux ne sont point mal en ordre, & mal propres, comme ceux des Turcs & des Barbares, ni liés & cordelés tout ensemble sans grâce & sans agrément, mais ils ont différentes manières de les tenir propres, & en ont un très- grand soin. Au reste, c’est chez eux un privilège de la famille Royale ; car leurs sujets les coupent en rond, il ne leur est pas permis de les porter longs. Hotman traite de ce droit des Rois de France, c. 11, Franco-Galliae. Voyez aussi les Notes de Savaron & celles du P. Sirmond sur l’épître 2. du Livre I de Sidonius Apollinaris. Couper les cheveux à un fils de Roi de France sous la 1e race, c’était le déclarer déchu de la succession à la couronne, & le réduire à la condition du sujet. P. Daniel, T. I. p. 83.

Dans le onzième siècle ceux qui se piquaient de bonne grâce laissaient croître leurs cheveux, qui leur descendaient jusques à la ceinture par grosses boucles. Godefroy Evêque d’Amiens y trouva de l’indécence & de la mollesse. Il refusa le jour de Noël la communion à ceux qui se présentaient ainsi à la sainte Table, & rejeta leurs offrandes, ce qui les obligea à faire couper leurs cheveux sur le champ ; & la coutume cessa. Dans le VIIIe siècle les personnes de qualité faisaient couper les premiers cheveux à leurs enfants par d’autres personnes qualifiées, qui étaient appelées pour cela les Pères spirituels de ces enfants. Ainsi Charles Martel envoya son fils Pépin à Luitprand Roi des Lombards, afin qu’en lui coupant les cheveux, selon la coutume, il devint son Père spirituel. Cette coutume était plus ancienne. L’Empereur Constantin envoya au Pape les cheveux de ses fils Justinien & Héraclius ; pour lui témoigner, selon la coutume de ce temps-là, qu’il désirait qu’il leur tint lieu de Père, & qu’eux lui obéissent & l’honorassent comme ses enfants. C’était un témoignage bien authentique du respect qu’il portait au Pape. Godeau.

On attribue au Pape Anicet la défense pour les Clercs de porter de grands cheveux, mais elle est plus ancienne dans les Eglises d’Occident ; & l’Epître où ce Décret se lit aujourd’hui a été écrite longtemps après la mort de ce Pape. La tonsure Cléricale est rapportée par S. Isidore de Séville à la Tradition Apostolique, en quoi il est suivi par plusieurs Auteurs.

Les cheveux longs ont été si odieux autrefois, qu’il se trouve un Canon de l’an 1096. portant que ceux qui auront de longs cheveux seront exclus de l’entrée de l’Eglise pendant leur vie, & qu’on ne priera point Dieu pour eux après leur mort. Nous avons dit ci-dessus ce que fit un Evêque d’Amiens. Luitprand a fait une furieuse déclamation contre l’Empereur Phocas, qui portait de longs cheveux, comme les Empereurs d’Orient ; à la réserve de l’Empereur Théophile, qui étant chauve crut effacer cet opprobre de dessus sa tête, en ordonnant à ses sujets de raser leurs cheveux, pour ôter la différence qui le choquait. S. Paul, en recommandant aux femmes le soin de leurs cheveux, ajoute à l’égard des hommes, qu’il est contre nature de les nourrir. On ne comprend pas bien la raison de ces défenses, de porter des cheveux ; puisqu’ils paraissent un des plus beaux ornements de l’homme, & non pas une superfluité de la nature. Sans doute que la nature dans le passage de S. Paul signifie la coutume. En 1650 un Professeur d’Utrecht agita la question, s’il est permis aux hommes de porter de longs cheveux. Un Théologien, nommé de Reves, qui avait écrit pour l’affirmative, lui répliqua. Pasquier dit qu’en son jeune âge tout le monde portait de longs cheveux, à la réserve des Moines. Le Roi François I ayant commencé à porter des cheveux courts, pour la raison rapportée ci-dessous, les Prêtres mêmes se firent tondre : ce qui eût été auparavant trouvé de mauvais exemple, comme dit le même Auteur. L’offre qu’ils font à Dieu de leurs cheveux, quand ils font des vœux, est une marque qu’ils se donnent à lui en perpétuelle servitude. Corneille dit d’un grand Capitaine, J’aime en lui ses cheveux tout couverts de lauriers.

Les cheveux longs furent donc à la mode sous la première race de nos Rois. Le Roi les portait très-longs, ses parents de même, & la Noblesse à proportion de son rang & de sa naissance. Le peuple était plus ou moins rasé. L’homme serf l’était tout-à-fait ; l’homme de pote ou poëste ; c’est-à-dire, l’homme payant tribut ne l’était pas entièrement. Pépin & Charlemagne méprisèrent les cheveux longs. Charlemagne les portait courts, son fils encore plus : Charles le Chauve n’en avait point. On commença sous Hugues Capet à les porter un peu plus longs. Cela déplut aux Ecclésiastiques : on excommunia ceux qui laissaient croître leurs cheveux. Pierre Lombard en fit si grand scrupule à Louis le Jeune, que ce Prince fit couper les liens. Les autres Rois jusqu’à Louis XIII ne les ont portés que fort courts. Les cheveux de S. Louis, de Charles V, de Louis XII, tels qu’on les voit dans leurs portraits, & sur leurs médailles, ou monnaies, ne passent pas le milieu du cou. François I ayant été blessé à la tête par Montgommeri, les Médecins lui firent couper les cheveux. Sur son exemple tous ses sujets quittèrent leur chevelure ; chacun porta longue barbe, & fit couper ses cheveux : ce qui auparavant était une ignominie. Pasq. Sous Louis XIII, la mode changea ; comme il aimait fort les cheveux, on lui fit plaisir de les porter longs. Le Gendre. Voyez aussi Thiers, Traité des Perruques. L’an 1460, le Duc de Bourgogne fut grièvement malade, & de telle sorte que l’on désespéra de sa santé ; pour laquelle assurer les Médecins lui conseillèrent de permet tre que sa longue perruque lui fût abattue. Ce qu’ayant été fait, tous les Courtisans, (sauf le Prince & quelques grands Seigneurs) & »le peuple en firent autant, & fut mis en usage de ne porter les longs cheveux» Gollut. Mém. de Bourg. L. X. c. 81.

1 octobre 2026

Autre grand voyage du pape

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Relation véritable et remarquable
du grand voyage du pape
en enfer

«Le Pie VI, pape de 1775 à 1799S. Père n’étoit pas content, comme on peut croire, de Cf. la relation de ce voyage-là.l’accueil qu’il avoit reçu dans le paradis. En sortant de chez le saint Esprit, il rencontre, dans l’anti-chambre, l’ange Gabriel qui le salue avec tout plein de grâces. Le pape le regarda d’un air de complaisance, et lui demanda le chemin du Purgatoire.

— Bon ! répondit Gabriel, il n’y en a plus ; vous savez bien qu’on n’y alloit pas, quand on avoit des indulgences ; vos prédécesseurs en ont vendues tant et tant, que le Purgatoire est devenu tout-à-fait désert. Quoiqu’il ne fût pas très-ancien, il est tombé tout-à-fait en ruines, et il y a grande apparence que nous ne le rebâtirons pas. D’ailleurs, il n’y a pas de fonds ; nos affaires vont au plus mal ; je prévois qu’au premier jour le père éternel ne pourra plus garder de train de maison, et que je serai sur le pavé.…

— Mon beau garçon, dit le vieux pontife, en le caressant du plat de la main, soyez tranquille ; vous avez de beaux cheveux blonds, la bouche vermeille, la peau douce et fraîche ; on aura soin de vous ; vous serez joli comme un cœur en petit abbé ; je vous donnerai une place dans ma chapelle, et vous souperez tête-à-tête avec moi dans mes petits appartemens de Monte-Cavallo.

Pendant la conversation, survint un vieillard assez vigoureux, dont l’habillement n’étoit pas magnifique ; une mitre de toile grise lui couvroit la tête ; sa robe étoit d’un gros drap brun ; il portoit des sandales de cuir, et s’appuyoit sur un bâton dont le haut étoit recourbé. Ce bon vieillard paroît fort en colère.

— Million de conciles œcuméniques, s’écria-t-il, en regardant Pie VI et en branlant la tête, sais-tu, mon cher successeur, que tu n’es qu’un faquin d’aristocrate ? sais-tu que moi, Probablement le pape Saint Grégoire le grand (il y a plusieurs autres saints prénommés Grégoire), cf. ici.S. Grégoire, qui te vaux bien, je suis patriote à trente-six carats ! et que je trouve que cette assemblée nationale, dont tu te plains à tort et à travers, a fait plus de miracles que San Gennaro, cf. ici.S. Janvier, Ce nom désigne plusieurs personnages considérés comme saints par l’Église, cf. ici.S. Pancrace et Ou saint Guenolet, fin du Ve siècle – début du VIe siècleS. Guignolet ? De mon tems, les rois des Lombards gouvernoient Rome et l’Italie comme ils l’entendoient ; je n’étois qu’un évêque, un patriarche, si tu veux ; et j’étois salarié par les fidèles ; je ne contrariois point l’autorité souveraine ; je savois que le clergé doit être en tout soumis aux lois et aux magistrats civils. Aussi, me voilà en Paradis ; mais toi, tu peux t’aller faire cuire avec tous les diables !

Nom de famille civil de Pie VI.Braschi, déconcerté, s’en alla sans répliquer, mais sans oublier cependant de faire signe au beau Gabriel de le suivre.

— Je ne sais à qui m’adresser, dit-il en sortant du paradis ; j’ai envie de suivre le conseil de ce radoteur, et d’aller en enfer. Je ne sais quoi me dit que j’y serai mieux reçu.

Alors il se mit à califourchon sur la croupe du bel ange ; celui-ci prit son vol ; le voyage ne fut pas long ; mais en mettant pied à terre, Gabriel se plaignit que le pape l’avoit trop serré pendant la route ; il le pria même de voir s’il ne l’avoit pas blessé.

Mais quelle joie aux enfers, du plus loin qu’on eût apperçu Pie VI ! En entrant, il ne trouva que des visages de connoissance ! C’étoit des cardinaux, des chanoines, des moines de toutes les couleurs qui venoient au-devant de lui. On le conduisit en grande cérémonie au dortoir des papes. On vuida promptement une des chaudières de l’enfer ; on la retourna, et le pontife s’assit dessus avec son jeune page.

Delà, s’adressant à l’assemblée, il exposa l’état actuel des affaires de France, représenta à ses chers prédécesseurs qu’il étoit bien embarrassé ; que le consistoire, la rote, la propagande, toutes les congrégations de Rome, l’abbé Maury et l’abbé Royou y avoient perdu leur latin, ce qui n’étoit pas une grande perte ; que personne en paradis n’avoit voulu se mêler de cette affaire, et qu’il venoit chercher des secours et de bons conseils en enfer.

On ouvrit la discussion. C’étoit Baldassarre Cossa, antipape de 1410 à 1415.Jean XXIII qui présidoit, celui qui fut corsaire avant d’être pape, et qui avouoit qu’il n’avoit guère changé de métier ; il avoit une voix terrible, une physionomie atroce ; au lieu de se servir de sonnette, il siffloit et juroit, et faisoit quelquefois la police à coups de poings.

Pape de 1073 à 1085.Grégoire VII parla le premier.

— Je suis fort étonné, dit-il, de ce que sa sainteté expose à nos saintetés ; mais, parbleu ! il y a moyen de ranger ces Français à leur devoir et à l’obéissance qu’ils doivent au S. Siège ; je me servois, en pareil cas, du pouvoir de lier et de délier, au nom des apôtres S. Pierre et S. Paul ; je mettois les royaumes en interdit ; j’excom­muniois ; je damnois, car vous savez qu’il ne tient qu’à nous ; c’est un beau droit que celui-là.

— Hélas ! interrompit Braschi, j’y avois pensé ; j’ai même menacé de l’excom­mu­ni­cation ; chacun s’en moqua ; les trois quarts ne vont plus à confesse ; et ceux qui y vont, trouvent plus de prêtres qu’ils n’en veulent pour les absoudre, en dépit de moi.

— Les excommunications ne font pas grand mal, dit Pape de 1198 à 1216.Innocent III ; usez de ma recette ; prêchez une croisade ; j’armois les nations contre les nations, les princes contre les princes ; j’ai eu la consolation de mettre l’Europe en feu, et de faire périr près d’un million d’hommes. J’avois quelque vigueur dans le caractère.

— Votre vigueur ne serviroit plus à rien, lui répondit Gabriel ; on a fait tout ce qu’on a pu pour exciter le fanatisme, et allumer le feu de la guerre civile ; on a réussi dans peu d’endroits à égarer peu de personnes ; il y a un certain abbé de Périgord, et un certain abbé Sieyès qui viennent de faire jouer des pompes d’un effet sûr contre de pareils incendies ; le bon temps est passé, on ne s’égorge plus pour la gloire de Dieu, et le plaisir de ses doux vicaires.

— Comment, reprit Pape de 1294 à 1303.Boniface VIII, est-ce qu’on ne se souvient plus des superbes raisonnemens que je faisois ? Les apôtres ne disent-ils pas dans l’évangile de Saint-Luc : ecce duo gladii hic….. Nous avons ici deux glaives ; qu’est-ce que cela peut signifier, sinon le glaive spirituel, et le glaive temporel, dont le premier doit nécessairement diriger le second ? N’y a-t-il pas d’ailleurs deux luminaires ? Le grand luminaire, c’est l’autorité ecclésiastique ; le petit luminaire, qui tire sa clarté de l’autre, c’est l’autorité civile ; qui donc peut nier ces vérités ?

— Les plus petits écoliers de Paris traiteroient cela de sottises, répondit encore notre ange ; ils vous diroient que les deux glaives ne sont que deux épées, et que les deux luminaires sont le soleil et la lune.

— Je ne puis concevoir, reprit Pape de 1316 à 1334.Jean XXII, qu’on en soit réduit à la cour de Rome ; elle devroit à présent avoir toutes les richesses du monde catholique ; elle n’avoit qu’à multiplier ; je vendois tous les évêchés, toutes les cures, tous les bénéfices cinq ou six fois chacun ; aussi je tenois des registres de commerce que j’avois soin de faire tenir, quand il y avoit quelque chose à gagner ; delà est venue la chambre de la daterie ; j’ai laissé à ma mort vingt-cinq millions de florins d’or dans le trésor papal, à Avignon ; qu’a-t-on fait de cette somme ?

— Vos successeurs, dit Alexandre Borgia, pape de 1492 à 1503.Alexandre VI, l’ont mangé avec des filles ; et quand il en seroit resté quelque chose de mon tems, je l’aurois donné à la mienne, à ma chère Lucrèce avec qui je couchois, et que j’aimois dix fois plus que je n’avois aimé sa bégueule de mère. D’ailleurs, le commerce dont vous parlez-là est bien tombé ; l’Angleterre, une grande partie de l’Allemagne, tout le Nord de l’Europe ne se fournissent plus dans notre boutique ; voilà encore la pratique de la France perdue, si l’on n’y met ordre ; pour moi, je suis d’avis que sa sainteté aille à Paris, donne un grand souper à l’assemblée nationale, et empoisonne tout le côté gauche. Je n’en faisois pas d’autre, et je m’en suis toujours bien trouvé, excepté le jour où je fus empoisonné moi-même avec mon fils César, en buvant, par mégarde, de la bouteille que nous avions fait préparer pour ce vilain Ou Cornetto. Le pape Alexandre VI est mort empoisonné après avoir pris part à banquet donné par le cardinal Cornetto en août 1503.cardinal Cornatto.

— Non, point de lâcheté ! s’écria Pape de 1503 à 1513.Jules II ; ventrebleu, cornes de cinq cents diables, faites comme moi ; mettez-vous à la tête d’une armée ; endossez la cuirasse ; faites la guerre ; tuez, mordieu, tuez, massacrez, mais de bon jeu ; allez mettre le siège devant Paris, comme je fis celui de la Mirandole.

— Il y a quelque différence entre votre tems et le tems présent, répliqua Gabriel ; les soldats du pape ne sont pas d’excellentes troupes ; et il y a en France deux ou trois millions d’hommes armés qui n’entendroient pas raillerie, si quelqu’étranger avoit la prétention de leur faire la loi.

— Comment donc s’y prendre, s’écria l’assemblée toute entière ? On parla tous ensemble ; on ne s’entendit plus, la séance fut longue et tumultueuse, et l’on ne conclut rien.

— Allons-nous-en, dit Pie VI à son jeune écuyer ; je vois bien que je ne tirerai rien de ces gens-ci ; le paradis ni l’enfer ne me seront d’aucune utilité ; je suis ruiné ; ma thiare branle sur ma tête ; je vais perdre mon autorité gothique et usée ; peut-être les romains me chasseront de mon trône avant qu’il soit peu ; mais tant que vous resterez avec moi, »mon bel ange, je serai trop heureux.

L’ange rougit ; et les deux voyageurs s’en allèrent comme ils étoient venus.

Joseph Fiévée (1767-1839)
Extrait de la Chronique de Paris.
De l’imprimerie de FIEVÉE, rue Serpente, n° 17.

30 septembre 2026

« Il est arrivé un Pape ! venez voir un Pape ! oh ! la drôle de chose qu’un Pape ! »

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La Grande Relation véritable & remarquable
du Grand Voyage du Pape dans le royaume du Ciel,
département du Paradis.
Extrait de la Chronique évangélique, selon S. Noël & S. Millin.

«En ce tems la le Pape dit aux princes des prêtres : En vérité je vous le dis, voilà une Assemblée Nationale qui me donne bien du mal : elle veut faire jurer nos frères de France d’observer les préceptes de l’évangile, d’être simples, humbles & pieux : ce serment abominable blesse leur conscience ; ils ont recours à ma Sainteté, & moi je vous demande avis.

Les princes des prêtres répondirent : S. Pere, excommuniez cette Assemblée Nationale.

Et le Pape dit : mais si je les excommunie, ils me prendront Avignon.

Les princes des prêtres répondirent : S. Pere, n’excommuniez donc pas.

Et le Pape dit, mais si je les laisse faire, mon autorité est perdue, & me voilà Pape sans papauté.

Les princes des prêtres répondirent : St Pere, excommuniez.

Et le Pape dit, mais si je les fâche, les impies révoqueront la donation de Pepin.

Les princes des prêtres répondirent : St Pere, n’excommuniez donc pas.

Alors le Pape se fâcha & dit, allez vous en à tous les diables ; ensuite il fit venir le cardinal Bernis-Pompadour pour le consulter.

Le cardinal dit : Le cas, St Pere, est très-difficile, & je ne vois guere que la Trinité qui puisse le débrouiller ; je vous conseille de vous adresser à elle.

Le pape dit ; je le ferai suivant que vous me le dites.

Et aussitôt le Pape dit à ses valets de chambre : apportez-moi mes 3 couronnes, ma belle soutane de moire blanche, ma belle aube à dentelle, mon beau rochet fourré d’hermine, mes beaux gands blancs passés au lait, mes beaux bas à coins brodés, mes beaux bouts de manches & mes belles pantoufles des dimanches.

Et ses valets de chambre lui apportent les sept merveilles pontificales qu’il demandoit. Un huitieme apporte la pâte d’amande pour les mains ; un neuvieme l’eau rose pour le teint ; un dixieme l’opiat pour les dents ; un onzieme le miroir de toilette ; le douzieme étoit parent du 4e officier de M. de Malborough ; il ne portoit rien. Quand sa toilette fut faite, il monte sur sa belle haquenée napolitaine.

Arrivé à la porte du paradis, il veut faire usage des clefs de St-Pierre ; mais le sang versé par les Jules, &c. les avoit si fort rouillées, qu’elles ne purent tourner dans la serrure.

St-Pierre demande, qui est là ?

Le Pape dit : grand saint, c’est votre successeur.

St Pierre regarde par le trou de la serrure, & dit, tu mens ; je n’étois qu’un pauvre pécheur sur les bords du lac Genezareth, qui portoit des habits simples & une ceinture de cuir, & si tu étois mon successeur, tu ne porterois pas des habits si magnifiques.

Le Pape dit, grand saint, je les porte parce qu’on me les donne ainsi ; je vous jure que je ne mens pas.

Alors St Pierre donne un tour de clef & dit, tire la bobinette & la chevillette chéra.

Et le Pape tira la bobinette & la porte s’ouvrit. Mais voici bien un autre embarras ! la porte du paradis est, comme l’on sait fort étroite, & le St-Pere, nourri d’annates, déports, droits de côte, censaux, vacat, &c., étoit gros comme une grosse tonne des Riceys.

St Pierre lui dit : mon successeur, si, comme moi tu n’eusses mangé que des gougeons, tu passerois plus facilement.

Le Pape lui répondit : grand saint, la charité se dépouille ; les gougeons que vous mangiez, je les ai fait avaler aux fideles ; mais ne seroit-il pas possible de faire abattre un pan de muraille pour me faciliter l’entrée ?

St Pierre dit : un Pape n’est qu’un homme ; les savetiers y ont passé, & tu y passeras ou tu resteras à la porte.

Le Pape alors se tourne de côté, passe la tête, puis un bras, puis une épaule, puis une jambe ; St Pierre le pousse par derrière ; une secousse, & l’y voilà. »

Aussi-tôt qu’il fut entré, voici tous les saints, les anges, les archanges, les séraphins qui se présentent autour de lui, & demandent : quel est cet animal étranger ? & St Pierre répondit : MM. c’est un Pape.

Et ils s’écrièrent en s’envolant au milieu des trônes & des dominations : il est arrivé un Pape ! venez voir un Pape ! oh ! la drôle de chose qu’un Pape !

Quelques uns prétendent que c’est un masque, & les petits chérubins volent autour de cette pagode ambulante & crient à la chienlit !

Le voici dans la maison du maître ; le Pere Eternel avoit la goutte, & étoit couché comme Géronte, dans son fauteuil à bras.

Le Pape lui dit : Pere Eternel, vous voyez devant vous le serviteur de vos serviteurs ; je n’ai pas besoin de vous dire ce qui m’amène, car vous voyez tout, vous savez tout, & vous êtes présent partout.

Et le Pere Eternel lui répondit en branlant de la tête : mon fils, je suis vieux, le tems n’est plus où je faisois pousser des cornes à Moyse ; je n’en peux plus faire pousser à personne aujourd’hui….. Va trouver mon fils, c’est un garçon qui a bien fait son chemin, il connoît les affaires, il est jeune, ardent, parle lui : pour moi, je te l’avoue, j’ai tant eu de peine à débrouiller le cahos, que je ne me sens pas la force de débrouiller celui-ci ; encore une fois, va trouver mon fils.

Et le Pape répondit : j’y vais. Et le Pape y alla.

Le fils de Dieu corrigeoit une épreuve de la nouvelle édition de l’évangile : le Pape lui dit : pardon, Seigneur ; si je vous dérange ; l’Assemblée Nationale me persécute. Seigneur aidez-moi ! Seigneur secourez-moi ! J’ai l’honneur d’être votre vicaire sur la terre.

Le Fils de Dieu lui répondit : toi, mon vicaire ! je suis né dans une pauvre bourgade de la Judée, au fond de la boutique d’un pauvre charpentier ; & tu te dis de l’Illustrissime & Nobilissime famille des Nom de famille civil du pape de l’époque de ce conte, Pie VI.Braschy ; je t’ai prêché la modestie & tu es vain comme un paon ; j’ai vécu plus modestement qu’un curé de village à portion congrue, & toi tu te fais appeler le Roi des Rois, & tu porte une thiare insolente. Mon habit étoit percé au coude, & mes sandales ressemelées, prenoient l’eau, & te voilà ajusté comme le plus riche financier du tems d’Hérode ; je n’avois ni feu, ni lieu, quelquefois pas une pierre où reposer ma tête, & tu reposes la tienne sur un oreiller de duvet, tes pieds sur des carreaux de moire & d’or ; enfin tu loges dans un palais délicieux ; j’avois souvent les dents bien longues, & tous les jours tu as des indigestions….. Va, va, mon cher vicaire, je ne suis pas si bête que d’aller me compromettre pour un impertinent qui observe aussi peu ma loi ; d’ailleurs, c’est bien assez d’avoir été lanterné une fois ; le cœur ne m’en dit pas pour m’y exposer une seconde : là-dessus il le met dehors & lui jette la porte au nez.

Le Pape cheminoit tristement : S. Pierre en eut pitié & lui dit : que ne voyez-vous le S. Esprit.

Le Pape répondit je le veux bien, & S. Pierre lui ouvrit la porte d’une voliere, & le Pape y entra & vit un beau petit pigeon blanc perché sur un bâton à perroquet, avec des yeux mignons & un joli bec rouge, dont il se servoit pour éplucher de la soie à la Ste. Vierge.

Le Pape lui dit : Veni creator Spiritus.

Le petit pigeon lui demanda qui es-tu ?

Le Pape lui répondit : je suis votre interprète sur la terre, & graces à vos inspirations je suis infaillible.

Le petit pigeon lui dit : bonhomme, tu radotes, je ne te connois pas ; encore une fois, parles, qui es-tu ?

Le St-Pere répondit, Esprit-Saint ! je suis le Pape.

Le petit pigeon dit : tant pis pour toi ! mais que me veux-tu ?

Le Pape répondit : sans doute que vous avez entendu parler de l’Assemblée Nationale ?

Le petit pigeon dit : assurément, & beaucoup.

Le Pape répondit : je vous demande main-forte. Croiriez-vous qu’elle ne veut plus que mes évêques aient des palais, des maîtresses, & qu’ils mangent à deux, trois, quatre rateliers, plus ou moins.

Le petit pigeon dit : qu’est-ce que cela me fait ?

Le Pape répondit : mais on détruit mon empire ; elle m’a ôté mes annates, elle voudroit m’arracher tout mon temporel.

Le petit pigeon répondit : Eh bien ! qu’est-ce que cela me fait ? tant mieux !

Alors le Pape dit : si vous faites ce que je desire, & que vous m’aidiez à faire une contre-révolution en France, je vous donnerai la moitié du butin.

Le petit pigeon dit : Vade retro Satanas ; je vois bien que tu es parent du diable qui porta J. C. sur la montagne, Vade retro, te dis-je, Dieu me préserve d’ailleurs de cabaler contre cette Assemblée Nationale ; je me souviens trop bien de la nuit du 4 août & du décret sur les pigeons ; je n’ai point envie de me faire mettre du plomb sous la queue ; allons, pour la troisième fois : Vade retro Satanas, où je te chasse à coups de bec.

Alors, le Pape se mit à pleurer, & disoit en s’en retournant : Hélas ! c’en est fait, cette Assemblée Nationale est redoutée au ciel comme en la terre….

Il arrive au Vatican, où les Princes des Pretres l’attendoient.

Eh quoi ! lui disent-ils, faut-il vous désespérer ? n’avez-vous pas des suspenses, des interdits, des excommunications pour vos ennemis ; des indulgences, des Agnus, des chapelets pour payer vos soldats, & de la poudre de perlimpinpin pour jeter aux yeux de l’univers, pour qu’il vous croye comme jadis, le Roi des Rois, & »le maître souverain des empires.

Le Pape dit : vous avez raison, & il le mit à table & dina de bon appétit, car il avoit faim.

Sans auteur (attribué ultérieurement à Joseph Fiévée, alors imprimeur et journaliste, surtout connu par sa carrière sous l’Empire, comme agent de Napoléon puis préfet de la Nièvre)
Le Courrier des LXXXIII départemens,
n° 14, 14 mai 1791.

Nota bene : le texte original se trouve dans Retronews. Du fait de la qualité médiocre de la numérisation, aucun des quelques outils disponibles gratuitement en ligne n’était arrivé à en extraire le texte. C’est ChatGPT qui l’a fait, sans quasiment aucune erreur de transcription, ce qui est remarquable.

Quant à ce qui a motivé ce texte amusant, cf. ici.

Cliquer pour agrandir. Source : ChatGPT

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