Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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7 novembre 2026

Le droit des femmes


Image du texte original améliorée par ChatGPT
(la version scannée était trop mauvaise).

«— S’crongnieugnieu, lieut’nant, c’que ça signifie toutes ces foutaises que j’lis à chaque instant dans les journaux : l’droit des femmes ? C’qu’elles demandent, ces n… de D… d’femmes ?

— Mon colonel, les articles le disent, elles demandent…

— Je n’sais f… pas c’que c’est, n’lis jamais ces machines-là , s’ment d’après l’titre du… du machin, soupçonne qu’elles désirent avoir quèque chose, un droit, c’qui paraît, mais quel droit ?

— Elles voudraient avoir les mêmes droits que les hommes : être électeurs, ou électrices si vous préférez, être députées, sénatrices, avocates…

— C’ment ça ! c’ment ça ! c’qu’elles voudraient aussi entrer dans l’armée ?

— Heu…! elles y tiennent moins, mon colonel.

— C’est dommage, ça s’rait du propre ! Non, mais, lieut’nant, m’voyez-vous c’mander un régiment d’femmes !!…

— Pardon, mon colonel, c’est que si elles entraient dans le métier militaire, elles entendraient bien devenir colonelles, générales…

— Mais, s’crongnieugnieu ! d’après c’que vous dites, pour lors, il y aurait donc des femmes qui commanderaient des bataillons d’hommes ?

— Mais dame, mon colonel, si elles avaient les mêmes devoirs, les mêmes obligations à remplir, elles réclameraient, naturellement, les mêmes droits et les mêmes avantages.

— J’espère f… bien que l’gournement n’entendra pas de c’t’œil-là ! Qu’les femmes f… c’qu’elles voudront dans l’civil, ça m’est égal, mais dans l’armée ça d’viendrait une autre paire de manches !

— Dans le civil, c’est facile à dire, mon colonel, mais si après avoir obtenu le droit de voter, elles arrivent à se nommer députées, qui les empêcherait par la suite de devenir ministres… ministres de la guerre… !

— Ah ! s’crongnieugnieu ! lieut’nant, c’que vous m’f… là ! Qu’on leur accorde quelques p’tites foutaises de mon sac, bon, j’m’en f…! mais si elles veulent tout avoir, d’mande qu’on nous r’connaisse aussi les mêmes avantages qu’à elles ; d’mande des wagons d’hommes seuls pour commencer, qu’les femmes payent pour nous, qu’on nous f… les meilleures places au théâtre, qu’elles se battent avec les pierrots qui nous manqu’ront d’respect, et qu’nous puissions leur f… une paire de gifles quand elles sont malhonnêtes, comme nous le ferions s’il s’agissait d’un homme. Renversons les rôles tout à fait pendant que nous y sommes, qu’elles prennent donc tout, mais pour lors, nous, nous n’f… plus rien, nous nous f’rons nourrir, habiller, prom’ner… Elles viendront nous d’mander en mariage et nous offriront des bouquets ; elles terrasseront, construiront des maisons, allumeront les becs de gaz, distribueront les lettres, conduiront les voitures, et f… le camp à la pêche à la morue, pendant que nous nous baladerons avec des ombrelles. Et puis nous irons nous confesser à des prêtresses et nous nous laisserons détourner de nos devoirs par ces dames, pendant que la couenne de femme s’ra au tribunal à juger un gredin qui aura fait son épouse cocute. Ah ! s’crongnieugnieu ! ça s’ra drôle tout d’même quand un jeune homme courtisé de trop près dira à une demoiselle : « F…-moi la paix, cochonne, ou sinon j’appelle papa ! » Et puis il faudra changer des tas de chansons, maximes, proverbes et autres : ainsi, au lieu de :

Un soufflet de la main de Rose,
N’en dois-je pas être flatté ?

on chantera :

Le pied dans l’c… par Anatole,
N’en dois-je pas… etc.

Les pièces de théâtre s’en ressentiront, et on y entendra :

Les hommes, les hommes, il n’y a qu’ça !

Les femmes chouettes écriront : Ne battez jamais un homme, même avec une fleur, et pendant c’temps-là, les hommes f… des coups d’fer à r’passer sur la figure de leur moitié. On dira aussi : Ce qu’homme veut, Dieu le veut. À l’église, les femmes ôteront leur galurin et nous garderons le nôtre sur la tête, ça sera moins embêtant que de le tenir tout l’temps à la main et de ne savoir où le f… sans risquer de l’f… par terre. Ah ! s’crongnieugnieu ! je m’vois d’ici, quand j’irai au bal en tunique décolletée, f… des p’tits coups d’éventail aux d’moiselles qui essaieront, dans les p’tits coins, de m’dérober un baiser sur l’épaule, ou baisser pudiquement les yeux quand une dame chantera :

Arrête ! arrête, cocher !…
J’ai trois poils des yeux pris dans la portière…

Hein ! Bernard, c’que vous en pensez ?

— Mon colonel, vous poussez peut-être les choses… un peu loin.

— C’ment ça, un peu loin ? J’les pouss’rai où j’voudrai, n… de D… ! V’là qu’vous aussi v’s’êtes partisan du… du machin des femmes ! signifie ?

— Pardon, mon colonel, je m’en moque absolument, mais, sans avoir étudié sérieusement la question, je ne crois pas qu’elles demandent à pousser, ainsi que vous semblez le supposer, les choses à l’extrême.

— J’vous dis qu’si, s’crongnieugnieu ! quand les femmes demandent quèque chose, c’est généralement tout, et quand elles ont tout, elles ne sont pas encore complètement satisfaites. Ah ! mais c’est que j’les connais, moi, ces n… de D…-là !

— Je ne pense cependant pas qu’elles iraient jusqu’à exiger qu’on leur accorde les corvées et les choses désagréables.

— Ah ! oui, parbleu ! N’voudraient pas être croque-morts, gardes d’écurie ou ramoneurs : voudraient bien être militaires, mais pour être tout de suite capitaines au moins, trouveraient mauvais d’attraper Jules par l’oreille et d’lui passer la jambe. Ah ! s’crongnieugnieu ! j’leur en f…, moi, du métier m’litaire, oui ; la première qui arrive au régiment, j’la f… à l’ours pour une paille et, pour lui faire la main, s’ra tous les jours de corvée d’quartier.

— Mais encore une fois, mon colonel, je crois…

— Non, m’sieu, c’est une erreur, s’crongnieugnieu ! Et moi, si j’étais l’gouvernement, je n’leur f… rien du tout… dans leur intérêt ; sont très bien comme ça, et d’elles et d’nous, c’t’encore nous qui sommes les tourtes ; nous nous démanchons l’coccyx pour leur plaire, nous f’sons les cent coups, des bêtises, des dettes pour leur être agréables : d’mandons comme une faveur l’droit d’les épouser, d’leur faire des cadeaux, d’leur f… des voitures, des bijoux, des fleurs et des hôtels, font des façons pour accepter, nous font tirer la langue et, en échange, elles ne nous procurent que c’que nous leur procurons nous-mêmes après tout ! Si les hommes se f… en grève de… de machin, amour et tout ça, soupçonne qu’elles la trouveraient b…ment mauvaise. Pour lors, puisqu’elles grillent d’envie d’accepter c’qu’elles désirent, pourquoi donc sommes-nous assez jobards pour payer encore les frais et nous f… un mal de chien vraisemblablement à la chose ?

— Le fait est, mon colonel, que les femmes sont un peu comme l’ombre : « Courez après, elles vous fuient : fuyez-les, elles vous suivent. »

— Fait’ment, s’crongnieugnieu ! Maint’nant elles jouissent d’une masse d’avantages que nous leur accordons sous prétexte de galanterie.

Dans l’fond, galanterie, savez, lieut’nant, ça n’va jamais sans une arrière-pensée de… d’la chose, pour que les femmes se disent en elles-mêmes : N… de D… ! bien galant, c’monsieur-là, j’m’entorcherais volontiers l’bec !

— C’est là, mon colonel, ce qui a sans doute fait dire que : Tout homme a dans le cœur un cochon qui sommeille.

— N’m’étonnerait pas, s’crongnieugnieu ! Pour lors, j’disais donc que par galanterie, on leur f… les meilleures choses à table, qu’on les sert les premières de peur de les faire attendre, qu’on leur donne les meilleures places pour qu’elles voient mieux ; les meilleurs sièges, pour qu’elles ne s’éreintent pas l’croupion ; on les traîne en voiture pour qu’elles ne se fatiguent pas :;dans les rues, histoire de les flatter, on ne leur parle que le chapeau à la main, risque à s’enrhumer pendant qu’elles, elles gardent leur n… de D… d’machin. À l’église, nous nous découvrons : elles, elles s’en f… ! Jusqu’au bon Dieu qui leur fait des politesses, c’t’à crever d’rire ! L’pape est plus difficile, il ne r’çoit pas les femmes en chapeau !

Un homme vous fait une sottise, vous lui f… une giffle ; si c’est une femme, il ne faut rien dire, et encore moins lui f… une danse.

— Ça ne serait pas très brave, mon colonel, car une femme est toujours plus faible.

— Oui, mais elles abusent de la s’tuation, alors ça d’vient une lâcheté. T’nez, lieut’nant, moi qui vous parle, j’ai connu un individu qui poussait la galanterie comme ça, jusqu’à n’pas vouloir s’ment toucher à sa femme, même avec un gourdin ; c’était un homme très chatouilleux sur la machine d’honneur et tout ça.

Un jour, il rentre chez lui à l’improviste, et il trouve sa femme dans les bras d’un pierrot qui, voyant l’mari, f… l’camp par la f’nêtre sans d’mander l’heure qu’il pouvait bien être au canon du Palais-Royal.

— N… de D… ! dit c’t’homme qui n’avait pu s’y tromper, c’que ça signifie, madame, vous profitez d’mon absence pour m’faire cocu !

— Dame ! répond l’autre avec aplomb, je n’pouvais c’pendant pas choisir le moment où tu étais là, tu t’y serais opposé !

— Vous avez d’la chance d’être une femme, répond c’te tourte : je suis un homme… je ne vous toucherai pas, mais si un homme m’avait joué ce tour-là, j’vous prie d’croire que j’lui aurais caressé les côtes.

M’avouerez, lieut’nant, qu’quand les femmes sont l’objet de tant d’égards, c’est b…ment suffisant, »et qu’c’est d’l’exigence d’en d’mander plus. Aussi l’droit des femmes, vous savez… Mon sac !

Charles Leroy (1844-1895), Histoires du colonel Ramollot : aventures et araignées, boutades et joyeux récits. 13. Paris, 1885-1899. Source.

30 octobre 2026

Un choix cornélien ? Non, l’évidence même.
A difficult dilemma? No—it’s perfectly obvious.

Classé dans : Actualité, Peinture, dessin, Politique, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 19:47

Cliquer pour agrandir. Source : ChatGPT.

English version here

Les récentes élections législatives en Israël n’ont accordé la majorité (61 sièges ou plus) à aucun des deux principaux groupes parlementaires – ni à celui de la droite et des extrêmes-droites ultra religieuses et ultra nationalistes mené par l’éternel titulaire du poste de premier ministre (suivez mon regard) qui a obtenu 53 sièges, ni à celui de la gauche, qui a obtenu 48 sièges.

Si l’un de ces deux groupes veut obtenir la majorité, il devra s’allier au troisième groupe, arabe, qui a obtenu bien moins de voix – 19 – mais fera largement la balance.

Pour le moment, la gauche (la droite n’en parlons pas) ne veut pas s’allier aux Arabes, mais si l’on espère, si l’on souhaite qu’enfin Juifs et Arabes vivent non seulement côte à côte, mais ensemble, paisi­blement et se respectant mutuel­lement, en dialoguant et en coopérant, une telle alliance est vitale pour le pays, et non pas uni­quement pour les ambitions poli­ticiennes des élus.

Auquel cas, le bloc arabe sera de toute façon au pouvoir, alors pourquoi ne pas choisir un premier ministre en son sein ?

Click to enlarge. Source: ChatGPT.

The recent legislative elections in Israel did not grant a majority (61 seats or more) to either of the two main parliamentary blocs—neither to the one comprising the right and the ultra-religious, ultra-nationalist far-right, led by the perennial prime minister (you know whom I refer to), which secured 53 seats; nor to the one on the left, which won 48 seats.

If either of these two groups wishes to attain a majority, it will have to form an alliance with the third group—the Arab bloc—which, despite receiving far fewer votes (19 seats), will effectively hold the balance of power.

For the time being, the left (to say nothing of the right) is unwilling to form an alliance with the Arab bloc. Yet, if one truly hopes and desires that Jews and Arabs might finally live not merely side-by-side, but together and in peace and mutual respect—engaging in dialogue and cooperation—then such an alliance is vital for the country, and not merely for the political ambitions of those elected.

In that scenario, the Arab bloc would effectively be in power; so, why not choose a prime minister from within its own ranks?

29 octobre 2026

Un ou plusieurs verres de trop…

Classé dans : Langue, Peinture, dessin, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 23:37

Cliquer pour agrandir. Source : ChatGPT.

«L’un des deux devins vint avec vingt verres de vin. C’était un geste vain, mais il ne le savait pas encore, ce qui, pour un devin, constitue une lacune professionnelle assez gênante.

Il avait pourtant tout prévu, à l’exception de ce qui allait arriver. Le second devin, lui, l’avait vu venir de loin, vingt verres de vin, ça ne passe pas inaperçu, mais par politesse, ou par flemme, il n’avait rien dit. Dans le métier, on appelle cela la déontologie.

« Tu m’attendais ? demanda le premier.
— Depuis mardi, répondit le second. Mais je n’ai pas osé te prévenir : tu m’aurais dit que tu le savais déjà. »

Le premier hocha la tête avec la dignité de ceux qui ont été devancés. Il posa les verres sur la table, un par un, en les comptant à voix basse, car même un voyant sait qu’on ne prédit rien de fiable au-delà de dix-sept.

Le problème, c’était que le second devin ne buvait pas. Il avait vu, dans le marc de café d’une vie antérieure, que le vin lui serait fatal ou, à tout le moins, désagréable. On ne discute pas avec une prémonition, surtout quand elle sent le bouchon.

« Je t’avais pourtant prévenu de ne pas m’apporter du vin, dit-il.
— Tu ne m’avais rien dit.
— Je te l’ai fait comprendre par signes.
— Quels signes ?
— Ceux que tu n’as pas vus. »

Un silence s’installa, de ceux que les devins affectionnent car ils leur évitent de se tromper. Les vingt verres restèrent là, alignés, gorgés de soleil et d’inutilité. Quelque part, un vin de qualité soupira.

Finalement, le premier devin les but tous, un à un, avec le calme des vaincus. Le second le regarda faire et nota mentalement que cela finirait mal. Ce qui, pour une fois, se vérifia dès le lendemain matin.

»On en tira une leçon, que personne n’avait prévue : mieux vaut apporter un seul verre, et le bon. Mais ça, aucun des deux ne l’avait vu venir.

Claude

Les hallucinantes hallucinations dictionnairiques* de ChatGPT

Classé dans : Langue, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 18:18

Cliquer pour agrandir. Source : ChatGPT.

La colonne de gauche de l’image ci-dessus est un extrait du Dictionnaire universel françois et latin…, publié en 1752 (source), dont on avait produit le précédent billet.

Les deux colonnes suivantes sont le produit de ChatGPT à qui on avait demandé de redresser l’image en sorte que les lignes soient parfaitement horizontales.

Comme on peut le constater à première vue, leur texte n’a rien à voir avec l’original ; quant à l’en-tête de la colonne, il ne veut rien dire.

Mieux (ou pire) : le texte de ces deux colonnes n’existe nulle part ailleurs, c’est une curieuse fabrication de ChatGPT… : la première, respectant la typographie de l’original, semble être un extrait de la définition de « missionnaire », alors que la seconde, en typographie contemporaine, définit « amour propre ».

Les deux autres IA testées n’ont pas déliré, mais leurs résultats laissaient beaucoup à désirer :

Cliquer pour agrandir. Sources : VisualGPT et Google Flow.

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* Cf. ici.

27 octobre 2026

Alors, cheveux longs ou courts ?

Classé dans : Histoire, Peinture, dessin, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 18:33

Cliquer pour agrandir. Source : ChatGPT

Le texte ci-dessous est extrait du Dictionnaire universel françois et latin…, publié en 1752 (source). On y a actualisé la typographie et l’orthographe pour en faciliter la lecture.

«C’était un grand ornement parmi les Gaulois que d’avoir de grands cheveux, & de-là vient que la plus grande partie des Gaules s’appelait Gallia comata. C’est pour cela que ceux qui quittaient le monde pour se retirer dans les cloîtres, se faisaient raser les cheveux, pour montrer qu’ils renonçaient à tous les ornements mondains; & qu’ils faisaient vœu d’une sujétion absolue à leurs Supérieurs. Aussi J. César lorsqu’il conquit les Gaules, faisait abattre les cheveux des Gaulois en signe de soumission ; Ovide le dit à sa Maîtresse, qui se servait de faux cheveux :

Maintenant la Germanie t’enverra des cheveux d’esclaves ;
Une nation soumise se chargera de ta parure.
Nunc tibi captivos mittet Germania crines.
Culta triumphatae munere gentis eris.

On imposait aux vaincus la nécessité de se faire tondre, pour marque qu’ils étaient subjugués ; & c’est apparemment d’où est venue cette expression, il a été tondu, en parlant d’un homme qui est déchu de quelque prétention : & cette autre, je veux qu’on me tonde, qui est une peine qu’on s’impose, en cas que la chose qu’on affirme ne soit pas véritable. La raison est qu’on regardait comme une honte d’être tondu. M. Auboux, dans sa véritable Pratique civile & criminelle, dit, qu’apparemment cette manière de parler est venue de ce qu’autrefois, quand un Magistrat trouvait un Clerc qui n’avait ni l’habit convenable à son état, ni la tonsure cléricale, il le faisait tondre.

Vers l’an 428, Clodion introduisit dans la famille Royale seulement la coutume de porter les cheveux longs ; mais à la réserve des Princes tous les hommes portaient les cheveux courts, de sorte qu’ils ne leur venaient qu’un peu au-dessous des oreilles. Greg. de Tours, Hist. Fr. L. III. c. 18. L. VI. c. 24. L. VIII. c. 10. Agathias en parle plus particulièrement dans son premier Livre. C’est la coutume des Rois des François, dit cet Auteur, de ne se faire jamais couper les cheveux. Leur chevelure qui descend toute sur les épaules a fort bonne grâce. Les cheveux de devant se partagent sur le front, & se rejettent des deux côtés. Leurs cheveux ne sont point mal en ordre, & mal propres, comme ceux des Turcs & des Barbares, ni liés & cordelés tout ensemble sans grâce & sans agrément, mais ils ont différentes manières de les tenir propres, & en ont un très- grand soin. Au reste, c’est chez eux un privilège de la famille Royale ; car leurs sujets les coupent en rond, il ne leur est pas permis de les porter longs. Hotman traite de ce droit des Rois de France, c. 11, Franco-Galliae. Voyez aussi les Notes de Savaron & celles du P. Sirmond sur l’épître 2. du Livre I de Sidonius Apollinaris. Couper les cheveux à un fils de Roi de France sous la 1e race, c’était le déclarer déchu de la succession à la couronne, & le réduire à la condition du sujet. P. Daniel, T. I. p. 83.

Dans le onzième siècle ceux qui se piquaient de bonne grâce laissaient croître leurs cheveux, qui leur descendaient jusques à la ceinture par grosses boucles. Godefroy Evêque d’Amiens y trouva de l’indécence & de la mollesse. Il refusa le jour de Noël la communion à ceux qui se présentaient ainsi à la sainte Table, & rejeta leurs offrandes, ce qui les obligea à faire couper leurs cheveux sur le champ ; & la coutume cessa. Dans le VIIIe siècle les personnes de qualité faisaient couper les premiers cheveux à leurs enfants par d’autres personnes qualifiées, qui étaient appelées pour cela les Pères spirituels de ces enfants. Ainsi Charles Martel envoya son fils Pépin à Luitprand Roi des Lombards, afin qu’en lui coupant les cheveux, selon la coutume, il devint son Père spirituel. Cette coutume était plus ancienne. L’Empereur Constantin envoya au Pape les cheveux de ses fils Justinien & Héraclius ; pour lui témoigner, selon la coutume de ce temps-là, qu’il désirait qu’il leur tint lieu de Père, & qu’eux lui obéissent & l’honorassent comme ses enfants. C’était un témoignage bien authentique du respect qu’il portait au Pape. Godeau.

On attribue au Pape Anicet la défense pour les Clercs de porter de grands cheveux, mais elle est plus ancienne dans les Eglises d’Occident ; & l’Epître où ce Décret se lit aujourd’hui a été écrite longtemps après la mort de ce Pape. La tonsure Cléricale est rapportée par S. Isidore de Séville à la Tradition Apostolique, en quoi il est suivi par plusieurs Auteurs.

Les cheveux longs ont été si odieux autrefois, qu’il se trouve un Canon de l’an 1096. portant que ceux qui auront de longs cheveux seront exclus de l’entrée de l’Eglise pendant leur vie, & qu’on ne priera point Dieu pour eux après leur mort. Nous avons dit ci-dessus ce que fit un Evêque d’Amiens. Luitprand a fait une furieuse déclamation contre l’Empereur Phocas, qui portait de longs cheveux, comme les Empereurs d’Orient ; à la réserve de l’Empereur Théophile, qui étant chauve crut effacer cet opprobre de dessus sa tête, en ordonnant à ses sujets de raser leurs cheveux, pour ôter la différence qui le choquait. S. Paul, en recommandant aux femmes le soin de leurs cheveux, ajoute à l’égard des hommes, qu’il est contre nature de les nourrir. On ne comprend pas bien la raison de ces défenses, de porter des cheveux ; puisqu’ils paraissent un des plus beaux ornements de l’homme, & non pas une superfluité de la nature. Sans doute que la nature dans le passage de S. Paul signifie la coutume. En 1650 un Professeur d’Utrecht agita la question, s’il est permis aux hommes de porter de longs cheveux. Un Théologien, nommé de Reves, qui avait écrit pour l’affirmative, lui répliqua. Pasquier dit qu’en son jeune âge tout le monde portait de longs cheveux, à la réserve des Moines. Le Roi François I ayant commencé à porter des cheveux courts, pour la raison rapportée ci-dessous, les Prêtres mêmes se firent tondre : ce qui eût été auparavant trouvé de mauvais exemple, comme dit le même Auteur. L’offre qu’ils font à Dieu de leurs cheveux, quand ils font des vœux, est une marque qu’ils se donnent à lui en perpétuelle servitude. Corneille dit d’un grand Capitaine, J’aime en lui ses cheveux tout couverts de lauriers.

Les cheveux longs furent donc à la mode sous la première race de nos Rois. Le Roi les portait très-longs, ses parents de même, & la Noblesse à proportion de son rang & de sa naissance. Le peuple était plus ou moins rasé. L’homme serf l’était tout-à-fait ; l’homme de pote ou poëste ; c’est-à-dire, l’homme payant tribut ne l’était pas entièrement. Pépin & Charlemagne méprisèrent les cheveux longs. Charlemagne les portait courts, son fils encore plus : Charles le Chauve n’en avait point. On commença sous Hugues Capet à les porter un peu plus longs. Cela déplut aux Ecclésiastiques : on excommunia ceux qui laissaient croître leurs cheveux. Pierre Lombard en fit si grand scrupule à Louis le Jeune, que ce Prince fit couper les liens. Les autres Rois jusqu’à Louis XIII ne les ont portés que fort courts. Les cheveux de S. Louis, de Charles V, de Louis XII, tels qu’on les voit dans leurs portraits, & sur leurs médailles, ou monnaies, ne passent pas le milieu du cou. François I ayant été blessé à la tête par Montgommeri, les Médecins lui firent couper les cheveux. Sur son exemple tous ses sujets quittèrent leur chevelure ; chacun porta longue barbe, & fit couper ses cheveux : ce qui auparavant était une ignominie. Pasq. Sous Louis XIII, la mode changea ; comme il aimait fort les cheveux, on lui fit plaisir de les porter longs. Le Gendre. Voyez aussi Thiers, Traité des Perruques. L’an 1460, le Duc de Bourgogne fut grièvement malade, & de telle sorte que l’on désespéra de sa santé ; pour laquelle assurer les Médecins lui conseillèrent de permet tre que sa longue perruque lui fût abattue. Ce qu’ayant été fait, tous les Courtisans, (sauf le Prince & quelques grands Seigneurs) & »le peuple en firent autant, & fut mis en usage de ne porter les longs cheveux» Gollut. Mém. de Bourg. L. X. c. 81.

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