Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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23 septembre 2014

Quand l’amour chamboule tout, ou, Ce n’est pas vraiment de l’hébreu pour moi

Classé dans : Judaïsme, Langue, Photographie — Miklos @ 0:13


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.מַיִם רַבִּים לֹא יוּכְלוּ לְכַבּוֹת אֶת הָאַהֲבָה וּנְהָרוֹת לֹא יִשְׁטְפוּהָ
(שיר השירים ח’ 7-6)

Un œil à peine indiscret pouvait remarquer un tatouage en hébreu s’étendant tout au long de la colonne vertébrale (ou de sa partie visible, du moins) d’une jeune femme qui allait faire ses courses au supermarché du coin.

Un œil un peu averti aurait réalisé que les mots qui s’y succédaient provenaient du Cantique des cantiques.

Si l’on veut restituer pour le lecteur non averti ce qu’exprime ce tatouage en faisant appel à la traduction de Sébastien Castellion, voici ce que cela donnerait : « Amour noyer puissent qui rivières ni, éteindre puisse qui eau ni a n’y il. »

En fait, la dite dame (ou son tatoueur) n’avait sans doute pas réalisé que l’hébreu s’écrit de droite à gauche, non seulement en ce qui concerne le sens de l’écriture des lettres qui constituent les mots pris individuellement, mais celui des mots dans les phrases : ici, ces derniers sont écrits de gauche à droite.

Et donc, si vous souhaitez vraiment savoir ce que dit ce beau verset (VIII:7), lisez la traduction ci-dessus à l’envers (ou de bas en haut, en ce qui concerne l’original). Indice : Omnia vincit amor (qui peut se lire dans tous les sens).

28 juillet 2014

Ha ! ha !

Classé dans : Langue, Lieux, Littérature, Peinture, dessin — Miklos @ 2:59

Les Québécois, et surtout les Louisiens d’entre eux, ne souriront même pas à la lecture de ce titre (pour autant qu’il y ait un Québécois qui le lise) : il leur évoquera sans nul doute Saint-Louis du Ha ! Ha !, petite municipalité de quelque 1 300 habitants – les Louisiens en question – du Témiscouata (vous êtes bien avancés, hein ? allez, cliquez ici), non loin de deux petites villes, Trois-Pistoles et de Rivière-du-Loup, toutes deux situés sur la rive sud du Saint-Laurent. À une vingtaine de kms de Trois-Pistoles se trouve aussi une des baies du Ha ! Ha ! (parce qu’il y en a plusieurs).

Si je suis passé il y a bien des années par ces trois bourgades, ce n’était qu’à cause de leurs noms, et surtout pour ce Ha ! Ha ! là. C’est une raison comme une autre, et c’est ce qui m’avait aussi fait passer à la même époque par Odessa, pas celle d’Ukraine (où ma mère est née et que j’aurais aimé voir, mais les circonstances…) mais celle de l’État de New York. Soit dit en passant, il y a plus d’une douzaine d’Odessa aux US, dont deux dans le seul État du Dakota du Nord, et une quinzaine de Paris (je ne compte pas dans le lot les New Paris), et si vous cherchez des localités aux noms réellement originaux, il y a bien Truth or Consequences dans l’État du Nouveau-Mexique.

Ce que je viens d’apprendre c’est qu’il existait à Paris une rue du Ha-Ha (l’actuelle impasse Guéménée). Voici ce qu’en dit Henri Sauval, dans son fameux Histoire et recherche des antiquités de la ville de Paris :

«La rue du Ha-ha est un cul-de sac-qui n’est guère moins beau que la rue de la Cerisaie, mais qui a encore trompé bien plus de monde qu’elle : car il est long, large, rempli de portes cochères, et comme il est placé dans la rue St Antoine à côté de la Place Royale, une infinité de personnes y ont été attrapées, pensant y aller par là; et parce qu’en ces sortes de surprises, et lorsqu’on trouve tout le contraire de ce qu’on s’est imaginé, aussitôt on s’écrie, ha ha.

On tient que c’est ce qui est cause que le peuple lui a donné ce nom. II est certain qu’elle faisait autrefois partie de l’Hôtel des Tournelles ; on y montre encore la salle où mourut Henri II du coup de lance qu’il reçu en joutant contre Montgommery à la rue St Antoine :» et dans ce logis-là même où se voit cette salle, est mort il y a quelques années Claude Mydorge, l’un des premiers mathématiciens de notre temps.

Le haha désigne aussi, en français comme en anglais, une « ouverture exé­cutée dans un mur de clôture, avec un fossé au dehors, pour prolonger une pers­pective ou dégager une vue » (TLFi) ; c’est sans doute la raison pour laquelle on trouve, ou trouvait, une allée du haha dans des parcs, à l’instar de celui du château de Sceaux (selon le Dictionnaire historique de la ville de Paris de Hurtaut et Magny, 1779) ou une allée des hâ-hâ (ou Ha ! Ha !) dans les jardins du château de Versailles, voire une rue qui porte ce nom à Londres (cf. photo à droite, cliquer pour agrandir).

Pour finir, on citera le Poème à crier et à danser de Pierre Albert-Birot (1876-1967) :

(source : Robert Sabatier, Histoire de la poésie du XXe siècle. Révolutions et conquêtes.)

15 juillet 2014

Fyestas i alegriyas sefaradis

Classé dans : Actualité, Cuisine, Danse, Judaïsme, Langue, Musique, Photographie, Théâtre — Miklos @ 15:22


Lina Lisa

Cette joyeuse manifestation, organisée par Aki Estamos – Les Amis de la Lettre Sépharade, vient d’avoir lieu à Paris. Au programme, des ateliers de danse, de chant choral, de musique, de théâtre, de langue, de conversation, de cuisine et de culture.

Quelques photos prises sur le vif témoignent de la bonne humeur dans laquelle ont baigné des plus petits au plus grands et comprennent aussi des recettes de délices réalisés sur place.

Paris, Île de France en Chine

Classé dans : Actualité, Langue, Médias — Miklos @ 10:58


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Notre Tour Eiffel nationale, on le sait, n’a de cesse de faire des émules – ou plutôt des copistes – qui en font des répliques de toute taille, depuis celles de quelques centimètres de haut que l’on peut difficilement résister à acheter aux nuées de vendeurs à la sauvette qui pullulent entre les pieds de l’original jusqu’aux plus grandes, le pompon revenant à celle de Las Vegas (50 % de la taille de la vieille dame).

Mais on ne peut passer sous silence une de celles que les Chinois ont construites en Chine, bien qu’elle ne fasse que 108 m. de haut, puisqu’ils l’ont érigée dans un quartier de maisons haussmanniennes. La source de cette information (intéressantes photos à l’appui) qui date de 2012 indique que ce « projet urbain » s’intitule Tiandu Cheng dans la province du Zhejiang.

On sera ravi d’apprendre que les Chinois ont probablement changé depuis et le nom de la ville et celui de la province en « Paris, Île de France », en parcourant le fil des informations quotidiennes de Google de ce matin, qui situe « Paris, Île de France » aussi en Chine.

Les Chinois font fort : s’il y a plus d’une vingtaine de villes nommées Paris aux États-Unis (dont deux rien qu’au Wisconsin) – sans parler des variantes New Paris (trois), South Paris, West Paris et j’en passe –, on n’a pas encore trouvé d’Île de France en Amérique.

Il y a fort à parier que cela ne saurait tarder.

9 juin 2014

Un bon coup, pour le coup

Classé dans : Langue, Littérature — Miklos @ 19:53


(Source)

« Les négociants, les gens d’affaires disent qu’ils ont fait un bon coup, un beau coup, lorsqu’ils ont fait un marché, une négociation dont ils retirent beaucoup d’avantage ou de profit. Des voleurs disent qu’ils ont fait un bon coup, quand ils ont dévalisé des voyageurs, c’est-à-dire, un coup qui leur est profitable. » (Charles Nodier et Victor Vergé, Dictionnaire universel de la langue française, 6e éd., 1833.)

Contrairement à ce qu’en pensent certains, la locution du coup n’est ni un néologisme, ni un barbarisme. Le Trésor de la langue française en donne ainsi le sens et un exemple d’un auteur qui n’est ni des moindres ni né de la dernière pluie :

Du coup. À la suite de quoi :

… les hasards d’une conversation avec sa mère l’amenèrent à en faire l’aveu, et le lièrent ainsi à une fantaisie de gosse, qu’il eût si facilement abandonnée, qu’il était du coup dans l’obligation de poursuivre. Aragon, Les Beaux quartiers,1936, p. 239.

et permet de ne pas le confondre avec :

Du même coup. En conséquence de quoi. Synon. par voie de conséquence :

Lorsque toutes mes créatures vivront, que j’aurai donné tout mon fruit, qu’il ne restera plus que de me répéter, alors peut-être, s’il est temps encore, songerai-je sérieusement à désarmer le dieu impitoyable de M. Singlin et de la tante Sainte-Thècle, et éviterai-je du même coup d’écrire, à la fin de ma carrière, d’aussi mauvaises tragédies que celles du vieillard Corneille. Mauriac, La Vie de Jean Racine,1928, p. 64.

ni avec Du premier coup, D’un coup, Pour un (ou le) coup, etc. Un peu casse-cou, mais on s’y retrouve finalement.

Pour en revenir à Du coup, on en a trouvé aussi des usages un siècle avant Aragon, dans La Nuit du meurtre, drame en cinq actes d’Albert et de Labrousse, représenté pour la première fois à Paris sur [sic] le théâtre de l’Ambigu-Comique, le 3 août 1839. Mathurin (un jeune paysan) dit à Thérèse (paysanne, nièce de Jérôme, ce dernier intendant de Launay, un riche propriétaire – vous suivez ?) :

Quand j’aperçois ça, je vous fais un bond de joie… que du coup… je vous envoie cet animal de sergent… les quatre fers en l’air, au milieu de la salle.

Si vous vous demandez ce qui l’a fait bondir à ce point, eh bien c’est d’avoir tiré un bon numéro à une loterie destinée à sélectionner les jeunes conscrits pour un service de huit ans dans la milice, tandis qu’il envisageait d’épouser Thérèse sur le coup.

Sauf que le malheureux s’était trompé : il croyait avoir tiré le numéro 61, or c’était le 19, et la limite étant 20… Un mauvais coup, pour le coup !

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