Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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18 septembre 2013

Life in Hell: My Tailor Is Rich

Classé dans : Actualité, Cuisine, Langue, Musique — Miklos @ 21:01


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Spirou, qui – comme on le voit – s’habille avec une élégance unmistakably British, a décidé d’accorder une égale attention au développement de ses talents oratoires dans la langue de Chaucer et de Marlowe. Akbar, qui – comme on le sait – est plutôt conversant dans celle des descendants des Pères pèlerins, lui propose donc de ne plus converser qu’en anglais tout en tâchant d’éviter la controverse purement linguistique qu’évoquent ci-dessous Ginger Rogers (dont le prénom ne manque d’évoquer la couleur des cheveux de Spirou) et Fred Astaire (qu’Akbar se garde bien d’imiter pour ne pas se casser la g…..). Dorénavant : pas d’exceptions.

Ah ! quelle chance ! c’est aujourd’hui dimanche. Ils vont déjeuner au restaurant de la mamma aux manières accortes. En entrant, Akbar demande la carte en anglais pour Spirou, « parce qu’il ne parle pas un mot de français ». Spirou almost falls back from surprise et regarde Akbar avec des yeux mi-écarquillés mi admiratifs (sans loucher pour autant). How dares he? pense-t-il in peto.

Ils s’asseyent à la meilleure table, d’où l’on voit le joli paysage – le lac, les canards quand il y en a ailleurs qu’au menu, les enfants qui s’égayent dans le bassin à l’eau croupie parmi les immobiles mobiles musicaux, les touristes qui contemplent les alentours au travers de l’image que leur renvoie leur tablette tenue à bout de bras et les nuées de voleurs à la tire – sans avoir à grelotter du froid qu’il fait dehors en cette journée d’été pourtant radieuse. Quelle météo pourrie !, se dit Akbar en pensant à Madame de Sévigné.

Le cowboy mexicain s’approche, et, dans un anglais dont la qualité ne manque de surprendre Akbar, prend aisément la commande de Spirou, qui est malgré tout dans ses petits souliers : dès qu’elle (le cowboy) s’éloigne, il demande anxieusement à Akbar : But what if she finds out that I speak French? Puis c’est au tour de la danseuse de s’approcher. Là aussi, ébahissement pour Akbar, il (la danseuse) maîtrise quasiment aussi bien l’anglais que sa collègue (le cowboy, vous suivez ?). Quant au grand-père, il n’est pas de reste, et s’étonne seulement de voir Akbar en ce jour de repos dominical.

Quelques jours plus tard, Spirou délivre devant sa classe émerveillée la vraie recette du pain perdu en un anglais plus que parfait, tout en se gardant bien de lui donner sa dénomination fort vulgaire de French Toast, ils ne sont tout de même pas chez MacDo (pour cette fois).

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

17 septembre 2013

Mots tombés dans ma passoire

Classé dans : Langue — Miklos @ 0:00


Source : Louis Sallentin, L’Improvisateur français, t. 19. Paris, 1806.
(À propos de ce recueil et de son auteur, cf. ceci. Et à propos de la citation de Voltaire, on pourrait rajouter que la faiblesse, elle, sied bien aux zéros.)

En passant mon houssoirPetit balai de plumes ou de crins employé
pour épousseter les pièces d’ameublement. (TLFi)

(Plus doux qu’une ramassoirePelle à balayures en fer. (TLFi),
C’est de l’époussetage mon accessoire),
Sur mon dressoir,
J’y ai trouvé ces citations, un soir.
J’ai pris mon plus beau traçoir
Pour vous les livrer sans surseoir
Non pas, Dieu préserve, comme repoussoir,
Mais pour votre plus grand plaisir. Bonsoir !


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7 septembre 2013

Deux semaines de lecture

Classé dans : Langue, Littérature, Livre — Miklos @ 9:13

««««« Jonas Jonasson : Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire. Trad. du suédois. [Très bien tricoté et enlevé ; seule réserve, la traduction, parfois maladroite]

««««« Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard. Trad. de l’italien. [En cours]

««««« François Mauriac : Le Sagouin. [Concis, essentiel, tragique].

««««« Shmuel T. Meyer, Un nouvel an de pierres. [Un peu trop tarabiscoté et sans doute moins compréhensible pour les non-initiés ; de circonstance, vu la période du calendrier juif !]

««««« Michaël Sebban, La Terre promise, pas encore. [Très bien écrit et enlevé, soulève des questions importantes qui me parlent particulièrement.]

««««« Anne Sinclair, 21 rue La Boétie. [Intéressant, mais écriture moyenne]

««««« Leonard Q. Ross [Leo Rosten], The Education of H*Y*M*A*N K*A*P*L*A*N. [Feu d’artifice linguistique, vision humoristiquement chaleureuse de nouveaux immigrants tâchant vainement d’apprendre la langue]

««««« Jacqueline et David Kurc, Humour Yiddish – Yidisher Humor – יידישער הומאר . [Génial pour apprendre la langue tout en riant, même aux vitsn les plus connus. Lecture en cours]

««««« Alexandre et Lev Shargorodsky, Café Rome. Trad. du russe. [Lecture en cours, humour assez lourd]

««««« David Grossman, Duel à Jérusalem. Trad. de l’hébreu. [Merveilleuse description d’une amitié entre un enfant de 12 ans et un retraité de 75 ans par l’auteur de L’enfant zigzag, autre perle si sensible au monde de l’adolescence. Excellente traduction – comme toujours – de Sylvie Cohen]

3 septembre 2013

À cause d’un mot…

Classé dans : Architecture, Cinéma, vidéo, Langue, Littérature, Livre — Miklos @ 23:51

Ode à soi-même

D’une île perdue dans l’océan vaste,
Et peuplée d’une étrange caste,
Le sérieux dynasteSouverain dirigeant un petit pays ou gouvernant sous la protection d’une grande puissance.
– c’est après tout un agelastePersonne qui ne sait pas rire. –,
Vigoureux tel un pancratiasteAthlète lourd à la musculature particulièrement développée.,
A pêché un immense sébastePoisson comestible et savoureux, voisin de la rascasse..

La proie pesait au moins un lastePoids (deux tonneaux). !
Elle pourra, se dit-il alors, servir de ballast
Pour mon prochain vol en ballon vers Belfast.
Il l’assomme avec son basteMasse, gros marteau.
Et la fourre dans sa banastePanier, corbeille..

Enthousiaste,
Il hésite : faire un podcast
Ou appeler un ami cinéaste
(qui se trouve être aussi bédéaste)
Afin de lui faire relater cet exploit avec faste
Et d’en faire une diffusion mondiale en multicast.

L’ami, bien que parrèsiasteCelui qui pratique le dire-vrai.,
Par peur de trop faire sonner les oreilles pourtant si peu chastes
De ce robuste gymnaste,
Et susciter ainsi de sa part une réaction néfaste,
Le traite poliment d’orchidoclasteTestifrange..

Notre tyran, fameux scoliasteÉrudit qui annote ou commente un auteur et son œuvre, de quelque époque que ce soit.
(Notamment de l’Ecclésiaste),
Comprend l’insulte et rétorque d’un mot d’un seul : « Baste ! ».
Et, à ses heures bucoliasteAuteur de poèmes bucoliques.,
(Avouez-le, drôle de contraste),
Décide d’être son propre encomiasteCelui qui compose, qui écrit, ou qui prononce l’éloge de quelqu’un. :

« D’une île perdue dans l’océan vaste… »

À la réception d’une invitation à la projection exceptionnelle du film L’Orchidoclaste de Laetitia Masson consacré à l’architecte Rudy Ricciotti, je n’ai pas manqué d’être interloqué par son titre. Une brève recherche m’en a fourni le sens amusant (on en a donné ici un synonyme dérivé, lui, du latin*), et, voulant en déterminer l’auteur, j’en ai recherché les occurrences dans Google Books.

On en trouve quatre, au 20e siècle, dont trois dans les années 1990 avec l’extrait à l’appui, qui ne montre qu’un usage sans en indiquer l’origine, et une quatrième, fort curieuse : Le Sagouin de François Mauriac (1975), sans extrait : non seulement ce mot ne me semblait pas correspondre au vocabulaire de Mauriac, mais cet usage solitaire, une quinzaine d’années avant les trois autres, me semblait aussi suspect.

Après m’être dit que j’irai consulter l’ouvrage dans une bibliothèque de quartier, je vérifie tout de même mon catalogue personnel, et oh, surprise !, je détiens l’ouvrage, dans une édition antérieure, de 1970. Il a en fait été écrit en 1951…

Je feuillette d’abord ce court roman, de la première à la dernière page, et n’y trouve pas le mot en question. Mais mes yeux s’arrêtant sur quelques phrases ici et là, je le reprends du début pour le lire, et oh, surprise !, c’est un chef-d’œuvre. À défaut du roman lui-même, court, incisif, perceptif, tragique, que je ne peux que recommander très vivement,– âmes sensibles s’abstenir –, on trouvera ici une analyse et la synopsis du texte.

Ah, j’oubliais ! Si vous y voyez le mot en question, soyez gentil, dites-moi où il s’y trouve.

_______________________

* Et, selon Google Books, présent dans un ouvrage dans lequel on ne s’attendrait pas à le trouver, De l’Hospital des incurables à l’Hôpital Laennec, 1634-2000 : une histoire de la médecine à la veille du troisième millénaire, textes réunis par Alain Dauphin et Marc Voisin (on se demande ce que vient faire le nom de Chantal de Singly dans les informations plus que succinctes qu’en donne Google Books), et surtout au vu de l’extrait qu’ils affichent : « Comme Céline, il avait horreur du langage recherché fait de néologismes grecs. Comme Mathey, il était adversaire d’Amyot, admirateur de Rabelais : Pour être compris, à orchidoclaste, je préfère testifrange, mais casse-couille en français […] ». Difficile de deviner le rapport entre ce passage et le titre de l’ouvrage…

8 août 2013

Pour la maîtresse de maison chic et choc

Classé dans : Judaïsme, Langue, Photographie — Miklos @ 23:50


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Le yiddish – ou judéo-allemand – est un curieux phénomène linguistique : germanique (dérivée du haut-allemand), cette langue millénaire s’écrit avec l’alphabet hébreu, de droite à gauche ; sans aucune préoccupation d’une quelconque pureté aux relents toujours suspects, elle a intégré au fil des siècles à son vocabulaire des apports slaves et hébreux tout en les germanisant, ainsi que des expressions prises littéralement dans l’Ancien Testament et dans le Talmud qui l’ont consi­dé­ra­blement enrichie et lui ont donné une profondeur poétique, imagée et méta­phorique qu’on ne peut vraiment saisir qu’en en connaissant les sources.

Il en est ainsi de baal-habusteh (prononcé balabusteh et s’écrivant בעל הבית׳טע ) – « maîtresse de maison »). Ce terme est dérivé de l’hébreu baal habaït (« le maître de maison », בעל הבית ), et, comme bien d’autres expressions en yiddish, il signifie plus que son sens littéral : il dénote une maîtresse femme de maison (à ne pas confondre avec l’américain ballbuster). On comprend maintenant un peu mieux le jeu de mots à plusieurs niveaux de l’enseigne du magasin de gauche dans la photographie (graphie que l’on retrouve dans une des transcriptions proposées pour ce terme par le Jewish English Lexicon) : compris comme un terme yiddish, le nom de cette marque de bijoux de fantaisie dénote une sacrée bonne femme, et sa graphie américaine, « boosté », suggère une bonne dose d’énergie, une femme dans le vent, quoi. Mais femme d’intérieur tout de même… Et pourquoi pas « Bala qui rêve », autrement plus poétique et musical ?

Le texte ci-dessous est une exhortation à l’intention des femmes juives destinée à les encourager à respecter les règles alimentaires juives (appelées kashrout ou cacherout) qui, bien que simples dans leurs principes, s’avèrent particulièrement complexes et contraignantes à appliquer. Il interpelle la femme sous différents titres, dont celui de balabusteh, auquel il rajoute yiddishe mameh (« mère juive », tout un programme ! vous connaissez la chanson ?), mais aussi akeress habays, autre terme, lui aussi emprunté à l’hébreu, qui dénote la maîtresse de maison, mais sans cette possible connotation de femme de tête.

Cette dernière expression a aussi toute une histoire à laquelle fait allusion la dernière phrase de ce texte, qui est un verset tiré des Psaumes : dans ce contexte, le terme hébreu, akeret habayt, signifie littéralement « femme stérile ». L’auteur du texte, en le rajoutant ici, joue sur l’ambiguïté du sens et veut probablement faire comprendre à la maîtresse de maison qu’il a interpellée que son respect des règles de la cacherout lui apportera enfants et bonheur.

Annonce – avertissement

Femme juive, maîtresse de maison juive, mère juive, femme d’intérieur, souviens-toi ! souviens-toi ! Pour que ta maison soit digne d’être appelée maison juive, c’est d’abord la kashrout, une cuisine cachère, c’est aussi le principe primordial afin que tu sois digne d’être appelée femme juive, mère juive, maîtresse de maison juive, femme du peuple juif, c’est aussi une étape importante dans l’éducation des enfants, afin qu’ils voient la kashrout à la maison, une cuisine juive. Il est intéressant que le respect de la kashrut dans la cuisine juive a été attribué par nos sages à la femme (cf. Tossafot de Gittin B, dans les sources primaires et la juris­pru­dence), c’est elle la maîtresse de maison, c’est elle qui en possède les principes. Sans kashrut, il n’y a pas de maison juive, pas d’éducation juive des enfants, pas d’État d’Israël, pas de peuple juif. Souviens-toi, femme juive, tu seras la maîtresse de maison, et grâce à cela, tu gagneras le droit d’entendre les paroles divines de consolation à la Matriarche Rachel qui pleurait la disparition de ses enfantsJer. 31:15-17. « Rachel qui pleure ses enfants sans s’en vouloir consoler, à cause qu’ils sont perdus »et Dieu lui répond, Console-toi de tes pleurs, « Retiens ta voix de pleurer et tes yeux de larmoyer », il y de l’espoir, « et tes enfants reviendront en leur pays, et dois avoir espoir en la fin ». Tes enfants, le peuple juif, retourneront dans les frontières de la terre d’Israël ainsi qu’il fut prophétisé.

« Qui donne une maison à la femme stérile et la fait être mère d’enfants joyeuse, Haleluia.Ps. 153:9. »

Rabbi Sz. Szpetman, « Jewish Family Life, Jewish Wife, Jewish Mother », 5713 [1952].

מודעה — ווארנונד

אידישע פֿרוי, אידישע בעל הבית׳טע, אידישע מאמע, עקרת הבית, געדענק! געדענק! אז דיין שטוב, זאָל ווערט זיין זיך צו רופֿן אידישע שטוב, איז קודם כל כשרות, כשרע קיר, דאס איז אויך דער גרויסער יסוד זיך צו רופֿן אידישע פֿרוי, אידישע מאמע, אידישע בעל הבית׳טע, אידישע פֿאלקס פֿרוי, דאס איז אויך דער וויכטיגער שריט צו חנוך הבנים, צו ערציען די קינדער, אז זיי זאלן זען אין דער שטוב כשרות, א אידישע קיך, אינטערעסאנט, אז דאס נאמנות דאס באגלויבונג אויף כשרות און אידישע קיך, האבן אונזערע חכמים איבערגעגעבן צו דער פֿרוי (יע׳ תוס׳ גיטין ב׳ ובראשונים ובפוסקים) זי איז די בעל הבית׳טע, די עקרת הבית, זי האָט דעם גלויבן. אָן כשרות איז ניטאָ קיין אידישע היים, שטוב, קיין אידישע קינדער ערציאונג, קיין מדינת ישראל, קיין אידיש פֿאלק. געדענקט אידישע פֿרוי, אז איר זענט די ״עקרת הבית״, ובזכות זה וועט מען זוכה זיין צו הערן די געטליכע נחמה ווערטער, צו דעד מוטער רחל, ווען זי וויינט דאם אירע קינדער זענען ניטאָ—רחל מבכה על בניה מאנה להנחם כי איננו—און גאט ענטפֿערט איר, טרייסט זי הער אויף צו וויינען, מנעו קולך מבכי, עס איז דאָ א האפֿנונג, ושובו בנים לגבולך ויש תקוה לאחרותך. דיינע קינדער דאס אידישע פֿאלק וועט צוריק האבן די ריכטיגע נביאישע ארץ ישראל גרעניצן…

מושיבי עקרת הבית אם הבנים שמחה הללויה.

ר’ יהושע שאַפעטמאן, ״דאָס אידישע פאַמיליען לעבן די אידישע פרוי, אידישע מוטער״, לכבוד ימים נוראים, חודש אלול שנת ״תשובה״ —תשי״ג—713.

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