Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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19 mars 2013

Le train onze

Classé dans : Arts et beaux-arts, Langue, Photographie — Miklos @ 16:53


Échalas et jambons (cliquer pour agrandir)

«Jambe. Ambe, Bâton, Bâton de chaise, Brancard, Coursière, Crosse, Gambette, Gambille, Gigue, Guibe, Guibolle, Guibon, Guibonne, Merlin, Patte, Quille, Trimoire.

Les jambes. Compas, Cheval à double semelle, Pinces, Pincettes, Tréteaux, Le train onze, Trotteuses.

Jambe grosse. Poteau.

Jambe longue. Échasse, Échalas.

Jambe maigre. Cliquette, Fil de fer, Flageolet, Flûte, Fumeron.

Jambes arquées. Jambes ou quilles en manches de veste.

Jambe blessée, estropiée. Bâton de cire, Jambe de laine, Patte folle.

Jambe de bois. Guibon de satou, Pied de céleri, Pilon. »

Aristide Bruant, L’argot au XXe siècle. Dictionnaire français-argot. 1901.


Pied de céleri. Catalogue illustré de l’exposition des Arts incohérents (1884).
Cliquer pour agrandir.

5 février 2013

Quand Microsoft et Facebook s’y mettent…

Classé dans : Actualité, Langue, Littérature, Livre, Musique, Photographie, Sciences, techniques — Miklos @ 20:31


Felicja Blumental Music Center & Library. Tel-Aviv (Israel).
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Facebook fournit gracieusement à son audience internationale mondiale la traduction des messages qui seraient, autrement, de l’hébreu pour eux. Pour ce faire, le système de traduction automatique de Bing (= Microsoft) y est intégré. À en voir le résultat, on se demande si le résultat n’est pas autant de l’hébreu que la source, dans certains cas.

On a pris pour exemple les deux derniers messages du (très beau) Centre musical Felicja Blumental et de sa bibliothèque qui, du fait de sa localisation à Tel-Aviv, publie ses riches informations en hébreu sur sa page Facebook.

On a comparé cette traduction avec celle de Google Translate auxquelles on a rajouté la nôtre (au cas où les deux autres n’auraient pas suffi à nos lecteurs), intentionnellement littérale. Bilan : Microsoft peut mieux faire. On se demande ce que « vapilog » et « hhtmi » veulent dire, et pourquoi ils se mettent à parler d’une poupée de tombe et de la famille Strauss, là où on ne parlait que de Richard (pas III, celui dont on vient de trouver le corps sous un parking). De son côté, Google nous surprend avec ses millions d’euros tombés d’on ne sait quelle loterie.

Il est aussi curieux comment ces deux géants (dont la traduction est un pied d’argile) traitent les noms d’œu­vres : celle de Strauss est traduite dans son appellation française par Google (Ainsi parlait Zara­thous­tra), tandis que le « Sprach » de Microsoft est une curieuse abréviation de son titre original (Also sprach Zarathustra), et quant au film de Kubrick, c’est l’inverse. Google est le seul des deux à avoir bien identifié le nom du chef d’orchestre (Antonio) Pappano, mais l’un et l’autre se sont mêlés les pinceaux en ce qui concerne le nom de l’ensemble.

Est-ce demain que les robots nous remplaceront ? Eh bien, le résultat ne sera pas brillant.

Miklos

Google

Bing (Microsoft)

Source

L’œu­vre du com­po­si­teur Richard Strauss « Ainsi parlait Zara­thous­tra », basée sur l’œu­vre phi­lo­so­phi­que ré­vo­lu­tion­naire de Nietzsche. Cette œu­vre a été créée aux Etats-Unis il y a 116 ans aujourd’hui. L’œu­vre de Nietzsche est devenue célèbre grâce à la phrase subversive « Dieu est mort », tandis que la notoriété de l’œu­vre de Strauss est due à des causes fort dif­fé­ren­tes – la bande-son du film « 2001 – Odyssée de l’espace ».

Voici dans l’in­ter­pré­ta­tion de Dudamel la célèbre ouverture.

Travail du com­po­si­teur Richard Strauss « Ainsi parlait Zara­thous­tra », basé sur le travail phi­lo­so­phi­que – Nietzsche ré­vo­lu­tion­naire. Ce travail a été Lbkorth Etats-Unis il ya 116 ans aujourd’hui, l’œu­vre de Nietzsche est devenu célèbre pour subversive Cour «Dieu est mort» dans le travail de Strauss a été publié pour des raisons très différentes – la bande-son du film. « 2001:. A Space Odyssey »

Performances Dudamel est la célèbre ouverture.

Le travail du com­po­si­teur Richard Strauss « Sprach », basé sur son phi­lo­so­phi­que – percée de Nietzsche. Ce travail a remporté le lbchorta il y a 116 ans aujourd’hui. Les travaux de Nietzsche sont pour ins­truc­tion de hhtrni « Dieu est mort » lors de la mise en place de la famille Strauss était pour d’autres raisons tout à fait la BO du film « 2001 : un Odyssée de l’espace. »

Voici comment Dudamel ouvert.

יצירתו של המלחין ריכרד שטראוס « כה אמר זרתוסטרא », המבוססת על יצירתו הפילוסופית – מהפכנית של ניטשה. יצירה זו זכתה לבכורתה בארה »ב היום לפני 116 שנה. יצירתו של ניטשה התפרסמה בזכות המשפט החתרני « אלוהים מת » בעוד שיצירתו של שטראוס התפרסמה מסיבות אחרות לגמרי – הפסקול של הסרט « 2001: אודיסאה בחלל ».

הנה הביצוע של דודאמל לפתיחה המפורסמת.

Et maintenant, il est temps pour l’œu­vre entière.

L’œu­vre de Strauss divise le livre de Nietzsche en 8 parties (+ un prologue et un épi­logue) dont le but est de transmettre la vision du monde de Nietzsche.

Nietzsche demandait à l’homme de revoir notre système de valeurs et nos cro­yances (que ce soit dans la religion ou dans la science).

Voici les parties :

a. Introduction.

b. De ceux du monde détaché.

c. Des grandes aspi­ra­tions.

d. Des plaisirs et des instincts.

e. Chant du tombeau.

f. Le convalescent.

g. Chant de danse.

h. Chant de nuit.

i. Chant du som­nam­bule.

Voici l’excellente in­ter­pré­ta­tion sous la direction de Pappano et de l’orchestre Santa Cecilia.

Au centre de musique et à la bibliothèque vous pourrez trouver l’œu­vre interprétée par le com­po­si­teur lui-même et dans des in­ter­pré­ta­tions dif­fé­ren­tes, telles d’Ormandy, Mehta, et autres.

Maintenant il est temps pour terminer le travail.

Les travaux de Nietzsche Strauss livre département de 8 pièces (+ Prologue et Epilogue) conçus pour transférer la vision du monde de Nietzsche.

Nietzsche a demandé à la personne de revenir sur notre système de valeurs et de nos croyances (si elle la religion ou de la science).

Voici les chapitres:

A. introduction

Dans. Le monde de l’détaché

C. Le grand désir

D. Les plaisirs et passions

L’. Chanson tombe

Et. sur la science

M. récupération

Millions d’euros. Dance Song

T.. Night Song

L’. Chant de la nuit à errer

Voici un excellent conducteur de la performance Ffano et orchestre de Santa Tztz’ilih.

Music Center and Library, vous trouverez le travail effectué par le com­po­si­teur lui-même et de performance tels que Ormandy, Mehta et d’autres

Et maintenant il est temps de terminer.

Livre de Strauss, département de Nietzsche présenté ci-dessous sont des pièces (+ Prologue vapilog) pour faire avancer le monde de Nietzsche.

Nietzsche a demandé à la personne de revenir sur nos valeurs et nos croyances (qu’il s’agisse de religion ou la science).

Voici les chapitres: a. introduction b. Du monde brisé de c. D. gros avait les plaisirs de la chanson de la poupée de la tombe et oindre la science g. Danse chanson t. y. Chanson nuit itinérance de la chanson de nuit est une excellente exécution menée par Pappano et le צצ de l’orchestre de Santa’יליה .

Dans le centre de la musique et le com­po­si­teur lui-même dans la création et l’in­ter­pré­ta­tion comme Ormandy, Moreau et d’autres.

כעת הגיע הזמן ליצירה השלמה.
יצירתו של שטראוס מחלקת את ספרו של ניטשה ל8 חלקים (+ פרולוג ואפילוג) שמטרתה להעביר את תפיסת עולמו של ניטשה.
ניטשה ביקש מהאדם להתבונן מחדש על מערכת הערכים שלנו ועל האמונות שלנו (אם זה בדת או במדע).
הנה הפרקים:
א. הקדמה
ב. על בני העולם המנותק

ג. על הכיסופים הגדולים
ד. על תענוגות ויצרים
ה. שיר הקבר
ו. על המדע
ז. המחלים
ח. שיר מחול
ט. שיר לילה
י. שיר נודד הלילה

הנה ביצוע מצוין בניצוח של פפאנו ותזמורת סנטה צצ’יליה.

במרכז למוזיקה וספריה תוכלו למצוא את היצירה בביצוע המלחין עצמו וגם .בביצועים שונים כגון אורמנדי, מהטה ועוד

31 janvier 2013

Pourquoi les juifs étaient tailleurs et quelques autres questions paradoxales

Classé dans : Langue, Sciences, techniques — Miklos @ 22:24

Ephraim Moses Lilien (1874-1925)&nbsp:: Le Travailleur juif. (source)
Cliquer pour agrandir.

On ne parlera pas ici du célèbre Prix Ig Nobel, qui couronne certaines recherches, mais plutôt de celles qui ont mené vers ce blog, on ne sait trop comment ni pourquoi, mais dont on admire l’originalité, et auxquelles on tentera de donner une réponse personnalisée.

« Pourquoi les juifs étaient tailleurs ». Ce n’est pas parce qu’on fait (correctement) la liaison qu’il faut doubler la lettre, la question est donc : « Pourquoi les juifs étaient ailleurs ? ». Réponse : parce qu’on les chassait toujours d’ici.

« Arielle Dombasle chirurgie esthétique avant après ». On sera bref : O I.

« Photos du ballet de la mort du signe ». En cette ère de surcharge symbolique et du web sémantique, on aimerait bien y voir un bon p’tit coup de balai !

« Disparition fromage vache gros jean ». Cela ne vous rappelle-t-il pas le « Adieu veau, vache, cochon, couvée… » ? Et ce gros Jean est-il donc le veau ou le cochon ?

« Nostradamus végétarien ». L’était-il ? On en doute, mais question gastronomie (il y a une gastronomie végétarienne), on signalera son Traité des confitures, moins célèbre mais plus compréhensible que ses Centuries, et fort utile : sirop laxatif composé de roses rouges, confiture de courge qui réduit la chaleur du foie ou celle à base d’écorces de buglosse qui permet de rajeunir. Miam !

« Poids d’un livre de physique ». Réponse : ça dépend, les traités de mécanique, qui parlent en général de machines en bois, en fonte et autres matériaux, sont en conséquence bien plus lourds que ceux qui traitent des gaz hydrogènes, par exemple. Comme quoi, en physique, tout est relatif.

« Les radios philathropiques ». Venant dans la foulée de la question concernant Arielle D., on se demande si vous n’avez pas fait une faute d’orthographe, bon, une coquille, et que vous vouliez écrire « philatropiques », mot qui désigne ceux qui aiment les diminutions de volume ? Nous, on ne connaît pas de stations de radios pour anorexiques, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas.

« Mec qui pleure ». Quel gros chagrin… ? On vous conseille plutôt L’Homme qui rit, mais si vous y tenez

« Foule de personne en dessin ». Un dessin d’une foule où il n’y aurait personne, cela fait penser tout de suite à l’ex matheux que je suis aux ensembles vides : c’est un défi d’en dessiner un. Et pour ceux qui préfèrent la musique, on leur proposera d’écouter la Marche funèbre composée pour les funérailles d’un grand homme sourd.

« Les leçon de français ». On espère que celles que vous trouverez vous enseigneront l’usage du pluriel.

« Métrosexuel de nos jours ». En un mot (bon, en deux) : Has been ! Après le métrosexuel, il y a eu le rétrosexuel et l’übersexuel. Maintenant, c’est l’âge du mouvement de libération de ceux des hétérosexuels qui aimeraient bien mettre fin à l’amour libre et avoir le droit de se marier entre eux sans honte comme les homosexuels.

« Acteur célèbre en érection ». On vous signalera la célèbre statue de l’acteur grec au jardin du Luxembourg, qui a été longtemps en érection dans l’atelier d’Arthur Bourgeois (1838-1886).

21 janvier 2013

De l’androïde et de ses congénères, ou, du futur antérieur de l’Homme

On avait longtemps prédit que l’espèce qui règnera sur la Terre après la disparition de l’homme sera le cafard (on pourra lire ici d’autres hypothèses tout aussi réjouissantes). Que nenni, ne cafardez plus, ce sera le robot : on en voit naître en nombre croissant, et bientôt leur taux de reproduction dépassera celui de l’espèce humaine. Ils s’insinuent discrètement dans notre quotidien, remplacent systé­ma­ti­quement les esclaves de jadis et les assistants d’aujourd’hui, se rendent inéluctablement indispensables. De là à ce que nous devenions « leurs » serviteurs, il n’y a plus qu’un petit pas, comme aurait dit Mao, le grand bond en avant ayant pris place quelque part durant le Moyen Âge.

Le mot « robot » est né, lui, il y a bientôt un siècle : on le trouve dans le célèbre roman R.U.R. de Karel Capek, où il est dérivé du mot tchèque (et slave en général) désignant un travail (souvent pénible). Mais le concept même d’un « truc » humanoïde créé par l’homme à partir de la matière inerte – ce n’est pas (encore ?) un être vivant, ce n’est plus une machine purement automatique et prévisible – pour l’aider dans ses corvées est bien plus ancien : comme on l’a signalé ailleurs, le Golem de la mystique juive, dont la plus célèbre manifestation est celui créé par le Rabin Loeb dans la Prague moyenâgeuse, remonte aux premiers siècles.

L’Église a eu aussi son Golem, qu’on a appelé « androïde » dès le xviie siècle (peut-être même auparavant, on n’en a pas trouvé trace). Il s’agit d’une créature d’Albert le Grand (xiiie siècle), que son non moins illustre élève, Thomas d’Aquin, fracassera pour une raison surprenante, comme on peut le lire dans la réfutation qu’en donne Gabriel Naudé en 1653 dans son Apologie pour tous les grands personnages qui ont été faussement soupçonnés de magie et où apparaît ce mot d’« androïde » :

Il ne reste donc maintenant qu’à réfuter l’erreur de ceux qui se sont persuadés que l’on pouvait forger des têtes d’airain sous certaines constellations, lesquelles rendaient par après des réponses, et servaient à ceux qui les possédaient de guide et de conduite en toutes leurs affaires, comme un certain Yepes dit que Henry de Villeine en avait fait une à Madrid qui fut brisée par le commandement de Jean II roi de Castille : ce que Barthelemy Sibille et l’auteur de L’Image du monde assurent pareillement de Virgile, Guillaume de Malmesbery de Sylvestre, Jean Gouverus de Robert de Lincolne, la populace d’Angleterre de Rober Bacon, et Tostat évêque d’Avila, George Venitien, Delrio, Sibille, Raguseus, Delancre et plusieurs autres qu’il serait ennuyeux de spécifier, d’Albert le Grand, lequel comme le plus expert avait composé un homme entier de cette sorte, ayant travaillé trente ans sans discontinuation à le forger sous divers aspects et constellations, les yeux par exemple, au récit du susdit Tostat en ses Commentaires sur l’Exode, lorsque le Soleil était au signe du zodiaque correspondant à une telle partie, lesquels il fondait de métaux mélangés ensemble et marqués des caractères des mêmes signes et planètes et de leurs aspects divers et nécessaires ; et ainsi la tête, le col, les épaules, les cuisses et les jambes façonnés en divers temps et montés et reliés ensemble en forme d’homme, avaient cette industrie de révéler audit Albert la solution de toutes ses principales difficultés. À quoi, pour ne rien oublier de ce qui appartient à l’histoire de cette statue, l’on ajoute qu’elle fut brisée et mise en pièces par S. Thomas, qui ne put supporter avec patience son trop grand babil et caquet. Or pour juger plus sainement ce que l’on doit croire de cette androïde d’Albert et de toutes ces têtes merveilleuses, j’estime que l’on ne peut manquer de déduire l’origine de cette fable du Teraph des Hébreux […]

Quelques années plus tard (en 1685), Charles Le Maire donnera une version quelque peu différente de la fin de cet androïde, dans son ouvrage Paris ancien et nouveau, sous-titré Ouvrage très curieux (ce qu’on confirme), et dans lequel il parle d’Albert le Grand qui a donné son nom à la place Maubert :

La merveilleuse connaissance qu’il avait des secrets de la nature, lui a fait inventer des machines très ingénieuses : cependant quelques auteurs l’ont accusé de magie, d’avoir su le secret de la pierre philosophale, d’avoir inventé la poudre à canon et d’avoir formé une androïde, c’est-à-dire une tête d’airain forgée sous de certaines constellations qui répondait à ses demandes : on dit qu’il la posa au milieu de sa bibliothèque, et que Saint Thomas d’Aquin son disciple, y étant allé pour prendre un livre, et que cette tête lui ayant dit Que demandes-tu, que cherches-tu ?, la brisa à force de coups qu’il lui donna avec un bâton, croyant que ce fut le démon qui parlait en elle, c’est ainsi qu’il détruisit en un moment le travail de vingt années du plus grand génie qui fut jamais. L’on parlera encore d’Albert le Grand, à l’occasion de la place Maubert, à qui il a donné son nom, comme qui dirait la place de Maître Aubert.

Vous voilà prévenus : toutes ces histoires de robot se finissent mal. Et même si vous objecterez en invoquant la statue de Galatée qui s’est animée pour se marier avec son sculpteur, Pygmalion, à la suite de quoi ils vécurent heureux et eurent deux enfants, on rétorquera que ce n’était pas lui qui l’avait animée, contrairement aux créateurs dont nous venons de parler, mais Aphrodite. Un deus ex machina qui ne compte donc pas, d’autant plus qu’il ne s’agissait pas d’un androïde mais d’une gynéide.

6 janvier 2013

Le pays des grandes gueules, ou, le couple de l’année

Classé dans : Actualité, Langue, Médias, Politique — Miklos @ 17:59

Il y a une république où l’on trouve des grandes gueules : la Mordavie. Et pour cause : son nom vient du russe морда, qui signifie « gueule ». L’Express national s’est empressé – son titre l’y incitant – à y remarquer la présence de deux espèces de ces grandes gueules.

La première, celle qui déplaît au pouvoir – non pas celui de la république en question mais de son vrai patron – s’y retrouve pour avoir ouvertement milité pour l’égalité des droits pour tous (même les femmes et les homos, ce que ledit pouvoir trouve tout à fait immoral). Elle y est enfermée pour deux ans (après, on trouve toujours comment en remettre une couche pour éviter qu’elle n’en sorte et ne rouvre sa grande gueule qui aura encore plus d’histoires édifiantes à raconter) dans des conditions que la seconde espèce – autre grande gueule, mais qui semble particulièrement plaire au même pouvoir et pour cause – qualifie de hautement démocratique.

Le seul problème avec cette nouvelle, c’est que la Mordavie n’existe pas (bien qu’elle ait un hymne depuis fort longtemps). Le journaliste de L’Express, dont on ne doute de l’érudition, a dû, oh lapsus calami, se laisser influencer par sa lecture de La tête des autres de Marcel Aymé, pièce grinçante dont on recommande vivement la lecture et qui se tient en Poldavie. Ou peut-être, amateur de la Moldau de Smetana, avait-il pensé au pays que traverse ce fleuve, la Moldavie, autre petite république (dont le nom s’écrit en roumain Moldova… de quoi en perdre son latin, je l’avoue).

Ne tergiversons plus : la république en question s’appelle en fait la Mordovie, et tient son nom de celui du peuple qui habite la région, les Mordves.

Une question, tout de même : pourquoi le sujet de l’article n’a-t-il pas pu recevoir de maison en Russie et a été contraint de s’exiler ainsi dans ses marches, à l’instar de Victor Hugo à Guernesey ? On espère qu’il pourra de temps en temps – quand il y fait trop froid – se réfugier dans sa maison en Belgique, pays très accueillant de par ailleurs, sans pour autant avoir à renoncer à la maison que la Mordavie, pardon, la Mordovie, lui a offerte assortie, on vient de l’apprendre, du poste de ministre de la culture, apparemment compatible avec sa nouvelle nationalité (russe, pas mordve, vous me suivez toujours ?).

Quel culot, de nous avoir ainsi subtilisé un des parangons de notre culture, que rêve d’ailleurs de rejoindre notre B.B. nationale pour y occuper (on le murmure) le poste de ministre des droits des animaux.

Qui se ressemble s’assemble…

L’Express persiste malgré lui

Alerté sans doute par la clameur internationale et les protestations de l’ambassade Mordve, le magazine a corrigé dans le titre et dans le corps de l’article l’orthographe de la nouvelle patrie des deux personnages en question.

Mais pas dans la légende de la photo (qu’on a supprimée par charité pour nos lecteurs ou par respect des droits à l’image, on les en laisse seuls juges), comme on peut le voir plus bas.

Vers une sortie de crise ?

Voilà maintenant que Le Point nous apprend qu’« Un théâtre de Tioumen, grande ville de Sibérie occidentale située à 2.150 km de Moscou, a proposé mercredi à l’acteur français Gérard Depardieu [...] de rejoindre sa troupe pour 400 euros par mois ».

Si notre le Gérard national l’accepte, il n’aura plus aucun problème avec le fisc français, et pourra d’ailleurs se prévaloir du RMI.

On laissera, pour une fois, le dernier mot à…

Philippe Sollers, dont les idées et les combats, sur ce point du moins, ne sont pas si élognés des nôtres. Et quant aux neuf muses du Parnasse dont il parle, elles feront sans doute bien vite oublier à l’Apollon en question celle d’un hôtel américain, aussi luxueux ait-il été.

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