Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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19 janvier 2014

Vues de Paris

Classé dans : Photographie — Miklos @ 23:59


Vue vers le pont Alexandre III.
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Pompiers de Paris s’évertuant à remplir la Seine.
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Pont Alexandre III (détail).
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Statue de Simon Bolivar devant le Grand Palais.
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Statue de Komitas.
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Le promeneur des Champs Élysées.
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Portail de l’église de la Madeleine (détail).
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10 janvier 2014

Coïncidence, ou, Funem Shtetl Zu Amerike

Classé dans : Histoire, Judaïsme, Langue, Lieux, Livre, Photographie, Shoah — Miklos @ 2:01


Disciples du Baal Shem Tov, 1927.
Source: exposition A World Apart Next Door au musée d’Israël à Jérusalem en 2012.
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De curieuses, parfois réellement étranges, coïncidences émaillent mon quotidien ; elles surviennent sans prévenir, illuminent, telles des comètes, de leur longue traîne née parfois dans un lointain passé ma vie, puis disparaissent en laissant la trace d’un certain merveilleux. En voici une.

Durant mes études à Cornell, j’étais souvent invité à la table de l’aumônier des étudiants juifs, le rabbin Goldfarb dont la femme était une excellente cuisinière, tous deux affables et chaleureusement accueillants. Sur l’un des murs de l’entrée de leur maison était encadré un arbre généalogique, celui des disciples du fondateur du HassidismeMouvement piétiste juif., surnommé le Baal Shem Tov (« porteur du bon nom »), qui avait vécu en Pologne au 18e siècle. Ce mouvement ayant essaimé très rapidement, il n’est pas étonnant de trouver dans cette gravure datant de 1927 plusieurs centaines de noms accompagnés de ceux des villes ou villages où ils étaient principalement actifs en tant que rebbeDirigeant spirituel souvent local d’un groupe hassidique..

Un jour que je contemplais cet arbre sans vraiment en lire le contenu microscopique, un nom me saute pourtant à l’œil, comme s’il sortait de la surface du papier : il s’agissait d’un personnage indiqué comme ayant vécu à Rozwadow : or c’était le petit village de quelques 3.000 âmes où était né mon père, en Galicie orientale.

Je ne peux me retenir de m’exclamer à haute voix « Rozwadow ! ». Le rabbin Goldfarb, qui se tenait dans une autre pièce et était pourtant dur d’oreille, vient alors vers moi et me demande pourquoi j’ai prononcé ce mot, à quoi je lui réponds que c’était le village de mon père. Il me dit alors que c’était aussi le village de son père à lui…

Il sort alors de sa bibliothèque un livre que je connais bien : c’est le Yizkor BukhLivre du souvenir des morts. « Yikzor » est le premier mot de la prière des morts dans la liturgie juive, et il signifie « Qu’Il (Dieu) se souvienne ». Après la Shoah, nombre de survivants de communautés décimées ou carrément disparues ont édité de tels ouvrages comprenant en général des textes en yiddish, anglais et hébreu décrivant la vie dans ces communautés avant et leurs tribulations pendant la guerre, y intégrant des listes de noms des disparus et des survivants dans le monde, et illustrées de photos d’époque. de Rozwadow. Il l’ouvre, puis m’indique, dans une photo de groupe prise (en 1952, me semble-t-il) son père : installé aux Etats-Unis bien avant la guerre, il était alors venu en Israël rendre visite à ceux des membres de son village d’origine qui s’y étaient établis. Je lui dis alors que la femme assise à sa droite est ma tante et que je détiens un tirage original de cette photo… Ma tante faisait partie du comité d’organisation des Rozwadowiens en Israël qui éditera cet ouvrage en 1968, et ce sont ses membres qui figurent sur la photo en question.

Je ne sais si la gravure dont on voit la reproduction ci-dessus est identique à celle que j’avais vue chez les Goldfarb : dans mon souvenir, cette dernière était en noir et blanc, les noms étaient écrits dans une police (manuscrite) différente et chacun était inscrit dans une petite feuille, ce qui n’est pas le cas ici. Il se peut donc qu’elle ait été une copie faite à la main de la gravure d’origine, comme on en voit une ici et sur laquelle on peut zoomer (je n’y ai pas retrouvé le nom que j’avais aperçu en son temps) ; on peut en voir un petit détail à droite, ce qui donne une idée de la quantité, la densité et la complexité de l’infor­mation.

Quant au mouvement piétiste dans ce village, mon père m’avait raconté que sa mère était adepte du rebbe local – qui sait si ce n’est pas celui dont j’avais aperçu le nom dans la gravure ? Quoi qu’il en soit, on trouve dans le Yizkor Bukh en question un texte écrit par mon oncle qui décrit entre autres la présence de ce mouvement à Rozwadow.

Quelques années plus tard, alors que j’étais installé en France, je pars en mission à Santa Cruz en Californie. J’en profite pour y rendre visite à Meg M. J’avais fait sa connaissance du temps de mes études à Cornell, l’ayant « croisée » en ligne dans un forum de discussion consacré au judaïsme. Nous avions engagé un échange épistolaire qui s’était développé et enrichi, et qui avait perduré après mon départ en France, mais nous ne nous étions jamais rencontrés : plusieurs milliers de kilomètres nous séparaient.

Certains des murs de l’appartement de Meg étaient entièrement recouverts d’étagères de livres que je parcours du regard. Là aussi le même phénomène : le dos de l’un d’eux, où s’affiche le titre en lettres d’or sur fond noir, me saute à l’œil : c’est celui d’un Yizkor Bukh, et pas n’importe lequel – il y en a eu des dizaines – : celui de Rozwadow.

Il y avait de quoi être stupéfait : non seulement Meg n’avait rien à voir avec ledit village, mais elle n’était pas d’origine juive (elle l’est devenue plus tard) et ne savait pas lire l’hébreu (ni a fortiori le yiddish). Devant mon étonnement, elle me raconte alors qu’entrant un jour dans une librairie de livres d’occasion, elle aperçoit ce livre dont elle reconnaît les caractères hébraïques sans pour autant les comprendre. C’était le seul de son genre, elle s’est dit qu’il devait souffrir de solitude et elle décide de l’acheter pour lui donner une maison…

Après que je lui ai expliqué la nature de ce livre, elle conclut qu’il serait bien mieux chez moi et me le confie. C’est celui qui est ouvert devant mes yeux alors que j’écris ce texte. Une traduction en anglais d’une partie de l’ouvrage est disponible ici.

L’arbre généalogique que l’on voit au début de ce billet a fait partie d’une exposition qui s’était tenue en 2012 au musée d’Israël à Jérusalem. Je leur ai écrit pour savoir s’ils en vendaient des reproductions et en expliquant le contexte de ma demande.

La personne qui m’a répondu par l’affirmative en a profité pour me préciser que son arrière-arrière-grand-oncle avait été le rabbin de Rozwadow.

La belle et grande (67×57 cm) reproduction en couleur de la gravure commandée au Musée d’Israël vient d’arriver. Il ne m’a fallu que quelques instants pour localiser le nom en question, celui d’un certain « R. [pour Reb.] Moshe de Rozwadow » : la liste alphabétique de tous les personnages qui y sont cités affichée dans la partie inférieure de la gravure et triée par le nom de leur localité de résidence indique, près de chacun des noms, une clé numérique qui permet de le retrouver quasi instantanément dans l’arbre.


R. Moshe de Rozwadow dans l’arbre des disciples du Baal Shem Tov, 1927.
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Je ne suis jamais encore allé à Rozwadow. Enfin, ça dépend.

À la fin des années 1980, j’avais passé une semaine de vacances à Prague en compagnie de deux de mes cousines et deux de mes plus proches amis. Nous avions fait le voyage aller-retour en autocar.

À notre retour, en récupérant mon passeport qui venait d’être tamponné au poste-frontière, je constate qu’il indique dorénavant « Rozvadov » : c’était le nom du village du village frontalier sur la route qui va de Prague à Nuremberg.

Quant à Rozwadow, elle n’existe plus, du moins en tant que bourgade autonome : elle a été absorbée par sa voisine, Stalowa Wola.

La proximité des noms de Rozwadow la polonaise et de Rozvadov la Tchèque a été la cause d’une curieuse confusion chez une personne qui, pourtant, aurait dû savoir. En 1971 paraît Music, Prayer and Reli­gious Leadership – Temple Emanu-El, 1913-1969, livre d’entretiens avec Rose Rinder, veuve du cantor de la synagogue réformée Congregation Emanu-El de San Francisco. On y apprend que Rose est née en 1893 à « Rozwadow, en Autriche », tout en précisant sa proximité à Dzików où sa famille s’est installée plus tard, avant d’émigrer aux États-Unis.

Quant bien même il y a trois Dzików en Pologne, il n’y en a qu’une à proximité (quelque 20 kms) de la Rozwadow polonaise, située en Galicie orientale, région rattachée à l’Autriche depuis le partage de la Pologne en 1771 et jusqu’à la fin de la Première guerre mondiale.

Là où Rose Rinder fait erreur, c’est lorsqu’elle dit (l’entretien a lieu en 1968) : « Curieusement, j’ai vu l’autre jour à la télévision qu’après l’invasion de la Tchécoslovaquie par les tanks russes, ces tanks se sont retirés à Rozvedov. C’est donc maintenant une partie de la Tchécoslovaquie. Or quand je suis née, il n’y avait pas de Tchécoslovaquie. C’est pourquoi je réponds toujours, quand on me le demande, que je suis née en Autriche, parce que c’était alors l’Autriche. »

Il s’agit bien ici de la Rozvadov tchèque, distincte de la Rozwadov polonaise. On pourrait s’étonner que les chars du pacte de Varsovie venus écraser le printemps de Prague s’y soient établis, à l’ouest du pays ; l’explication est donnée dans plusieurs quotidiens américains de l’époque, comme on le voit dans cet extrait du Sarasota Herald-Tribune daté du 11 septembre 1968 :


Rozwadow en Pologne et Rozvadov en Tchéquie.
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16 décembre 2013

L’Exode et la Fuite en Égypte


Carte de la Terre Sainte, tiré de l’ouvrage Itinerarium per Palæstinam de Leo Flaminius (pseud. de Leonard Rauwolf), publié en 1681 à Rotenburg. Source :
British Library. Pour voir l’image en haute résolution, cliquer ici. Détails ci-dessous.

La British Library vient d’annoncer la mise en ligne de plus d’un million d’images libres de droits en très haute résolution. Elles sont extraites de quelque 65 000 ouvrages datant des XVIIe au XIXe siècles de son fonds qu’elle fait numériser par Microsoft depuis 2008 (et qui, eux, ne sont pas disponibles en ligne). L’entreprise a extrait (auto­ma­ti­quement, on s’en doute) ces images des documents numérisés et en a fait le don à la British Library, ce qui a permis la mise en ligne de cette manne (aucune allusion à l’image que l’on montre ici).

Il est évident qu’une telle masse ne peut être décrite indi­vi­duel­lement : il est indiqué, pour chaque image, son origine (la date, l’auteur, le titre de l’ouvrage, la page), mais il n’y a actuellement aucune description textuelle de son contenu, ce qui rend quasiment impos­sible la recherche dans ce magnifique fonds.

La British Library, évidemment consciente de ce problème, annonce dont le prochain lancement d’un projet de crowdsourcing, qui permettra aux internautes de rajouter des descriptions là où ils le souhaitent. Ces informations – forcément partielles – seront à leur tour récoltées automatiquement par un logiciel d’analyse d’images qui s’en servira pour son « apprentissage » initial afin d’indexer tout le reste de ce fonds. Elle compte ainsi non seulement en faciliter l’accès, mais aussi contribuer, par cette entreprise, à la recherche scientifique concernant les images imprimées et les cartes, en général.

Et le Seigneur dit à Moïse : « Pourquoi cries-tu vers moi ? Dis aux enfants d’Israël qu’ils délogent. Et toi, lève ton bâton, étends ta main sur la mer et la fends, tellement que les enfants d’Israël aillent parmi la mer à sec. » — Exode XIV:15-16.

Voici trois détails qu’on a annotés de cette carte, qui décrivent d’une part l’Exode – la sortie des Israélites d’Égypte sous la direction de Moïse, leur errance dans le désert pendant quarante ans et enfin leur arrivée au Mont Nébo aux confins de la terre promise et lieu de décès de Moïse (on distingue fort bien la traversée de la Mer Rouge au bord de laquelle se tient Moïse tenant son bâton de marche levé pour maintenir le passage à sec, les petites tentes numérotées de un à quarante et qui dénotent leurs étapes, leur zigzags autour du Mont Sinaï…) – et d’autre part la Fuite en Égypte (on voit jusqu’au halo de l’Enfant Jésus dans les bras de sa mère assise sur un des deux ânes, Joseph sur l’autre).

 


Sortie d’Égypte (en rouge) et Fuite en Égypte (en bleu).
Détail annoté tiré de l’ouvrage Itinerarium per Palæstinam de Leo Flaminius (pseud. de Leonard Rauwolf), publié en 1681 à Rotenburg. Source :
British Library.
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Errance dans le désert.
Détail annoté tiré de l’ouvrage Itinerarium per Palæstinam de Leo Flaminius (pseud. de Leonard Rauwolf), publié en 1681 à Rotenburg. Source :
British Library.
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Entrée en Terre Sainte.
Détail annoté tiré de l’ouvrage Itinerarium per Palæstinam de Leo Flaminius (pseud. de Leonard Rauwolf), publié en 1681 à Rotenburg. Source :
British Library.
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Alors : parcourez, admirez, utilisez, faites savoir… et citez vos sources.

24 novembre 2013

Un matin d’octobre les arbres sanguinolaient, ou, Quelques bonnes feuilles

Classé dans : Arts et beaux-arts, Langue, Littérature, Photographie — Miklos @ 15:59

C’est l’heure exquise et matinale
Que rougit un soleil soudain.
À travers la brume automnale
Tombent les feuilles du jardin.
 
Leur chute est lente. On peut les suivre
Du regard en reconnaissant
Le chêne à sa feuille de cuivre,
L’érable à sa feuille de sang.
[…]
 
—  François Coppée, Matin d’octobre.

C’est en voyant la photo d’une forêt dont les arbres et le sol étaient couverts de feuilles écarlates que la phrase « Un matin d’octobre les arbres sangui­nolaient » m’est venue à l’esprit. Cette photo circule depuis au moins octobre 2012 sur l’internet sans qu’il soit possible d’en connaître l’auteur. Ici où là, il est mentionné qu’il s’agit d’une forêt en Pologne, et parfois il est même indiqué qu’il s’agit de « la forêt écarlate de Gryfino ». Or il semblerait que dans cette petite ville du nord de la Pologne il y ait déjà une forêt remarquable, qui se distingue par ses arbres curieusement tordus, principalement des bouleaux, ce qui n’est pas le cas de ceux de cette forêt écarlate qui ressemblent à des érables rouges, ces arbres « à la feuille de sang » qui sont endémiques à l’est de l’Amérique du nord.

Par contre, une autre photo d’arbres curieusement similaires par leurs couleurs et leurs formes à ceux de la photo mystérieuse, est datée 2001 et marquée d’un copyright, celui d’un photographe tchèque réputé, né en 1970, Frantisek Staud (qui se décrit « Traveler, photographer and publicist, scientist and university lecturer »). Cette photo – qu’elle soit de lui ou non, on ne le sait encore – est reprise pour illustrer des textes concernant l’automne au Japon

Revenons à « sanguinoler » : ce verbe n’existe dans aucun des dictionnaires qu’on ait consultés, et le Trésor de la langue française indique que l’adjectif sanguinolent provient directement du latin sanguinolentus. N’empêche : son utilisation, qu’on qualifierait techni­quement de barbarisme, est tout à fait compréhensible, et pourrait s’apparenter donc au néologisme, si l’on n’en avait trouvé aussi d’autres rares occurrences au XIXe et XXe siècles, tels ce « Quelques toits rouges sangui­nolaient parmi des verdures rares et se perdaient dans la tache uniformément jaunâtre du sol pelé ».

Cette citation est tirée d’un livre, Les casques blancs, d’un certain J.C. Holl, publié chez Ambert en 19??, selon les informations lacunaires de Google Books (où l’on ne peut évidemment pas en consulter le contenu). Cet ouvrage est absent du catalogue de la BnF, tandis qu’on y trouve plus d’une dizaine d’autres ouvrages de « Holl, J.-C. » (avec ou sans précision des dates de naissance et de mort, 1874-19..), dont certains publiés en 1903 chez le même éditeur – ce qui me laisse penser qu’il s’agit de la même personne –, et parvenus à la BnF par le dépôt légal – l’absence des Casques blancs en étant d’autant plus étonnante. Les voici :

— Les Deux idoles, [roman]. Ambert, 1903.

— Camille Pissaro et son œuvre. 1904 [sans mention d’éditeur].

— Chaos et lumières. Le Baiser d’Eve. 4e éd. Ambert, 1905.

— Les Salons du Printemps. Cahiers d’Art et de Littérature, 1905. [Disponible en ligne dans Gallica ; cette revue indique que ces cahiers sont publiés par J.-C. Holl]

— Le salon d’automne. Cahiers d’Art et de Littérature, 1905. [Disponible en ligne dans Gallica]

— L’œuvre de Raphaël Lewishon. Cahiers d’Art et de Littérature, 1906.

— Les Salons de 1906 illustrés. Cahiers d’Art et de Littérature, 1906.

— Le Salon d’automne 1906. Cahiers d’Art et de Littérature, 1906.

— Après l’impressionnisme, Librairie du XXe siècle, 1910.

— La jeune peinture contemporaine. Éds. de la Renaissance contemporaine, 1912.

— [Catalogue de l’]Exposition de peintures de A. F. Cals (rétrospective) et de sculptures de Paul Paulin Galerie Louis-le-Grand, (Pavillon de Hanovre). Du 2 juin au 2 juillet 1914.

— La Ville-chimère. Librairie des lettres, 1919.

En 1986, le catalogue raisonné de l’œuvre de Maximilien Luce cite un extrait de La Jeune Peinture Contemporaine en mentionnant son auteur comme « Le critique Jean-Claude Holl », seule occurrence qu’on ait trouvée de ces prénoms et nom (précisions qu’il y a un autre Jean-Claude Holl au catalogue de la BnF, mais d’évidence ce n’est pas le même…).

Quant à l’éditeur Ambert, il semble avoir été actif entre 1900 et 1914 (et principalement en 1903 et 1904).

17 novembre 2013

Les rues éphémères

Classé dans : Cuisine, Histoire, Lieux, Littérature, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 17:23


Rue Maillard, Paris 11e (novembre 2013).

Gaile Owens a été condamnée à la peine capitale au Tennessee, en 1986, pour avoir commandité le meurtre de son mari, retrouvé battu à mort un an plus tôt. Elle a invoqué pour sa défense les sévices qu’il lui faisait subir. En 2010, après toute une série d’appels infructueux de sa part, elle doit être finalement exécutée, mais le gouverneur de cet État, évoquant l’éventualité qu’elle ait effectivement été victime d’un « mariage abusif » qui l’ait affectée aussi psychologiquement, commue sa peine qu’il trouve trop sévère en une prison perpétuelle, ce qui ouvre la possibilité d’une ultérieure libération conditionnelle. Elle sort de prison en 2011.


Rue de Douai, Paris 9e (octobre 2012).

Connaissez-vous Douai ? Sans doute non : c’est une petite ville d’une région de France bien moins touristique que la côte d’azur, par exemple et que certains qualifient soit de sinistre soit de sinistrée, se demandant si la grande voisine de Douai, Lille, est entourée d’eau (ce qui n’est pas encore le cas), et qui ont dû peut-être entendre parler d’une autre de ses voisines, l’Athènes du nord (plus connue sous le nom de Valenciennes). Citons alors le Nouveau guide de l’étranger dans Douai (1861 ; depuis le temps, tout de même, on devrait mieux la connaître !) :

«On ne sait rien de précis sur les origines de la ville de Douai (en latin Duacum), on n’est même pas d’accord sur l’étymologie de son nom ; selon les uns, elle est tirée de ductus aquæ (moyen ou action de conduire l’eau), selon d’autres, de duæ aquæ (les deux eaux, à cause du double courant de la Scarpe qui entourait le château), ou encore de dou, dour, qui en celtique signifie eau ; ou enfin, de de hu wac (excubiæ, sentinelles), dont on aurait fait Dewacke, puis Duac et Duay.

Quoi qu’il en soit, il paraît fort probable que Douai fut d’abord une de ces forteresses bâties au IVe siècle, pendant la décadence de l’empire romain, afin d’empêcher les pirates saxons de remonter les cours d’eau qui traversaient le pays. C’est vers la même époque que furent construits Nobiliacum (Arras), Victoriacum (Vitry), sur la Scarpe ; Orciacum (Orchies), sur l’Ourche, etc., etc.

Mais la première mention certaine que l’on trouve de notre cité, dans les anciens titres ou les chroniques, remonte seulement à l’année 611. A cette époque, deux ducs puissants, alliés par leur mère Gerberte à la famille royale et parents de Dagobert, Adalbald et Erkhinoald, possédaient du chef de Gerberte, le château de Douai ; ils le firent réparer et y construisirent, à leurs frais, une église consacrée à la Vierge Marie, et qui devint plus tard la collégiale de Saint-Amé. Ils élevèrent en outre, au bord de la rivière, une tour d’une force et d’une hauteur merveilleuses. »

Voilà pour le passé lointain de Douai. Plus récemment : elle fut, au 18e et 19e siècles, le siège d’une Cour royale, et c’est là que la grande poétesse Marceline Desbordes-Valmore est née (en 1786) : Verlaine, qui la découvrit par Rimbaud, nous dit Robert Sabatier dans son Histoire de la poésie française, affirme : « Nous proclamons à haute et intelligible voix que Mme Desbordes-Valmore est tout bonnement la seule femme de génie et de talent de ce siècle, en compagnie de Sappho peut-être et de sainte Thérèse ». Amen. La ville de Douai a donné son nom à sa bibliothèque municipale (ce que la Wikipedia ne sait pas encore), qui, malgré l’incendie qui ravagea 9/10e de son contenu durant les bombardements d’août 1944, possède un fonds patrimonial comprenant entre autre plus de 600 manuscrits médiévaux.

Pour le présent, on signalera l’exposition « Corot dans la lumière du Nord » qui se tient actuellement et jusqu’au 6 janvier 2014 au musée de la Chartreuse de Douai.

Et que vient faire cette morue, comme un cheveu sur la soupe ? On ne peut que supputer que cette plaque éphémère placée à Paris célèbre la recette d’accras de morues que l’on trouve sur le site « maville Douai », même si chronologiquement il y a un petit problème d’inversion temporelle.

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