Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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1 septembre 2012

De la curiosité, ou, D’une pie, des autres oiseaux et des hommes en général

Classé dans : Nature, Photographie, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 17:51

La pie a la réputation d’être pleine de curiosité. Celle-ci, qu’on a aperçu récemment sur une pelouse normande, n’a pas hésité à retirer pour un moment sa tête de la terre où elle tentait d’attraper un quelconque ver et à nous jeter par-dessus l’épaule ce regard inquisiteur.

Curieux nous aussi, on s’est empressé de rechercher ce qu’en disaient les poètes ou les savants. Gaudeamus igitur, on a trouvé ce joli texte de Julien-Joseph Virey (1775-1846), personnage curieux s’il en est, puisqu’il s’agit d’un naturaliste à l’âme de poète mâtiné de psychologie (humaine mais aussi animale) – ce que lui reprochaient ses collègues uniquement scientifiques. Il faut de tout pour faire un monde, et heureusement qu’il n’est pas uniquement peuplé des uns ou des autres.

Ce passage est extrait des deux chapitres qu’il consacre aux « mœurs naturelles des oiseaux » dans son très sérieux ouvrage L’Histoire des mœurs et de l’instinct des animaux. L’affect qui traverse ce texte, les comparaisons qu’il ne manque de faire entre le caractère, les caractéristiques et le comportement de la gent ailée et ceux de l’espère humaine, ses considérations sur le langage et la vie amoureuse et sociale des uns et des autres et qui vont jusqu’à la place de la femme dans la société occidentale ! ne pouvaient manquer de surprendre, d’amuser, voire de toucher, son auditoire – il s’agissait de cours qu’il avait donnés à l’Athénée royal de Paris – comme il peut nous toucher aujourd’hui : comment rester insensible au passage où il indique qu’une société dans laquelle les femmes ont des droits égaux à ceux des hommes est plus civilisée que celles qui enferment celles-ci, et que « Les femmes deviennent peut-être, par le langage même, l’une des principales causes du perfectionnement des sociétés modernes » ?

C’est, pour le moins, inhabituel, sans pour autant être farfelu.

«Toute la classe des oiseaux se montre en général plus sensible que celle des quadrupèdes ; elle est aussi plus vive et plus ardente en toutes ses actions, à cause de la grande respiration de ces volatiles ; le repos est pour eux un tourment : toujours agités, turbulents, inquiets, dormant peu, ils passent la vie dans une activité perpétuelle ; volages, impétueux, ils sont aussi très colères et très amoureux. En général, leur fibre est mince, tendue, sèche même comme celle des personnes délicates, fluettes, qui sont mobiles, excitables. La rapidité, l’étendue de leur vue accroît encore ce besoin du changement et de la variété ; mais leurs autres sens, tels que ceux du toucher et du goût, paraissent très bornés. Cette bouillante impétuosité les rend moins capables de réflexion et d’une vraie instruction, que des animaux plus tranquilles. Ils éprouvent des impressions promptes, mais fugitives et subites, que le temps efface aisément comme de légers aperçus. Rien ne se grave en eux profondément ; ils sentent plus qu’ils ne conçoivent : c’est qu’il faut une sorte de gravité, un caractère posé et réfléchi pour se bien pénétrer de la connaissance des choses ; et si l’on parvient à donner quelque instruction aux serins, aux chardonnerets, aux merles, aux sansonnets, aux perroquets, c’est en les tenant emprisonnés, c’est en les forçant d’être longuement oisifs ; c’est surtout le soir ou la nuit, lorsqu’ils sont plus tranquilles, que les leçons leur profitent mieux. Les oiseaux devenus aveugles, étant moins distraits et moins mobiles, s’instruisent beaucoup plus aisément que les autres, et les oiseleurs ont mis à profit cette observation, en brûlant avec un fer rouge les yeux des rossignols et d’autres oiseaux chanteurs qu’on tient en cage. C’est ainsi qu’Homère, Milton, ces poètes si sublimes, furent aveugles, et durent peut-être une partie de leur génie à ce malheur, parce que la force vitale ne se dissipant plus par la vue, s’accumule, pour ainsi dire, dans l’organe de la pensée, et les méditations deviennent plus profondes dans la solitude, le repos et l’obscurité.

Quoique les oiseaux soient déjà plus éloignés de notre nature que les quadrupèdes, et quoique nous ayons vu leur cerveau moins parfait, par le défaut de corps calleux, de la voûte, de la cloison transparente, et par la disposition des six tubercules qui le composent ; cependant ces animaux sont encore très intelligents et très industrieux, comme nous nous proposons d’en offrir des preuves. L’homme, qui possède le cerveau le mieux organisé, et qui se vante d’être le plus sage des animaux, est cependant le seul d’entr’eux qui soit exposé à devenir fou : les plus illustres génies ont souvent manifesté quelque grain d’extravagance, et l’ont avoué eux-mêmes. Il ne faut point chercher, dans l’antiquité, les Démocrite ou les Héraclite ; on en a vu pareillement des exemples parmi les plus célèbres modernes, et le Tasse et Pascal, et une foule d’autres, en offriraient la preuve. Si les bêtes ne deviennent jamais folles, c’est qu’elles sont plus voisines de la sottise que de l’esprit ; et il semblerait, par là, que les sots n’auraient pas même le triste privilège de devenir fous.

Ces quadrupèdes, malgré la simplicité bornée de leur intelligence, qui ne leur permet point de sortir du droit chemin, sont susceptibles pourtant d’éprouver la rage et des vertiges qui troublent leur cerveau ; mais ces maladies ne sont point de la nature de la folie, qui est une exaltation extraordinaire et désordonnée des facultés intellectuelles trop vives, trop impétueuses. L’oiseau ne paraît nullement exposé à la rage comme les quadrupèdes, mais il est sujet aux vertiges, à l’épilepsie et à des boutades. Comme il est naturellement ardent, emporté, il n’écoute que le sentiment présent ; il est peu capable de se plier, de déguiser son moral ; il semble que la franchise du caractère se décèle plus librement, plus fortement chez les individus qui obéissent toujours à leurs premières impressions, comme le volatile.

Aussi les oiseleurs ont surtout remarqué une assez grande variété de caractères parmi les diverses espèces d’oiseaux. Tout le monde observe combien le paon est vain et présomptueux, combien le stupide dindon se rengorge sottement, le hibou est sauvage et taciturne, la pie curieuse, babillarde et voleuse ; l’autruche, la bécasse, encore plus sottes que la buse ; le pinson gai, le moineau pétulant et lascif, l’étourneau et le sansonnet étourdis, la linotte a la tète légère, l’oie est soupçonneuse et vigilante de nuit, le pigeon doux et amoureux, le héron triste et mélancolique, l’épervier rapace, les mouettes sont insatiables et criardes, etc. Parmi les perroquets, les merles, les geais, les corbeaux élevés et instruits, il y a même plusieurs nuances dans le naturel de chaque espèce, indépendantes de l’instruction qu’on leur a donnée.

[…]

Nous avons dit que l’étendue de la respiration, dans la classe des oiseaux, était l’action principale de leur économie, et qu’elle semblait communiquer à toutes les autres son branle et son activité ; que la chaleur vitale, l’ardeur amoureuse, la rapidité des mouvements tenaient à l’énergie de cette fonction. Il en résulte encore d’autres dispositions remarquables et innées parmi ces animaux.

Considérez, Messieurs, combien cette grande respiration leur donne d’aptitude, de facilité pour le chant, accroît l’étendue de leur voix, surtout à l’époque de leurs amours. Tout le monde sait que la voix de l’homme et de la femme acquiert du timbre et de la force au temps de la puberté, et qu’elle se casse lorsque la puissance générative se perd avec l’âge. De même les quadrupèdes prennent, dans la saison de leurs ardeurs, un ton de voix sonore et quelquefois effrayant. Le chant, parmi les oiseaux, n’est que l’expression de l’amour ; car après l’époque de la ponte, ils se taisent dans les bocages, presque tous. Le rossignol, qui déployait tous les charmes de sa voix mélodieuse, n’a plus, après ses amours, qu’un vilain cri semblable au sifflement d’un reptile. Les oiseaux en cage ne chantent jamais plus fort que lorsqu’ils sont privés de leurs jouissances, et l’on en a vu de si transportés à l’aspect d’une femelle dont ils ne pouvaient approcher, qu’ils chantaient avec une sorte de fureur, et jusqu’à tomber en épilepsie ; aussi les nourritures échauffantes sont très propres à exciter le chant de ces animaux. Au contraire, les chapons et d’autres espèces mutilées n’ont plus de chant, parce qu’elles n’ont plus d’amour, et partant plus de joie. Les femelles ont aussi la voix bien plus faible ou plus délicate que les mâles ; leur larynx n’acquiert point autant de développement ; elles sont même la plupart presque muettes, ou n’ont que ces accents primitifs, cette sorte de langage naturel bien différent du ramage amoureux des mâles.

Il résulte de cette multiplication des voix et des sons, que les oiseaux forment plus de liaisons sociales entr’eux que les autres animaux ; qu’ils ont plus de rapports entre leurs sexes, et qu’il s’établit un vrai langage de la mère à ses petits. L’hirondelle gazouillant dans son nid, semble converser avec sa couvée ; les jeunes poussins entendent les différents piaulements de leur mère, soit pour se mettre à couvert sous ses ailes, soit pour accourir à la pâtée, soit pour se cacher à la vue du milan. Les divers accents de douleur, de joie, de surprise, de frayeur, etc., se comprennent chez toutes les espèces d’animaux qui peuvent, a l’aide de poumons, exhaler cette sorte de langage et s’entre­com­mu­niquer leurs affections, avec d’autres gestes ou signes corporels.

Indépendamment de ce langage primitif, il en est un d’acquisition, résultat des relations sociales, et surtout des rapports des sexes entr’eux : puisque l’amour est le principe de toute réunion naturelle, un être qui suffirait seul à ses besoins, n’emploierait que quelques accents ou signes ; aussi les oiseaux solitaires, tels que ceux de proie, n’ont point de ramage, mais seulement quelques cris sauvages. Le chien, en quittant la domesticité, perd l’aboiement. L’homme enrichit et perfectionne son langage, d’autant plus que la société des sexes est plus rapprochée et plus intime. Les peuples chez lesquels règne le plus de galanterie et d’amour, sont les plus causeurs et aussi les plus policés, comme les anciens Grecs ; de là vient que les Européens, chez lesquels les femmes ont des droits égaux à ceux des hommes dans le commerce de la vie, sont plus civilisés que les Asiatiques, qui renferment celles-ci, et qui vivent taciturnes entr’eux. Les femmes deviennent peut-être, par le langage même, l’une des principales causes du perfectionnement des sociétés modernes. Les oiseaux les plus sociables ont aussi un langage plus étendu que les autres espèces. L’on s’est assuré que les rossignols de certains pays chantaient différemment que ceux d’autres contrées ; comme si ces nations aériennes avaient chacune leur idiome ou leur dialecte particulier ; nous tenons d’un savant ornithologiste, M. Vieillot, que des rossignols chantent moins bien d’eux seuls lorsqu’ils ne sont pas enseignés par leurs parents. Les oiseaux polygames, tels que les gallinacés, n’ont jamais dans le chant cette flexibilité de tons, ces modulations touchantes, propres à attendrir leur femelle, comme les oiseaux monogames. Le coq, sultan impérieux en son sérail, s’exprimant avec arrogance, force les femelles à se soumettre à ses volontés ; sa voix altière est celle du despote qui commande ; tandis qu’un tarin, un chardonneret, aimables troubadours de nos bois, captivent, par de tendres romances, le cœur de leurs douces amies, et ne veulent rien devoir qu’à l’amour. Il en est chez les oiseaux comme dans l’espèce humaine : lorsque les femelles sont plus nombreuses ou plus faciles, les mâles, despotes et jaloux, se font valoir par leur rareté même ; si les femelles sont rares à leur tour, ou, ce qui revient au même, si elles sont plus sévères et plus réservées, elles obtiennent l’empire, et les mâles se rendent leurs esclaves. »

Julien-Joseph Virey, Histoire des mœurs et de l’instinct des animaux, avec les distri­butions méthodiques et naturelles de toutes leurs classes. Cours fait à l’Athénée royal de Paris. Paris, 1822.

25 août 2012

« …comme si les arbres des champs étaient hommes » (Deut. XX:19, trad. Sébastien Castellion)

Classé dans : Lieux, Littérature, Nature, Photographie — Miklos @ 12:26


Belchen (Allemagne)

«À onze heures et demie, nous remontions à cheval et nous cheminions de montagne en montagne ; parfois nous apercevions un arbre solitaire sur un sommet ; cet arbre devenait un spectacle, une sorte d’événement au milieu de ce désert immobile. » — Jean-Joseph-François Poujoulat, Études africaines. Récits et pensées d’un voyageur. Paris, 1847.

«Le sombre automne, continua-t-il, règne sur nos montagnes ; l’épais brouillard repose sur nos collines. On entend siffler les tourbillons de vent. Le fleuve roule des ondes fangeuses dans l’étroite vallée. Un arbre solitaire s’élève au sommet de la colline, & marque l’endroit où repose Connal : le vent fait voler & tourner dans les airs ses feuilles desséchées ; la tombe du héros en est jonchée : les ombres des morts apparaissent quelquefois en ce lieu, quand le chasseur pensif se promène seul à pas lents sur la bruyère. » — « Carricatura », in Ossian, fils de Fingal, barde du troisième siècle : poésies galliques traduites sur l’Anglois de M. Macpherson par M. Le Tourneur. Paris, 1777.

24 août 2012

De quelques drôles de créatures et de l’histoire du baiser goulu à Sainte Ursule, ou, que faire avec du fer ?

Classé dans : Lieux, Littérature, Photographie, Sculpture — Miklos @ 13:57


Échassier. Worms (Allemagne).
 


Cheval. Heidelberg (Allemagne).
 


Tête. Rastatt (Allemagne).
 


Jürgen Goertz : Gnome. Schwabisch Hall (Allemagne).

Sainte Ursule,
ou
La Merveille naturelle

Le curé d’un petit village de Bohême s’était déclaré l’ennemi impitoyable de tous les baisers que le sacrement n’avait point sanctifiés. Son éloquence sacrée, s’échappant en torrents de flammes, poursuivait sans relâche la jouissance de cette marchandise prohibée ; et même, s’il avait fallu en croire ses interminables sermons, l’excommunication et l’enfer étaient des peines trop douces pour le criminel. Quoique de son temps, on pût, dans le pays comme partout ailleurs, se procurer de jolies femmes de ménage, il avait trouvé plus édifiant ou plus commode de faire choix d’une pieuse veuve déjà sur le retour.

Un soir, un pèlerin, chargé d’un grand fardeau, et arrivant d’un pays éloigné, demanda à se rafraîchir chez ce singulier personnage. Pour prix de l’hospitalité qui lui fut accordée, il supplia humblement le curé d’agréer, comme une marque de sa reconnaissance, un grand morceau de fer noirâtre, d’une espèce toute particulière.

Celui-ci se hâta d’envoyer à Prague ce cadeau inconnu, avec une lettre pour un artiste de cette ville, conçue en ces termes : « Faites-moi, je vous prie, avec cette matière rare, une image de sainte Ursule pour la petite chapelle de ma paroisse. »

Ces ordres furent exécutés, et, deux mois après, la sainte arriva saine et sauve au presbytère. Le lendemain, escortée de la petite troupe des fidèles, elle fut portée solennellement au maître-autel, où l’attendait une niche d’honneur.

Auprès d’elle se trouvait, dans une pareille cellule, un petit saint dont le nom ne m’est pas connu ; l’histoire rapporte seulement qu’il était de fer.

N’ayant pas eu l’honneur de le mesurer, je dois en croire la tradition, qui ne lui donne que sept pouces depuis la tête jusqu’aux talons.

Sa figure et sa barbe étaient rongées par la rouille ; et, hélas ! il paraissait oublié de Dieu et des hommes.

Bien des années s’étaient écoulées, et il n’avait encore songé à se venger de l’indifférence qu’on montrait à son égard, lorsque l’arrivée de sa bonne voisine lui donna l’idée d’attirer enfin sur lui les regards du public. A peine l’eut-on placée à ses côtés, qu’on le vit se mouvoir dans sa niche, et s’approcher d’elle avec empressement.

Miracle ! miracle ! s’écria-t-on de toutes parts, quand on vit ce nain sauter, comme une grenouille, dans la cellule de sainte Ursule, et s’attacher à elle avec familiarité et tendresse, comme s’il eût retrouvé sa fiancée après une longue séparation.

Le prêtre recula d’effroi : son sang s’arrêta dans ses veines ; et, frappé d’immobilité, il regardait cette scène étrange comme s’il avait été lui-même changé en fer.

Rien ne l’étonnait davantage que le calme de la sainte, qui ne se mettait nullement en peine de repousser son nouvel amant. Le visage enflammé de colère, il ordonne au téméraire de retourner promptement chez lui ; mais c’est en vain, le petit homme fait la sourde oreille.

Est-il possible, s’écria le moine, qu’un saint ose ainsi profaner le temple du Seigneur ? Et toi, Ursule, tu ne repousses pas cet insolent !.. que dis-je ? on croirait même que tu trouves plaisir à cette visite. — La sainte ne répondit mot. — Hélas ! reprit -il en soupirant, vous êtes tous les deux des gens de même aloi ; mais je serais indigne de remplir désormais les fonctions de mon ministère, si je souffrais plus longtemps un scandale pareil.

Et, au plus haut degré de sa colère, il tire un long couteau de sa gaine, et se précipite avec le tranchant aigu sur ce couple odieux.

Mais, nouveau miracle ! son glaive à rôti fut moins heureux qu’il ne l’avait espéré ; car sainte Ursule s’était aussitôt emparée de la lame, et ne lui avait laissé que le manche dans les mains.

Un tel événement est fait pour décourager le plus brave. Le prêtre, désarmé, et le bras paralysé, resta pendant trois minutes anéanti de surprise et de fureur. — Voilà vraiment des événements extraordinaires, dit-il ensuite en balbutiant ; ce temple est profané : fidèles, sortez ! je vais sur-le-champ faire mon rapport à monseigneur l’évêque.

Et lorsqu’il s’enfuit avec effroi, la jeunesse moqueuse criait après lui : « Quel bruit n’a pas souvent fait ce moine pour un misérable baiser ! et maintenant il voit que les saints eux-mêmes se permettent, sans remords, le même plaisir. »

Au moment où le curé sortait de l’église, un homme à cheval s’arrête devant lui, et il reconnaît le statuaire de Prague, qui venait chercher ses honoraires.

Hélas ! mon fils, s’écria le pasteur, soyez le bienvenu ! Je me crois obligé de vous payer ; cependant Ursule a occasionné ici un grand scandale. Une créature de fer, que jusqu’aujourd’hui, nous avions prise, dans notre simplicité, pour un saint (Dieu ne le connaît pas !), vient de quitter sa place, et d’un seul bond s’est attachée au visage d’Ursule avec un plaisir tout charnel.

L’artiste sourit : « Mon père, vous accusez avec trop de dureté le bon homme de fer. S’il fait la cour à cette sainte dame, il obéit à une impulsion plus forte que lui. Il en est de lui comme de tant d’autres fils de cette terre : le regard séduisant des belles nous enchaîne avec une puissance irrésistible ; en conséquence, pardonnez-lui un amour trop précipité dont les charmes seuls d’Ursule me paraissent la cause ; car, plaisanterie à part, elle est, croyez-en un connaisseur, un aimant qui attire le fer. »

Langbsein. In Album littéraire. Recueil de morceaux choisis de littérature contem­poraine. Paris, 1831.

(L’ouvrage dit de l’auteur : « Langbsein de Berlin fait partie du petit nombre d’auteurs qui ont acquis en Allemagne une grande popularité. » On n’a trouvé aucune autre trace de cet écrivain ou de ce texte.)
 


Évariste Huc : Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie,
le Thibet et la Chine pendant les années 1844, 1845 et 1846.
Paris, 1850.

Mille millions d’anges

Classé dans : Lieux, Musique, Photographie, Religion, Sculpture — Miklos @ 1:45


Abbaye bénédictine de Sankt Peter de la Forêt-Noire (Allemagne)

« Les Juifs avaient dans leur temple deux chérubins ayant chacun deux têtes, l’une de bœuf et l’autre d’aigle, avec six ailes. Nous les peignons aujourd’hui sous l’image d’une tête volante, ayant deux petites ailes au-dessous des oreilles. Nous peignons les anges et les archanges sous la figure de jeunes gens, ayant deux ailes au dos. […]

Scot a compté mille millions d’anges. L’ancienne mythologie des bons et des mauvais génies ayant passé de l’Orient en Grèce et à Rome, nous consacrâmes cette opinion, en admettant pour chaque homme un bon et un mauvais ange, dont l’un l’assiste, et l’autre lui nuit depuis sa naissance ; mais on ne sait pas encore si ces bons et mauvais anges passent continuellement de leur poste à un autre, ou s’ils sont relevés par d’autres. […]

On ne sait pas précisément où les anges se tiennent, si c’est dans l’air, dans le vide, dans les planètes : Dieu n’a pas voulu que nous en fussions instruits. »

Voltaire, Dict. philosophique.

23 août 2012

D’un monde à l’autre

Classé dans : Lieux, Photographie, Sculpture — Miklos @ 21:42


Abbaye d’Eberbach (Allemagne)

« Bon ange. Mauvais ange, Ange de lumière. Ange de ténèbres. La chute des anges. Les anges rebelles. Les anges déchus. L’ange exter­mi­nateur. L’ange de la mort. L’ange tutélaire. Ange gardien. » (Dict. de l’Acad. fr.)

« Un squelette d’homme. Un squelette d’enfant. Le squelette d’un cheval, d’un oiseau, d’un poisson, d’un serpent. Les ossemens de ce squelette sont rattachés avec du fil d’archal. Squelette artificiel. Faire un squelette d’ivoire. » (Dict. de l’Acad. fr.)

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