Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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5 octobre 2011

La police recrute

Classé dans : Actualité, Photographie — Miklos @ 18:31

Les effectifs de la police sont affectés : privatisations de certaines fonctions, départs en retraite, suspensions et mises à l’ombre, suicides… Consé­quemment, on doit recruter de plus en plus djeun’.

24 septembre 2011

Promenade Paris III et IV

Classé dans : Architecture, Littérature, Photographie — Miklos @ 21:25

Tour Saint-Jacques
(autres photos ici)

Le centre de la Ville était occupé par un monceau de maisons à peuple. C’était là en effet que se dégorgeaient les trois ponts de la Cité sur la rive droite, et les ponts font des maisons avant des palais. Cet amas d’habitations bourgeoises, pressées comme les alvéoles dans la ruche, avait sa beauté. Il en est des toits d’une capitale comme des vagues d’une mer, cela est grand. D’abord les rues, croisées et brouillées, faisaient dans le bloc cent figures amusantes ; autour des halles c’était comme une étoile à mille rais. (…) Il y avait aussi de beaux édifices qui perçaient l’ondulation pétrifiée de cette mer de pignons. (…) [C]’était le riche clocher carré de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, avec ses angles tout émoussés de sculptures, déjà admirable quoiqu’il ne fût pas achevé au quinzième siècle. (Il lui manquait en particulier ces quatre monstres qui, aujourd’hui encore, perchés aux encoignures de son toit, ont l’air de quatre sphynx qui donnent à deviner au nouveau Paris l’énigme de l’ancien. Rault, le sculpteur, ne les posa qu’en 1526, et il eut vingt francs pour sa peine.)

Victor Hugo, Notre-Dame de Paris

17 août 2011

L’ange gardien des ordinateurs se trouve à…

Classé dans : Architecture, Lieux, Littérature, Photographie, Sculpture — Miklos @ 10:30

Bruges: entrée du béguinage. Autres photos ici.

…Bruges, à l’entrée du béguinage (quand avez-vous effectué votre dernière sauvegarde, cher lecteur ?). La ville, à l’instar de Venise ou du Mont Saint-Michel, mérite bien son titre de Bruges-la-Morte, figée qu’elle est en grande partie dans un splendide passé, muséifiée, et conséquamment envahie de troupeaux de touristes las qui y grouillent en prêtant à peine l’oreille à un guide ou l’œil figé dans le viseur de leur caméra numérique, se déplaçant tel le flot d’une lave de boue dans les ruelles pullulant de commerces de bouche, du fast food au plat prétendument typique et surtout cher, de chocolatiers et de gaufriers, de magasins de souvenirs se succédant porte à porte.

Et malgré tout, comme l’écrit Émile Verhaeren à propos du roman Bruges-la-Morte (1892) de Georges Rodenbach,

J’entendais dire : Bruges-la-Morte n’est point le vrai Bruges que les voyageurs rencontrent en débarquant là-bas. (…) Bruges fut chantée par Rodenbach parce que, parmi toutes les villes de la terre, il la croyait le mieux d’accord avec sa mélancolie. Il lui importait peu d’être exact, il lui importait beaucoup d’être ému. Son livre est une peinture attendrie et pieuse. Des églises, des places, des palais, des canaux, des quais, des étangs, des ponts de Bruges, il avait la nostalgie, il la communiqua au public.

Il le fit aussi dans un autre roman, Le Carillonneur (1897) – métier encore très vivace en Belgique, où l’on peut même entendre les cloches d’une cathédrale sonner un tango argentin… – :

À s’isoler, à fuir sans cesse dans la tour, Borluut ne goûta plus que la mort.

Du haut du beffroi, la ville apparaissait plus morte, c’est-à-dire plus belle. Les passants s’effaçaient. Les bruits cessaient en route. La Grande Place s’allongeait, grise et nue. Les canaux reposaient ; leurs eaux n’allaient nulle part ; ils étaient veufs de tout bateau, inutiles aussi, et semblaient posthumes.

Au long des quais, les demeures étaient closes. On aurait dit que, dans chacune, il y avait un mort.

Impression funéraire, unanime ! Borluut exultait. C’est ainsi qu’il voulut Bruges. Naguère il ne se voua à restaurer, éterniser toutes ses vieilles pierres qu’avec la conscience et la joie de sculpter son tombeau.

Le carillon lui-même, il l’ambitionna et l’accapara pour mieux célébrer et annoncer la mort de la ville aux horizons. Maintenant encore, quand il jouait, promenant ses mains sur le clavier, il se faisait l’effet à lui-même de cueillir des fleurs, de les arracher, avec de durs efforts, à des tiges résistantes, s’obstinant quand même, complétant sa moisson, saccageant le parterre des cloches, et alors d’effeuiller des corbeilles pleines, des bouquets de son, des guirlandes de fer, sur la ville au cercueil.

Ne fallait-il pas qu’il en fût ainsi ? C’était la beauté de Bruges d’être une morte.

Et c’est ainsi qu’on l’avait vue, une fois en plein hiver, sous la neige. Pas un chat, pas un touriste. Un silence, non pas de mort mais de paix, recouvrait la ville, à l’exception de l’église du béguinage, d’où sortait le chant des bénédictines. Le temps s’était arrêté.

Bruges : le béguinage. Autres photos ici.

15 août 2011

Le cœur de l’Europe

Calendrier pour l’année 1871 (détail). Béguinage d’Anderlecht.

Bruxelles est la capitale d’une Europe qui, à l’image de la Belgique, n’a pas les coutures très solides : ses deux ventricules ne s’accordent pas. Dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, Jules César aurait pu aussi bien écrire Belgium est omnis divisum in partes tres (en comptant la petite région germanophone). Il ne l’a pas fait et a plutôt vanté le courage de ce peuple : Horum omnium fortissimi sunt Belgae. Près de deux millénaires plus tard, un certain Jean Le Mayeur chante la gloire de ce pays :

Je chante ce pays rival de l’Italie,
Par son agriculture et par son industrie ;
Pays à qui l’Anglais doit le plan de ses lois ;
Le Français, son ClovisFils de Childéric, roi des Francs de Tournai, et trois souches de Rois ;
L’Europe, des héros d’une valeur sublimeOn pense évidemment à Tintin et au commissaire Maigret. ;
L’Asie, un conquérant, seul vainqueur à SolymeJérusalem. Il s’agit de Godefroy de Bouillon ;
La terre, le bienfait de mille inventionsLa gaufre et la bière, principalement.,
Transmises de nos bras aux autres nations ;
La mer, sur tous les bords où s’étend le commerce,
L’un des premiers essais des trésors qu’il nous verse.

Jean Le Mayeur, La Gloire Belgique, poème national en dix chants. Louvain, 1830.

On pourra voir ici quelques photos de son palais royal.

14 août 2011

Fluctuat nec mergitur

Classé dans : Lieux, Photographie — Miklos @ 9:11


Une façade à Liège. D’autres photos ici.

Les Belges n’y vont pas par quatre chemins, ils n’y vont pas non plus par trois, même pour ces dames : ils ont carrément nommé une de leurs villes Liège. Ce n’est pas qu’un matériau « remarquablement isolant et résistant » (Arts et litt., 1935) – caractéristiques dont peut s’enorgueillir l’ex capitale de la principauté éponyme, détruite en 1468 par Charles le Téméraire (et le très sanguinaire), sujette à des révoltes intérieures puis à la « bienheureuse révolution » qui lui fait incorporer la France en 1792 dont elle est séparée en 1815 et intégrée à la Hollande pour finalement faire partie d’une Belgique indépendante en 1830, et récipiendaire de la Légion d’honneur en 1919 – mais surtout connu pour sa légèreté et sa capacité à flotter sur l’eau, qualités essentielles en cet été pourri où il pleut jour et nuit sans discontinuer en Wallonie. Comme on dit chez eux, S’i plût, dju frans coume a Pari, dju lêchrans plûre, tout en souhaitant à nos chers lecteurs parisiens qu’il ne pleuve pas à Paris autant qu’à Liège.

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