Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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23 juin 2011

Un ange passe

Classé dans : Littérature, Photographie — Miklos @ 21:38

Dieu aime moins un ange possible qu’une mouche actuellement existante. Un ange passe d’une extrémité à une autre sans passer par le milieu.

Élie Fréron, L’année littéraire. Année 1755, « Lettre XIII. Histoire de Martinus Scriblerus ». Tome 1. Amsterdam.

Les Sarrasins (…) disent : (…) si tu crains de monter à l’échelle, tu n’arriveras point sur le toit ; celui qui a le poing serré, a le cœur étroit ; ne brise point la salière de ton hôte ; ne crache point dans le puits d’où tu bois ; ne t’habille pas de blanc dans les ténèbres ; ne bois point dans une coupe de chair ; si un ange passe, ferme ta fenêtre ; lave-toi avant le coucher ; allume ta lampe avant la nuit ; toute brebis sera suspendue par le pied.

Denis Diderot, Dictionnaire ency­clo­pé­dique, article « Sagesse (morale) ». Paris, 1818.

S’il avait le courage, comme moi, d’observer le silence en face, l’ange, il le verrait ! Parce que, mesdames et messieurs, lorsqu’un ange passe, je le vois ! Évidemment, je ne dis pas que je vois passer un ange, parce qu’aussitôt, dans la salle, il y a un doute qui plane.

Raymond Devos, Un ange passe.

J’ai relevé les yeux.

Derrière la fenêtre,
au fond du jour,
des images quand même passent.

Navettes ou anges de l’être,
elles réparent l’espace.

Philippe Jaccottet, Leçons.

21 juin 2011

Fête de la musique

Classé dans : Littérature, Musique, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 0:01

« La véritable musique est le silence, et toutes les notes ne font qu’encadrer ce silence. » (Miles Davis)

« Du silence naît tout ce qui vit et dure ; car c’est le silence qui nous relie à l’univers, à l’infini, il est la racine de l’existence et par là l’équilibre de la vie. » (Yehudi Menuhin)

« L’art véritable n’a que faire de proclamations et s’accomplit dans le silence. » (Marcel Proust)

« Ô privilège du génie ! Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui. » (Sacha Guitry)

« Quelle musique, le silence ! » (Jean Anouilh)

15 juin 2011

« Ce menton fait comme un paysage, ce nez accidenté… »

Classé dans : Cinéma, vidéo, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 23:32

Il commande aux yeux, qui jettent de temps en temps, vers lui, un coup d’œil apeuré, et se hâtent de remonter. Au front, qui n’est qu’une minorité de lui-même. Il les tient bien en mains. Tout le monde joue son jeu.

Il s’amuse parfois à se cacher sous une barbe. Il ne nous trompe pas. Il transperce le camouflage. Il est comme une femme nue sous son manteau. Comme un crapaud sous une feuille de salade.

Ce n’est pas un menton banal. C’est plus que tant de chair sur tant d’os. C’est une exposition, une mise à nu, une confession publique.

Un chaos intelligent, un assassin sentimental, une mère de famille sadique. Un menton. Le menton de Michel Simon. Pourri de talent.

René Barjavel, « Michel Simon », Le Merle Blanc, n° 244, 3.12.1938.

Le titre de ce billet est tiré de Claude Gauteur et André Bernard, Michel Simon. PAC Éditions, 1975.

L’homme au nez cassé

Classé dans : Peinture, dessin, Photographie, Sculpture — Miklos @ 20:57

Homme au nez cassé. Street art.

Voici maintenant Rodin logé à Montmartre. Il est entré chez Carrier-Belleuse, rue de la Tour-d’Auvergne.

Ce Carrier-Belleuse était un sculpteur qui ne faisait que du chic ; mais il avait un goût très fin, très artiste, et il était, lui aussi, d’une habileté invraisemblable. C’était un type très allural, l’air d’un d’Artagnan. Ses ouvriers, il en occupait bien une vingtaine, copiaient à l’envi ses manières et son pantalon à vis, son chapeau vaste et ses souliers à boucles. Mais l’argent l’entraînait ; aussi, il inondait le Marais de statuettes et de dessus de pendules. Je dois dire tout de suite que beaucoup de ces sujets-là sortaient des doigts de Rodin.

On a écrit que ce dernier « avait fait de la pratique » chez Carrier-Belleuse. C’est inexact. Rodin n’a jamais été, même à ses débuts, un « praticien » ! Il n’exécuta, chez Carrier, que des modèles.

Dans ce nouvel atelier, on s’émerveillait encore de voir Rodin terminer en quelques heures une statuette ou un bibelot. « Et c’était toujours une jolie œuvre d’art qu’il réalisait ! » m’a dit Desbois. « On pouvait bien lui prédire le plus grand avenir, car il y avait un sacré modelé du diable avec la plus petite de ses statuettes ! »

Comme il avait dessiné, Rodin, en effet, avait modelé avec la même fougue, à la petite école de la rue de l’École-de-Médecine : du nu — et des plantes, dites « vivantes », que l’on apportait sur la selle.

Aussi, dès l’année 1864 – date historique ! – on allait le voir débuter par ce véritable coup de tonnerre : l’Homme au nez cassé.

On allait le voir. Je m’avance ! Cet admirable buste, un des plus beaux de toute sa vie, fut refusé au Salon !

À cet aboutissant, qui tient de l’École des Beaux-Arts et des ateliers mondains, on ne pouvait, il est vrai, agir autrement. Tous les médiocres se tiennent. Accepter Rodin, c’était condamner définitivement l’École, depuis longtemps, depuis toujours moribonde !

Rodin revint à sa sculpture, avec quelle joie, avec quel amour !

Gustave Coquiot, Le Vrai Rodin, Éditions Jules Tallandier, 1918.

Gustave Rodin : Homme au nez cassé.
Illustr. de l’ouvrage de G. Coquiot, op. cit.

13 juin 2011

« Clairs visages hors du temps rassemblés, visages de femmes vivantes… » (André Breton, Point du Jour)

Classé dans : Littérature, Nature, Photographie — Miklos @ 3:19

Pythie ou pythonisse. Les Grecs nommaient ainsi la prêtresse qui rendait à Delphes les oracles d’Apollon. Les prêtresses de Delphes, pour prédire l’avenir, s’inspiraient sous l’action de vapeurs sulfureuses sortant d’une espèce d’abîme ou de trou profond, nommé Pythium, dont la tradition attribuait la découverte à un berger qui faisait paître son troupeau au pied du Parnasse, et auquel les vapeurs enivrantes qui s’en exhalaient communiquèrent le don de prophétie. Plusieurs fanatiques s’étant précipités dans cet abîme, on en boucha l’entrée, au moins en partie, au moyen d’une espèce de machine supportée par trois pieds appuyant sur les bords du trou, d’où on la nomma trépied. Les prêtresses, montées sur ce trépied, pouvaient, sans le moindre risque, recevoir l’action de la vapeur prophétique. (…) Ce n’était qu’au commencement du printemps que la pythie rendait ses oracles, et elle s’y préparait par plusieurs cérémonies qui tendaient à l’exalter extraordinairement ; tel était, entre autres un jeûne de trois jours. Elle se trempait le corps et surtout les cheveux dans la fontaine de Castalie, se couronnait de laurier ; le trépied était également décoré de lauriers, et la prêtresse mâchait et avalait sans doute aussi quelques feuilles de cet arbre, consacre à Apollon. Ces préliminaires achevés, Apollon avertissait lui-même de son arrivée, lors de laquelle le temple semblait trembler jusque dans ses fondements, et l’on plaçait alors sur le trépied la prêtresse, qui avait à peine subi l’action de la vapeur divine que tout son corps s’agitait, ses cheveux se hérissaient, son regard devenait farouche…

William Duckett (éd.), Dictionnaire de la conversation et de la lecture, t. 15. Paris, 1857.

Du curcuma, ou safran d’Inde. Aucuns tiennent que cette racine étrangère que les apothicaires appellent curcuma, en français terra merita, est le cyperus indicus de Dioscoride : car voici ce qu’il en dit : On dit qu’il croît une autre espèce de cyperus en Inde qui retire au gingembre*, et étant mâché rend la couleur de safran, et est amer, et qu’étant appliqué en liniment il fait quant et quant tomber le poil. Toutes lesquelles marques conviennent fort bien à la curcuma des apothicaires : car c’est une racine à mode de gingembre, jaune comme safran au-dedans, laquelle étant mâchée rend la salive jaune, et est amère ; même l’on s’en sert aux dépilatoires. (…) En outre elle a quelque ressemblance quant aux propriétés avec le gingembre, outre ce qu’elle rend la salive jaune quand on la mâche, combien qu’elle ne soit pas si forte, et qu’elle ait aussi plus mauvais goût ; elle est encore plus propre à désopiler les parties intérieures que ne l’est le gingembre : à raison de quoi, dit Pena, les charlatans et les femmes l’ordonnent avec du gingembre contre la jaunisse. (…) Aujourd’hui les peintres et les alchimistes en usent plus que les médecins, lesquels toutefois en usent en l’électuaire appelé diacurcuma, qui sert aux maladies invétérées, à l’hydropisie, et contre la mauvaise habitude du corps qu’on appelle cachexie.

Jacques Dalechamps, De l’histoire générale des plantes, trad. du latin par Jean des Moulins. Lyon, 1615.

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* Retirer à, de. Ressembler à. Trésor de la langue française informatisé, art. retirer.

M. Linnaeus la caractérise ainsi : Son calice est formé par plusieurs spates partiales, simples, et qui tombent ; la fleur est un pétale irrégulier, dont le tuyau est fort étroit. Le pavillon est découpé en trois parties, longues, aiguës, évasées et écartées. Le nectarium est d’une seule pièce, ovale, terminée en pointe, plus grande que les découpures du pétale, auquel il est uni dans l’endroit où ce pétale est le plus évasé. Les étamines sont au nombre de cinq, dont quatre sont droites, grêles, et ne portent point de sommets ; la cinquième, qui est plantée entre le nectarium, est longue, très étroite, ayant la forme d’une découpure du pétale, et partagée en deux à son extrémité, près de laquelle se trouve le sommet. Le pistil est un embryon arrondi qui supporte la fleur, et pousse un style de la longueur des étamines, surmonté d’un stygma simple et crochu. Le péricarpe ou le fruit, est cet embryon qui devient une capsule arrondie à trois loges séparées par des cloisons ; cette capsule contient plusieurs grains.

Diderot et Dalembert, Encyclopédie. Neuchâtel, 1765.

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