Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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7 septembre 2009

Little Girl

Classé dans : Musique, Photographie — Miklos @ 19:00

Petite fille, petite fille malheureuse, on t’a laissée toute seule,

tu joues au solitaire, tu joues à être le geôlier de ton âme,

tu es enfermée dans une prison que tu t’es créée,

et tu ne peux imaginer ce que ça me fait de te voir pleurer.

Petite fille, petite fille malheureuse, déchire la toile qui te retient ;

scie tes barreaux, décide-toi aujourd’hui ;

tu es condamnée à une prison que tu t’es créée.

Petite fille, petite fille malheureuse, envole-toi vite ;

ne manque pas ta chance de nager dans le mystère.

Tu es enchaînée à une prison que tu t’es créée.

Jim Morrison, Une prière américaine, p. 31. Cité par Stéphane Labat, La poésie de l’extase et le pouvoir chamanique du langage. Maisonneuve & Larose, 1997. Version anglaise de la chanson.

1 septembre 2009

Le tableau

Classé dans : Photographie, Récits — Miklos @ 21:33


Au fil des ans, l’homme se tassait et se voûtait, son pas devenait plus hésitant, ses promenades plus courtes. Puis il n’eut plus le courage de sortir de chez lui, l’effort était trop grand. Il passait le clair de ses journées dans son vieux fauteuil de cuir usé, enfoncé de plus en plus profondément, à tel point qu’il semblait parfois y disparaître. Il relisait inlassablement les livres qu’il avait aimés, il y en avait partout ; ils l’emmenaient, lui qui avait tant aimé voyager, dans de lointaines contrées, en d’autres temps, à y faire connaissance d’hommes et de femmes aux langues et aux mœurs étranges, à s’imaginer déguster les plats exotiques que des esclaves plaçaient devant eux, à deviner le son aigre et le rythme lancinant d’instruments de musique aux formes aussi sinueuses que les volutes d’encens qui voilaient parfois le paysage. À la fin d’un chapitre, il posait le livre sur ses genoux et poursuivait dans une sorte de rêve éveillé l’aventure, devenu lui-même l’un des personnages.

Ses yeux faiblissaient et ses lectures se faisaient plus rares, il écoutait alors la radio ou dodelinait de la tête. Il aimait encore tirer quelques bouffées d’Amsterdamer de sa pipe culottée. Elle s’éteignait rapidement sans qu’il s’en aperçoive, il ne la rallumait que rarement. Quand on lui apportait un repas – il ne reconnaissait pas la personne, était-ce celle de la veille ou une autre, était-ce le déjeuner ou le dîner, qu’importe – il se redressait, enfonçait dans l’encolure de sa chemise le coin d’une grande serviette blanche et mangeait lentement le repas posé sur la petite table devant lui.

Le soir, il se retrouvait au lit, bordé, un grand oreiller sentant bon la lavande sous le dos. Sur la table de chevet, il y avait autrefois un livre, c’était quand il pouvait encore lire. Maintenant, la table était vide. De temps à autre, machinalement, sa main tâtonnait de ce côté-là, effleurait à l’aveuglette la surface de bois lisse où s’accumulait la poussière. Un jour il n’eut plus la force de lever le bras.

Le lendemain on le retrouva mort dans son lit. Sur la table de nuit, un magnifique tableau était dessiné là où ses doigts avaient laissé des traces comme celles d’un fusain. C’était la campagne, une belle journée de printemps. Sur le chemin caillouteux qui la traversait de gauche à droite entre deux rangées d’arbres espacés, un petit garçon avançait en sautillant, seul. Plus loin devant lui, un homme dans la force de l’âge, un havresac à l’épaule, marchait d’un pas régulier. Ils semblaient se diriger vers une petite maison proprette qu’on apercevait à droite du tableau. À travers la haie, on distinguait une fenêtre ouverte, encadrée de vieux volets délavés. Dans la pièce, il y avait un lit sur lequel un vieillard était étendu la main posée sur la table de chevet. Au loin, les montagnes contemplaient, impassibles, la scène.

28 août 2009

Habillée, déshabillée

Classé dans : Littérature, Photographie, Société — Miklos @ 23:59

«Toute l’Europe a les yeux tournés vers la fameuse poupée de la rue Saint-Honoré, poupée de la dernière mode, du dernier ajustement, de la dernière invention, image changeante de la coquetterie du jour» figurée de grandeur naturelle, sans cesse habillée, désha­billée, rhabillée au gré d’un caprice nouveau né dans un souper de petites maîtresses, dans la loge d’une danseuse d’Opéra ou d’une actrice du Rempart, dans l’atelier d’une bonne faiseuse.

Edmond et Jules de Goncourt, « La beauté et la mode », in La Femme au dix-huitième siècle. 1862.

« …comme si les arbres des champs étaient hommes » (Deut. XX:19)

Classé dans : Nature, Photographie — Miklos @ 23:33

27 août 2009

Après Montréal, Paris utilise l’ortograf altêrnativ

Classé dans : Actualité, Langue, Photographie — Miklos @ 23:26


On avait signalé
à nos fidèles lecteurs la curieuse initiative de la Ville de Montréal qui propose sur son site un « akey ki s’adrês o pêrsone ki on dê z’inkapasité intélêktuêl ». Pour ne pas être en retard sur la Nouvelle France, la capitale de l’ancienne fait évoluer l’orthographe sur les panneaux de ses institutions. On peut voir ci-dessus la nouvelle façon d’épeler « accès » (à l’entrée du musée d’Art moderne au palais de Tokyo), qui n’est pas sans rappeler le glissement (en sens inverse, toutefois) de l’orthographe (correcte) du mot « événement » vers « évènement ». Un pas en avant, un pas en arrière !

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