Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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18 février 2009

Ce monde de glace et de métal…

Classé dans : Littérature, Photographie — Miklos @ 1:49


Fontaine Igor Stravinski (détail)

«Dans le bassin des Tuileries,
Le cygne s’est pris en nageant,
Et les arbres, comme aux féeries,
Sont en filigrane d’argent.

Les vases ont des fleurs de givre
Sous la charmille aux blancs réseaux,
Et sur la neige on voit se suivre
Les pas étoilés des oiseaux.

Au piédestal où, court-vêtue,»
Vénus coudoyait Phocion,
L’Hiver a posé pour statue
La Frileuse de Clodion.

Théophile Gautier, « Fantaisies d’hiver » II, Émaux et camées. Paris, 1866.

Histoire comme chat

Classé dans : Littérature, Photographie — Miklos @ 1:10


Chat hiérosolymitain

Un gros chat.
À mon ami Théophile Gautier

New-Yorck.

«Gautier, ami des chats, plus que lord Byron même !
Je t’envoie un croquis, un motif de poème,
Une étude de chat ! — On n’en fait pas assez.
— Les autres animaux de mode sont passés,
Ou passeront. Les chats obtenant ta tendresse
J’ai donc fait un croquis de chat à ton adresse.
Je préfère les chiens : c’est motif à débats ;
Mais laissons-là les chiens, puisqu’il s’agit de chats.

Par malheur, mon modèle étant comme une masse,
Je n’ai, tu comprendras, pu lui donner la grâce,
Les traits fins, déliés, les griffes de vautour
Des chattes et des chats qui composent ta cour
D’amis félins aux crocs blancs, à la gueule rose.
Il s’agissait de lui ; c’était tout autre chose !
Mais il ne manquait pas de charmes après tout ;
Peut-être il te plaira ; qui sait ? chacun son goût.

— Ses yeux étaient vert-pomme et ses manières douces.
Sa fourrure était blanche avec des taches rousses.
Sa voix vibrait ainsi que vibre le rouet.
Il portait haut la queue en sorte de plumet.
On l’admirait aussi pour ses longues moustaches.
1l eût été plus beau tout blanc qu’avec des taches;
Néanmoins, potelé, rebondi, bien léché,
Jamais d’une souris ne s’étant approché,
Il mangeait des oiseaux vivants que sa maîtresse
Achetait tout exprès au sortir de la messe.
Et, prenant aussitôt la forme d’un chameau,
Il ronronnait près d’elle en frottant son museau.
— Puisqu’on allait pour lui tous les jours à la chasse,
Vivant en grand seigneur que nul soin ne tracasse,
Il était fort heureux, remplaçait un bichon,
Et semblait, en marchant, un énorme manchon.

Bien loin de ressembler à ces chats de gouttières,
Tigres apprivoisés qu’on voit chez les portières,
Qui sont fiers, valeureux, lestes, sournois, pillards
Et rôdeurs à l’affût de tout, enfin gaillards
Portés à chaque instant à quelque gourmandise ;
Pleins d’immoralité, malgré que l’on en dise,
Dont les cris enfantins sont d’affreux chants d’amours,
Des libertins la nuit et des voleurs toujours ;
Chez lui les passions ne faisaient jamais rage.
C’était un chat très… doux ; on l’avait rendu sage
Dès sa plus tendre enfance. Il n’avait conservé
Qu’un appétit friand, avec soin cultivé.

S’il perdait en amour, il regagnait en graisse !
Il semblait fatigué même de sa paresse.
Il était ignorant, n’ayant pas fréquenté
Les autres chats. L’hôtel en était peu hanté.
D’ailleurs c’était un chat qui n’aimait pas les rustres ;
Il était d’Angora, pays des chats illustres ;
Et ses goûts distingués, tu le comprendras bien,
Empêchaient ses rapports avec des chats de rien.

Voici son aventure. — Un jour que par mégarde
L’huis était entr’ouvert, notre chat se hasarde
Jusque sur le pallier. C’était dans le printemps.
Ne s’inquiétant pas de l’espace de temps
Que le laquais mettrait à refermer la porte,
Il monta l’escalier jusques au haut. De sorte
Que se plaisant beaucoup dans ces endroits déserts,
Il errait, agité de sentiments divers,
De par ci, de par là, flairant chaque encoignure ;
Quand une chatte grise, à mutine figure,
Contemplant ce gros chat jusqu’alors inconnu,
Sentit naître un caprice en son cœur prévenu.
Un doux miaulement, tout charmant d’indolence,
Troubla des corridors l’accoutumé silence.

Le noble chat, surpris de cette tendre voix,
Sentit battre son cœur pour la première fois.
Je dis : battre son cœur… Je me trompe peut-être;
C’était le sentiment de ce qu’on veut connaître ;
Comme une incertitude, un trouble, qui pourtant
Emeut d’abord, entraîne, enfin pousse en avant.

Il marcha prudemment vers une humble fenêtre,
Où, s’élançant d’un bond, il put voir apparaître,
Assise décemment, dans sa simplicité,
La chatte, regardant avec obliquité.

C’était une coquette à nulle autre pareille,
Qui, tout en minaudant, faisait la sourde oreille
Aux propos hasardés du manchon blanc et roux,
Sans pourtant décesser de faire les yeux doux.
Si bien, qu’entreprenant plus que l’on n’eût pu croire,
L’outrecuidant, certain d’obtenir la victoire,
S’élança plein d’ardeur… Quand un affreux matou
Dont c’était la maîtresse et qui guettait le coup,
Fondit traîtreusement sur ce gras adversaire
Et le précipita du toit, sans commentaire.
Il tomba dans la cour… Et c’était un fier saut !
Mais ce fut un bonheur pour lui que cet assaut.
— Hé I cela se comprend. — S’il perdit la victoire,
La chatte ne sut pas ce qu’il fallait eu croire !

Il en est dont le sort arrête à temps les pas.
Son honneur fut sauvé; mais ses pattes non pas.
Il tomba rudement du haut de la gouttière
Pour un quart-d’heure au plus d’humeur aventurière.

— Ne sois pas attristé. Le gros chat n’est pas mort.
Les premiers temps, il fut un peu froissé d’abord ;
Mais avec tous les soins de sa bonne maîtresse
Qui l’aimait, je t’ai dit, jusques à la faiblesse,
Il se remit bientôt. — Je l’ai vu l’autre jour.
Il vit tranquillement, guéri de tout amour.
— La dame attribua sa funeste aventure
A son peu d’habitude à courir la toiture.

envoi

Si j’ai fait à la plume une étude de chat,
C’est qu’il en coûte, cher, de peindre en Amérique !
Si le croquis te plaît comme il est, fais l’achat »
D’un cadre pour placer ce produit exotique.
Et puis si quelqu’un dit : Oh ! quel chat ! est-il long !
— Ma foi, tant pis. — Bonjour. — Ton ami Châtillon.

Auguste de Châtillon, À la grand’pinte. Poésies. Paris, 1860.

11 février 2009

Black is beautiful

Classé dans : Lieux, Photographie, Sculpture — Miklos @ 0:02


1. Musée archéologique de Naples


2. Musée archéologique de Naples


3. Musée archéologique de Naples


4. Musée archéologique de Naples


5. Musée archéologique de Naples


6. Musée archéologique de Naples


7. Musée archéologique de Naples

9 février 2009

Les couleurs de la vie

Classé dans : Judaïsme, Lieux, Littérature, Photographie — Miklos @ 21:59


Pris sur le vif, Århus

«N’ayez pas égard à ce que je suis brunette, car le soleil m’a regardée. (…)

— O que tu es belle, m’amie, ô que tu es belle à tout tes yeux de colombe !

— O que tu es beau mon ami ! Ah notre plaisante, ah notre verdoyante couche ! Les poutres de notre maison sont de cèdre, et nos lambris de pin. Je suis la fleur de Saron, je suis la rose des vallées. (…)

— O que tu es belle, m’amie, que tu es belle à tout tes yeux de colombe entre tes tresses, à tout tes cheveux qui semblent un troupeau de chèvres, qui saillent du mont Galaad. Tes dents ressemblent des brebiettes tondues, » qui viennent tout frais d’être lavées, qui ont chacune deux gémeaux, et n’y a celle qui soit stérile. Tes lèvres sont comme un ruban d’écarlate, ton parler plaisant, tes joues comme la coquille d’une grenade logées entre tes tresses.

Le cantique des cantiques, c’est-à-dire la chanson des chansons. Trad. Sébastien Castellion (1555). Éd. Bayard.

«Vous me faites trop d’honneur,
Dit la belle orientale :
Votre éclat que rien n’égale
Mérite mieux que mon cœur.
Mais, las ! je ne suis pas née, »
Pour songer à l’hyménée :
Je renonce à ses douceurs,
Pour être avecque mes sœurs.

Jean de La Fontaine, Le diamant et la perle.

Un éternel recommencement

Classé dans : Langue, Photographie, Religion — Miklos @ 0:37

1555

Premièrement, Dieu créa le ciel et la terre. Et comme la terre était néante et lourde, et ténèbres par-dessus l’abîme, et que l’esprit de Dieu se balançait par-dessus les eaux, Dieu dit : Lumière soit. Et lumière fut. Et Dieu, voyant que la lumière était bonne, sépara la lumière des ténèbres, et appela Dieu la lumière jour et les ténèbres, nuit. Si fut fait de soir et matin le premier jour.

Sébastien Castellion, La Bible nouvellement trans­latée avec la suite de l’histoire depuis le temps d’Esdras jusqu’aux Maccabées : et depuis les Maccabées jusqu’à Christ. Item avec des annotations sur les passages difficiles. Bayard, 2005.

1815

Premièrement-en-principe, il-créa, Ælohîm (il détermina en existence potentielle, lui-les-Dieux, l’Être-des-êtres), l’ipséité-des-cieux et-l’ipséité-de-la-terre. Et-la-terre existait puissance-contingente-d’être dans-une-puissance-d’être : et-l’obscurité (force compressive et durcissante) -était sur-la-face de-l’abîme (puissance universelle et contingente d’être) ; et-le-souffle de-lui-les-Dieux (force expansive et dilatante) était-générativement-mouvant sur-la-face des-eaux (passivité universelle). Et-il-dit (déclarant sa volonté), lui-l’Être-des-êtres : sera-faite-lumière ; et-(sera)-fut-faite lumière (élé­men­ti­sation intelligible). Et-il-considéra, lui-les-Dieux, cette lumière comme bonne ; et-il-fit-une-solution (il déter­mina un moyen de sépa­ration) lui-les-Dieux, entre la-lumière (élé­men­ti­sation intelligible) et entre l’obscurité (force compres­sive et durcissante). Et-il-assigna-nom, lui-les-Dieux, à-la-lumière, Jour (manifestation universelle) ; et-à-l’obscurité, il-assigna-nom Nuit (négation manifestée, nutation des choses) : et-fut-occident, et-fut-orient (libération et itération) ; Jour premier (première manifestation phénoménique).

Fabre-d’Olivet, « Cosmogonie », La Langue hébraïque restituée, et le véritable sens des mots hébreux rétabli et prouvé par leur analyse radicale. Éd. l’Âge d’homme, 1991.

1899

Au commencement, Dieu avait créé le ciel et la terre. Or, la terre n’était que solitude et chaos ; des ténèbres couvraient la face de l’abîme, et le souffle de Dieu planait sur la face des eaux. Dieu dit : « Que la lumière soit ! » Et la lumière fut. Dieu considéra que la lumière était bonne, et il établit une distinction entre la lumière et les ténèbres. Dieu appela la lumière Jour, et les ténèbres, il les appela Nuit. Il fut soir, il fut matin, — un jour.

La Bible traduite du texte original par les membres du rabbinat français sous la direction de M. Zadoc Kahn, grand rabbin. Librairie Durlacher, 1952.

Au galaffe, Dieu avait créé l’freumion et l’carette. Or, l’mine ed’ charbon n’était que cholitude et chaos ; ed’ ténèbres couvraient l’quenoule ed’ l’abîme, et l’glou-bec ed’ Dieu planait chur l’quenoule ed’ eaux. Dieu dit : « Que l’carabistoulle choit ! » Et l’carabistoulle fut. Dieu considéra que l’carabistoulle était bonne, et il établit une distinction entre l’carabistoulle et les ténèbres. Dieu appela l’carabistoulle Jour, et les ténèbres, il les appela Nuit. Il fut choir, il fut matin, — un tchiot jaune.

L’Gueule ed’ bois traduite deul’ nig’doul original par les membres deul’ quinquin français chous l’targniole ed’ M. Zadoc Kahn, grand rabbin (version chtimisée). Librairie Durlacher, 1952.

1950

Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. La terre était informe et vide, les ténèbres couvraient l’abîme et l’Esprit de Dieu planait sur les eaux. Dieu dit : « Que la lumière soit ! » Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière des ténèbres. Dieu appela la lumière Jour, et les ténèbres Nuit. Le soir vint, puis le matin : ce fut le premier jour.

La Sainte Bible. Version complète d’après les textes originaux par les moines de Maredsous. Éd. De Maredsous.

1955

Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Or la terre était vague et vide, les ténèbres couvraient l’abîme, l’esprit de Dieu planait sur les eaux. Dieu dit : « Que la lumière soit » et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière et les ténèbres. Dieu appela la lumière « jour » et les ténèbres « nuit ». Il y eut un soir et il y eut un matin : premier jour.

La Sainte Bible traduite en français sous la direction de l’École biblique de Jérusalem. Éd. Denoël 1972.

1987

ENTÊTE Elohîms créait les ciels et la terre,
la terre était tohu-et-bohu,
une ténèbre sur les faces de l’abîme,
mais le souffle d’Elohîms planait sur les faces des eaux.
Elohîms dit : « Une lumière sera. »
Et c’est une lumière.
Elohîms voit la lumière : quel bien !
Elohîms sépare la lumière de la ténèbre.
Elohîms crie à la lumière : « Jour. »
À la ténèbre il avait crié : « Nuit. »
Et c’est un soir et c’est un matin : jour un.

André Chouraqui, Torah, Inspirés et Écrits

2001

Premiers
Dieu crée ciel et terre
terre vide solitude
noir au-dessus des fonds
souffle de dieu
mouvements au-dessus des eaux
 
Dieu dit Lumière
et lumière il y a
Dieu voit la lumière
comme c’est bon
Dieu sépare la lumière et le noir
Dieu appelle la lumière jour et nuit le noir

Frédéric Boyer (dir.), la bible. Nouvelle traduction. Bayard,

Écouter/voir

Francine Kaufmann : Les traductions de la Bible en français. La face éclairée du texte. Paris, 2007.

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