Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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17 janvier 2009

Mais ils sont dingues, ces touristes !

Classé dans : Architecture, Arts et beaux-arts, Lieux, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 14:03


Touristes dans les musées du Vatican

«Cependant, s’il peut être vrai de dire que l’arabesque s’est produite en général pendant les époques d’affaissement moral, rien ne serait plus faux, au point de vue de l’art, que de regarder la décoration des loges comme une œuvre de décadence. Raphaël, tout entraîné qu’il était par le courant de son siècle, satisfaisait plus encore aux exigences impérieuses de son goût. C’est ainsi qu’il eut la sagesse de n’assigner aux arabesques qu’une importance secondaire et de ne les considérer que comme simples motifs d’ornementation. Ce qui domine l’esprit dans ce vaste ensemble, ce qui fixe surtout l’attention, c’est le texte de l’Écriture si admirablement commenté dans les fresques inspirées par la Bible. En outre, les arabesques sont là parfaitement à leur place. Les loges, ne l’oublions pas, sont un lieu de promenade, de conversation et surtout de rêverie, où nul sentiment d’excessive gravité, nulle rigueur d’étiquette ne devait entraver la liberté de l’artiste. Tout en rappelant aux hommes qu’ils se trouvaient dans le palais des papes, l’ensemble de cette décoration devait leur enlever en même temps toute contrainte, les reposer des sévères beautés des stanze, et les entraîner, sur les ailes de la fantaisie, dans le pays des songes. Les loges de Raphaël peuvent donc servir de type aux endroits où convient l’arabesque, et nul doute qu’employée dans ces conditions et avec ce discernement, elle n’eût désarmé la sévérité de Vitruve et de Pline.

(…) C’est ce que ne comprirent pas les artistes qui vinrent après Raphaël. Je ne parle pas de Jules Romain, de Perino del Vaga, de Jean d’Udine et des autres élèves du Sanzio, qui conservèrent avec un pieux respect les belles traditions de leur maître. Mais si l’on considère ce que devint ensuite l’arabesque, on la voit dégénérer promptement et sortir de sa véritable voie. C’est ainsi qu’aux gracieuses légèretés des loges succédèrent la prétention et l’enflure des imitateurs de Michel-Ange, qui, visant au gigantesque, n’atteignirent qu’au ridicule. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder à Fontainebleau les décorations de Primatice et de Rosso. Puis, vinrent les Carrache et Pierre de Cortone, qui commirent les mêmes fautes en les exagérant encore, et qui imprimèrent aux arabesques du xviie siècle ce caractère de pédantisme dont Lebrun et Mignard, qui étudièrent en Italie, rapportèrent en France le faux goût. Comparez les frises des plafonds de Versailles à celles de la villa Madame et des salles décorées par Jules Romain et Perino del Vaga dans le château Saint-Ange : des figures immenses et des statues colossales ont succédé à la variété infinie des petits détails, la pesanteur et l’affectation se sont substituées à l’élégance et à la légèreté; mais, tandis que le dégoût et l’ennui vous gagnent au milieu des lambris dorés de Louis XIV, l’esprit se sent distrait et heureux en présence des murs délabrés qu’anime encore l’esprit de Raphaël et de son école. Quant aux arabesques du xviiie siècle, quant aux décorations mesquines des Gillot et des Watteau, il est triste d’avouer qu’elles sont encore pour la plupart des Mécènes de notre époque l’idéal du genre, et que nombre d’artistes, sacrifiant leur talent à leur fortune, travaillent aujourd’hui à imiter de pareilles pauvretés.» En sommes-nous donc arrivés à ne pouvoir plus considérer avec attention des œuvres méditées avec soin ? D’où vient cette hâte de vivre qui nous égare en toutes choses ? Et pourquoi chercher à réaliser en un jour des projets que de longues années d’étude auraient dû préparer et mûrir ?…

F. A. Gruyer, Essai sur les fresques de Raphaël au Vatican. Paris, 1859.

16 janvier 2009

Panorama express de la sculpture classique à Rome

Classé dans : Lieux, Photographie, Sculpture — Miklos @ 0:39


Place d’Espagne


Quartier Saint-Jean-de-Latran


Fontaine de Trevi

«Dégoûtés des arts du dessin par l’effet des mauvaises statues et des croûtes sur lesquelles nous sommes tombés ce matin et qui nous ont empoisonnés, nous sommes descendus du mont Quirinal à la rue du Cours, en passant devant la fontaine de Trevi et une petite église bâtie par le cardinal Mazarin. M. Agostino Mauni nous disait ce matin que, près le palais Sciarra, on a trouvé le pavé de la Rome antique à vingt-trois palmes au-dessous du pavé actuel.

Madame de Staël dit que, lorsque les eaux de la fontaine de Trevi cessent de jouer par suite de quelque réparation, il se fait comme un grand silence dans tout Rome.» Si cette phrase se trouve dans Corinne, elle suffirait à elle seule pour me faire prendre en guignon toute une littérature. On ne peut donc obtenir d’effet sur le public, en France, que par une plate exagération !

Stendhal, Promenades dans Rome, 1er mai 1828.

15 janvier 2009

Regards voilés à Rome

Classé dans : Architecture, Lieux, Photographie, Sculpture — Miklos @ 1:20


Igor Mitoraj : St. Jean le Baptiste, 2006. Église Sainte-Marie-des-Anges

«Entrons maintenant [dans Rome] ; heureux ceux qui n’en sortent plus ! car cette ville ne peut être abandonnée qu’avec regrets et larmes, tous les voyageurs l’ont déjà dit. C’est là que l’artiste surtout, l’homme de poésie et de sentiment, aime à fonder son tabernacle ; Raphaël songeait au bonheur calme et serein que Rome seule peut donner, lorsqu’il peignit la Transfiguration. » Michel-Ange mit en œuvre d’architecture la théorie, du Thabor ; il bâtit à Rome trois tentes, Sainte-Marie-des-Anges, le Capitole, le dôme du Vatican ; une pour lui, une pour Virgile, une pour Dieu.

Joseph Méry, « Italie. — Sienne. — Radicoffani. — Aquapendente. — Rome », in Revue de Paris, tome VIII. Bruxelles, 1835.


Le Nil (détail). Fontaine du Bernin, place Navone

«Le Bernin, pour exprimer l’inutilité des tentatives faites de tous temps» pour trouver les sources du Nil, lui a couvert la tête d’un voile ; idée que Lucain avoit rendue dans ces vers : Arcanum natura caput non protulit ulli,
Nec licuit populis parvum te, Nile, videre.

Antoine-Nicolas Dézallier d’Argenville, Vie des fameux sculpteurs, depuis la renaissance des arts, avec la description de leurs ouvrages. Paris, 1787.

«On prétend que le voile qui couvre la tête du Nil, au lieu d’être une allusion au mystère de sa source, » est une épigramme de Bernin contre son rival implacable, le Borromini. Cette figure se- cache la tête pour ne pas voir la façade de l’église de Sainte-Agnès, le moins bizarre toutefois des ouvrages du Borromini.

Augustin Joseph du Pays, Itinéraire descriptif, historique et artistique de l’Italie et de la Sicile. Paris, 1855.

«Nous vîmes immédiatement au-dessous de nous le Nil, semblable à un ruisseau qui à peine aurait eu assez d’eau pour faire tourner un moulin. Je ne pouvais cependant me rassasier de contempler ce fleuve si près de sa source. Je me rappelais tous les passages des auteurs anciens d’après lesquels il semblait que cette source devait rester éternellement cachée. Les vers du poète me revinrent surtout dans la mémoire, » et je jouis, pour la première fois, du triomphe que je devais à une intrépidité fécondée par la Providence et qui m’élevait au-dessus d’une foule d’hommes puissants et savants qui, dès la plus haute antiquité, ont tenté vainement l’entreprise dans laquelle j’eus le bonheur de réussir. »

James Bruce, Voyage aux sources du Nil (1769-1770). Karthala Éditions, 2004.

14 janvier 2009

Fenêtres de Rome

Classé dans : Architecture, Lieux, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 23:42


Arrière du Palazzo Senatorio, vu du Forum Romanum


Via della Conciliazione


Le palais Farnèse

«J’ai vu des Romains passer des heures entières dans une admiration muette, appuyés sur une fenêtre de la villa Lante, sur le mont Janicule. On apperçoit au loin les belles figures formées par le palais de Monte-Cavallo, le Capitole, la tour de Néron, le Monte-Pincio et l’Académie de France, et l’on a sous les yeux, au bas de la colline, le palais Corsini, la Farnesina, le palais Farnèse. » Jamais la réunion des jolies maisons de Londres et de Paris, fussent-elles badigeonnées avec cent fois plus d’élégance, ne donnera la moindre idée de ceci. A Rome, souvent une simple remise est monumentale.

Stendhal, Promenades dans Rome, le 17 novembre 1827.

Souvenirs de Naples et de Rome

Classé dans : Photographie, Sculpture — Miklos @ 0:54


Au premier plan : Hercule Farnèse, musée archéologique de Naples.
En arrière-plan, partie d’une publicité D&G sur un mur de Rome.

«Le plus bel Hercule connu est l’Hercule en repos que l’on appelle l’Hercule Farnèse, parce qu’il était autrefois à Rome dans la collection Farnèse actuellement à Naples. Il tient derrière son dos les pommes d’or du jardin des Hespérides et s’appuie sur sa massue. » Sur la base se lit : ΓΛΥΚΩΝ ΑΘΗΝΑΙΟΣ ΕΠΟΙΕΙ (œuvre de Glycon). C’est une imitation d’un Hercule de Lysippe (Maffei, Raccolta di statue, XLIX). Соmр. l’Hercule posé sur sa massue (Morell, Méd. du Roi, XIV).

Biographie universelle, ancienne et moderne. Partie mythologique, t. 54. Paris, 1832.

«L’Hercule offre l’emblème de la force, calme, en repos. Ce colosse, du sculpteur athénien Glycon, avait d’abord été trouvé, privé de ses jambes, dans les thermes de Caracalla : Michel-Ange fut chargé par Paul III Farnèse de les remplacer ; mais à peine, malgré sa résistance, en eut-il achevé le modèle, qu’il le brisa à coups de marteau, en s’écriant que jamais il ne voudrait ni ne pourrait faire un doigt d’une telle statue. Guillaume de la Porta, alors le plus renommé après lui des sculpteurs, fut chargé du travail, et il y obtint l’approbation universelle ; mais les véritables jambes ayant été retrouvées dans un puits, » à trois milles de la place où le corps avait été découvert, elles lui furent restituées, le prince Borghèse, qui les possédait, les ayant cédées généreusement au roi de Naples. Il ne manque aujourd’hui au fils d’Alcmène que la main gauche.

M. Valery, Voyages historiques et littéraires en Italie pendant les années 1826, 1827 et 1828 ; ou L’Indicateur italien. Bruxelles, 1835.

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