Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

This blog is © Miklos. Do not copy, download or mirror the site or portions thereof, or else your ISP will be blocked. 

26 octobre 2013

Life in Hell: petits meurtres entre amis

Classé dans : Actualité, Cuisine, Musique, Théâtre — Miklos @ 0:52


Cliquer pour agrandir.

Jeff et Akbar sont secoués : devant leurs yeux écarquillés, ils voient une femme, accrochée à son téléphone comme une noyée à sa bouée, en train d’être larguée par son mec. Ils entendent tout ce qu’elle dit dans le combiné. Elle fait semblant d’être forte mais elle ingurgite en douce des médocs, et laisse entendre qu’elle a essayé de se tuer la veille tout en n’ayant pas le courage de mourir seule. Le bellâtre – dont ils peuvent deviner le discours en creux de celui de la pauvrette –, doucereux, menteur, lui explique qu’il est obligé de rompre bien malgré lui. Et elle qui le trouve si bon – et même bien plus que Zsa-Zsa Gabor, qui disait « Je n’ai jamais détesté un homme après une rupture au point de lui rendre ses diamants. » –, elle prend tous les torts sur elle et essaie de le rassurer, « Sois tranquille, on ne se suicide pas deux fois de suite… Je ne saurais pas acheter un revolver. »… Évidemment, ça se termine très mal. Applaudissements à tout rompre des centaines de badauds qui contemplent la scène.

Jeff trouve que ces émotions, ça donne faim. Akbar lui propose d’aller au restaurant où Spirou et sa bande des Fab’ Preps l’avaient invité, et où il avait voulu tester une de leurs célèbres pizzas mais s’était vu servir des lasagnes, à peine tièdes, en plus (ce qui avait permis à Akbar de râler in peto tout en faisant contre mauvaise fortune bon cœur devant ses gentils hôtes). Elles étaient malgré tout bonnes, et les pizzas, qu’il pouvait contempler dans les assiettes des autres lui paraissaient fort appétissantes, c’est pourquoi il est disposé à retenter le coup.

Le patron les accueille avec un grand sourire – il reconnaît Akbar – et un accent italo-sicilien particulièrement appuyé. Il leur propose une table dans l’étroite véranda extérieure. Curieux !, dit Jeff, et Akbar n’en pense pas moins.

Ils passent commande. Jeff, ayant découvert et adoré le gelato alla liquirizia en Sicile, se jette sur une bière à la réglisse à laquelle il rajoute la pizza de la maison, aux cèpes. Akbar de son côté précise bien que c’est une pizza qu’il veut réellement, avec une bière blanche s’il vous plaît. Ils auraient bien pris du Lambrusco, ça fait si longtemps…, mais au prix auquel il est affiché ils auraient pu s’offrir ailleurs un Dom Perignon 2000. « C’est sur les boissons qu’ils se font leur blé », constate Jeff. « J’espère que la farine qu’ils en tirent est à la hauteur des épis », murmure Akbar à l’affût.

Dès la commande passée, un nuage de fumée de cigarette les enveloppe et s’insinue dans leurs narines. Ni une ni deux, Akbar, indigné, interpelle un serveur et demande une autre table qu’ils obtiennent rapidement.

Enfin, les pizzas arrivent. Akbar est déçu : rien à redire, pas la moindre critique même en y cherchant bien ; elles sont chaudes, la pâte est élastique, la garniture généreuse et le service sympathique. Bon, Akbar aurait sans doute préféré que la sienne soit un chouia moins cuite, d’à peine quelques secondes, pour la pâte comme l’est celle de Jeff, mais même comme ça, il la trouve tellement meilleure que les pizzas qu’il a mangées ailleurs qu’à Naples qu’il en oublie de ronchonner. Jeff, quant à lui, trouve la sienne même trop généreuse. Le comble !, se dit Akbar.

J’y reviendrai un de ces jours, rajoute-t-il.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

15 octobre 2013

Life in Hell: One, two, three, four… can I have a little more?

Classé dans : Actualité, Cinéma, vidéo, Musique, Peinture, dessin, Éducation — Miklos @ 11:26


The Fab Eight Preps Banquet

After Le Duo des Non, Buffy the Vampire Slayer’s Trio, China’s Gang of Four, Enyd Blyton’s Famous Five, Montparnasse’s Les Six and Snow White’s Silly Seven Dwarfs, here comes Spirou’s Fab Eight Preps: the Ailurophile Guitarist, the Alsacian Calligrapher, The Beach Bum Notary Public, Die Blonde Mariste Wirt­schafts­wissen­schaft­lerin, the Ineffable Donkey Rider, the Insomniac Confucian Diplomat, the Singing Ptero­dactylus and The One and Only Spirou.

They are in the throes of planning an all-frills ceremonial banquet replete with eloquent and witty speeches which they are frantically composing between their khôlles and teedees, seeking inspiration in their Facebook pages and by subreptitious glances over their neighbors’ shoulders in search for subject, style, substance and originality. Their motto: Be prepared!

As the famous Duo des Non’s injuncts, « Présence indispensable à tous ceusses qui viendront ! ». All together now!

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

25 septembre 2013

La rirette, la rirette…

Classé dans : Littérature, Musique — Miklos @ 15:58

C’est grâce à Jeanneton que j’ai fait la connaissance de cette grande figure littéraire et républicaine de la fin du 19e siècle que fut Juliette Lamber(t) que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam (Adam est par ailleurs le nom qu’elle portera en ville puisque c’était le patronyme de son second et dernier mari) : c’est dans Mon Village, recueil de récits qu’elle publie en 1860 sous son nom de plume Juliette Lamber (sans t, qu’elle avait d’ailleurs puisqu’elle décèdera quelques mois avant son centième anniversaire ; « Lambert » avec t était son nom de jeune fille) que l’on trouve une version de la « chanson du vieux berger » :

Jeanneton prend sa faucille
Et s’en va couper du jonc,
Mais quand sa botte fut faite
Elle s’endormit tout du long.
 
Las ! pourquoi s’endormit-elle,
      La petiote Jeanneton ?
Las ! pourquoi s’endormit-elle,
      La petiote Jeanneton ?
 
Mais quand sa botte fut faite,
Elle s’endormit tout du long.
Voilà qu’il passe près d’elle
Trois cavaliers de renom.
 
Las ! pourquoi s’endormit-elle,
      La petiote Jeanneton ?
 
Voilà qu’il passe près d’elle
Trois cavaliers de renom.
Le premier mit pied à terre
Et regarda son pied mignon.
 
Las ! pourquoi s’endormit-elle,
      La petiote Jeanneton ?
 
Le premier mit pied à terre
Et regarda son pied mignon.
Le second fut moins timide,
Il l’embrassa sous le menton.
 
Las ! pourquoi s’endormit-elle,
      La petiote Jeanneton ?
 
Le second fut moins timide,
Il l’embrassa sous le menton.
Mais ce que fit le troisième
N’est pas dit dans la chanson !
 
Las ! pourquoi s’endormit-elle,
      La petiote Jeanneton ?

Ceux qui connaissent une version plus contemporaine de cette célèbre chanson, connue aussi sous les noms de « La cueilleuse de joncs » ou « Figarette » constateront qu’il y manque plusieurs éléments : le fameux La rirette, la rirette, un cavalier (ils sont quatre, de nos jours), mais surtout sa conclusion fort leste qui n’est pas laissée à l’imagination de l’auditeur dans quelques couplets supplémentaires qu’on trouve chez Aristide Bruant (pourtant contemporain de notre Juliette Adam) et qui comprend une recommandation aux curieuses, une morale et la morale de cette morale.

On trouve une version un chouia moins sage dans un amusant ouvrage publié trente ans plus tôt, en 1830, Manuel complet des jeux de société, renfermant tous les jeux qui conviennent aux jeunes gens des deux sexes [on se demande si l’auteur ne faisait pas un peu d’ironie, là] tels que jeux de jardin, rondes, jeux-rondes, jeux publics, montagnes russes et autres, jeux de salon, jeux préparés, jeux-gages, jeux d’attrape, d’action, charades en action : jeux de mémoire, jeux d’esprit, jeux de mots, jeux-proverbes, jeux-pénitences, et toutes les pénitences appropriées à ces diverses sortes de jeux ; avec des poésies fugitives, énigmes, charades, narrations, exemples d’improvisation el de déclamation, la plupart inédits ; et suivi d’un appendice contenant tous les jeux d’enfants, publiés par une autre femme de lettres, Élisabeth Celnart (nom de plume d’Élisabeth-Félicie Bayle-Mouillard, à qui l’on doit aussi d’autres ouvrages bien plus sérieux même si le titre ferait sourire aujourd’hui, à l’instar de son Manuel du zoophile, ou l’Art d’élever et de soigner les animaux domestiques, contenant l’art de connaître, nourrir, dresser convenablement, de soigner et de guérir les bœufs, brebis, chèvres, ânes, volailles, pigeons, etc. (suivi de bien d’autres manuels).

Dans cet ouvrage, l’auteure présente cette chanson – qu’elle intitule Les Rubans ou la petite Jeanneton – comme une ronde particulière. Voyez donc :

«Cette ronde, empruntée à la Provence, est encore imitée d’un très joli jeu en usage dans l’île de Sandwich. Voici la manière de l’exécuter : on fait planter au milieu d’une cour, d’une clairière de parc, d’un boulingrin, un très gros pieu, pour figurer un petit mât de Cocagne. On attache au sommet de ce mât autant de rubans que la société compte de personnes. Ces rubans, de diverses couleurs, tombent jusqu’à terre. Ces préparatifs faits, la troupe joyeuse vient au pied du mât ; chacun prend un ruban, et tout le monde tourne autour du mât, en sautant et chantant la ronde suivante, que l’on peut au reste remplacer par tout autre chant propre à marquer des mouvements rapides.

Air : Du Vaudeville les Vendangeurs.

Ier couplet.

Jeanneton prend sa faucille
Et s’en va couper du jonc ;
Dès que sa botte lut faite,
Elle s’endormit de son long.
Hélas ! pourquoi s’endormit-elle,
      La petite Jeanneton ?

2e couplet.

Mais par là bientôt il passe
Trois officiers de renom :
Le premier lui dit : la belle,
Vous pêchez donc du poisson ?
Hélas ! pourquoi s’endormit-elle,
      La petite Jeanneton ?

3e couplet.

Le second fut plus honnête,
L’embrassa sous le menton ;
Ce que lui fit le troisième
N’est pas dit dans la chanson.
Hélas ! pourquoi s’endormit-elle,
      La petite Jeanneton ?

4e couplet.

Si vous le saviez, mesdames,
Vous iriez couper du jonc ;
Si point d’officier ne passe,
Seriez-vous contentes ? non !
Hélas ! pourquoi s’endormit-elle,
      La petite Jeanneton ?

On conçoit aisément que la bande joyeuse n’a pas célébré la moitié des aventures de mademoiselle Jeanneton, que les rubans tournés et retournés autour du mât l’ont entièrement recouvert ; quelquefois, pour varier ce jeu, on lâche de temps en temps les rubans, et on s’efforce ensuite de les rattraper ; mais cela alors devient un jeu-ronde. »

On trouve ce joyeux La rirette dans d’autres chansons coquines encore plus anciennes : voici pour exemple un Vaudeville fort enlevé qui clôt La Nouveauté, comédie de Marc-Antoine Legrand représentée pour la première fois le 13 janvier 1727 :

Vous qui cherchez à faire emplette
De quelqu’innocente beauté,
Au printemps prenez la fillette,
N’attendez pas jusqu’à l’été,
Si vous aimez riron rirette,
Si vous aimez la Nouveauté.
 
Mon cœur abandonne Lisette,
Dont il fut toujours bien traité,
Pour s’attacher à Colinette,
Qui n’a pour lui que cruauté,
Et le tout pour riron rirette,
Et le tout pour la Nouveauté.
 
Je vois d’Agnès encor jeunette
Un vieux philosophe entêté ;
Elle est sotte, elle est indiscrète ;
Elle n’a grâce ni beauté.
Qu’a-t-elle donc ? riron rirette.
Qu’a-t-elle donc ? la Nouveauté.
 
Laïs, jadis jeune coquette,
Nous vendit bien cher sa beauté.
Il faut désormais qu’elle achète
Et paye autant qu’elle a coûté.
Elle n’a plus riron rirette,
Elle n’a plus la Nouveauté.
 
D’un époux l’on est satisfaite.
Il meurt. Ah ! quelle cruauté !
Pendant un temps on le regrette,
II serait toujours regretté,
Sans l’amour de riron rirette,
Sans l’amour de la Nouveauté.
 
De mes sœurs je suis la cadette,
De la maison l’enfant gâté,
Des joujoux d’enfants qu’on m’achète.
Maman croit mon cœur enchanté ;
Mais j’espère à riron rirette,
Mais j’espère à la Nouveauté.
 
Puisqu’aujourd’hui chacun rejette
Notre vieux jeu trop répété,
Messieurs, du moins grâce au poète
Qui de vous plaire s’est flatté,
Applaudissez riron rirette,
Applaudissez la Nouveauté.

Comme l’écrivait Machiavel dans Le Prince : « Une des premières choses de l’homme, c’est sa fureur pour la nouveauté, deux grands mobiles font agir les hommes : la peur et la nouveauté. »

On se demande si ce La rirette n’est pas dérivé de Land[e]rirette, utilisé de façon similaire plus tôt encore, dans une (fort longue) chanson de Monsieur de Voiture1 (1597-1648) dédicacée à Madame la Princesse [de Condé] :

À Madame la Princesse
Sur l’air des Landriry.

Madame vous trouverez bon
Qu’on vous écrive sur le ton
De Landrirette,
Qui court maintenant à Paris,
Landriry.
      Votre absence nous abat tous,
Quelques-un en sont demi-fous,
Landrirette,
Les autres n’en sont qu’étourdis,
Landriry.
[…]

La structure de cette chanson a été explicitement reprise en 1859 par Théodore de Banville dans ses Odes funambulesques, recueil « précédé d’une lettre de Victor Hugo » qui écrit à l’auteur :

Cher poète,

Je viens de lire vos Odes. Donnez-leur l’épithète que vous voudrez, (celle que vous avez choisie est charmante,) mais sachez-bien que vous avez construit là un des monuments lyriques du siècle. J’ai lu votre ravissant livre d’un bout à l’autre, d’un trait, sans m’arrêter. J’en ai l’ivresse en ce moment, et je me dirais presque que j’ai trop bu ; mais non, on ne boit jamais trop à cette coupe d’or de l’idéal. Oui, vous avez fait un livre exquis. Que de sagesse dans ce rire, que de raison dans cette démence, et sous ces grimaces, quel masque douloureux et sévère de l’art et de la pensée indignée ! Je vous aime, poète, je vous remercie d’avoir sculpté mon nom dans ce marbre et dans ce bronze, et je vous embrasse.

Victor Hugo.

Si le grand Victor Hugo l’affirme…Goûtons-donc à quelques gouttes de ce breuvage, la rirette, la rirette :

Chanson
Sur l’air des Landriry2

Voici l’automne revenu.
Nos anges, sur un air connu,
      Landrirette,
Arrivent toutes à Paris,
      Landriry.
 
Ces dames, au retour des champs,
Auront les yeux clairs et méchants,
      Landrirette,
Le sein rose et le teint fleuri,
      Landriry.
[…]

Comme celle de Voiture, celle longue chanson concerne l’actualité de l’époque. À son tour, elle n’aura pas manqué d’inspirer un autre poète, Lemercier de Neuville (1830-1918) qui la reprend plus légèrement dans I Pupazzi – « livre composé de reflets, de personnes et d’actualités, très inégal comme facture, à moitié travaillé, à moitié improvisé », écrit-il – sans omettre de citer sa source (pratique tombé en désuétude en cet âge du copié-collé), puisqu’il s’agit d’un à la manière de :

Autre
Sur l’air des Landriry3.

Voici donc l’hiver revenu
Avec le plaisir inconnu,
      Landrirette,
Avec l’amour qui l’est aussi,
      Landriry.
 
On va chanter, on va danser :
Mon Dieu ! que l’on va s’amuser !
      Landrirette,
Sans sa femme ou sans son mari,
      Landriry.
[…]

On se doit de revenir au siècle de Voiture pour signaler aussi son emploi dans le Virgile travesti, parodie de l’Énéide écrite par Paul Scarron (1610-1660), et publié après la mort de Voiture, qui a donc l’antériorité à défaut de la célébrité. En voici un extrait :

Certes un homme de mon âge,
Quand il va vite n’est pas sage.
Après cette réflexion,
On se mit en dévotion,
Une hymne par mon père faite
Sur le chant de landerirette,
Fut chantée à Dame Pallas
Pour nous avoir, recrus et las,
Laissé prendre port en sa terre,
Au lieu de nous faire la guerre,
Et puis d’un voile sur le nez
Étant tous bien embéguinés,
Suivant la mode phrygienne
À Dame Junon l’Argienne,
Nous dîmes quelques Oremus
Comme m’avait dit Helenus.

On pourrait aussi en citer d’autres savoureux usages à cette époque, tel celui d’Alexis Piron (« Songez donc que je suis amant / Landerirette ; / Et que je ne suis pas mari, / Landeriri ») ou celui, plus politique, d’un chansonnier qui ironisa sur les lettres patentes autorisant en 1717 Law (oui, celui-ci même) à créer la Compagnie d’occident ou Indes occidentales, ou plus simplement Compagnie du Mississipi4 :

Célébrons l’établissement
De la compagnie d’Occident,
      Landerirette,
Dite autrement Mississipi,
      Landeriri.
 
Pour lui donner plus de crédit,
On met à sa tête un proscrit5,
      Landerirette,
Qu’on voulut pendre en son pays,
      Landeriri.

Si d’aventure un lecteur perspicace trouve une partition ancienne de cet Air de landerirette (on connaît celui de La rirette, la rirette…), on en sera ravi, Landeriri.


Source : Comptines et chansons pour enfants. Pour enfants ?

______________
1. Tallemant des Réaux dit de lui : « Voiture étoit fils d’un marchand de vin, suivant la cour. Il faisoit son possible pour cacher sa naissance à ceux qui n’en étoient pas instruits. »

2. L’assonance et la rime par à peu près y sont de tradition ; voyez Voiture. [Cette note fait partie du texte publié par Banville]

3. Odes funambulesques. — Michel Levy, 1859. [Cette note fait partie du texte publié par Lemercier de Neuville]

4. Charles Nisard, Des chansons populaires chez les anciens et chez les Français. Paris, 1867.

5. Law fut forcé, dit-on, de quitter son pays, à la suite d’un duel. [Note d’origine]

18 septembre 2013

Life in Hell: My Tailor Is Rich

Classé dans : Actualité, Cuisine, Langue, Musique — Miklos @ 21:01


Cliquer pour agrandir.

Spirou, qui – comme on le voit – s’habille avec une élégance unmistakably British, a décidé d’accorder une égale attention au développement de ses talents oratoires dans la langue de Chaucer et de Marlowe. Akbar, qui – comme on le sait – est plutôt conversant dans celle des descendants des Pères pèlerins, lui propose donc de ne plus converser qu’en anglais tout en tâchant d’éviter la controverse purement linguistique qu’évoquent ci-dessous Ginger Rogers (dont le prénom ne manque d’évoquer la couleur des cheveux de Spirou) et Fred Astaire (qu’Akbar se garde bien d’imiter pour ne pas se casser la g…..). Dorénavant : pas d’exceptions.

Ah ! quelle chance ! c’est aujourd’hui dimanche. Ils vont déjeuner au restaurant de la mamma aux manières accortes. En entrant, Akbar demande la carte en anglais pour Spirou, « parce qu’il ne parle pas un mot de français ». Spirou almost falls back from surprise et regarde Akbar avec des yeux mi-écarquillés mi admiratifs (sans loucher pour autant). How dares he? pense-t-il in peto.

Ils s’asseyent à la meilleure table, d’où l’on voit le joli paysage – le lac, les canards quand il y en a ailleurs qu’au menu, les enfants qui s’égayent dans le bassin à l’eau croupie parmi les immobiles mobiles musicaux, les touristes qui contemplent les alentours au travers de l’image que leur renvoie leur tablette tenue à bout de bras et les nuées de voleurs à la tire – sans avoir à grelotter du froid qu’il fait dehors en cette journée d’été pourtant radieuse. Quelle météo pourrie !, se dit Akbar en pensant à Madame de Sévigné.

Le cowboy mexicain s’approche, et, dans un anglais dont la qualité ne manque de surprendre Akbar, prend aisément la commande de Spirou, qui est malgré tout dans ses petits souliers : dès qu’elle (le cowboy) s’éloigne, il demande anxieusement à Akbar : But what if she finds out that I speak French? Puis c’est au tour de la danseuse de s’approcher. Là aussi, ébahissement pour Akbar, il (la danseuse) maîtrise quasiment aussi bien l’anglais que sa collègue (le cowboy, vous suivez ?). Quant au grand-père, il n’est pas de reste, et s’étonne seulement de voir Akbar en ce jour de repos dominical.

Quelques jours plus tard, Spirou délivre devant sa classe émerveillée la vraie recette du pain perdu en un anglais plus que parfait, tout en se gardant bien de lui donner sa dénomination fort vulgaire de French Toast, ils ne sont tout de même pas chez MacDo (pour cette fois).

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

8 septembre 2013

Life in Hell : Paradoxes mathématiques alsaciens, ou, Quand 4=2 et 2+4=7.

Classé dans : Actualité, Cuisine, Musique — Miklos @ 2:47


Cliquer pour agrandir.

Afin d’aider Spirou à découvrir les mystères de Paris où il vient de débarquer, Akbar décide de jouer le tout pour le tout : il se risque à l’emmener manger des tartes flambées alsaciennes à volonté. Spirou ne sait où ils se rendent. Tout ce qu’Akbar est disposé à lui révéler malgré son insistance, c’est qu’il s’agit d’une spécialité régionale, à quoi Spirou demande, « De Paris ? ». Tel la Joconde, Akbar sourit silencieusement en guise de réponse.

Les terrasses sont pleines, mais le restaurant est vide. Tant mieux, l’efficace SeffoderdeseladegaServeuse faisant fonction de responsable de salle
en l’absence de Gaël (acronyme).
qui les accueille avec un beau sourire leur donne la table favorite de Jeff et d’Akbar.

Spirou se glisse contre le mur tandis qu’Akbar s’écroule sous la table : le fauteuil était subrepticement bancal. Il se ramasse et l’échange contre un siège voisin sous lequel il trouve un vieux couteau sale, ce qui le rassure : ce fauteuil-là n’a pas dû être autant utilisé que le sien, et doit donc être plus solide. Ça commence bien, se dit-il in peto.

Sitôt installés, tous les serveurs et serveuses présents ce soir-là se succèdent à une vitesse déconcertante, non pas pour se présenter comme le faisait le personnel à Versailles devant le roy, mais pour prendre la commande. On sent bien qu’ils sont pressés de le faire avant le coup de feu, sussure Akbar.

Puis il explique à Spirou le principe de la carte et le laisse faire tranquillement son choix. La commande est finalement passée au grand soulagement de la cuisine. Les entrées arrivent à toute berzingue, et avant même qu’elles soient entièrement englouties, le premier round de tartes flambées alsaciennes à volonté est déposé sur la table. Tandis que le Tatoué parcourt d’un air important et à petits pas rapides la salle et que le Stagiaire y erre perdu avec un air éperdu, Spirou savoure sa fameuse chèvre au miel (qui était aussi la favorite d’Enak) et Akbar sa saumon (qu’il n’avait pu obtenir la fois précédente faute de saumon).

La suite ne se fait pas attendre non plus. En fait, elle n’a même pas attendu la commande de nos deux compères, la cuisine ayant décidé d’office (si l’on peut dire) de leur envoyer la même chose. Or Spirou voudrait maintenant goûter à la saumon (qu’on vient de rapporter pour Akbar, vous suivez ?), tandis que ce dernier ne peut prendre celle de Spirou parsemée de lardons, et de toute façon il s’indigne qu’on ne leur ait pas demandé leur avis. On donne donc à Spirou la portion qui était destinée à Akbar – c’est sa seconde de la soirée –, et on prend la commande de la moitié manquante d’Akbar.

Long intermède qui permet aux deux convives de finir leurs parts, de les digérer et de discuter d’un grand nombre de sujets fondamentaux. Finalement on vient leur demander s’ils ont passé commande, à quoi Akbar répond quelque peu acidement par l’affirmative et qu’il n’a toujours pas reçu ce qu’il avait commandé. On reprend sa commande, et on en profite pour demander à Spirou ce qu’il voudrait maintenant manger.

Second long intermède, qui leur permet de prendre connaissance du drame qui se joue à la table voisine : un couple et leurs enfants attendent depuis 45 minutes le digestif de la mère. Celle-ci, exaspérée, interpelle la Seffoderdeseladega qui essaie de lui faire comprendre italiquement et par tous les arguments possibles et i(ni)maginables que c’est normal, vu qu’ils sont obligés de former du personnel plutôt que de servir la clientèle ou quelque chose dans le genre (vu le brouhaha Akbar n’est pas sûr d’avoir entendu toutes les subtilités de son discours).

Puis arrive le Stagiaire Éperdu avec la part de Spirou, annonçant qu’il avait fait tomber celle d’Akbar mais, ajoute-t-il en faisant semblant de croire très fort à ce qu’il dit, qu’on allait lui en refaire une très rapidement. Mon œil, se dit Akbar in peto. C’était le bon : bien longtemps après que Spirou ait fini sa troisième moitié, voici qu’on vient leur rereprendre commande.

[…]

Akbar reçoit finalement sa végé­ta­rienne moitié, tandis que Spirou savoure sa quatrième, une indienne. Une fois celles-ci respectivement finies, les deux compagnons de table décident de lever le camp afin de ne pas attendre jusqu’au petit déjeuner une éventuelle suite.

Ceux de nos lecteurs qui auront suivi jusqu’ici les péripéties de nos héros auront sans doute conclu que 2+4 = 6, mais l’addition, elle, indiquait 7 moitiés. Un vrai mystère (de Paris) ! Après plusieurs corrections approximatives – Akbar se lasse d’indiquer qu’elles ne sont pas entièrement correctes – la Seffoderdeseladega lui dit, un peu lasse elle aussi, « Ce n’est pas facile de gérer toute une salle ». Akbar lui répond télépathiquement qu’à chacun son métier et les vaches seront bien gardées. Spirou, ravi de la soirée, déclare en recevant sa carte de fidélité qu’elle lui sera bien utile et qu’il reviendra avec ses amis pour de nouvelles aventures.

La soirée déconcertante se termine par le concert suivant :

– Paul Robeson, Let My People Go.

– Mama Cass, Dream A Little Dream Of Me (1968).

– Joe Cocker, With A Little Help From My Friends (1969).

– Joan Baez, The Night They Drove Old Dixie Down.

– Tom Waits, Waltzing Matilda (1977).

– Arlo Guthrie, Alice’s Restaurant (2005).

– Mozart, Adagio for Glass Armonica in C major, K. 617a (2008).

– Debussy, Clair de Lune (Lydia Kavina, theremin) (2009).

– Sound of Noise, Music for One Apartment and Six Drummers.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

The Blog of Miklos • Le blog de Miklos