Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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14 juillet 2013

L’arme secrète des US

Classé dans : Actualité, Musique, Politique, Sciences, techniques — Miklos @ 8:06

C’est grâce à WikiLeaks et à Snowden qu’on vient de comprendre le plan ultra-secret des US : la promotion de ses œuvres musicales à l’étranger (on précise qu’il ne s’agit pas du retour du Jedi de l’autodéclarée Lady dont certains sont gaga). Selon une source d’information bien placée (si vous avez besoin d’une traduction, regardez ceci mais l’original est bien plus informatif), l’agence de renseignements russe (chhhhhhhut, si vous lisez ce billet, vous êtes déjà fichés) aurait commandé 20 machines à écrire pour la modique somme de 486,5 millions de roubles (le cours du rouble étant environ à 10-6 €, cela revient à 15 centimes par machine hors frais de transport sur eBay ou Price Minister).

Le prétexte à cet achat en masse est, selon ces sources, que ces machines « possèdent l’avantage de ne pas pouvoir être piratées électroniquement », et, rajouterons-nous, un autre avantage bien plus notable et passé sous silence (si l’on peut dire, vu le contexte) : leur incessant cliquetis ne pourra manquer de détourner l’attention de tout espion absorbé dans des écoutes téléphoniques transatlantiques, voire de le faire disjoncter. Mais en fait la raison en est différente : il s’agit d’un plan hypersecret des US destiné à contribuer à la renaissance, puis à la diffusion, du petit chef-d’œuvre de Leroy Anderson créé en 1950 avant que les droits n’en soient échus. Tout bénéf !

Quant aux services secrets en question, on leur conseillera l’acquisition, par la même occasion, d’un lot de papier de verre afin d’effacer leurs traces tout en continuant à contribuer aux droits dudit Leroy Anderson.

13 juillet 2013

Старый барабанщик

Classé dans : Histoire, Langue, Musique, Politique — Miklos @ 19:16

Старый барабанщик,
Старый барабанщик,
Старый барабанщик
Крепко спал.
Он проснулся,
Перевернулся,
Три копейки потерял.

Старый барабанщик,
Старый барабанщик,
Старый барабанщик
Крепко спал.
Он проснулся,
Перевернулся,
Спотыкнулся и упал.

Старый барабанщик,
Старый барабанщик,
Старый барабанщик
Крепко спал.
Он проснулся,
Перевернулся,
Встал и снова заиграл.

Старый барабанщик,
Старый барабанщик,
Старый барабанщик
Крепко спал.
Он проснулся,
Перевернулся,
Встрепенулся и сказал:
Старый барабанщик,
Старый барабанщик

8 juillet 2013

De Google Books, ou, Du fantasme de la conservation et de l’accès numériques au savoir, à tout le savoir, ou enfin, De la supériorité de l’homme sur la machine

Classé dans : Actualité, Musique, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 23:06


À gauche, Sébastien Érard. (Source : Gallica).
À droite, mon premier professeur de piano.

Mon Érard – un piano droit – allant fêter ses 150 ans en juin de l’année prochaine, je me suis mis en recherche d’informations généa­logiques à son sujet.

Tout d’abord, il suffit de regarder la tranche droite de la touche la plus basse – bon, il faut pour cela démonter un peu le clavier – pour apercevoir une mention écrite au crayon « Martin mai 1864 » (le dernier mot est indéchiffrable, comme on peut le voir ci-dessous) : il s’agit du technicien qui a construit ce clavier, ce qui donne déjà une assez bonne idée de la date de naissance du piano.

Ensuite, le numéro de série du piano est clairement affiché sur le coin supérieur droit de la table d’harmonie (en parfait état, soit dit en passant) :

Et c’est là qu’on passe à l’internet : la Cité de la musique a récemment mis en ligne la numérisation complète du fonds d’archives Érard (ainsi que Pleyel et Gaveau) – registres d’atelier et registres des ventes. Malheureusement, aucun outil de recherche n’est disponible, il faut feuilleter. Heureusement, l’indication de l’année sur la touche permet de réduire le champ, et l’on trouve finalement la page du registre d’atelier qui indique qu’il en est sorti en juin 1864 – ce qui m’a permis de déterminer approximativement la date de son 150e anniversaire – et a été livré à son premier acquéreur, un certain M. Leroux à Boulogne.


Cliquer pour agrandir.

Quant au registre des ventes, il indique que ce piano oblique (il s’agit de l’inclinaison des cordes) a été vendu pour 2000 Frs. avec une remise de 30 % et 30 Frs. d’emballage à un « Mr Leroux (Professeur) à Boulogne pour Mr Mortreux (faubg St Maurice) à Amiens » :


Cliquer pour agrandir.

On trouve des Mortreux à Amiens depuis au moins le XVIe siècle jusqu’a nos jours. Je ne sais combien de temps le piano est resté entre (ou sous) leurs mains, mais nous le tenons depuis plus d’une soixan­taine d’année des Delacour (dont j’ai parlé ailleurs), nés dans les années 1870. On peut imaginer qu’il ne soit passé que par trois propriétaires depuis sa naissance.

Mais au-delà du piano lui-même, comment ne pas s’intéresser à la marque ? Wikipedia ? Vous voulez rire : l’encyclopédie universelle est fort peu prolixe sur la célèbre marque autant que sur son génial fondateur. Cherchons ailleurs.

C’est ainsi qu’on apprend l’origine de cette maison et les raisons de son rapide succès en parcourant le classique traité de Claude Montal dont nous n’hésitons pas à citer le titre dans son intégralité, ce qui ne manquera de vous inciter à le lire : L’art d’accorder soi-même son piano d’après une méthode sûre, simple et facile, déduite des principes exacts de l’acoustique et de l’harmonie ; contenant en outre les moyens de conserver cet instrument, l’exposé de ses qualités, la manière de réparer les accidents qui surviennent à son mécanisme ; un traité d’acoustique, et l’histoire du piano et des instruments à clavier qui l’ont précédé, depuis le Moyen-Âge jusqu’en 1834 (tout ça en quelque 250 pages seulement !), publié en 1836 :

En 1778, les frères Érard établirent à Paris la première fabrique de pianos qui y eût existé, car jusque là il n’y avait eu que des facteurs de clavecins, qui avaient vainement tenté de construire des instruments de cette espèce. Par cet établissement ils affranchirent leur pays du tribut qu’il payait à l’Angleterre et à l’Allemagne. Ils fabriquèrent alors de petits pianos à cinq octaves, à deux cordes, deux pédales, et dont la qualité de son, peu volumineuse, mais argentine, était très remarquable relativement à la petitesse du patron, à la finesse des cordes et au peu de longueur du marteau. En quelques années les Érard acquirent une réputation européenne, et, comme le dit spirituellement M. Fétis, telle fut cette réputation que les mots piano d’Érard semblaient inséparables à beaucoup de gens et n’étaient pour eux que le nom d’une chose, comme sont aujourd’hui ceux de machine à vapeur.

Ou de smartphone, pour mettre au goût du jour. Et voici ce qu’écrit à son propos un article du Guide musical de 1862 – périodique sous-titré Revue hebdomadaire des nouvelles musicales de la Belgique et de l’étranger –, qu’on a trouvé dans Google Books :

Continuellement occupé d’inventions et de perfectionnements, le génie d’Érard s’exerçait sur une multitude, d’objets. Ce fut ainsi qu’il imagina le piano organisé avec deux claviers, l’un pour le piano, l’autre pour l’orgue. Le succès de cet instrument fut prodigieux dans la haute société. Il lui en fut commandé pour la reine Marie-Antoinette, et ce fut pour ce piano qu’il inventa plusieurs choses d’un haut intérêt, surtout à l’époque où elles furent faites, La voix de la reine avait peu d’étendue, et tous les morceaux lui semblaient écrits trop haut. Erard imagina de rendre mobile le clavier de son instrument, au moyen d’une clef qui le faisait monter ou descendre à volonté d’un demi-ton, d’un ton, ou d’un ton et demi. De cette manière la transformation s’opérait sans travail de la part de l’accompagnateur.

« Surtout à l’époque où elles furent faites » : c’était un novateur. Quelques années plus tard, nous raconte François-Joseph Fétis en 1834, un facteur de Darmstadt (lieu qui devait susciter l’innovation musicale, alors comme plus récemment…), Jean Völler, inventera l’apollonion, un piano à deux claviers avec plusieurs jeux d’orgue – been there seen that, du moins en ce qui concerne les deux claviers et la partie orgue –, et surmonté (il faut bien innover) d’un automate qui jouait divers concertos de flûte. En 1794, ce sont les pianos à forme demi-ovale d’Élias Schlegel (on se demande s’ils ont inspiré les claviers du plus grand orgue du monde). Puis l’on verra en 1820 un piano transpositeur (Roller) – nihil novi sub sole, c’est ce que faisait le piano Érard de Marie-Antoinette –, en 1825 un piano vertical à deux claviers opposés l’un à l’autre, et qui permettait à deux personnes placées l’une en face de l’autre de se voir à travers les cordes des deux tables d’harmonies, mais il avait, paraît-il, un mauvais son qui l’empêchait « de produire aucun effet dans le monde musical malgré sa commodité pour jouer des duos de piano ». (C. Montal, op. cit.). Et ainsi de suite.

Mais revenons à Érard, ou plutôt au Guide musical de 1862 où l’on a trouvé le passage ci-dessus : les volumes 8-10 de cette revue hebdomadaire ont été numérisés en un seul fichier disponible en ligne dans Google Books. Or, s’il est effectivement fort utile de pouvoir tomber sur de tels passages, il est particulièrement frustrant, voire rageant, de ne pouvoir accéder à l’ensemble du texte, non pas du fait de droits d’auteur qui auraient empêché sa mise en ligne in extenso, mais du fait d’une numérisation lacunaire, qui a tronqué l’article dans le numéro en question en omettant la, ou les pages qui précèdent celles où se trouve ce passage, ce qui est d’ailleurs le cas de bien d’autres pages dans ce volume (ce que l’on peut constater par le fait que le texte, d’une page à l’autre, ne correspond pas). [Voir le post-scriptum]

Pire, dans le numéro daté du 15 janvier 1863 on trouve une Notice sur les travaux de MM. Érard à Paris et à Londres, qui, indique la note de bas de page, est la suite d’un article publié dans les deux numéros précédents, ceux du 1eret 8 janvier… absents entièrement de ce volume numérisé. Il se peut évidemment qu’ils aient déjà été omis du volume physique ici numérisé, mais il semble bien que les manques à l’intérieur de chaque numéro soient dus à une numérisation incapable de prendre en compte des pages de formats différents. C’est ce que l’on constate d’ailleurs dans tous les ouvrages que j’ai pu jusqu’ici consulter dans Google Books et qui comportent de telles pages. Voici par exemple ce qui reste de deux des planches se trouvant en fin de l’ouvrage de Montal cité plus haut et que l’on a juxtaposées ici [voir le commentaire qui suit ce billet] :


Deux pages de la numérisation par Google de
L’art d’accorder soi-même son piano, de C. Montal.
Cliquer pour agrandir.

C’est un massacre, et ce n’est pas le seul. Si c’est ce qui restera du patrimoine culturel pour les générations à venir, ou, comme Google préfère le formuler, « the world’s [all of it] information [all of it] so it will be univer­sally [to everyone] accessible [via all ‘devices’] and useful… ».

En ce qui concerne les articles du Guide musical, tout n’est pas perdu : heureusement que Google a indiqué que l’ouvrage original – « papier » – provient de l’Université du Michigan. Sitôt un email envoyé au département de la musique de sa bibliothèque, sitôt la réponse reçue : « Nous constatons le même problème dans notre exemplaire numérisé. J’ai demandé qu’on sorte l’ouvrage des réserves et je vous dirai ce qu’il en est. »

Comme quoi, il faut toujours se tourner vers les gens et revenir aux sources matérielles… Et c’est à cela, entre autres, que « servent » bibliothèques et bibliothécaires.

Post scriptum

Grâce à la diligence du département de la musique de l’Université du Michigan, le volume en question a été renumérisé, ce qui a permis d’en extraire l’integralité de cet article fort intéressant.

7 juillet 2013

« L’Italie, anéantie et réduite en un perpétuel nonchaloir, n’avait pour son sujet autre chose que les délices et voluptés »

Classé dans : Langue, Littérature, Musique, Politique — Miklos @ 14:42


Camille Saint-Saëns : Valse nonchalante, op. 110.
Cliquer pour télécharger.

Mais c’est contre nature que nous nous mes­prenons et mettons nous mesmes à non­chaloir ; c’est une maladie parti­culière, et qui ne se veoid en aulcune autre creature, de se haïr et desdaigner. C’est de pareille vanité que nous desirons estre aultre chose que ce que nous sommes : le fruict d’un tel desir ne nous touche pas, d’autant qu’il se contredict et s’empesche en soi. – Montaigne, Les Essais, livre II, ch. 3.

Le style de ce constat concernant l’Italie, qui pourrait s’appliquer de nos jours non pas à tout un peuple mais pour le moins à certains de ses (ex) dirigeants, en révèle l’âge : on le trouve dans Les Recherches de la France d’Étienne Pasquier, ouvrage publié en 1569 à Paris. Ce qui nous intéresse dans cette citation n’en est pas tant l’aspect politique que linguistique, et en particulier le terme nonchaloir.

C’est aussi chez Sainte-Beuve que nous rencontrons ce terme imagé de nonchaloir cher à Baudelaire, à Mallarmé, à Samain et aux autres poètes symbolistes qui l’emploieront jusqu’à le vulgariser.

Un penser calme et fort mêlé de nonchaloir. (C. Sonnet)

Baudelaire :

Ô boucles, ô parfum chargé de nonchaloir.

Et tes flancs qu’assouplit un charmant nonchaloir.

Mallarmé :

Dans un grand nonchaloir chargé de souvenir.

Verse son caressé nonchaloir sans flambeau.

Samain :

Frères de nonchaloir, le fleuve aux eaux lamées.

Et vont roulant le torse en un lourd nonchaloir.

Marc Eigeldinger, Le dynamisme de l’image dans la poésie française. Neuchâtel, 1943.

Nonchaloir, nonchalant, chaland (dans le sens de « client habituel »), chalandise, achalander… proviennent tous du verbe chaloir (qui a aussi donné le verbe impersonnel rechaloir, « être un sujet d’inquiétude »).

Aujourd’hui encore plus défectif qu’alors, en sus impersonnel (à l’instar de falloir, pleuvoir, lansquiner, bruiner, brumer…) – il n’en reste guerre que « Peu me chaut » au présent de l’indicatif, ou, plus rare, « Ne vous en chaille » au subjonctif présent –, ce verbe se conjuguait autrefois à d’autres temps :

Il chault, il challoit, il a chalu, ou il chault, il chaura, qu’il chaille, il chauroit, il chalusse, chaloir.

(Robert Estienne, Traicté de la grammaire francoise (1557). Champion, 2003), voire à d’autres personnes :

Chaleir. —Jo chaille, tu chailles, il chaillet, nos chaillons, vos chaillièz, il chaillent. [présent du subjonctif]

(Eugène Étienne, La langue française depuis les origines jusqu’à la fin du XIe siècle. E. Bouillon (Paris), 1890)

On trouve par exemple ce verbe à la deuxième personne du pluriel de l’impératif dans cette délicieuse consolation qu’offre une femme à son époux :

Mon mari point ne vous chaillez,
Si grand voleur l’on vous appelle,
Moi-même crois que sans aîle,
Ne pourriez être des zélés.

Et l’auteur rajoute : « En quoi je puis juger et connaître qu’il était marié en pigeon, pour ce que la femelle valait beaucoup mieux que le mâle. » (Satyre Ménippée, 1593)

Un siècle plus tard, Jean-Antoine du Cerceau, tout à la fois auteur dramatique, poète et jésuite, écrit dans son Épître à Madame la Présidente Brunet de ChaillyMarguerite de Normanville, Madame de Chailly.
Élevée à Saint-Cyr, elle fut un temps la secrétaire de Mme de Maintenon,
elle fut mariée en 1700 au président de Chailly,
maître des requêtes et président de la chambre des comptes.
Source : P.-E. Leroy et M. Loyau (éds.), L’Estime et la tendresse, A. Michel, 1998.
, sous le nom d’une Dame de ses amies chez qui était l’Auteur :

Vos lettres font toujours plaisir,
Chère Chailly, je vous le jure,
Les mots jetés à l’aventure
Y semblent placés à loisir,
Et l’on dirait que la nature
Aurait pris soin de les choisir.
       L’embarras est bien d’y répondre,
Mais pour le faire comme il faut,
Il me faudrait tout refondre ;
Et je crains, malgré le grand chaud,
De ne faire que m’y morfondre.
Peut-être fort peu vous en chaut ;
Mais, ma Chailly, qu’il vous en chaille,
Ou qu’il ne vous en chaille pas,
Je vais tâcher vaille que vaille
De sortir de cet embarras.
[…]

On laissera Olivier Basselin conclure cette chronique linguistique avec ce non moins délicieux texte linguistico-œnologique, en espérant que ces vers (à défaut d’un bon verre) vous chaillent :

Le vin rend éloquent
 
Certes, hoc vinum est bonus
De mauvais latin ne vous chaille.
Si bien congruConvenable. n’était ce jus,
Le tout ne vaudrait rien qui vaille.
Écolier j’appris que bon vin
Aide bien au mauvais latin.
 
Cette sentence pratiquant,
De latin je n’en appris guère
Y pensant être assez savant,
Puisque bon vin aimais à boire.
Lorsque mauvais vin on a bu,
Latin n’est bon, fût-il congru.
 
Fi du latin ! Parlons françois ;
Je m’y reconnais davantage.
Je veux boire une bonne fois,
Car voici un maître breuvage.
Certes, si j’en buvais souvent,
Je deviendrais fort éloquent.
 
Durant que ce vin j’avalais,
Qui me chatouillait sous la langue,
Me semblait-il que je faisais
En court quelque belle harangue.
J’avais bien du contentement.
Las ! il s’est passé vitement.

François Noël et L. Carpentier, Dictionnaire étymologique, critique, historique, anecdotique et littéraire, contenant un choix d’archaïsmes, de néologismes, d’euphémismes, d’expressions figurées ou poétiques, de tours hardis, d’heureuses alliances de mots, de solutions grammaticales, etc. pour servir à l’histoire de la langue française. Paris, 1839.

22 juin 2013

Si vous cherchez un hôtel tranquille à Paris…

Classé dans : Musique — Miklos @ 8:51

Cette « chanson réaliste » fort amusante dont on a retranscrit les paroles ci-dessous a été mise en ligne dans YouTube par une personne apparemment passionnée par ce répertoire, et qui en a publié plus d’un millier dans son très remarquable « canal ». Il y est indiqué que l’interprète de la chanson est Marthe Ferrare (accompagnée de l’orchestre Yves Alix en 1936).

Les quelques informations qu’on trouve à son sujet – les traces vont du début des années 1916 jusqu’à 1936 – laisseraient entendre qu’elle a mené une carrière assez courte. Un article publié en 1922 dans la revue Le Théâtre écrit à son propos :

Marthe Ferrare, de l’Opéra-Comique, est une artiste dans toute l’accep­tion du terme. Après avoir étudié le dessin, se sentant la vocation musicale, elle travailla le chant et entra au conservatoire en 1916. Elle en sortit en 1919, avec un premier prix de chant et un premier prix de déclamation lyrique.

Engagée aussitôt à l’Opéra-Comique, elle fit des débuts remarqués dans Werther. Elle interpréta successivement sur notre grande scène lyrique, de nombreux rôles qui la classèrent parmi les meilleures cantatrices contemporaines. Marthe Ferrare reprit à la Gaîte-Lyrique Boccace aux côtés de Marthe Chenal.

Entre temps, elle donne des concerts et des représentations en province. à Londres et à Paris. Pour les fêtes du tricentenaire de Molière, elle s’essaye, non sans succès, dans la comédie classique enjouant Angélique du Malade imaginaire. Marthe Ferrare est également une «star » de cinéma. Sa dernière apparition à l’écran, dans les Hommes Nouveaux de Claude Farrère, est sensationnelle.

Engagée par M. Alphonse Franck au Théâtre Edouard VII pour y créer un rôle dans L’Amour masqué de Sacha Guitry [aux côtés de l’auteur, d’Yvonne Printemps et de Marie Dubas], elle résilia ses contrats antérieurs.

On sait les applaudissements qu’elle y recueille chaque soir.

Réunissant tant de qualités si rares : voix, style, musicalité, fantaisie, gaîté et beauté éblouissante, cette artiste a vite acquis une grande notoriété. Nous la retrouverons cet hiver sur une de nos principales scènes d’opérette.

Quelques autres enregistrements de Marthe Ferrare sont disponibles sur le site de l’Encyclopédie multimédia de la comédie musicale 1918-1940  : l’accent et le timbre en sont fort différents de ceux dans l’enregistrement ci-dessus, bien plus lyriques que la gouaille de cette chanson, ce qui semble bien prouver sa versatilité. Enfin, on trouvera là quelques-uns des films dans lesquelles elle a joué, le cinéma ayant d’évidence été une autre corde à son arc.

L’Hôtel rue de Belleville

C’est un hôtel rue de Belleville
Juste avant la porte des Lilas.
Le patron c’est Meussieu Émile
Un homme qui a des gros bras.
C’est un hôtel rue de Belleville
Où j’ai pris pension pour un mois.
Ça s’appelle Au sommeil tranquille
On n’sait pas trop pourquoi.

« Au s’cours  ! on m’assassine  ! »
Je saute en bas d’mon lit,
Et c’d’la chambre voisine,
Que vient d’partir ce cri.
Je sens dans ma poitrine
Mon cœur qui bat très fort.
Pan  ! un coup d’revolver,
Un éclair, puis un silence de mort.

C’est un hôtel rue de Belleville
Juste avant la porte des Lilas.
Le patron c’est Meussieu Émile
Un homme qui a des gros bras.
C’est un hôtel rue de Belleville
Où j’ai pris pension pour un mois.
Ça s’appelle Au sommeil tranquille,
On n’sait pas trop pourquoi.

J’me méfie d’la justice,
Et j’aim’ pas habiter
Là où c’que la police
Va v’nir fourrer son nez.
Dans c’curieux édifice
Ça d’vait finir comme ça.
Et au lever du jour,
Sans tambour,
Moi j’ai mis les bouts d’bois.

C’est un hôtel rue de Belleville
Juste avant la porte des Lilas.
Le patron c’est Meussieu Émile
Un homme qui a des gros bras.
C’est un hôtel rue de Belleville
Que fréquentent un tas d’mauvais gars.
Et comme c’est Au sommeil tranquille,
Y’en a qui s’réveillent pas.

– Dis, d’où qu’tu viens  ?
– D’où que j’viens  ?
– Oui.
– Bah ça te r’garde pas.
– Comment ça me regarde pas  ?
– J’t’ai dit que ça te r’garde pas.
– Tais-toi, t’as compris  ?
– Oh pis ça va  !
Silence… Aaaaaah  ! Eh ben…

Ça s’appelle Au sommeil tranquille,
Ah ah  ! On n’sait pas trop pourquoi.

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