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28 janvier 2013

« Numériser pour conserver » ? on ne rigole pas !

Classé dans : Littérature, Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 2:37

Ce slogan technologiquement prometteur et sous-jacent à bien de grands projets des « industries culturelles » doit être pris avec des pincettes – ou, en l’occurrence, avec des gants – lorsqu’on en voit les résultats dans Google Books, par exemple.

On ne résiste à l’envie de montrer la version intégrale d’un de ces ouvrages que Google identifie comme Épitaphe de M. l’avocat Hellebaut d’Egide Norbert Cornelissen, publié en 1820 et tel qu’il a été numérisé en 2011 à partir des fonds de l’Université de Gand.

Il consiste, dans sa version ainsi conservée, d’une curieuse couverture, suivie de quatre pages numérotées de 201 à 204, puis de deux pages blanches, et enfin d’une tout aussi curieuse quatrième de couverture. L’épitaphe à la mémoire de cet homme du barreau commence au milieu de la page 202. Elle est précédée d’un poème et demi – un tronqué concernant une jeune et belle bergère et un vieillard, l’autre entière consacrée à une bergère joliment vêtue et faisant ses dévotions.

– Drôle de livre, dites-vous ? Trouve-t-on un autre exemplaire –même titre, même auteur – ailleurs chez Google ou sur l’internet, que l’on pourrait consulter in extenso, demandez-vous ?

– Non, répondrons-nous.

– Pourquoi ?

– A’ xiste pas.

– … ?

– Vous trouverez le fin mot de l’histoire ci-dessous.


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En fait, ce livre n’existe pas en tant que tel. Ces pages sont extraites des Annales belgiques (sic) des sciences, arts et littératures, tome sixième, publié à Gand en 1820, et qui regroupe plusieurs livraisons. Celle d’octobre 1820 – la quatrième de ce volume – commence à la page 197 par une section Poésie, qui comprend Le sacrifice de Caïn d’Aug. Clavareau, suivi d’une Élégie d’un certain L.B. et dont on ne voit que la dernière partie dans cette curieuse numérisation, puis la poésie concernant la bergère en prière, et enfin l’Épitaphe en question. S’il avait été l’intention d’un quelconque éditeur ou bibliothécaire d’en faire une sorte de tiré-à-part, pourquoi y avoir gardé la page 201 ?

Ce mystère, comme celui de la grande pyramide, restera sans doute à jamais sans réponse.

Pour ceux qui souhaiteraient savoir ce qui fait suite à cette Élégie dans les Annales, on précisera qu’on y trouve la section Sciences, qui débute par un article consacré à « un nouveau chronomètre propre à mesurer de très petites fractions de seconde, et de ses applications à l’artillerie. » Plus loin, le lecteur curieux pourra se plonger dans « l’influence de la mode sur les arts du dessin, dans les provinces méridionales du royaume », voire dans le problème mathématique suivant, où il leur sera demandé de démontrer cette curieuse propriété géométrique : « Soit ABC un triangle quelconque inscrit dans un cercle, si par chacun des sommets A, B, C on mène une tangente au cercle, prolongée jusqu’à la rencontre du côté opposé, en a, b et c, ces trois points seront en ligne droite. »

Nul doute que vous ne vous en sortiez brillamment.

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3 commentaires »

  1. [...] un massacre. Et si c’est ce qui restera du patrimoine culturel pour les générations à venir, ou, comme Google préfère le formuler, [...]

    Ping par Miklos » De Google Books, ou, Du fantasme de la conservation et de l’accès numériques au savoir, à tout le savoir, ou enfin, De la supériorité de l’homme sur la machine — 9 juillet 2013 @ 0:21

  2. [...] main cachée ? Il est vrai que la particularité de cette numérisation nous en rappelle d’autres (ce qui, soit dit en passant, peut nous rassurer : on utilise encore des humains pour [...]

    Ping par Miklos » La numérisation requiert du doigté, ou, la main non cachée de notre AMI à tous — 9 juillet 2013 @ 17:45

  3. [...] finir, on ne peut que resoulever la problématique du « numériser pour conserver ». [...]

    Ping par Miklos » Copie conforme ? Le curieux cas des scanners de Xerox — 12 août 2013 @ 0:12

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