Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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16 février 2023

Des spams très créatifs

Classé dans : Actualité, Humour, Musique, Progrès, Religion — Miklos @ 12:22

Auditorium de la Maison de la Radio. Cliquer pour agrandir.

C’est grâce à une invitation de l’Ensemble C Barré que j’ai pu assister, dimanche dernier, à Cosmigimmicks (titre de l’œuvre d’Unsuk Chin qui a inspiré ce programme on ne peut plus d’actualité), concert surprenant à plusieurs égards qui s’est donné à la Maison de la Radio dans le cadre de Présences, festival annuel de Radio France.

L’Ensemble y interprétait, en compagnie des Neue Vocalsolisten, des œuvres inspirés, pour la plupart, par notre quotidien d’hyperconnectés – spams de plus en plus perfectionnés reçus par courrier électronique (Songs of Spam, de Mikel Urquiza), robots téléphoniques de centres d’appels (My Voice is my Password, de Mikel Urquiza), moyens de protection de plus en plus nombreux dans lesquels on se perd (Passwords, de Georges Aperghis) –, mais aussi par la Bible (Jonah, Seven Chants, de Martin Smolka).

Ma préférence est allée carrément aux deux œuvres de Mikel Urquiza (né en 1988) critiques intelligentes et décalées de ces phénomènes sociaux. Dans My Voice is my Password, un robot répondeur essaie de déterminer si son interlocuteur est bien un humain, et c’est finalement ce dernier qui se demande s’il n’est pas un robot. Ses Songs of Spam sont basés sur des spams bien réels mais subtilement détournés (Urquiza ne serait-il pas maître des transformations, textuelles comme musicales ?), de façon souvent très amusante, ironique, voire sarcastique (comme l’écrit Dan Albertson, cf. ci-dessous) ; ainsi, La taille compte, mème masculin s’il en est (même – si je puis dire – que Radio France y avait consacré une émission), détourne un spam destiné à promouvoir un produit pour ce faire : « Voici X-tender, la plus merveilleuse méthode pour agrandir votre nez »…

Quant à la musique, riche et claire (« rythmes francs, textures transparentes, courtes séquences motiviques », selon Albertson), faisant appel à des styles allant du passé (madrigal de la Renaissance…) au contemporain, elle reflète un don réel « pour faire une musique mémorable à partir des combinaisons les plus improbables » (Albertson). C’est ce qui m’a incité à acheter, en sortant du concert, Espiègle (adjectif qui convient fort bien à ce compositeur !), CD consacré à Mikel Urquiza par l’Ensemble C Barré et les Neue Vocalsolisten ; il comprend ces deux œuvres et quelques autres en plus, et une présentation fort enrichissante du tout par Dan Albertson dans le livret accompagnant ces enregistrements.

D’un genre très différent, Jonah, création mondiale de Martin Smolka (né en 1959), reprend des textes de la Bible décrivant le périple de Jonas en mer, puis au sein d’une baleine, pour échapper à l’ordre divin d’aller à Ninive pour inviter ses habitants à se repentir. Smolka y rajoute ses propres paroles, originales (« Tramway / Le poisson / Comme un train / L’a emmené à la plage / […] / Jonas, Jonas / Il s’est détaché / Propre / Classe / Barbe sèche / Gentleman / Passionnément priant / Gentleman »). Quant à sa musique, on citera ce qu’en écrit Pierre Rigaudière dans Diapason : « voix et instruments se nourrissent de la répétition et de la combinaison de formules simples qui confèrent au texte biblique légèrement revisité une immédiateté émouvante […] ; cette musique qui allie volontiers hétérophonie et micro­tonalité se dispense du superflu et de l’effet pour nous parler sans fard ».

12 février 2023

Les troïkas du jour

Classé dans : Musique — Miklos @ 0:16

Mon abonnement au Théâtre de la Ville comprenait le concert de ce jour, intitulé « Trios russes » et sous-titré « Autour de La Mouette de Tché­khov », ce qui aurait pu me faire crain­dre le pire, vu les circonstances.

Au programme :

  • Dmitri Chostakovitch (1906-1975), 1er Trio pour violon, violoncelle et piano, en ut mineur, op. 8.

  • Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893), Trio pour violon, violoncelle et piano, « à la mé­moire d’un grand artiste », en la mineur, op. 50.

tous deux joués par le Trio Zadig, qui a donné en rappel :

  • Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893), « Octobre – Chant d’automne », 10e mouvement des Saisons, op. 34a, origina­lement composée pour piano seuL.

Pour finir, on a entendu :

  • Maurice Ravel (1875-1937), Gaspard de la nuit, pour piano seul.

interprété par le jeune (22 ans !) pianiste Darren Sheng.

J’ai beaucoup apprécié l’ensemble des œuvres ainsi que leur exécution – précise, claire et ciselée, délicate ou virtuose selon ce que demandaient les partitions, bien équilibrée entre les instruments –, avec toutefois une petite réserve : le début du Trio de Tchaïkovski aurait mérité (à mon goût) d’être un peu plus romantique ou expressif, ce qui a d’ailleurs été le cas pour le reste de l’œuvre. Ma préférence est allé au violoncelliste et au pianiste (qui jouait sur un excellent Steinway, au son clair et bien équilibré), plus « chaleureux » que le violoniste. Enfin, mon placement était excellent, autant pour voir que pour entendre (ce qui n’avait pas été le cas pour La Mouette). Bref, un grand plaisir.

10 février 2023

Israel Galván et Niño de Elche, Mellizo Doble.

Classé dans : Actualité, Danse, Musique — Miklos @ 0:21

Ce spectacle de flamenco promettait, alliant le danseur chorégraphe Israel Galván, dont j’avais apprécié de précédentes performances, et Niño de Elche, musicien spécialisé en flamenco, dont je n’avais pas encore entendu parler. L’affiche – que l’on peut voir ci-dessus – les montrait l’un dansant, l’autre à la guitare.

Eh bien… pour commencer, les places que C. et moi avions reçues pour la repré­sen­tation d’hier (en échange de celles pour le jour de grève, très bien placées) étaient situées sur le côté de la corbeille, dont le rebord et les premiers rangées masquaient un bon tiers de la scène – notam­ment celui où Israel Galván avait tendance à évoluer. En sus, les personnes assises devant nous masquaient partiel­lement ce qui restait de visible, comme on peut le voir ci-contre (cliquer pour agrandir).

Quant au spectacle lui-même : tout d’abord, l’affiche était trompeuse : sur les quelques 90 minutes qu’il a duré, ce n’est que dans les cinq dernières minutes que Niño de Elche a joué de la guitare ; tout le reste du temps, il a parlé et chanté – de façon fort impressionnante (rythmes, débits, timbres…), pour autant que je puisse juger. Israel Galván était tout aussi impressionnant dans les rythmes parfois incroyables qu’il battait avec ses pieds ; parfois, il utilisait des dispositifs élec­tro­niques pour rajouter de la résonance aux sons qu’il produisait ainsi. Mais ensemble, cela semblait ne pas trop coller, en quelque sorte.

Et puis, le pire est venu, après environ une heure : dans une obscurité totale, on a entendu Niño de Elche chanter, sur un fond de sons de raclement provenant de la partie masquée (pour moi) et dans le noir de la salle ; au bout d’une dizaine de minutes où il parlait-chantait de plus en plus lentement (je pense qu’on aurait bien mieux compris s’il y avait eu un surtitrage en français…), une toute petite lumière est apparue, illustrant le crâne du chanteur, et puis ses mains. Après encore quelques minutes, on a finalement aperçu Galván qu’on devinait frotter ses pieds sur des gravillons : la poussière montait jusqu’à nous et a commencé à faire tousser C. S’en est suivie un nuage de fumée blanche qui a envahi l’essentiel de la scène.

C’est alors que nous nous sommes résolus à sortir et aller prendre un jus de pomme rafraîchissant au bar du théâtre, quasiment vide. Quelques minutes plus tard, à la fin du spectacle, il était envahi.

28 mai 2022

La résurrection de César Franck

Classé dans : Musique — Miklos @ 16:05

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Non, ce n’est pas une erreur – il ne s’agit pas de La Résurrection de Gustav Mahler (sa deuxième symphonie), ni de l’oratorio éponyme de Friedrich Händel : comme l’affiche le site de France Musique, on pouvait entendre, il y a quelques instants, César Franck en personne interpréter sa propre sonate pour violon et piano, soutenu (sans doute vu son grand âge – il est né en 1822) par Martha Argerich et Renaud Capuçon.

Il n’y a malheureusement eu personne pour assister à cette performance exceptionnelle, hors du temps, donnée live à Hambourg le 25 juin 2020 devant une salle vide, du fait de la pandémie.

À se demander si cette émission ne fait pas partie de la série Hôtel du Temps de Thierry Ardisson, et suit le récent échec (à mon avis et à celui de beaucoup d’autres) de la résurrection de Dalida.

21 mars 2022

Incredibly bad

Classé dans : Danse, Musique, Théâtre — Miklos @ 10:01

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Incroyable mais vrai : incredibly BAD. C’est nul, n’y allez pas. De la « stand up comedy » que cela prétend être, il n’y a que le stand up, pas la comedy. Ce n’est ni de l’humour anglais (subtil) bien qu’il s’évertue à parler anglais (avec un accent français – je ne vois que cela comme la raison du « succès » de son spectacle au Royaume Uni – et traduisant de temps à autre en français ce qu’il dit comme si on n’avait pas compris), ni de l’humour français (léger et pétillant). Je l’ai trouvé lourd, je n’y ai rien trouvé de drôle.

Au bout de cinq minutes, je voulais sortir. Sans déranger ; et bien que j’étais au dernier rang, le plus près de la porte, j’ai longtemps hésité, mais finalement j’ai fui.

De plusieurs dizaines d’années d’abonnement au Théâtre de la Ville, je n’ai souvenir de n’avoir quitté qu’un autre spectacle bien avant la fin – et ce n’était pas uniquement mon choix, je l’avais fait de concert avec D. Là, j’étais seul et entièrement responsable (et finalement content et soulagé) de ma décision (même si je me suis reproché de n’être pas sorti plus tôt).

Pour finir : depuis le changement de direction au Théâtre de la Ville, avec le départ du formidable Gérard Violette (qui l’avait dirigé de 1985 à 2008), dont la programmation m’avait fait découvrir et aimer tant de spectacles (danse contemporaine, surtout, mais aussi théâtre et musique), j’ai été souvent déçu par la programmation et ai pris moins de spectacles dans mon abonnement (mais comme le prix moyen a augmenté, je n’ai rien gagné sur ce plan, cf. graphique). Mais là, d’évidence, je n’ai pas su éviter le pire.

Et enfin : quand la salle du 2 pl. du Châtelet – que je trouvais bien plus agréable que toutes ses alternatives (Cardin, Abbesses et parfois ailleurs) – rouvrira-t-elle ? Il me semblait que sa rénovation devait durer 2 ans, cela en fait bien plus qu’elle est fermée… Réponse (que je viens de voir) : 2023 (amiante, plomb). Quant à la « reconfiguration du hall d’entrée et de la mezzanine » : si c’est un écho à la reconfiguration de sa programmation, je crains le pire…

Mes choix de spectacles depuis une vingtaine d’années.
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