Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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29 décembre 2010

Bye bye, Miss American Pie

Classé dans : Cinéma, vidéo, Musique, Peinture, dessin, Photographie, Politique — Miklos @ 19:55

En 1952, Charlie Chaplin se fait tirer le portrait par Richard Avedon. Quelques heures plus tard, il quitte les États-Unis pour assister à la première des Feux de la rampe à Londres. Edgar Hoover en profite pour faire révoquer son visa : on était en plein maccarthisme et Chaplin en est l’une de ses nombreuses cibles autant pour ses opinions de gauche (anathème aux US) que pour certaines de ses attirances (qui ne sont pas sans rappeler celles de Polanski). Charlot ira donc s’installer définitivement à Vevey, non loin d’Évian (Polanski, lui, vit à Gstaad).

Il ne remet les pieds aux Etats-Unis que vingt ans plus tard, et y est reçu de façon spectaculaire. Au Lincoln Center de New-York, par exemple, une réception est organisée en son honneur, à laquelle assiste la jet set de l’époque : Ethel Kennedy (veuve de Robert F. Kennedy), Paul Newman (mister ice-blue eyes), Gloria Vanderbilt (dans le rayon blue, vous connaissez sans doute ses blue jeans), Oona O’Neill (fille du poète Eugene O’Neill et quatrième et dernière femme de Charlie Chaplin), Candice Bergen (épouse de Louis Malle, et la Catherine Deneuve américaine – bien plus belle et sympathique à notre avis que notre ice cold actrice), Norman Mailer (qui n’en était alors qu’à la première de ses six femmes, un record se rapprochant de celui de Barbe Bleue, curieux comme cette couleur baigne cette soirée), Leopold Stokowski (il n’a alors que 70 ans, il continuera à diriger jusqu’à l’âge de 95 ans), Otto Preminger (qu’on avait vu tourner une scène de Rosebud – on se demande si on n’y figure pas d’ailleurs –, quel sale caractère… !), Paulette Goddard (qui avait été précédemment mariée à Chaplin, c’était la n° 3)… et on en passe.

Richard Avedon en est. Après coup, la pose de Charlie Chaplin dans cette photo de 1952 est une sorte de pied-de-nez qu’il fait à l’Amérique. L’année de son retour, 1972, est aussi celle du succès de Bye bye, Miss American Pie de Don McLean, chanson élégiaque et mystérieuse qui marque la fin d’une époque et qui n’a cessé d’interpeller ceux qui l’ont entendue, puis écoutée.

7 décembre 2010

Une fable d’actualité

Classé dans : Actualité, Littérature, Politique — Miklos @ 0:50

Le vaisseau en péril

Un vaisseau, tourmenté par de longs ouragans,
Contre les aquilons et les flots mugissants
Luttait sur une mer d’écueils environnée ;
Et, plus fatale encor que les flots et les vents,
La Discorde en son sein rugissait déchaînée
        Son équipage mutiné
Ne reconnaissait plus la voix du capitaine.
Il ne pouvait régler la manœuvre incertaine
Du malheureux navire aux vents abandonné.
        Matelots, mousses et novices,
Tous veulent commander; nul ne veut obéir ;
Chacun a son avis, son orgueil, ses caprices.
    C’est un tapage à ne plus rien ouïr ;
    Et le vaisseau, dont l’ouragan se joue,
    Au sud, au nord, au couchant, au levant,
Présentant tour à tour et la poupe et la proue,
Va tantôt en arrière et tantôt en avant.

    De ce désordre innocentes victimes,
Les passagers en vain criaient aux disputeurs :
« Manœuvrez, sauvez-nous, suspendez vos fureurs ;
« Ou cette mer terrible, en ses profonds abîmes,
« Mettra bientôt d’accord et vaincus et vainqueurs. »
D’une frayeur trop juste inutile requête !
Livré sans gouvernail au choc des éléments,
Sur la pointe d’un roc le navire se jette,
        Et d’effroyables craquements
        Répondent aux mugissements
        Des vagues et de la tempête.
Ce malheur éteint-il la rage des partis ?
Non, non ; de leur ruine ils s’accusent l’un l’autre :
La dispute redouble ; on n’entend que ces cris :
         « C’est ta faute. — Non, c’est la vôtre.
         « — C’est vous. — C’est toi qui nous perdis. »

« — C’est la faute de tous, » répond le capitaine,
Dont la voix, libre enfin, domine les clameurs.
« C’est votre vanité qui fit tous vos malheurs.
« De vos divisions vous subissez la peine. »
Un dernier craquement retentit à ces mots.
Le pont s’était ouvert sous la vague en furie.
Un dernier cri s’élève, et l’abîme des flots
Se referme en grondant sur la nef engloutie.

        Je ne sais point sous quels climats
    Ni sous quel nom naviguait ce navire ;
Mais, vous qui me lisez, vous pourriez me le dire,
Et, si vous m’en croyez, vous ne l’oublierez pas.

Fables par M. Viennet
L’un des quarante de l’Académie-française.
Paris, 1845

6 décembre 2010

Des bourgeois carriéristes

Classé dans : Actualité, Médias, Politique — Miklos @ 20:24

« Je vois des gestionnaires résignés, des bureau­crates madrés, des stratèges de commis­sions des résolutions, des chanteurs d’Internationale gueu­larde, en un mot des bourgeois carriéristes. » — Jacques Julliard, « Ma gauche ! », Marianne, 4-10 décembre 2010.

« J’ai horreur des fanatismes mais aussi du populisme. D’une façon générale, dans une époque de barbarie où notre incapacité à la combattre effi­cacement doit nous conduire à l’humilité, les affir­mations péremptoires me paraissent d’indécentes frivolités. » — Jean Daniel, Cher Jacques…, 24.11.2010.

Les titres-choc de Marianne se succèdent aussi régulièrement que la parution du magazine en kiosque. La dernière en date, « Kouchner-Ockrent : la chute » nous a interpellé, on verra pourquoi. On l’a donc acheté, l’exception confirmant la règle. On n’a pas été déçu par la comédie qui se joue à nos yeux, mais il y a de quoi être atterré.

Ce numéro s’ouvre par un éditorial de Jacques Julliard récemment arrivé à Marianne : on avait récemment appris son départ d’un Nouvel Obs abandonné par un autre personnage marquant, Denis Olivennes (qui y était arrivé de la Fnac), parti, lui, rejoindre Europe 1 pour succéder à Alexandre Bompart (qui rejoint la Fnac – d’où venait Olivennes, vous suivez ? – faute d’avoir décroché France Télévision). Jean Daniel, homme d’« un certain âge », comme il l’écrit si joliment dans sa lettre ouverte à son cher Jacques dans laquelle il dit comprendre le désir de cet homme de 77 ans d’avoir l’« envie de conquérir toute sa place au soleil », tient bon à 90 ans : voici qu’on apprend que Laurent Joffrin, actuellement co-gérant et directeur de la rédaction et de la publication de Libé après avoir quitté le Nouvel Obs en 2006 est sollicité pour y revenir (se penser successeur de Jean Daniel – auquel on souhaite longue vie – est sans doute plus valorisant que tenir le rôle d’héritier de Serge July, dorénavant éditorialiste à RTL, dont Christine Ockrent avait été rédactrice en chef et éditorialiste), ou, tout au moins, étudier un « rapprochement » entre ces deux organes de presse. Jeu de chaises musicales assez contrapunctique et finalement quelque peu répétitif : plus ça change, plus c’est la même chose. Mais passons aux choses sérieuses.

On aimait bien Christine Ockrent (qui, question presse écrite, avait dirigé L’Express), autrefois, dans ses rôles de présentatrice de journal télévisé puis d’émissions politiques sur le petit écran : son visage intelligent, son écoute, ses remarques judicieuses et fines ne manquaient pas de tenir sous son charme.

Et puis elle avait disparu de notre horizon cathodique, réduit qu’il est surtout à Arte ou à Mezzo. On avait récemment aperçu de gros titres de la presse écrite qui parlaient de difficultés ou de conflits dans son poste actuel à la tête de la société de l’audiovisuel extérieur de la France, mais on ne s’intéresse pas particulièrement à ce genre d’informations.

Il y a quelques jours, on tombe sur une émission (du diable si l’on se souvient de laquelle), où l’on aperçoit la reine Christine. Quel plaisir de la revoir, se dit-on, et on se met à écouter. Elle n’est pas la seule, mais on s’aperçoit vite, très vite, qu’elle ne laisse pas parler les autres, les interrompant à tout bout de champ sans leur laisser la possibilité de finir une phrase, par des remarques ironiques, péremptoires ou arrogantes lancées d’un air innocent que dément la virulence sous-jacente de ses paroles : aucune écoute, si ce n’est pour contredire. Ils ne peuvent en placer une, c’est elle qui doit contrôler le plateau. C’est à tel point déplaisant qu’on quitte la chaîne presque aussi vite qu’on y était arrivé.

Alors quand on a vu le titre aguicheur de ce numéro de Marianne, qu’on s’est souvenu de l’impression fortement désagréable que nous avait fait cette émission d’une part et la récente attitude de son compagnon (que l’on aimait bien aussi, autrefois) d’autre part, notre curiosité a été attisée, on l’avoue sans vergogne. Eh bien, on en apprend de belles. Il paraît que l’avocat de la dame a annoncé qu’il allait porter plainte. De quoi booster les ventes, évidemment, mais pourquoi l’annoncer au lieu de le faire ? Si on était Wikileaks, on suspecterait quelque anguille sous roche. Mais nous ne sommes pas paranos, tout va pour le mieux dans le monde des (im)médias.

4 novembre 2010

À l’occasion de la visite de Hu Jintao

Classé dans : Actualité, Photographie, Politique — Miklos @ 20:13

Reporters sans frontières (RSF) a organisé aujourd’hui un rassemblement à Paris pour exiger de Nicolas Sarkozy qu’il aborde les questions des droits de l’homme avec le président chinois Hu Jintao, en visite en France.

Près du centre Pompidou, des militants tibétains et ouïghours ont pris part à un lâcher de colombes avec plusieurs personnalités du monde artistique et médiatique français.

Les manifestants portaient des t-shirts blancs à l’effigie du dissident chinois Liu Xiaobo, qui a reçu le prix Nobel de la paix cette année. (Source : Reuters)

De son côté, la France a accueilli avec un « protocole exceptionnel » le président chinois. Sur la question des droits, elle abordera avec l’Empire du milieu ceux de propriété intellectuelle.

7 octobre 2010

Du droit et du devoir d’ingérence

Classé dans : Actualité, Politique — Miklos @ 14:08

La presse rapporte aujourd’hui les états d’âme de Bernard Kouchner, qui « aurait pensé » à démissionner du gouvernent du fait de « l’inflexion sécuritaire » et de la « fin de l’ouverture » toutes deux en contradiction avec les principes hautement affichés par le ministre.

À cela, on peut dire d’abord que la différence parfois hautement phénoménale entre les principes et les actes est un phénomène humain, trop humain : verba volant, actiones manent, serait-on tenter d’écrire. À choisir – pour ceux pour lesquels le choix se pose toutes autres choses étant égales –, il est donc préférable de la fermer, ce qui évite d’avoir à s’asseoir sur ses principes, à faire une gymnastique d’acrobate ou à faire appel à la dialectique (selon ses compétences) pour tenter de démontrer qu’il n’y pas contradiction entre les uns et les autres.

On peut rajouter que ce qui était ouvert, en début de mandature, c’était la nasse qui a servi ainsi à effectuer ces « belles prises » que sont ces stars d’une certaine gauche et qui, une fois les poissons par l’appât alléchés, se referme sur les proies. Des mauvaises langues pourraient utiliser une autre image animalière, celle de rats – quittant un navire qui semblait alors en perdition, celui du PS d’alors – et de souricière, mais il semblerait que l’analogie avec les poissons convient mieux : dans la situation où ils se trouvent, ils doivent la fermer et rester muets comme des carpes.

Mais ce qui dérange aussi le ministre en question, selon les mêmes sources, ce serait la main pas si cachée que ça de l’Élysée : celle de Levitte, « véritable maître d’œuvre de la politique extérieure de Sarkozy », et plus récemment celle de Claude Guéant, « d’abord sur l’Afrique, puis au Proche-Orient ».

Bernard Kouchner doit maintenant bien se rendre compte de l’effet du droit d’ingérence – concept qu’il a inventé – en l’occurrence, celui de l’Élysée – qui a vraiment tous les droits – dans les affaires du gouvernement. Est-ce un devoir ? certains en doutent. Mais le devoir de Kouchner, dans tout cela… ?

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